Загрузил George Duglas McFly

Pingaud L 1893 Un agent secret sous la revolution et l 39 empire le comte d 39 Antraigues

Реклама
m AGENT
SECRET
LA REVOLUTION ET L'EMPIRE
LE COMTE D'ANTRAIGUES
L'auteur
ot los éditeurs
tion et de traduction en
Ce volume
librairie)
a
été
dériarent réserver leurs droits de reproduc-
France
et à l'étranger.
déposé au ministère de lintérieur
section de
en janvier 1893.
PARIS.
TYP.
DE
E.
PLON, ^0URR1T ET C'% RUE GàRA>ClÈRE, 8.
la
-
^
^ï-
'^i'SîS^-'Sî-^
Hél.oift.lmp.Le
I.E
COMTE D'ANTRAIGUES
(1795)
d'après un portrait appartenaxit à M. le Comte dAlbon
m
AGENT SECRET
SOUS
LA REVOLUTION ET L'EMPIRE
//
LE COMTE D'ANTRAIGUES
LEONCE PINGAUD
Ouvrage accompagné de
trois portraits
en héliogravure
PARIS
LIBRAIRIE PLON
E.
PLON, NOURRIT
et
G% IMPRIMEURS-ÉDITEURS
RUE GARANCIERE,
1893
Tous droits réservés
10
;
/r^^
S
INTRODUCTION
A
la veille
de 1789, parmi
les
Mémoire sur
qui sollicitaient l'opinion, un
généraux se partagea
brochure de Sieyès sur
le
faveur avec
le tiers
état;
la
il
les
écrits
États
fameuse
était signé
:
comte D.A.N.T.R.A.I.G.U.E.S.
En
l'an
d'État du
partout_,
la
la
innombrables
V,
pour
le Directoire,
18
comme
fructidor,
Pièce trouvée à
afficher
fit
preuve delà
justifier le
«
et
coup
répandre
conspiration royale»,
Venise dans
le
portefeuille
de
d'Antraigues
En
1803, ce
même nom
de d'Antraigues, pro-
noncé avec menaces parle Premier Consul à Paris,
et répété à
Dresde
et à
Pétersbourg, sert à carac-
tériser
un des prétextes de
France
et la Russie.
En
juillet
1812,
\q
la
rupture entre
Moniteur enregistre
la
comme un
événement important, à côté du dixième Bulletin de
la
Grande armée,
et
de sa femme, réfugiés en Angleterre.
l'assassinat
Le personnage qui apparaît
du comte d'Antraigues
ainsi d'une façon in-
INTRODUCTION
2
termiltente et toujours inattendue, çà
et là,
sur la
scène politique, pendant les grandes années de la
Révolution cl de l'Empire, a été de son vivant assez
justement apprécié, mais assez mal connu. Sous
la
république, on croyait saisir partout, en toute circonstance, la trace de ce dangereux conspirateur
et
plus tard Napoléon le
nommait dès
,
qu'il daignait
s'inquiéter de ceux qui n'avaient pas fléchi devant
lui.
Ses papiers,
s'il
était possible
de
les
réunir dans
leur intégrité, lèveraient tous les voiles de sa vie;
mais beaucoup ont été détruits par
d'autres ont été après sa
lui
de son vivant,
mort mis au
pillage par
des curieux, dispersés par un héritier négligent ou
épurés par des mains intéressées aies détruire. Ses
brochures, publiées en divers pays, sont pour
la
plupart anonymes et quelques-unes fort rares ou
introuvables.
Ses correspondances eussent rempli
une bibliothèque
à notre ministère des Affaires
;
étrangères, bien que
aient
disparu, à
toutes les séries complètes
deux exceptions près,
elles n'en
remplissent pas moins dix-sept volumes. Les lettres
ou mémoires
qu'il a
travers l'Europe
répandus pendant vingt ans à
dorment aux archives de Moscou,
de Pétersbourg, de Vienne^ au Record Office
British
Muséum
au
de Londres. Nos Archives natio-
nales conservent le
talie, et la
et
fameux
portefeuille enlevé en
bibliothèque de Dijon quelques dossiers
I
INTRODUCTION
de famille dont
le fils
3
de d'Antraigues était resté en
possession.
Nous ne nous Qattons pas
d'avoir tout découvert,
retrouvera probablement encore beaucoup
et
l'on
de
lettres, peut-être
intarissable.
d'ouvrages dus à cette plume
Ceux que nous avons réunis forment
déjà un ensemble considérable, et difficile à interpréter, à cause des lacunes qu'ils offrent, des hypo-
thèses qu'ils suggèrent, des assertions controversées
ou exagérées
L'homme dont
qu'ils contiennent.
émanent n'a cessé
d'écrire, et
c'est
ils
un gascon des
Cévennes, souvent dupe de ses propres mensonges,
Son pays natal
a conservé sur lui quelques souvenirs
intéressants; ailleurs la tradition a passé vite à l'état
de
légende, par suite
du mystère
planer à dessein sur ses actions
qu'il a
comme
laissé
sur
ses
écrits.
D'Antraigues appartient,
périodes diverses
:
par
sa
à
vie,
trois
l'ancien régime, la Révolution,
l'Empire.
Sous
le
règne de Louis XVI,
il
se révèle
un voyageur curieux, un gentilhomme
sible,
ami de Jean-Jacques Rousseau
une reine de coulisses. En
1
789,
il
comme
lettré et senet
attaché à
devient au service
de sa province et de son ordre un publiciste et un
homme
politique,
et,
après avoir joui
quelques
instants d'une popularité éclatante et équivoque,
il
,
INTRODUCTION
4
montre aux États généraux
se
constituante
le
découragé du
quitté la
vieil
France
des frontières,
défenseur
il
et
l'Assemblée
à
impuissant
et
bientôt
ordre de choses. Dès 1790,
qu'il
ne reverra plus,
consacre à
la
et,
il
a
au delà
cause de la contre-
révolution royaliste ses talents et son esprit d'intrigue.
Pendant cinq ans, en
sous
Italie,
d'une légation espagnole ou russe,
loin
En
aux Bourbons ses informations
1797,
il
est rejoint
à Trieste
il
le
couvert
prodigue de
et ses conseils.
et fait
prisonnier
par ses compatriotes, mis en présence de Bonaparte, et son attitude pendant
sa captivité paraît,
après son évasion, assez suspecte pour faire tomber
sur lui la disgrâce
de son maître. Traité en faux
frère par les chefs de l'émigration,
il
se
transforme
en un politicien cosmopolite, utile parfois, importun
le
plus souvent
aux
hommes
d'État autrichiens
russes ou anglais qui l'emploient. Serviteur de la réaction européenne, et serviteur
il
payé de toutes mains,
va d'abord de Venise à Vienne, puis de Vienne à
Dresde, de Dresde à Londres, tissant son inextricable et impuissante toile d'araignée autour de la
France, fournissant aux cabinets
et
aux ministres
des idées, des renseignements, des plans de manifestes et
et
de négociations. Son odyssée mystérieuse
famélique, traversée à la
romanesques
et
fois
par des aventures
des préoccupations littéraires, se clôt
INTRODUCTION
5
par une catastrophe tragique et a été en définitive
d'Antraigues, sauf quelques
stérile. Elle n'a valu à
passagères d'amour-propre, que
satisfactions
des
déceptions, des humiliations, et la réputation équi-
voque qui demeure attachée à son nom.
Cette vie est pourtant intéressante,
hommes
des
comme
celle
qui ont toujours lutté, toujours été
vaincus, et n'ont jamais voulu avouer leur défaite.
Elle se
qu'elle
recommande
aussi par les grands
événements
a traversés, par les vies illustres dont elle
demeure inséparable.
Certes, les contemporains de
d'Antraigues ont été durs à son endroit; Bonaparte
l'a traité
de «polisson»
Louis XVIIl, après
absolue, on
l'a
et d'« insolent», et,
lui avoir
appelé
«
charlatan
«
»^
coquin
fieffé (3) »
un
intrigant
lui
« le
et
(2)
«
pour
.
En
accordé une confiance
la fieur des
Pour l'Espagnol d'Azara,
il
autour de
drôles
a été un
l'Autrichien
«
véritable
Thugut
un
Russie, Golovkine a vu en
déhonté
(4) »,
et
Razoumovsky
plus mauvais sujet qui existe sur le globe
cependant
(1) ».
les plus habiles ont
talents, les plus puissants n'ont pas
(5) »
;
mis à profit ses
dédaigné de
le
combattre. Certaines chancelleries ont apprécié sa
Note de d'Avaray. (A. F., France, vol. 596, f. 2.)
Froment, Précis de mes opérations, etc., p. 120.
Vertrauliche Briefe des Freiherrn von Thugut, note
(3) VivENOT,
88 à la fin du 1" volume.
(4j Th. Golovkine, Souvenirs manuscrits. (G. P.)
(5) Wassiltchikov, la Famille Razoumovsky (en russe), t. III, p. 437.
(1)
(2)
INTRODUCTION
6
«
plume de
quence
et
s'est fait
temps
amis
feu », certains salons ont cru à son élol'ont
un grand homme.
proclamé
beaucoup d'ennemis,
et
des
partout
fidèles.
En France
il
gardé en tout
a
admirateurs
il
S'il
sincères, des
a connu, sans être consi-
déré trop au-dessous d'eux, Rousseau et Bernardin
de
Saint-Pierre,
pendant
l'étranger,
sa vie,
il
les
et
Maury.
l'abbé
A
vingt dernières années de
a été le confident,
l'auxiliaire
line
Mirabeau
de Louis XYÏIÎ, de
le
correspondant ou
la reine
Marie-Caro-
de Naples, de diplomates, de publicistes et
d'hommes d'État de
tout
pays, de Thugut et de
Cobenzl, de Panine et de Czartoryski, de Jean de
Millier et de Gentz, d'Armfeltet de Canning.
Sa
vie,
qui est celle d'un aventurier politique et littéraire,
est
donc en un certain sens
l'histoire
d'une caste,
d'un parti, d'une époque. La noblesse française à la
fin
de
l'ancien
régime, la royauté des Bourbons
poursuivie par la république triomphante, l'Europe
aux prises avec l'empire napoléonien,
tels sont les
êtres de raison qui, sous le couvert de d'Antraigues,
remplissent ce livre.
On trouvera
mes
signalées ainsi, dans
principales sources de
mon
travail
notes, les
:
Archives des Affaires étrangères de France. A. F.
Archives de Cour
et d'État,
Archives de i\roscou.
à Vienne.
A. V.
A. M.
INTRODUCTION
7
Archives de Saint-Pétersbourg".
A. P.
Record
R. O.
British
Office, à Londres.
Muséum,
B. M.
à Londres.
Bibliothèque publique de Dijon.
B. D.
Collections particulières.
C. P.
Les volumes des Archives des affaires étrangères
m'ont principalement servi sont
qui
les
volumes
France^ 628-644 (papiers de d'Antraigues),
général tous
les
volumes du fonds
Bourbons
dit
en
et
;
puis
certaines séries de la correspondance [Venise, de
1794 à 1797; Saxe, de 1802 à
1806; Russie, de
1803 à 1804).
A
la
Moscou, mes recherches ont été
haute bienveillance de S. Exe.
directeur général des Archives^ et
mon
pressé de
facilitées
par
le
baron Bûhler,
le
concours em-
compatriote M, Fondet de Montus-
saint, professeur à l'Institut Sainte-Catherine.
Parmi
je
les collections particulières
dois surtout mentionner celle
oi^i
où
j'ai
puisé,
j'avais déjà
recueilli les éléments de la Correspondance intime
comte de Vaudreuil
été ouverte avec
et constante
et
du comte d'Artois ;
elle
du
m'a
une libéralité spontanée, une haute
sympathie pour
mon
œuvre, dont je
demeure profondément reconnaissant.
M.
le
connaît
marquis d'Albon; M. Frédéric Masson, qui
si
bien toute la période révolutionnaire et
impériale; M. Emilio Motta^ bibliothécaire à Milan,
INTRODUCTION
8
m'ont aidé à éclaircir quelques points obscurs entre
tous dans la vie que j'avais à raconter. J'ai reçu en
outre beaucoup de
communications intéressantes
MM.
des compatriotes de d'Antraigues, de
à Largentière
;
chalde, àVals-les-Bains
à
Antraigues
Doize, à
Saint-Chaptes (Gard)
le
;
;
baron de
;
je prie tous
teurs d'agréer
ici
la
Henry VasChadenède,
Haymond de Gigord,
Sainl-Mouline-Prunet (Ardèche)
à Toulouse
;
Mazon,
mes
;
à
Firmin Boissin,
obligeants collabora-
mes remerciements.
UN AGENT SECRET
sous LA RÉVOLUTION ET L'EMPIRE
LE COMTE D'ANTRMGUES
CHAPITRE PREMIER
D'ANTRAIGUES JUSQU'EN
I.
1789
— Le Vivarais au
siècle. —
— Naissance, jeunesse, éducation de d'Antraigues. — Son caractère dépeint par sa mère. — Années de service
militaire. — Relations avec
philosophes. — Un ami inconnu de
Premières années (1753-1778).
La
xviii"
famille d'Antraigues.
les
Jean-Jacques Rousseau.
n. Voyage en Orient (1778-1779).— D'Antraigues ennemi des prêtres et
des rois.
Son départ pour l'Orient.
Séjour à Constantinople.
La princesse Alexandrine Ghika.
Excursion en Egypte et au Sinaï.
Retour en France par la Pologne et l'Autriche.
Caractère des
récits de d'Antraigues sur l'Orient libertinage et libre pensée.
—
—
—
—
—
—
:
in. Vie à Paris et en province (1779-1788).
—
Versailles.
de lettres
—
:
—
D'Antraigues exclu de
Ses rapports avec les savants, les publicistes, les gens
Montgolfîer, Mirabeau, Malesherbes, Bernardin de Saint-
Ses amis à l'étranger.
—
—
Ses bonnes fortunes.
La SaintLeur correspondance.
HubertJ^
D'Antraigues en Vivarais.
Le
château de la Bastide.
Le châtelain, ses occupations, ses revenus.
Pierre.
—
—
— La
belle Henriette.
—
—
CHAPITRE PREMIER
10
I
PREMIÈRES ANNÉES (1753-1778)
Louis-Emmanuel-Henri-Alexandre de Launai, comte
d'Antraigues, était originaire du Yivarais.
Cette contrée, avant-garde vers le nord de la France
méridionale, a toujours eu, entre ses étroites frontières,
une physionomie
et
un caractère
profondément remué par
de
la nature, les
les troubles
et
les
à part.
Dans
ce pays,
bouleversements primitifs
hommes, par
leurs luttes, ont perpétué
révolutions. Les guerres religieu-
les
ses du XYi^ siècle y furent longues et acharnées. Jacques
Roure y souleva les paysans, au plus beau temps du
règne du grand roi. Sous Louis XY, Antoine Court en
sortit
des
pour relever
les chaires protestantes
au désert,
désordres renouvelés du moyen âge y
les rigueurs
gne au
de Grands-Jours
siècle précédent.
tels
Dès 1783,
et
appelèrent
que ceux d'Auverles
«
hommes mas-
qués » qui s'y répandent, soulevés contre la rapacité
des gens de
aux
titres
loi, et
féodaux,
faisant la guerre
aux chartriers
et
précèdent de six ans la Jacquerie
rurale contemporaine delà Révolution.
De temps immémorial,
la famille d'Antraigues habi-
région montagneuse située autour d'Aubenas
tait
la
ses
résidences
seigneuriales dominaient les
;
vallées
abruptes, sillonnées de chaussées basaltiques et labou-
PREMIÈRES ANNÉES
(1753-1778)
11
rées par des coulées de lave éteinte, où la Yolane et la
Bezorgue viennent unir leurs eaux à celles de l'Ardè-
un certain Trophime
che. Là, sous le règne d'Henri IV,
de Launai, financier de profession, huguenot de
reli-
gion, peut-être suisse d'origine, épousa Marie de Cayres, dernière
des d'Antraigues, et recueillit
héritière
leurs biens et leur
nom
Son
(l).
fils
réputation d'un tyranneau féodal,
des
dire
En revanche,
paysans.
avec honneur dans
Jacques laissa
vrai « diable
son
petit-fils
armées de Louis XIV,
les
et
la
au
»,
servit
en 16G8
obtint l'érection de sa terre d'Antraigues en comté. Vers
la fin
de ce siècle, cette famille était rentrée dans l'église
catholique.
En
son chef,
17^32,
touchait à la soixantaine,
Jules-Alexandre, qui
épousait une
des
de
filles
l'intendant du Languedoc, Sophie de Saint-Priest, âgée
de quinze ans.
2.J
De
décembre 1753,
ce mariage naquit à Montpellier, le
le
personnage singulier dont on va
lire la vie (2).
Louis d'Antraigues perdit son père avant d'arriver à
l'âge
d'homme, en 1763. Sa mère
ternel
et
son grand-père ma-
achevèrent son éducation; son précepteur
l'abbé Maydieu,
place dans l'histoire littéraire provinciale
teur
(1)
et
traducteur
(3).
Haag. France protesta7ife,
pp. 391-392;
t.
VI, p.
fut
chanoine de Troyes. qui a sa petite
2.5;
cette famille, écrit Ghérin,
t.
comme
au-
L'enfant compléta ses études à
art.
Launai.
IX, p. 376.
—
«
Cf. le
même
On ne peut
ouvrage,
t.
V,
rien assurer sur
avant 1396. »(Bibl.Nat., Cabinet des
du volume.
Archives communales de Montpellier. Registres de
titres.)
Y.
la Généalogie d la fin
(2)
la paroisse
No.
tro-Dame (GG. 271, f. 6).
mais
f3) On a dit que l'abbé Maury avait été un de ses maîtres
Maury n'avait que sept ans de plus que lui, et passa seulement quel;
CHAPITRE PREMIER
12
Paris, au colJège
d'Harcourt, et s'y imprégna,
comme
tous ses contemporains, des enseignements de l'antiquité
grecque
et
romaine. Jeune,
il
emprunta à Plutarque
et
à Cicéron la passion théorique de la liberté et l'horreur
de toutes les tyrannies. Vieux,
ses
un goût de
écrits
peu pédantesque
sa vie agitée,
il
et
il
leur devait encore dans
citations et d'allusions quelque
nullement aristocratique,
et
durant
heureux
ni
mieux
n'a jamais été ni plus
à sa place que devant une table de travail, en tète à
tète
avec
les historiens et les
Doué d'une
un caractère
pre, et
philosophes de l'antiquité.
intelligence vive,
difficile,
dont
le
il
révéla de bonne heure
fonds était l'amour-pro-
un penchant marqué à tout tourner au tragique
Un sentimentprécoced'indépendance
et à l'exagération.
lui faisait traiter
en importuns ou en ennemis ses pa-
rents les plus proches, sa mère, sa
nois, son oncle et protecteur le
Avec
ce dernier
il
comte
rêt personnel de
La
M°'^ de
Vien-
de Saint-Priest
se brouilla plus d'une fois, l'accusant
d'ambition, d'orgueil et d'égoïsme
réconcilier.
sœur
part
vieille
d'autre
et
;
mais quelque inté-
finit
toujours par les
comtesse d'Antraigues,
encore
peu de temps avant de mourir, repassait mentalement
les défauts insupportables
çait de loin
«
Ah
î
si
de son
et les
je pouvais
que temps dans sa famille
dénon-
lui
avec une tendre et amère franchise
de toute autre manière
:
vous refondre, je vous pétrirais
;
de l'esprit à lèche-doigt, mais
comme
précepteur de sa jeune sœur, depuis
à d'Antraigues, 14 juillet 180G.
Mme de Viennois. (Mme je Viennois
B. D.)
fils
—
PREMIÈRES ANNÉES
13
(1753-1778)
sur toute chose amour-propre raisonnable sans le moindre orgueil... Je vous crois presque
toujours agité
;
vous ne vous contentez pas de mépriserle genre humain,
mais vous haïssez
quarts
les trois
de ceux que vous
connaissez, et vous les méprisez... Si vous aviez eu par
moitié en jugement ce que
vous avez en
esprit,
nous
aurions été vous et moi plus heureux... Vous êtes toujours en garde contre des ennemis que vous n'avez pas
vous vous rongez à combattre des chimères... Si
et
du mal de moi, vous en seriez très en co-
l'on disait
lère,
mais
si
l'on m'accusait de
vous, vous le croiriez...
quelque chose
Il suffit
quelque chose pour ne pas
que vous ayez promis
le tenir.
..
De votre
n'avez connu les attentions que pour les
vous
étiez
amoureux
le
res années du règne de Louis
hommes
vie vous
femmes dont
(1)... »
D'Antraigues entra dans
ses
relatif à
monde durant
les derniè-
XV. Les jeunes
gentils-
contemporains commençaient à perdre,
avec l'occasion de combattre, cet esprit militaire qui
avait été la raison d'être de leur caste.
On
cite
ceux
qui allèrent bientôt après, en désespoir de cause, se battre
au loin pour
la gloire
de la Russie ou la liberté de
l'Amérique. Quelques-uns se mêlaient, avec la prétention de devenir à leur tour auteurs ou inventeurs,
aux
savants, aux philosophes et aux économistes. Toutefois
M'"' d'Antraigues mère à son fils, 4 janvier 1804, 25 mai 1803,
novembre 1802,7 mars, 25 mai et 18 octobre 1803, 18 mars... (B. D.)
Est modus in rébus, disait fréquemment et inutilement l'intendant
(1)
10
—
de Saint-Priest à son
petit-fils.
CHAPITRE PREMIER
14
ceux-là
même
no se croyaient point, au début de leur
carrière, dispensés de porter l'épée.
Fils de soldat, d'iVnlraigues entra à quatorze ans
gardes du corps
;
à seize,
fut placé
il
comme
sous-lieu-
tenant aux carabiniers, sauf à se livrer, quand
sortit, au seul accès de joie expansive qu'il
durant sa morose jeunesse
comme
quelques années
(1).
Pourtant
il
aux
en
il
ait trahi
servit encore
capitaine au Royal-Piémont-
cavalerie, et nous le trouvons successivement en garni-
son aux deux bouts de la France, à Verdun
louse.
se
11
fit
qu'il avait
du
ciieval.
a su
si
lui rendait
impos-
Ses ennemis ont raconté depuis
dû quitter son régiment, après une provoca-
tion en duel à laquelle
Il
à Tou-
mettre, dès qu'il le put décemment, en
réforme, sous prétexte que sa santé
sible l'usage
et
il
avait refusé de répondre (2).
bien depuis éviter toute occasion de tirer
l'é-
pée qu'on doit accorder quelque créance à cette accusation.
Il
de bon cœur quand
même,
dit
à l'état militaire un
adieu que sa famille trouvait prématuré:
lez
du service que par acquit,
tuteur Saint-Pricst
(1)
fâcheuses, et
aurait donc, dans des circonstances
M-os
;
soit
«
lui disait
Vous ne vouson oncle
et
que vous vous négligiez dans
d'Antraigues mère à son
M. d'A...
fils,
23
novembre
1802. (B. D.)
dans son régiment (du
baron de Talleyrand); j'ignorais que son amour pour les belles-lettres,
joint à une terreur invincible qu'il a toujours éprouvée à l'aspect d'une
épée bors du fourreau, l'avaient forcé de quitter le service pour philosopliersans danger dans le château de ses pères... » (Froment, Précis
Cf. MontgaillarDj it7émo/re5
de mes opérations, etc., pp. o4-o3, 74.
(2) «
J'iynorais que
avait
servi
—
secrets, p. 84.)
PREMIÈRES ANNÉES
(17o3-lT78)
15
que vous l'abandonniez, vous per-
votre métier, soit
drez toute considération dans le
monde, parce
qu'il n'y
en a pas pour qui ne tient à rien. Vous croyez que
l'esprit, les belles-lettres
trompez
Dans
suppléent à cela, et vous vous
(1). »
sa jeunesse, d'Antraigues eût encore
leure figure à Versailles qu'à l'armée.
connu de longue date dans
le
monde
marquise de Verneuil
Phalaris,
l'avaient
meil-
Son nom
était
de la cour.
compagnons de guerre d'Henri IV,
célèbres, la
fait
et
Un
des
deux favorites
duchesse de
et la
porté; mais le comte
de Launay
d'Antraigues, bien qu'il montrât à l'occasion une gé-
néalogie remontant en ligne directe à l'an 1300, ne pouvait se rattachera
aucune des familles homonymes de
la sienne, originaires
du Forez, du Rouergue ou
dans l'émigration, ses ennemis
leurs. Depuis,
contesté son titre et jusqu'à son
de mauvaise
c'est que,
foi
parchemins n'ayant pas
ses
dans
par goût,
les
il
il
ont
fit
été
reconnus
ne fut point admis à mon-
carrosses du roi,
se
lui
C'était faire acte
ou d'ignorance. Ce qui demeure exact,
d'une antiquité suffisante,
ter
nom.
d'ail-
citoyen de la
et,
par dépit autant que
grande république
des
lettres, alors toute-puissante.
Sa vie jusqu'en 1789 se passa en études, en voyages
et
en
plaisirs.
En
1775, on le trouve
en Suisse,
venait consulter sur sa santé Tissot, le célèbre
(1)
Saiut-Priest à d'Antraigues, 8 février 1777. Les
au nombre de plus de cent (A.
constituent une des sources les plus importantes pour
Priest à son neveu,
d'Antraigues.
oii il
méde-
F.,
de SaintFrance, 642),
la
biographie de
lettres
16
CHAPITRE PREMIER
•
cin
(le
Lausanne. Au retour de ce voyap^e,
mois à Ferney
l'hospitalité de Voltaire, et
une belle édition
cette visite
illustrée
il
reçut trois
rapporta de
de la Pucelle^
cadeau du patriarche; mais son admiration
et ses soins
allèrent plus volontiers à Jean-Jacques Rousseau.
s'était lié
Il
avec l'auteur du Contrat social, proba-
blement à Bourgoin
le
marquis de
et
dans la région du Lyonnais, chez
Tourette, leur ami
la
Anglanier de Saint-Germain,
le
commun, ou
chez
pieux catholique qui
eut le privilège de ne jamais porter
ombrage au
philo-
sophe genevois. Leurs relations, bien qu'étroites, passèrent inaperçues pour les contemporains, car d'Antrai-
gues a été
dit le
et
il
titre
le seul
à nous les
faire connaître (1). Il s'est
dernier ami, le dernier disciple de Jean-Jacques,
en
l'a été
effet,
de 1771 à 1778.
Il
reçut de lui à ce
de deux cents lettres, aujourd'hui perdues,
plus
et recueillit,
dans des pages qui ont également disparu,
ses dernières vues sur la politique et la religion.
Rous-
seau n'épargna point au jeune gentilhomme les injustes
soupçons dont
leurs amis, et
conseils
;
il
il
lui
il
était
coutumier envers ses meil-
prodigua
les rebuffades
refusa d'aller continuerauprès de
comme
lui,
les
en Vi-
promeneur solitaire », mais il
fréquemment dans sa mansarde de la rue Plâ-
varais, les « rêveries d'un
le reçut
trière,etlui donna, en signe d'amitié, un dessin de Lesueur
(1) Musset-Pathay, qui a dressé dans son Histoire de la vie et
des
œuvres deJ.-J. Rousseau, une longue liste des personnes ayant été en
relations suivies
d'Anlraiaues.
ou
même
passagères avec Rousseau, ne
nomme
pas
PREMIERES ANNEES
représentant la mort de Socrate
lui
(1753-1778)
en attendant
(1),
qu'il
léguât quelques-uns de ses manuscrits, des traduc-
une suite du Contrat,
tions de Salluste et de Tacite et
social. D'Antraigues lui offrit en retour
était
il
17
représenté sous
le
un
portrait o\i
costume allégorique de Pyg-
malion. Peut-être avait-il interprété à Lyon, sur quel-
que théâtre
seau
de
société,
la
Pygmalion
intitulée
voulut-il
et
,
peler à l'auteur une circonstance
consacré leur amitié. Jusqu'à la
autre
tera
monde
de Rous-
scène lyrique
qui avait décidé ou
fin
de sa vie, dans un
sous l'empire d'autres opinions,
et
rap-
ainsi
un admirateur indulgent de Rousseau
;
il
lui
il
res-
adres-
sera mentalement l'apostrophe qui s'est trouvée un jour
sous la plume de Robespierre
«
:
Je
t'ai
vu dans
tes
derniers jours, et ce souvenir est pour moi la source
d'une joie orgueilleuse
Rousseau venait
le
(2). »
d'écrire, dans ses
gouvernement de Pologne, un
périmentale.
vail
Il
Le jeune homme
recueillir sur
fit
et lui
mieux;
place les éléments.
quelque temps un voyage en
le
de politique ex-
traité
suggéra à d'Antraigues
semblable sur l'empire turc,
le plan.
Considérations sur
Italie
;
il
l'idée
d'un tra-
en traça
même
résolut d'en aller
Il
méditait depuis
un amour contrarié,
regret d'une liaison brisée se joignirent à la curio-
(1)
Ce dessin, qui a passé en vente à Paris
le 15
juin 1878, porte sur
marge ces mots de la main de d'Antraigues « Ce dessin de Lesueur
m'a été donné le 14 mars 1774 par J.-J. Rousseau, qui l'avait reçu de
Ms"" le prince de Gonti en 1770. » Rousseau le lui aurait offert en disant: « Ce dessin pourrait me donner l'envie d'en posséder d'autres, ce
qui augmenterait mes besoins. »
sa
:
(2)
Hamel, Histoire de Robespierre,
t.
1,
p. 22.
2
CFIAl'lTRE
18
silo
PREMIER
pour réloignci* encore davantage de son pays.
décida à suivre en Orient son oncle
Priest,
nommé ambassadeur
Ce voyage donna
qui est le
lieu à
du
un
le
se
comte de Saint-
auprès de
roi
Il
la Porte.
demeuré manuscrit,
livre^
premier de son auteur en date, en étendue
et
peut-être en intérêt.
II
VOYAGE EN
ORIE.NT
(1778-1779)
D'Antraigues, à l'âge de vingt-cinq ans, se posait en
homme
de la nature, concevant la politique selon le
Contrat social :\b. religion selon
Vicaire Savoî/a?'d, cl
le
l'amour selon la Nouvelle Héloïse
;
il
déclamait volon-
tiers contre la superstition et le despotisme_, et
un peu plus ouvertement que
ses illustres contempo-
monarchie française.
rains, contre le christianisme et la
La première page de
même,
ses récits
sur l'Orient révèle
clairement sa pensée. Là, le jeune ami de Rousseau re-
prend sur
la.
le
mode philosophique
Fraîice-Tiirquie.YiHivQ, le
l'Orient décrépit
il
de
thème huguenot de
royaume de Louis XVI
Il
se considère
comme sans
que dans son pays une certaine urbanité
mœurs et la constance de quelques usages
frein
et
ne voit point de difTérence, pas plus
qu'entre le sujet et l'esclave.
patrie, depuis
le
du despotisme;
il
se
sont le seul
demande en conséquence:
VOYAGE EN ORIENT
Est-il inutile d'offrir à
«
Est-il superflu,
philosophie rude
au moins
Comme
et
et
le
fier.
il
ferme à laquelle
moyen de
la
Il
doit, sinon la
il
recouvTer?
le
comme
;
dues à Savary
et
j)
premier ouvrage
n'ajoute rien aux publications de
esprit,
la reli-
apprendre à adorer cette
lui
catéchisme philosophique,
même
de
delà tyrannie?...
et
de d'Antraigues n'a plus de valeur
l'Orient,
faibles, le
en l'avertissant des écueils que
gion sème sous ses pas, de
liberté,
âmes
les vices des
servitude
la
19
un peuple léger, insouciant, à
un peuple habitue à tous
hideux tableau de
(1778-1779)
peinture de
môme
date
à Choiseul-Gouf-
demeure donc uniquement intéressant C(jmme
témoignage des pensées
pendant
la
et des
croyances de l'auteur
première période de sa vie
Quelques semaines avant
la
(1).
mort de son maître,
11 juin 1778, d'Antraigues s'était
le
embarqué à Toulon
sur le vaisseau le Caton. Par un singulier hasard, la
première côte
celle d'Utique, et
romaine,
il
dans la Méditerranée
qu'il entrevit
comme
se
il
croyait alors une
ne manqua pas de saluer de loin la mémoire
du dernier républicain de
l'antiquité.
huitième siècle reparut bien vite en
après, devant Cythère, à
le ressaisirent. Il alla
carrières de Paros et à
ruines de Troie.
Deux
dix-
Quelques jours
îles
de l'Archipel,
du paganisme élégant des
songer à Phidias dans
Homère
fois
L'homme du
lui.
travers les
les souvenirs des beaux-arts,
Grecs
fut
âme
les
sur l'emplacement des
pourtant on le voit
s'arra-
cher à ses contemplations esthétiques ou à ses reciier(l)
V, la Bihliogi'ap/ae, à la fin
du volume, H,
1.
CHAPITRE PREMIER
20
chos crudités;
il
nue pour nous,
pense alors à
femme aimée,
la
incon-
vient de perdre, et grave son
qu'il
sur un bloc d'albùtre. Bel exemple de
nom
fidélité, dira-t-
on. L'image qui lui arrachait encore des larmes dansla
grotte d'Antiparos s'effaça au
spectacle de Constanti-
nople pour ne plus reparaître.
Malgré ses liens avec l'ambassade française,
voyageur ne paraît
avec son oncle,
caractère
le
homme
mit
vite, et
la peste,
de plaisir qu'il
pire turc, les
ni
de son plein gré, à
quelques semaines de réclusion forcée
à Thérapia, à cause de
en
jeune
avec ses autres compatriotes. Son
ni
ombrageux
l'écart, et après
le
avoir vécu en bonne intelligence
monuments
il
étudia, en curieux et
était, les institutions
et les
mœurs
del'em-
de Constanti-
nople.
Peu de temps après son
daine de Rousseau
:
arrivée,
aurait
il
même
il
apprit la fin sou-
reçu une lettre d'a-
dieux que son illustre ami, tourmenté par de
tristes
avant de
pressentiments, lui aurait adressée trois jours
mourir. Pour faire honneur à cette chère mémoire,
commença
mais
ses études politiques et sociales,
s'aidant de la plus singulière collaboration.
il
en
venait de
Il
se lier avec unebelle Grecque, la princesse Alexandrine
Ghika, et
il
dit
sigisbé en titre.
avoir été accueilli par elle
Usant du jargon à
nous vanter sa vertu
:
la
comme
mode,
il
son
a osé
vertu étrange, qui n'était, de son
propre aveu, qu'un composé des grâces d'Aspasie et des
vices de Sapho.
dame
»
La princesse Ghika,
a belle et
selon la formule de Brantôme, avait
honneste
fait
valoir
VOYAGE EN ORIENT
au
sérail
ses séductions
et
(1778-1779)
21
son esprit d'intrigue; au
fond de son kiosque de Thérapia,
elle
entremêlait sa
vie active et voluptueuse de distractions intelligentes,
demandait à Plutai-que
et
inimitable
que
le
les
souvenirs de la
deCléopàtre. Connaissant
»
tation de sa
les
main sur les usages des anciens Égyptiens.
comme
bon mot précieux
le
:
«
cheval sur son caractère, à peu près
écuyer sur une rosse.
mieux
et
ce jugement, cité par d'Antraigues,
sur l'ambassadeur anglais Ainslies
dit
mieux
hiéroglyphes, ou acceptait une disser-
Enfin elle cultivait à ses heures
satirique,
vie
par son amant un
grec, elle se laissait lire
mémoire sur
le français
«
»
Son
esprit est à
comme un bon
Le prince de Ligne
n'eût
pas
(1).
Grâce à cette rouée d'Orient, l'ami de Rousseau put
visiter Constantinople à fond et en tous sens.
Il
parcourut
les bazars, les bains publics, les bibliothèques, et
tra sous
un déguisement dans
époque aux
Il
minée pendant
les nuits
(1)
les lieux interdits à cette
chrétiens, tels que les
dins du sérail.
péné-
mosquées
et les jar-
eut le spectacle de Sainte-Sophie illu-
du Ramazan,
et fut initié,
autant
D'Antraigues ne nous donne aucun renseignement sur sa famille.
probablement de Roxane (en français Alexandrine) Rangabé,
de Jacques Rizo-Rangabé, et ari'ière-petile-fille de Constantin
Brancovano, prince de Valachie, décapité à Constantinople en 1714.
Il
s'agit
fille
épousé Alexandre Ghika, qui fut lui-même prince de Valachie
de 1766 à 1768, et pouvait par conséquent être âgée de trente à trentecinq ans. D'Antraigues a parlé d'elle, à mainte page de son Voyage,
avec une liberté assez indiscrète, mais peut-être, par fatuité ou par
désir de donner à ses récits une teinte romanesque, a-l-il inventé ou
exagéré une partie des faits qu'il raconte.
Elle avait
CIIAPITHE PREMIER
22
qu'un lùiropoon pouvait
harem
aux honlcux socrcls du
IV'lro,
impérial.
Avant
de l'année, noire voyageur, ayant ras-
la fin
sasié sa curiosité à Constantinople, la porta en Egypte.
D'Alexandrie au Caire, du Caire à Suez
la dispersa sans Tépuiser, auprès des
vernaient
qu'il
le
pays
et
dont
et
Sinaï,
sur le Nil,
;
remonta en bateau jusqu'à Antinoopolis,
fut arrêté par des partis armés,
Thèbes; dans
il
pachas qui gou-
eut audience
il
au
et
où
il
sans pouvoir atteindre
les villes et les villages, qu'il
parcourut
en observateur attentif aux moindres détails de mœurs;
dans
les couvents, oii
précieux, et
ment
offert
oii
il
cherchait quelque manuscrit
il
avoir découvert et inutile-
affirme
d'acheterunTite-Livecompleten arabe, ainsi
qu'un Diodore de Sicileégalemcnt complet; au pied des
Pyramides
et
des autres
égyptienne,
lisation
monuments de
qu'il
la vieille
contempla avec
le désir
contrôler les assertions des voyageurs anciens et
dernes, d'Hérodote et de Thévenot.
Le
civi-
Marseillais
de
moMa-
gallon, alors sans titre le principal représentant de la
l'accueillit
avec empressement
et lui servit çà et là d'interprète et
de guide. L'Egypte
France dansces contrées,
était déjà à la
mode en France, etd'Antraigues conquit
sur le Nil cette réputation géographique qui devait pré-
céder dans les salons parisiens,
oii
l'hellénisme faisait
concurrence à l'américanisme, sa réputation politique.
Dès
le
printemps de 1779, après avoir
Chio, visité
Smyrne
et
les
ruines
de retour à Constantinople. Le
(j
mai^
fait
escale à
d'Éphèse,
il
il
reprit le
était
che-
VOYAGE EN ORIENT
min de
France par
la
(1778-1779)
23
au milieu de
terre,
la
plus sin-
gulière caravane.
Il
compagnons de voyage un bourgeois
avait pour
hollandais
l'envoyé
,
de Suède
ché de l'ambassade française,
en Turquie, un attaet
enfin la
princesse
Ghika, qui se plut à reconduire, flanquée de son aumônier,
amant jusqu'en Pologne.
son
Cette
petite
troupe cheminait en trois carrosses, suivie de nombreux
bagages, avec un firman
et
une escorte accordés par
Sa Hautesse. Nos voyageurs étaient donc gens d'importance, qui avaient droit à tous les
croyaient permises toutes les licences.
hommages
On
lé's
et se
recevait
avec pompe à l'entrée des villages; des jeunes
filles
venaient jeter du
leurs
froment sous
chevaux en signe de bienvenue,
et
misère des populations
chés à la
chaque étape.
Un
les
pieds de
des présents arraattendaient
les
à
jour leur conducteur ou cavasse, en
chargeant brulalement la foule empressée autour do
écrasa et
leurs voitures,
leurs yeux.
«
Constantinople,
Hautesse que
fit
expirer une
Notre voyage,
fait
écrivait
autant de mal
la
princesse
à l'empire de
la dévastation des Infidèles.
C'était pourtant,
femme sous
à
Sa
»
en dépit de ces malencontreux épi-
sodes, un voyage à la fois pittoresque et sentimental.
D'Antraigues goûtait chemin faisant les beautés de
nature orientale
finir,
et les
jouissances d'une liaison près de
témoin cette page
:
«
La
princesse et moi nous
étions à cheval, empressés de parcourir
sauvages
la
et délicieuses.
Le chant du
ces retraites
rossignol, celui
CFIAPITRE l'REMIER
9A
tous les autres habitants des bois nous rappelaient
(le
heureux. Nous
des jours plus
nous écarter dans
les bois
mourions d'envie de
de retrouver dans ces
et
bosquet de
vastes solitudes le palais d'Armide ou le
vainement nous
mais
Julie,
renoncer,
le
désirâmes,
le
il
fallut
y
rempli de voleurs, et on ne
bois étant
permettait à personne de
perdre les voitures de vue.
Effectivement, de loin nous en vîmes une troupe postée
sur une éminence, qui
«
C'est, dit-elle,
que je
fais
Phanariote
d'effusions
où
offrir
et le
Ainsi
c'était toujours,
la fidélité
perte
me
les
;
entre
survivant à
séparation prochaine n'entrait pour rien
ferme
de moi
jeune voyageur, un échange
pensée de
la
une
Quand
«
:
yeux, disait la première, je ne sens que
quand
:
un hommage plus
mais au moins quelque chose
restera dans ce désert. »
la belle
un arbre
pendit à
le
une offrande aux nymphes
du pays. J'aurais voulu leur
digne d'elles,
La
à notre approche.
s'enfuit
princesse détacha son ruban et
je les ouvre, je ne
je
ma
vois plus que ce qui
reste. »
Cette habituée du sérail,
cieuse.
Le
soir,
à la halte,
on
voit, était
le
elle
salon sous la
tenait
tente ou dans le taudis qui les abritait
une pré-
;
elle
oubliait
alors ou faisait oublier les fatigues de la journée et les
incommodités du
gîte.
D'Antraigues se peint dans une
de ces réunions, lisant quelques pages de Rousseau
déclamant
la dernière lettre qu'il a
Après avoir traversé
les
reçue de
Balkans
et le
et
lui.
Danube,
et
souhaité en vain d'aller en pèlerinage à la tombe d'O-
VOYAGE EN ORIENT
vide, les
25
(1778-1779]
voyageurs arrivèrent en Pologne, où
dispersèrent.
Un
se
ils
matin, à Léopol, d'Antraigues trouva
à son chevet une lettre d'adieux en style d'héroïde, ré-
digée par la princesse en vue de lui épargner l'épreuve
d'une dernière entrevue.
constance exhalée
en Allemagne
Une
fois sa
et apaisée,
il
douleur de
cir-
reprit en Pologne et
cours de ses observations philosophi-
le
ques, politiques et économiques.
A Varsovie,
audience du roi Stanislas- Auguste,
et visita
obtint
il
dans leurs
palais et leurs maisons de plaisance les principales
milles du royaume, les Lubomirski, les
Czartoryski.
Il
s'indigna, avec
fa-
Potocki, les
une colère que ne par-
tageaient certainement pas ses amis parisiens, contre
le
démembrement de 1772
en démêla sur place
il
;
les
origines, et bien qu'il en attribuât la principale responsabilité
au
roi de Prusse,
ramis du Nord,
montrer
cœur
le plus
existé ». Déjà en Turquie
il
la
Sémi-
«
l'àmc
comme
des philosophes,
l'idole
la plus atroce, le
se plut à
il
corrompu qui
ait
jamais
avait dénoncé, à cause de
leurs excès ou de leurs fautes, ces conquérants russes,
transformés trop aisément par Voltaire
et ses disciples
en libérateurs de l'Orient.
De Pologne, après avoir
visité les
fameuses salines
de Wicliczka, notre voyageur vint à Vienne,
bassadeur de France
le
présenta à Kaunitz
oii
et
meilleures sociétés. Cette ville lui plut peu;
l'am-
dans
il
les
croyait
sentir partout autour de lui l'esprit de superstition et de
routine,
et pensait
avec colère
qu'il avait
dû mettre
sous scellés, à son entrée dans l'empire, les œuvres
CHAPITRE PREMIER
2G
de l{ousscau, sauf à on recouvrer l'usage hors des étals
de la
par
la
dévote impératrice.
regagna enlin
Il
la
France
Bavière, dans les derniers mois de 1779.
Los notes prises
sur sa route, les
lettres
écrites
d'Egypte ou do Pologne à ses amis de Constantinople
composent un recueil qui devait former
partie de ses
mémoires. Au point de vue
une œuvre médiocre
et
la
première
littéraire, c'est
incohérente. L'érudition qui s'y
amateur
intelligent, apte à vérifier
sur place les connaissances
d'aulrui, nullement à les
étale est colle d'un
accroître. Les
hommes,
et surtout les
assez maltraités; les femmes, depuis
la
Français, y sont
princesse Ghika
jusqu'à la dernière odalisque, sont toutes peintes avec
indulgence. L'auteur a visité l'Orient l'âme pleine dos
pensées de Jean-Jacques. Sans négliger les ruines
les manuscrits,
et les
a étudiéprincipalementlos institutions
il
mœurs; do
une succession de scènes tantôt
là
voluptueuses, tantôt violentes,
scène,
avec
prompt aux
oii
il
se
met souvent en
tempérament exubérant
son
belles
factices de tendresse
,
toujours
phrases, aux caresses, aux accès
ou d'indignation.
Ce philosophe armé contre toute tyrannie politique
religieuse a trouvé chezles
et à s'irriter.
Un
et
jour
il
et
Turcsample matière à gémir
a vu pendre dans sa maison,
au milieu dos siens, un paysan coupable d'avoir disputé
son cheval à des eunuques
;
un autre jour
il
a aperçu
le
grand-visir bàtonnant et clouant par l'oroille contre sa
porte un boulanger
poids, et la colère
soupçonné d'avoir vendu à faux
ici et
là
s'est
emparée de son
ànio,
VOYAGE EN ORIENT
(1778-1779)
27
Ailleurs, c'est la pitié qui l'emporte, en présence d'une
Egyptienne écrasant sous ses piedsl'enfantdont on vient
de
lui enlever'" la
dans
le Nil
homme,
subsistance, et précipitée
par ceux-mêmes qui l'ont dépouillée
s'écrie-t-il,
spectacle
«
:
fait
Quel
peut n'être pas athée devant un
tel
? »
D'Antraigues
était alors,
ne l'oublions pas,
fervent des libres penseurs.
comme
de ce
les
Il
méprisait les
le
plus
chrétiens
Turcs, et parmi les chrétiens les
Latins
autant que les Grecs. Hostile non seulement aux couvents, mais à toute religion révélée,
il
Koran
estimait le
bien plus favorable que l'Évangile à l'épanouissement
des facultés et des passions humaines.
ne se souvint
Tl
jamais de sa religion au milieu des Infidèles que pour re-
marquer combien
fessaient.
elle valait d'avanies à
Lui-même
se considérait
ceux qui
sérieusement
la pro-
comme
humilié lorsqu'on l'obligeait, devant l'autel de quelque
monastère, à se prosterner devant des reliques.
Il
n'estime
saint Antoine qu'à cause de la Tentation de Callot, et
quant aux moines contemporains,
boutade
:
« Si
discordants,
Macaire,
il
il
Dieu aime
les
il
les salue
estomacs à jeun
doit être satisfait. »
a trouvé,
il
de cette
et les cris
Au couvent de
Saint-
lui faut l'avouer, l'hospitalité la
plus touchante, la plus empressée, mais ces soins l'é-
tonnent, l'obligation qu'il en
Iji
doit avoir lui pèse, et
semble que sa gratitude sera moins lourde
compagne de sa
s'il
il
l'ac-
pitié.
Heureux du moins quand
il
rencontre sous
un sceptique irrévérencieux à sa manière En
1
le
turban
allant
du
CHAPITRE PREMIER
28
Cairo à l'ancienne Héliopolis,
nnusulman
esprit-fort qui
a
il
fait
route avec un
consommer, à
vient de
la
Mecque même,
toute une caisse de liqueurs fortes; pro-
voqué par
sur la question
lui
parle jamais,
»
a-t-il
valu cette réplique
ne
croit pas plus
:
«
religieuse
répondu. Ce
Quand
tu rencontres
Mahomet que
en
toi
qui
phèmes
a
en Jésus-Christ,
?
»
Et tous
prétexte de s'éclairer, font assaut de blas-
de plaisanteries sacrilèges contre
et
n'en
lui
un Turc qui
ne peux-tu causer de toutes ces bagatelles
deux, sous
Je
«
:
d'abord
le
culte
de leurs ancêtres.
Par contre, devant une odalisque avec laquelle
s'est
mis en
frais
il
de galanterie, c'est avec une gravité
ironique qu'il se transforme en disciple du Prophète
«
En
Je baisai sa main, elle
temps,
tien.
et
Je
me
me
dit qu'elle
lui fis dire qu'elle se consolât,
elle
que
mon cœur,
Turquie sans me con-
la
que je n'osais l'avouer, mais que
que j'espérais
me
c'était
me
promettait de courir dans
bras au jour du grand jugement.
le
musulmans ou
les
si
abus des
chrétiens, autant
paraît indulgent pour les vices de la société.
dans ces histoires de harem
mes
»
Autant d'Antraigues juge condamnables
et si
dans
la voir. Elle se livra à toute sa joie,
dit qu'elle
gouvernements,
j'étais chré-
mais musulman au fond de
que je n'avais pu vivre dans
vertir,
m'aimerait long-
répéta ses regrets de ce que j'étais chré-
tien à l'extérieur,
ciel
:
la voyant pleurer, je fus prêt à répandre des pleurs.
Il
il
se délecte
fréquemment racontées
goûtées au dix-huitième siècle.
VOYAGE EN ORIENT
Personnellement,
des
mœurs
n'accepta qu'à moitié la liberté
il
orientales.
A
l'en croire,
été toutes platoniques.
Un bouquet de
a jeté en passant
qu'il
a
convenue d'avance,
bazar, avec
mée
et
une sultane
serait
il
demeuré
bonnes fortunes auraient
fidèle à sa princesse, et ses
entrevue
29
(1778-1779)
roses qu'on
tendrement baisé; une
mais muette,
qui, plus
dans un
étonnée que char-
par l'aspect de ce Franc au teint pâle et aux yeux
envoyé
éteints, lui a
cadeaux
pliments
et
;
le
lendemain quelques menus
en a été remerciée par de merveilleux comtels
souvenirs galants, celui
sont les seuls
de la princesse Gliika mis à part, que d'Antraigues
conservés pour
En revanche,
le
il
a
parlé avec une liberté complaisante
ne comprend pas que
Le réalisme de
ses
dans les formes d'un jargon
chez un
lecteur
monde
oriental
;
lois violent la justice, et
les
ne proteste que du bout des lèvres
la nature.
ait
public de son séjour sur le Bosphore.
de certaines corruptions propres au
il
lui
si
les
mœurs
violent
peintures, enveloppé
sentimental,
de Diderot, mais serait
s'explique
difficilement
accepté du lecteur,même aujourd'hui (1).
IVontesquieu, par la bouche des orientaux qu'il pro-
mène
à travers la
France de son temps, sème sur
les ta-
bleaux licencieux ses railleries contre les religions positives, leurs
légendes
et leurs
cérémonies. D'Antraigues
a été lui-même, à Constantinople et au Caire, une sorte
au moins piquant de comparer ces récits, peut-être emquant au fond et certainement licencieux quant à la forme, aux
pages romanesques, mais vécues, que de notre temps le romancier
(1)11 serait
bellis
Pierre Loti a consacrées à «
Azyadé
».
CIIAl'ITRE l'REMlER
30
d'Usbck OU do Rica
ciircLicii
ou plutôt encore
:
cet Anténor, libertin d'esprit et de
a été
il
que Lantier,
coîur,
vingt ans plus tard, faisait voyager en héros de boudoir à travers la Grèce et l'Asie.
fut
Ce dernier
nom
lui
donné par ses adversaires politiques en 1789; on
peut déjà
le lui attribuer
au vu du vaste recueil, philo-
sophique et romanesque, descriptif et déclamatoire,
oiîil
a consigné les souvenirs de son voyage en Orient.
III
A PARIS ET EN PROVINCE (1779-1788)
VIE
Rentré
France, d'Antraigues réussit à obtenir,
en
comme une récompense due à
le
brevet
et le
sa
campagne
scientifique,
rang de colonel de cavalerie; bien
abhorrât la profession des armes,
toute sa vie le goût des
plus reparaître au
il
avait et
il
qu'il
garda
honneurs qu'elle procure. Sans
régiment,
il
partagea sa vie entre
Paris et ses domaines du Vivarais.
A
la cour,
il
fréquentait des amis puissants, tels que
d'Angiviller, le surintendant des bâtiments, les Poli-
gnac
il
et leur inséparable
s'était
commensal Yaudreuil. AParis,
logé au coin de la rue
de Miromesnil,
en
vue des Champs-Elysées, chez le spirituel vicomte do
Ségur,
et
il
recherchait, en
mémo
temps
(jue
corlains
VIE A PARIS ET EN PROVINCE
gentilshommes d'esprit hardi
gens de
de théâtre
lettres,
et
et
de
(1779-1788)
mœurs
31
faciles, les
de finances. De belle
figure et de noble prestance., très goûté dans les salons
pour sa conversation,
il
se sentait attiré vers tous
les
genres de curiosité, de jouissance ou d'ambition, et ses
succès
comme homme du monde
bel-esprit
et
sem-
blaient lui présager, les circonstances aidant, des triom-
phes politiques.
11
convenait d'être
lui
dans ses aspirations
avec
s'aboucher
apprendre de
lui
un autre jour,
le
et
de paraître encyclopédique
Un jour, on le voit
Rome de Lisle pour
et ses études.
physicien
à mesurer l'altitude de ses montagnes
il
au Jardin des Plantes
recueille
;
les
savants aperçus de Buffon sur les races humaines; de
là
il
passe à des cours de chirurgie, dans l'atelier de
dans
Greuze,
d'Hennin.
Il
son mieux
.
cabinet d'estampes et
salua avec
les
Montgolfîer
le
enthousiasme
de médailles
et favorisa
de
travaux de ses compatriotes, les frères
Les premières expériences aérostatiques
avaient eu lieu en présence des États du Vivarais (juin
1783)
;
elles se poursuivirent à Paris l'année suivante.
Tandis que Faujas de Saint-Fond publiait deux volumes
on l'honneur des ballons, d'Antraigues
talité
aux inventeurs;
dans
les
airs à
il
se hasardait,
côté d'eux,
et
il
offrait
l'hospi-
non sans
frayeur,
les soutenait de sa
parole et de son crédit, surtout contre la concurrence
de Pilàtre de Rozier. Enfin
il
pressait Galonné
accorder une subvention importante,
indignation,
il
se vit
marchander
la
et,
de leur
à sa grande
somme
qu'il dési-
CHAPITRE PREMIER
82
rail
par un
qu'aux
Son
esprit
plus accessible aux
ministre
hommes
courtisans
de science (1).
remuant comme sa
facilité
de
mœurs l'as-
socièrent à ces gens épicuriens et affairés qui s'initiaient
aux secrets de
la liante finance
auprès do Panchaud,
le
compatriote et le rival de Necker (2). Les rapports de
sa famille avec celle de Talleyrand lui firent connaître
Un
dès 1779 l'abbé de Périgord, le futur diplomate.
peu plus tard,
se lia avec
il
Mirabeau
;
celui-ci
était
venu à Paris, au commencement de 1784, en appeler
devant
le
Conseil d'Etat du jugement qui avait prononcé
contre lui la séparation de corps avec sa femme. L'opi-
nion publique
lui était
peu favorable
;
et le
garde des
sceaux supprimait un mémoire rédigé en sa faveur, à
cause d'une pièce
diffamatoire qui y était
D'Antraigues se
dans
fit
les salons
où
il
contenue.
avait accès le
défenseur officieux de Mirabeau, et chercha à faire dé-
noncer à l'ordre des avocats
des sceaux; mais
il
l'acte arbitraire
du garde
eut beau déployer le zèle qu'on eût
pu attendre d'une amitié déjà ancienne; Mirabeau
sa requête en appel rejetée,
qui lui était offerte en
gagner l'Angleterre.
A
et,
Vivarais,
vit
déclinant l'hospitalité
il
estima prudent de
son retour, trois ans après,
il
rendait à son nouvel ami ce témoignage qu'il lui devait
en partie les consolations
et la fin
de son exil
(3).
(1) Arch. Nat. ,AF., 111,44. Pièce intitulée Avant -propos, par lecomte
cTAntraigues. C'est une de celles qui furent saisies à Trieste eni797.
(2)
(3)
De Loménie,
les Mirabeau, t. III, pp. 621-622.
D'Antraigues à M"» Saint-Huberly, 16 avril (1784) (C.
P.).
—
Mi-
VIE A PARIS ET EN PROVINCE
Parmi
mag-istrats, d'Antraigues cultivait surtout
les
la société
de Malesherbes,
en pensée,
ami des
Malesherbes
lui
comme
études spéculatives.
cadeau d'un manuscrit
fit
qu'il serait
c'étaient des réflexions,
quieu; et plus tard, sous la Terreur,
comme un
et lui léguait,
il
envoyait à
lui
héritage,
en
Montes-
sur X Esprit des lois de
cahiers in-folio,
Venise
révolutionnaire
lui
livres et des
intéressant de connaître;
dix
33
(1779-1788)
ses
papiers
les plus précieux.
Dans
le
Laharpe
et
camp philosophique, d'Antraigues
Chamfort ses amis,
et
était
il
le
appelait
bienvenu
auprès de d'Alembert et du groupe des Encyclopédistes.
Il
se
montra particulièrement empressé auprès de Ber-
nardin
de
amis de Rousseau
rêts
comme
Saint-Pierre,
et
populaires. Mais
d'un caractère
commun,
«
inté-
se trouvait en
face
encore
ici
difficile et défiant,
il
»
bien qu'il eût offert
et le portrait
récriminations
accueillait les boutades de
Il
et
gens de qualité.
des
d'accueillir de telles
il
de leur maître
un jour accuser dans sa personne
l'entendit
despotisme
un des derniers
un défenseur théorique des
à Bernardin un autographe
le
lui
Il lui
en coûtait
comme Vaudreuil
Chamfort, par l'indifférence.
écrivit à l'ombrageux écrivain une lettre propre à la
fois
à le désarmer et à
citer tout entière. Il
excuses
le
confondre, et qui serait à
y mêlait avec un art consommé
et les leçons, les critiques et les
concluait ainsi
:
«
Il
hommages,
de France, p.
et
faut conserver le souvenir de ce
rabeau à d'Antraigues, 28 avril 1787 (dans l'Adresse à l'ordre de
blesse
les
47, uote).
3
la no-
.
CHAPITRE l'RKMIER
34
neplusnous
qui nous plut dans l'un et l'autre, et
voir...
Veuillez n'avoir aucun regret de ce qui s'est passé entre
nous.
Veuillez croire qu'il n'existe pas
vous estime plus sincèrement que moi
vous
vous connaître,
désiré
vous.
Le
ne
ciel
l'a
aimer
un
homme
et qui ait
et être
qui
autant
aimé de
pas voulu; mais nous nous
aime-
rons encorepar nos ouvrages, et nous y retrouverons,
je l'espère,
avec de nouveaux motifs pour nous estimer,
de nouveaux regrets de n'avoir pu nous aimer. Adieu,
vertueux Saint-Pierre.
Le
«
»
vertueux); Saint-Pierre ne tint pas devant ce ten-
dre réquisitoire, et sa réponse, que nous n'avons pas, lui
valut cette réplique, écrite au
le
Vivarais
:
«
A mon
moment
retour, je sens que
ramènera où vous habitez
que des Européens, d'Antraigues
avait
le
connu
le
mon cœur me
(1).»
Se souvenant que son maître avait
ses relations autant
d'un départ pour
écrit
s'était fait
:
Il
n'y a plus
Européen pai'
que par ses voyages. En Pologne,
comte SéverinPotocki, qui vint à son tour
voir en Vivarais.
x4.
Montpellier, de tout temps rendez-
vous d'une colonie anglaise,
il
avait
pu admirer et peut-
être courtiser la célèbre Georgina, duchesse de
hire.
le
il
il
En Angleterre même,
des sujets
Devons-
communs d'étude
mirent en correspondance avec l'historien Robertson;
y trouva des amis chers à son cœur entre tous, dont
a souvent parlé, mais dont les
jusqu'à nous
(1)
noms ne
il
sont pas venus
(2)
D'Antraigues à Bernardin de Saint-Pierre, 23 janvier
et 17 février
1789 (G. P.).
(2)
Dans une
lettre
de 1803,
il
parie de son vieil
ami de trente-quatre
VIE A PARIS ET EN PROVINCE
La
sensibilité
<i
était
»
(1779-1788)
une des vertus
35
essentielles
philosophe. D'Antraigues exerça la sienne un pou
hasard, et de manière à en imposer
Sur ce sujet
toire.
délicat,
il
le
souvenir à
du
au
l'his-
faut entendre encore
sa
mère
:
faillit
à vous faire devenir fou... Elle vous coûta votre
L'Anglaise
«
duchesse
(la
de
Devonshire?)
argent, encore celle-là n'était pas méchante; mais rap-
pelez-vous M"^" de Montalembert, la comtesse de B,..,
compter tout ce que
sans
perdre
fait
manière
état,
j'ai
ignoré. Elles vous ont
fortune, mariage,
la plus fâcheuse,
exposé à vous faire tuer
(1). »
Certaines
discrètes de sa correspondance le
l'adorateur préféré d'une grande
Cour
même
et
nette, et
]\|me
la
mort,
la
et
indications
montrent vers 1788
dame appartenant
à la
à l'entourage familier de Marie-Antoi-
cependant
il
était alors
en liaison avouée avec
Saint-Huberty, première chanteuse de l'Opéra.
On
a écrit un volume sur cette reine de théâtre, qui
inspira
nifia
compromis de
rendu malade à
un madrigal au lieutenant Bonaparte,
un jour aux yeux de Chateaubriand
la célèbre et imaginaire Lucile.
les
et
person-
charmes de
Née à Strasbourg,
fille
de musiciens ambulants, Marie-Antoinette Clavel avait
été la
femme, bientôt divorcée, d'un aventurier
nommé
Saint-Huberty. Point belle, mais d'une physionomie fort
expressive, sur la scène elle était sans rivale dans les
opéras de Gluck pour l'expression de son chant, la lar-
ans, railord duc de R...
(né en 1784,
(1) M"»»
mort en
Il
s'agit
probablement du duc de Richniond
1806).
d'Antraigues mère à son
fils,
22 octobre 1796 (B. D.)-
.
CHAPITRE PREMIER
36
noblesse de ses attitudes. Avec ses
geur de son jeu
et la
camarades
se montrait
elle
humeur
jalousie et son
peu accommodante par sa
capricieuse
;
elle tyrannisait et
troublait la république de l'Opéra, jusqu'à mériter d'être
mise à
Force. Dans le monde, on l'appelait, en la
la
confondant avec
les
héroïnes ou les divinités fabuleuses
qu'elle personnifiait à la scène, tour à tour Didon, Ar-
Ses galanteries n'allèrent pas toutefois
mide, Sapho.
jusqu'au scandale éclatant et permanent; Mirabeau seul,
mélomane
libertin
à la
ses
femme
qui adressait à la fois ses
et à la cantatrice,
premiers
succéda, se
adorateurs
dit attiré
mérite une mention parmi
(1).
D'Antraigues, qui
que par
femme
célèbre autant
l'artiste
séductions
de
la
apprécier en elle l'esprit proprement
les
femmes,
enfant,
il
disait-il,
lui
pratique dont
aimable.
dit,
manquait lui-même,
et
Sans
qui est chez
comme un rasoir aux mains
reconnaissait le jugement
il
lui
vers la Saint-Huberty et retenu
auprès d'elle parla simplicité de
les
hommages
sain, le
il
d'un
sens
demeura de
longues années sousle charme de cette domination impérieuse et familière
(2).
Leurs premières relations paraissent dater de 1783
De LoMÉxiE,
;
Brissot, dans
t. III, pp. 621-623, 647.
que Mirabeau a aimé, entre Sophie de Monnier
et M'"» de Nehra, « une comédienne laide, mais riche, aux dépens de
laquelle il a trop vécu »
(2) « M"" Saint-Huberty est une femme dont on commence, il est vrai,
par admirer les talents ; quand on la connaît, on les oublie, parce
qu'elle a une belle âme, et cela vaut mieux que les talents les plus
distingués. » (Lettre du 17 juillet 1784.
Gâtai, d'autographes Gharavay. Vente du 9 mai 1892.)
(1)
les
Mirabeau,
ses Mémoires, raconte
—
VIE A PARIS ET EN PROVINCE
elles
Un
devinrent intimes vers la
fils
en naquit, qui
le
boudoir de
37
de l'année suivante.
mourut jeune. Le Pygmalion
qui figurait jadis dans la
orner
fin
(1779-1788)
mansarde do Rousseau
vint
La Saint-Huberty semble
l'artiste.
homme qu'elle avait
Mon bien-aimé si tu
avoir été sincèrement attachée à cet
dompté
et qu'elle
appelait
«
:
m'obéis, ou vilain ours mal léché
De fréquentes absences de
la tendresse
si
tu
regimbes
(1). »
part et d'autre ravivèrent
D'Antraigues se
de cette liaison.
retirait
durant de longs mois dans ses terres, la Saint-Huberty
faisait
chaque année des tournées théâtrales en province
delà une correspondance dont
offrent,
au moins sous
la
les
:
fragments conservés
plume delà chanteuse, un sin-
gulier
mélange de descriptions pittoresques, d'anecdotes
libres
ou malignes, de nouvelles locales surtout aux
approches de
la
Révolution, et enfin de protestations
amoureuses plus câlines que tendres tantôt en
tantôt en
italien.
De son
français,
côté, d'Antraigues, était à sa
maîtresse une sorte d'éducateur intellectuel.il
l'initiait
volontiers et savait l'intéresser aux inventions de Montgolfier
comme aux imaginations
de Bernardin de Saint-
Pierre.
Les deux amants, malgré leurs invocations à
la
vertu
copiées dans la Nouvelle Iléloise, étaient évidemment
des gens de morale peu scrupuleuse.
de Metz, durant ses voyages,
(1)
De GoxcoL'RT,
la Saint-Huherly,
la
De Bordeaux ou
Saint-Huberty no par-
p. 189. D'Antraigues
remplit la
dernière partie de ce livre. Les renseignements recueillis sur
curieux, mais très incomplets et parfois inexacts.
lui
sont
CHAPITRE PREMIER
38
lait
point à son ar^orateur préféré le langage d'Alceste
ou de Pénélope,
sait
et
d'Antraigues de son côté ne suppo-
pas pour lui-même et pour les autres qu'une
mondaines restât absolument
selon les convenances
inflexible.
Un
fidélité
comte de Turconi, qui habitait
certain
alors Paris, paraît avoir été pendant plusieurs années le
témoin autorisé de ces
gcntilliomme
tête-à-tête.
italien, g-rand
était
un
amateur, ainsi que d'Antrai-
gues, en toutes choses, en sciences
Il
Ce Turconi
comme
en voyages.
avait visité l'Allemagne et la Pologne, traduit
un
livre sur la constitution anglaise, et on le disait pas-
sionné pour
philosophale
l'alchimie
(1).
recherche de la pierre
et la
Cet admirateur, qu'on voudrait croire
désintéressé, de la Saint-Huberty l'avait gratifiée d'une
agréable maison de campagne à Groslay, et d'Antrai-
gues ne protestait point; bien mieux,
tentation d'y venir prendre
vulgaire que blesse
caprice,
gîte (2).
même, dans une
France
comme
liaison
passagères
dames de
Paris, les danseuses
pas moins,
et
la
lui
il
est
n'a pas
Saint-Huberty
donnait parmi les nobles
les rivales
les villageoises
à la
née d'un
tiers,
en Orient, et
dû dissimuler bien soigneusement à
qu'il lui
cédait
Cette délicatesse
une complicité survenant en
inconnue en
il
du théâtre de Lyon ou
du Yivarais. Leur liaison n'en
diffère
heureusement, de celles qui encombrent
de leurs souvenirs les pages indiscrètes des mémoires
ou des nouvelles à
la
main. Elle
(1)
Giovio, Gli Uomini illmlri délia
(2)
De Concourt,
fut durable, aboutit
Comasca
la Saint-Huberty, p.
ITT.
diocesi,
pp.
265-266.
VIE A PARIS ET EN PROVINCE
à
un mariage de
vingt ans après,
de
même
la
Dans
raison, et
le
jour
main, par
ses terres,
où
il
traigues n'était plus le
tout
«
(1779-1788)
39
parut consacrée
encore
oij elle fut
rompue violemment,
la mort.
séjournait le plus souvent, d'An-
même homme;
il
se disait avant
baron de Jaujac, deMayras, seigneur d'Aizac, Ju-
vinas, Asperjoc,
Lachamp-Rosas. Genestelle, Prades,
La Souche,
Fabras, Saint-Cergues de Prades^ Nicigles,
co-scigneur de Vais, Mézillac, Saint-Andéol, Ailhou,
Mcrcuer
autres places (1)
et
».
Entre ses châteaux de
Castre vieille, de Bruget et de la Bastide,
préférence
près d'un
le dernier, véritable
il
habitait de
ermitage féodal situé
hameau du même nom, sur la Bezorgue,
à l'ex-
trémité supérieure d'une gorge tortueuse et sauvage.
là, l'œil
scories et de lave
et
mal déguisés sous
la
verdure sombre
clairsemée des mûriers et des châtaigniers
rugueuse
et
^'horizon.
Au
vait sur
;
coupe
la
ébréchée du volcan éteint d'Aizac fermait
milieu de ce cirque naturel,
le
château
une sorte de promontoire formé par
nières coulées d'un autre ancien volcan.
ses quatre tours carrées et de ses
més de canons de parade
ses
De
ne rencontrait que blocs degranit,monceauxde
murs semblaient
le lit
Il
s'éle-
der-
les
dominait de
deux ponts-levis
ar-
encaissé du torrent, et
se prolonger sous terre avec
les
parois à pic, tapissées de plantes sauvages, du roc basaltique qui supportait tout l'édiflce. Aujourd'hui encore,
lorsque, traversantle grossier pontde pierre qui y donne
(1) J'emprunte
V Ardèclie .)
cette
nomenclature ù un acte de 1776. {Arch.
dép. de
CHAPITRE PREMIER
40
accès, et longeant un reste d'avenue en pente, on arrive
à l'informe
amas de
pierres éparses sur l'emplacement
du château
détruit
lorsqu'on
;
parcourt
ces
terrasses
croulantes sur lesquelles une pauvre filature de soie a
conservé
la vie et le travail
humain, on
croirait visiter
repaire abandonné de quelque baron malfaisant
le
peuple
et rebelle
au
roi (1).
Le châtelain du dernier
était très attaché
veau devant
fiques (2).
le
Il
siècle,
malgré sa philosophie,
à certaines prérogatives qu'il tenait de
coutume féodale;
la
au
il
avait fait
homologuer de nou-
Parlement de Toulouse ses droits honori-
se plaisait toujours à recevoir le premier
l'aspersion ou l'encens, à passer le premier à l'ofïrande
ou aux processions;
veillait à ce
il
vassaux fussent enfermés du
l'intérêt
de ses récoltes
et
l^r
que
les chiens
mai au
i^^
trois jours
mais, à l'exemple du marquis de Mirabeau,
ce féodal se
Yami
lettré,
en philanthrope.
avait su introduire à la Bastide les
jardins chantés par Delille.
Il
agréments des
avait dirigé et discipliné
les eaux, planté des bosquets, dessiné des allées sur
flanc escarpé de la
;
des
comportait dans l'intérieur de
son logis en mondain, en
Il
août dans
de son gibier, et à ce que ses
vendanges précédassent toutes autres de
hommes^
de ses
le
montagne, sans oublier un ermitage,
en souvenir de Jean-Jacques.
Il
jouissait d'une galerie
de tableaux, d'un cabinet d'histoire naturelle, d'une riche
(1)
Du
Boys,
Album du
Vivarais, pi. 24. Ce dessin, qui date de 1842,
absolument exact
les débiis de tours encore debout
ont disparu.
(2) Arrêt (imprimé) du 13 mai 1785. (Comm. par M. Mazon.)
n'est plus
:
alors
VIE A PARIS ET EN PROVINCE
(1779-1788)
41
bibliothèque. Les souvenirs de son voyage l'entouraient,
depuis les riches pelisses reçues de la Cour ottomane
jusqu'aux momies
portées d'Egypte.
liste
et
aux curiosités minéralogiques rap-
Ici, écrivait
«
un
visiteur, le natura-
a de quoi faire de belles études, le peintre y trouve
curieux points de vue, l'homme sensible
les plus
mélancolique peut y faire
les
rêves les plus extraordi-
monter
naires, et le poète le plus froid y trouve de quoi
son imagination. L'Arioste
était
sans doute dans un lieu
pareil lorsqu'il créa les aventures singulières
rables de son
Roland
et
admi-
et
(1), »
Confiné dans son cabinet la plus grande partie de ses
journées,
d'Antraigues rédigea en 1780 les derniers
chapitres de son voyage en Orient;
le tout,
il
revit
corrigea
en vue d'une publication possible, mais sans
cesse reculée, dans l'automne de 1785.
hôtes se succédaient
de
près
lui.
De nombreux
Tantôt
s'entretenait de géologie avec Faujas de
le
et
le
châtelain
Saint-Fond,
savant dauphinois, ou d'histoire avec des religieux
du voisinage, dom Lobi
caire à Antraigues
(1)
(Ms.
;
dom
et
tantôt
il
Faujas ue Saixt-Fond, Second
comm.par M.
méridionale,
triote de
t. II,
des Gouttes, ould'his-
fameux abbé Soulavie,
toiro naturelle avec le
alors vi-
remuait de plus vivants
livide
du journal de mes voyages.
Doize.) Cf. Soulavie, Histoire naturelle de la
p. 469, et
un
article signé
France
le Pa-
B' Francus, dans
VArdeche, 7 janvier 1887.
Le château de
la Bastide, tel qu'il existait
au
siécls dernier, fait
pen-
demeure seigneuriale de la région, celle des Vogué,
décrite avec tant de charme et de couleur par M. Rousse. (Réponse au
discours de réception de M. E.-M de Vogué à V Académie française,
ser à cette autre
.
7 juin 1889.
CHAPITRE PREMIER
42
problèmes en
têtc-à-lète
avec
le prieur
de Nieigles, Ma-
losse,uncle ces prêtres philosophes, philanthropes, patriotes
comme la Révolution de 1789
en
fit
tant connaître.
Sans exercer aucune fonction publique,
il
s'étaitmôlé
spontanément à diverses entreprises utiles à la prospé-
du Vivarais.
rité
par Louis
XVI
Il dit
quelque part
de former
Pure gasconnade; car
il
avait-il contribué à la trans-
formation du collège de cette
en
ville
école
militaire.
qui est plus certain, c'est qu'il exploitait avec succès,
comme
et
».
n'y a jamais eu d'Université à
Tournon; mais peut-être
Ce
avoir été chargé
(1)
«Université de Tournon
1"
propriétaire, les
de Jaujac,
et qu'il
mines de Nieigles, de Prades
reçut de ce
fait,
à deux reprises,
des États du Vivarais, une gratification de 1.200 livres.
Sa mère
retirée
vivait
non
château de Laulagnct. Tout en
d'une ardente piété,
une
famille avec
elle
de la Bastide, au
loin
se livrant
aux pratiques
s'occupait des affaires de la
sollicitude
que
les
mauvais procédés
ne décourageaient pas. Elle se bornait à accuser tout
bas dans son
la conduite
fils
:
«
la
De
sécheresse du cœur
sang-froid, lui
écrivait-elle encore
longtemps après, quelle douceur goùtiez-vous à
Vous
tide?
ennuyeux
(1)
et peut-être
fort sotte et
tourmentant vos domesti-
vous-même par
Dans son Mémoire sur
Bas;
une maîtresse
des bavards,
bête, faisant l'impertinente,
ques
la
un homme de mérite des
n'y voyiez pas
et
de
et les écarts
la nécessité
ses prétentions (2).
»
d'un enseignemeyit national en
Russie.
(2)
M"" d'Antraigues mère à son
fils,
18 février 1803. (A. F., France,
vol. 633.) Cette lettre est la seule de M'"^ d'Antraigues qui se trouve
aux
I
VIE A PARIS ET EN PROVINCE
43
(1779-1788)
Cette Saint-Hiiberty rustique, qui remplissait l'inter-
règne de sa rivale parisienne,
lée
Marianne André,
core dans
le
pays.
une paysanne appe-
était
« la belle
Son maître
Henriette, »
lui
avait fait
dit-on en-
donner quel-
dans un pensionnat de Montélimart,
que éducation
puis l'avait installée à la Bastide en qualité de
«
lingère»
Elle s'asseyait à sa table, et avait carte blancbe au château.
que
La renommée
populaire, moins sévère envers elle
dame deLaulagnet,
la
affirme qu'elle usait au profit
des vassaux de son infiuence sur le seigneur, et qu'elle
était
aimée de tous.
Vingt ans plus tard, dans son
lorsqu'il
exil agité de Dresde,
ce temps de sa vie, d'Antraigues
songeait à
s'attendrissait volontiers
:
Tout ce
«
qu'il a vu, fait,
l'environne, disait-il en parlant de lui-môme;
mence
sa vie en s'en occupant sans cesse...
pas qu'il pense à Paris
;
il
aimé
recom-
Ne croyez
cela ne lui arrive jamais. C'est
en Vivarais, c'est sur ce pays qu'errent ses pensées,
c'est là qu'est rivé
son cœur.
Il
n'a aucun désir de le
revoir par la certitude de n'y retrouver aucun habitant
dont l'esprit
lui
plût,
mais
il
aime à s'en occuper;
dès qu'il peut lui tomber sous la main
pays,
il
n'est
aucun service
trop sévère avec
lui.
qu'il
lui
de sa plus
rende sans être
»
grande prospérité, d'Antrai-
Affaires étrangères; toutes les autres, au
nombre de prés de
à la Ribliothèque de Dijon.
(1)
D'Antraigues à sa mère,
être de ce
Qui n'a pas eu besoin d'indul-
gence en ces temps de délire (1)?
Au moment
ne
un
et
1
février 1804. (B. D.)
cent, sont
CHAPITRR PREMIER
44
giies avait des
revenus consistant presque entièrement
en redevances féodales
livres de rente
(1). Il
au plus,
jouissait de quarante mille
sous
et vivait
le
poids de dettes
de famille s'élevant au delà de 300.000 livres. Dans
testament
mère
sa
rédigea en 1782, après avoir attribué à
qu'il
d'usage et institué sa sœur pour hé-
la légitime
universelle,
ritière
le
aucun des legs
n'oubliait
il
par les convenances de sa situation,
reconnaissance
la
de 24.000 livres aux
et l'humanité. Il distribuait près
pauvres de ses paroisses
dictés
et à l'église
de la Bastide, et
accordait des pensions viagères à tous ses serviteurs,
depuis l'homme d'affaires au valet de
oublier
a
Marianne André,
Marie Jeanny, née à Freycenet
feu Jean
à
fille
chambre, sans
(2)
André
et à
».
Ce testament, œuvre sans doute d'un jour de maladie et de mélancolie,
ne devait pas être mis à exécution,
que d'Antraigues jugeait déjà close,
et cette carrière,
commençait seulement à s'ouvrir pour
lui,
aux appro-
ches d'une révolution générale.
Non
une bicoque seigneuriale d'Au-
loin de lui, dans
vergne, vivait alors
se
et
exemple un homme qui
tés
du caractère
(1)
D'Antraigues
et
fils
de
lui
la
écrit
à
consumait
sur place à son
ressemble par
les
étrange-
conduite, le comte de MontloTessier
:
«
Dans un vieux calepin de
mon
père écrit de sa main je trouve article par article que son revenu
de 1780 à 1790 s'élevait annuellement à 38.008 francs. » Dans cette
somme, dont suit le détail, les redevances seigneuriales entrent pour
27.750 francs. (Lettre
(2)
Ce testament est
du 10 septembre
la 4"
d'Antraigues, publiée par
70 p.)
1824.
Gomm. par M.
des Pièces justificatives
M.
de
la
Vasclialde. (Privas, Roure,
Doize.)
Notice sur
1882,
in-8,
VIE A PARIS ET EN PROVINCE
sier.
Durant sa
triste
4o
(1779-1788)
jeunesse, Montlosier a eu,
comme
son voisin du Vivarais, la passion du travail intellectuel
poussé en tous sens
et à outrance, et
une haine con-
centrée, vivace, contre le despotisme de Versailles. L'un
et l'autre s'instruisent et
s'arment à l'écart pour
tes politiques qui se préparent.
et
en émigration,
ils
A l'Assemblée constituante
se tiendront obstinément à part de
tous par leurs opinions et leur attitude;
certains
les lut-
moments pour
ils
seront à
leur parti une puissance, avant
d'en devenir sur leurs vieux jours l'effroi et presque le
scandale. Après avoir sacrifié dans leur jeunesse,
mier au jansénisme,
finiront,
défendre
le
en face de la Révolution
la
le pre-
second au philosophisme,
monarcliic et
la
et
religion
ils
de l'Empire, par
sans les
servir
utilement ni l'une ni l'autre, et sans mériter leur gratitude.
CHAPITRE DEUXIEME
D'ANTRAIGUES DÉPUTÉ
—
Une apologiede Necker.
Le Mémoire sur les États généraux (1788).
D'Antraigues défenseur des
Origines du Mémoire sur les Etats.
franchises du Vivarais contre la Cour, contre les États du Languedoc.
Double caractère do son livre théories générales, revenSa doctrine du gouvernement direct par le
dications pratiques.
peuple.
Sa conception traditionnelle et féodale de la liberté.
D'Antraigues mal vu à la
II. La Chambre de la noblesse ;1788-1789).
Son mémoire contre les Etats du
Cour sa popularité passagère.
Languedoc.
L'Assemblée des trois ordres du Vivarais.
D'AntraiIl est élu député.
gues rédige le cahier de la noblesse.
Ses
La vérification des pouvoirs;
premiers actes aux États généraux.
D'Antraigues commissaire de la
le vote par ordre ou par tête.
D'Antraigues entre à
noblesse.
Gonféreuces enti-e les ordres.
I.
—
—
—
:
—
—
—
—
:
—
—
—
—
—
—
—
—
l'Assemblée constituante.
(1789-1790). — Nombreuses brochures
— Anténor. — Ses répliques. — Discours a l'Asveto royal. — Ses travaux dans
seûiblée sur les Droits de l'homme,
les Comités. — Sou attitude passive. — Dernières relations avec
Mirabeau. — Brochures sur les questions du jour. — Lettre du 6
vrier 1790. — Départ pour la Suisse. — Débats du H mars à son
sujet. — Royalistes et révolutionnaires en Vivarais. — Pillage et in-
III.
L'Assemblée constituante
contre d'Antraigues.
le
fé-
cendie de la Bastide.
I
LE MÉMOIRE SUR LES
Au
était
pied des Cévennes
ÉTATS GÉNÉRAUX (1788)
comme
à Paris, d'Antraigues
un mécontent. Après avoir déclamé dans
les sa-
CHAPITRE DEUXIÈME
48
Ions contre les despotes de l'Asie et de l'Afrique,
ditait
;
des
enrichissait
il
ses récits
nouvelles tirades contre la tyrannie
de voyages de
est
arabes et
songeait à la liberté des déserts
il
des montagnes helléniques, et
II
mé-
au milieu de ses vassaux sur l'émancipation des
hommes
a
il
pour nous, je
moyens pour recouvrer
:
encore, écrivait-il en 1785,
le crois
la liberté sans recourir à la
voie extrême, mais légitime, de l'insurrection. Plus heu-
reux que
les
générales
Turcs, nous avons eu jadis des assemblées
oii
la
nation
réunie par ses représentants
Que
opposait à la royauté de redoutables barrières.
la
nation se pénètre de l'absolue nécessité de rassembler
les États
seul
généraux,
moyen
et
qu'elle
sente qu'il
d'éviter la tyrannie.
n'est
Les Etats
»
que ce
qu'il
rêve
sont bien ceux qu'on verra à l'œuvre en 1789, abattant
les ordres et les privilèges
dit-il
en toutes
lettres,
:
«
La
noblesse héréditaire,
estunfléau quidévore ma patrie. »
C'est selon lui la seule supériorité des Orientaux sur les
chrétiens de ne la pas connaître.
par avance dans
nobles, et
il
L'honneur
ce
soi-disant
prévoit et
il
flétrit
frein
des
monarchies
:
aussi, s'écrie-t-il, conduirait les nobles sur
les foyers de leurs pères,
les
Il
crise prochaine la conduite des
s'emporte contre Montesquieu et sa théorie
sur l'honneur,
((
la
de leurs citoyens. L'honneur
armerait contre leur patrie pour soutenir la volonté
d'un despote ...»
Quel beau jeu auraient eu contre
lui
ceux qui, plus
tard, le virent attiser les passions de l'émigration, s'ils
avaient connu ces pages, perdues au milieu
dune
des-
LE MÉMOIRE SUR LES ÉTATS GÉNÉRAUX
cription de l'Orient
49
(1788)
Et plus encore ceux qui l'entendi-
!
rent pendant dix ans vanter l'ancienne constitution française, s'ils avaient
pu
antérieures à 1789
avec vos
lui
«
:
opposer
Que voulez-vous donc nous
donc, ces lois dont tout le
?
ne connaît? Vous vous avilissez jusqu'à louer
comme
constitution,
qui doit
s'il
conserver
la
dire
Où sont-elles? Citez-les
monde parle et que personne
fondamentales
lois
les lignes suivantes,
notre
pouvait en exister quand celui
commande
à cent mille nobles
prêts à cimenter de leur sang le trône des tyrans (1) ?
Dès 1781,
avait risqué
il
une première
nifestation de ses sentiments;
il
avait pris place,
parmi ceux qui préparaient
écrivain,
en critiquant
de quitter
le
et timide
la
»
ma-
comme
Révolution
abus de la monarchie. Necker venait
les
contrôle général avec les apparences de la
disgrâce, entouré d'une popularité bruyante et presque
factieuse. D'Antraigues alla le voir dans sa retraite près
de Montpellier,
réponse à je ne
et,
sans se
nommer,
sais quel libelle,
gétique. Cet ouvrage parut assez
répandu pour que
donnât
ainsi à
le
une brochure apolobien
fait
et fut assez
mise au pilon. L'auteur obtint
frais les félicitations
et la réputation
en
premier ministre Maurepas en or-
la saisie et la
peu de
lui consacra,
du ministre déchu
d'un publiciste suspect au pouvoir, par
conséquent populaire (2).
citations qui précèdent sont extraites du manuscrit des
(1) Les
Voyages en Orient, et de pages ajoutées par l'auteur lors de la revision
de son ouvrage ea 1783.
(2)
M'"e
léon
D'Antraigues (à M-^^ Saint-Huberty), 21 février 1782
(C.
P.).
—
Necker à d'Antraigues, 28 mars 1782 (dans Sainsbcrv, fhe Napo-
Muséum,
p. 146}.
4
CHAPITRE DEUXIÈME
50
Pendantles années suivantes, nous
le
voyons devenir,
avec une parfaite désinvolture, un g:rand partisan de
Galonné, en
même
Polignac
terie
l'arrivée de
(1).
temps qu'un des familiers de
Galonné tombé,
Loménie-Brienne aux
hommes
l'approbateur intrépide des
il
la co-
salua avec espoir
affaires (2)
en place,
;
il
devenu
demeu-
en théorie l'adversaire du gouvernement. C'était
rait
son ami
imiter
souriait
Vaudreuil, ce parfait courtisan, qui
aux épigrammes frondeuses de Ghamfort,
et
donnait à l'entourage royal la primeur du Mariage de
Figaro. D'Antraigues
fit
mieux
livre applaudi avec fureur par
:
il
publia en 1788 un
ceux qui préparaient
la
chute de l'ancien régime. Disciple de Rousseau, citoyen
du monde,
il
n'attendait que l'occasion pour s'épancher
en idées générales
que politique;
en sentences de haute métaphysi-
restait
il
philosophique,
et
néanmoins, sous son enveloppe
un gentilhomme de province, enviant
tout bas lo sort des nobles de cour et haïssant leur des-
potisme
(3). Il se fût
en lui-même,
(1)
a
II
M. Necker
le
reconnu,
s'il
eût daigné descendre
descendant légitime des frondeurs, des
commença
et
à se faire connaître par des brochures pour
continua sous M, de Galonné, par d'autres brochures si
bien payées qu'un jour
res de Maurepas,
t.
le
comte en emporta dOO.ÛÛO
livres. »
(Mémoi-
IV, p. 254.) Ces mémoires ont été rédigés dans
le
mais compatriote de d'Antraigues et on no peut mieux informé à son égard.
(2) « Enfin l'archevêque dcToulouse est chef du conseil des finances...
Il est l'ami intime de mon oncle et fort attaché à mes amis dans ce
pays-ci. » (D'Antraigues au baron delaChadenéde, 8 mail787. —G, P.)
cabinet de Soulavie, auteur très
(3)
«
On
était si las
de la cour
suspect,
et
des ministres que la plupart deg
nobles étaient ce qu'on a appelé depuis démocrates.
moires.)
»
(FEnniÈREs, Mé-
LE MÉMOIRE SUR LES ÉTATS GÉNÉRAUX
huguenots, des barons du
moyen
51
(1788)
âge, voire des Icudes
mérovingiens.
De
plus, né en
s'indigiiait des
rale.
Languedoc, habitant
comme
abus locaux
le Vivarais,
il
de la tyrannie géné-
Or, que voyait-il autour de lui? Le Languedoc était
gouverné par une oligarchie toute-puissante, personnifiée
dans
assemblée,
les Etats. Cette
composée de
vingt-trois évèques, de vingt-trois barons investis héré-
ditairement de leurs mandats depuis 1560, des consuls
ou maires non
électifs
comme
en droit,
bon
illégale
plaisir royal
avec sagesse
:
en
de quelques
villes, était
fait.
elle passait
Elle
avait
pour un simple bureau d'en-
naturel, l'ennemi éternel de
ordres aux États généraux.
pellier, le
mouvement,
les
l'ennemi
la
membres du
députés
Cette
des trois
Contre cette prétention,
Cour des aides de Mont-
Parlement de Toulouse,
non barons,
«
l'esprit public (1) ».
allait, disait-on, élire les
tout se mit en
au
beau administrer
registrement, en proie à l'esprit de corps,
assemblée
regardée
comme absolument soumise
les
gentilshommes
tiers état. Il leur fallait
à
tout prix obtenir la nomination des députés par les trois
ordres réunis à. chaque chef-lieu de bailliage. D'Antrai-
gues se jeta dans
la
mêlée, on va voir avec quelle har-
diesse et quel éclat.
Il
Il
avait également à
cœur
les franchises
du Vivarais.
a affirmé avoir combattu certaines entreprises,
que
nous ignorons, du baron do Breteuil, ministre de
(1)
— Cf. Trouvé,
Mémoire sur les États généraux, p. 5.
les États généraux du Languedoc, t.
que sur
l,
la
Essai, histori-
pp. 307-30'J.
CHAPITRE DEUXIÈME
52
maison du
compatriotes.
torts
contre les droits et les intérêts de ses
roi,
« II
avait, a-t-il écrit, fait à
mon
pays des
graves que les souffrir eût été une lâcheté
si
je
aies réparer par la crainte que je ne publiasse
le forçai
sa conduite basse et avide
pour
humiliante
(1). »
D'Antraigues estimait
gens du Vivarais l'obligation de
les
porter leurs causes en appel devant le présidial de
et
;
non devant
le
Parlement de Toulouse
pour lui-même de ne
;
il
point siéger aux États. Ceux-ci
comme ceux du Languedoc,
étaient en effet,
Nîmes
souffrait
fermés à
gentilshommes; douze barons héréditaires
la foule des
y avaient seuls entrée.
On
voit maintenant quels sentiments divers et
plexes
agitaient
toute la France
chaine.
allait les
d'Antraigues,
lorsqu'il
un des boutefeux de
la
com-
devint
pour
Révolution pro-
Les Droits de l'homme étant à
la
mode,
il
invoquer, avec une sincérité de circonstance,
en faveur des électeurs du Vivarais et du Languedoc,
et
par surcroît de tous les Français.
Pendant
l'été
de 1788, les événements précurseurs
d'une grande crise se précipitaient. Ce furent d'abord
l'exil
des Parlements, appelés alors par toutle
monde les
remparts des libertés publiques puis l'annonce des États
;
généraux,
affaires.
la
chute de Brienneet leretourdeNecker aux
Factums, journaux, remontrances, brochures
pleuvaient, entretenant l'agitation dans les esprits, allu-
mant
(1)
à certains jours l'émeute dans les rues. D'Antrai-
Réflexions
sw notre
position, etc. (A. F., France, vol. 634.)
LE MÉMOIRE SUR LES ÉTATS GÉNÉRAUX
gues entendait non loin de
lui,
;
il
avait
n3
en Dauphiné, les députés
rassemblés à Vizille parler haut pour
France entière
(178S)
pays
le
et
pour
vu son ami d'Esprémesnil
la
saisi
sur son siège par la force armée, et son autre ami Mira-
beau
lui écrivait
«
:
Les États généraux sont devenus
inévitables, autant qu'ils sont nécessaires pour rétablir
notre constitution monarcliif|ue(l). «-Atteint, au fond de
son château, par
la fièvre générale,
il
maudit à son tour
Brienne,et rédigea, pendant les mois de mai, juin et juillet 1 7 8 8 s o n
,
et la
Mémo iï^e sur les Etats généra ux
manière de
losse, et
les
convoquer Son ami
.
peut-être aussi
eurent part à cet ouvrage
et vite
sa
sœur
(2). Il fut
,
le u rs dro its
prieur
le
Viennois,
de
|M'"''
imprimé à Avignon,
distingué au milieu des innombrables
sollicitaient l'opinion.
Du
Ma-
écrits qui
jour au lendemain, à la
fa-
veur d'un anonyme transparent^ l'auteur fut célèbre,
quatorze éditions de son livre se succédèrent
Les pages qui provoquèrent
ments ou
le
le
et
.
plus les applaudisse-
scandale sont celles qu'il devait contredire
ou expliquer dans ses écrits ultérieurs,
sa conduite. Sa première
et
démentir par
phrase est celle-ci
:
«
Ce
fut
sans doute pour donner aux plus héroïques vertus une
patrie digne
des
d'elles
républiques.
»
peut désigner de ce
que
Il
le
peuple voulut
est en effet républicain,
nom
Mirabeau à d'Antraigues,17 août 1788
à son
fils,
27
mai
1802.
un
roi,
[AdSi'&X Adresse
de France, p. 44, note).
(2) A l'ordre de la noblesse du Vivarais, p.
mère
y eut
si
l'on
tout adversaire d'un régime
absolu. Cet audacieux sujet dénie à
(1)
qu'il
8.
—
M""=
surtout à
à la noblesse
d'Antraigues
U
CHAPITRE DEUXIEME
un
roi héréditaire, le
cours des foyers
quement
«
cialement
que
a
législatif.
corruption,
Il
appelle les
noblesse
la
une espèce de nation particulière
un épouvantable
dans
est
France.
pouvoir
de
l'air si
Il l'avait
fléau
so-
et
»,
Mais sa républi-
».
veut, en
l'on
politi-
tout
cas hors de
vue en Suisse, au milieu de [a.La7ids-
gemeinde de Schwyz ou
c'est-à-dire chez
d'Uri,
des
populations simples,[réunies sur un territoire restreint,
se
gouvernant par elles-mêmes, sans
de députés élus.
Jean-Jacques;
il
Celle-là,
avait
il
même
l'intermédiaire
l'admirait,
sur la
foi
de
reçu en héritage de son
maître un écrit consacré aux états démocratiques non
représentatifs. Après lui,
comme
lui,
il
manifeste plus
de confiance dans la droiture du simple citoyen, né
bon, que dans les plus sublimes talents des députés.
Aussi craint-il, pour ceux qui vont renouveler
France, des pouvoirs sans limites.
Il
des mandats strictementimpératifs,
et
d'avance
(1).
Ne
la
faut leur conférer
pourun tempsfixé
pourraient-ils pas, loin de leurs élec-
teurs, et réunis, se croire à l'abri de
tout contrôle, et
exercer à leur tour le despotisme, après l'avoir brisé
Sur ce thème, d'Antraigues
jamais
;
il
?
est inépuisable, etne variera
pressent, dirait-on, les oublis, les entraîne-
ments, les illusions qui se produisirent à l'Assemblée
nationale, et qui, changeant le
siège de
la tyrannie,
précipitèrent la Révolution (2).
(1) « Si
votre doctrine était adoptée, lui disait Mounier,
il
serait
ab-
solument inutile de rassembler les représentants de la nation. Il serait
alors beaucoup plus simple de n'envoyer que des cahiers. « (Nouvelles
observations sur les États généraux, p. 230.)
(2)
Il
se rencontre
ici
avec Robespierre, qui disait un jour au club
LE MÉxMOIRE SUR LES ÉTATS GÉNÉRAUX
Ennemi du gouvernement
gues
Bien mieux, quoi
tenant du passé.
11
en
qu'il
restait féodal
déclamations contre
à-tète,
représentatif,
d'Antrai-
donc hostile par avance au mouvement de
était
1789.
S5
(1788)
un
alors, c'était
dît
dans l'âme, malgré ses
en
la féodalité. 11 avait écrit
tète-
non seulement avec Rousseau, mais avec toute
une bibliothèque. L'épigraphe de son
mule hautaine,
justicier
vieille
livre était la for-
par laquelle
de cinq siècles,
d'Aragon s'engageait envers son roi
promettons
maintenez nos droits
Or, quel
moins sous
et privilèges
avait été le
les
;
«
Nous
si
vous
:
gouvernement,
d'obéir à votre
le
sinon, non.
»
gouvernement en France, au
descendants de Hugues Capet? C'est
que d'Antraigues, laissant
les
ici
formules tranchantes et
abstraites, se posait en érudit, familier avec les vieilles
lois et les
vieux auteurs. Dans
honteuse
et barbare,
Etienne Marcel,
et
ne
il
deux
le
moyen
discernait
rois seulement,
âge, période
qu'un
héros,
Louis Xll
et
Henri IV, étaient épargnés dans les périodes postérieures.
Contre les derniers Bourbons,
que dans
le style
pamphlétaire jacobin.
«
XIV acheva
des Jacobins
:
«
Que
le
s'exprimait prestel
autre
Richelieu avait courbé tous les
courages, Mazarin les détruisit,
Louis
il
La Vicomterie ou de
de
et
le
long règne de
de gangrener toutes les âmes
despotisme
n'ait
qu'une tète ou
qu'il
en
(1). »
ait
sept
cents, c'est toujours le despotisme. Je ne connais rien d'aussi effrayant
l'idée d'un pouvoir illimité remis à une assemblée nombreuse qui
au-dessus des lois, fùt-elle une assemblée de sages. »
Il faut débourhonnailler
(1) Mémoire sur lesÈtats généraux, p. 212.
la France, s'écriait alors d'Esprémesnil, depuis si hostile à la Révolu-
que
est
—
tion,
CHAPITRE DEUXIÈME
56
Au-dessus de ce gouvernement, antérieurement à
lui,
a existé la constitution française. D'Antraigues, à force
do
enfin
lire, l'a
découverte. Pour
la trouver,
dit-il,
consultez Grégoire de Tours, Aimoin. les Capitulaires
reportez-vous aux décisions des États
la
chose publique, aux
des
cours souveraines;
conservateurs intermittents de
remontrances
plus
que sont
c'est là
récentes
les titres imprescriptibles des libertés
nationales.
Au doux Louis XVI
justice
C'est légal, puisque je le veux,
:
«
peler Clotaire
II
;
généraux, ces
s'oubliant à dire en
» il
lit
de
faut rap-
déclarant ne pouvoir rien faire sansle
consentement de ses leudes. De l'époque présente
il
faut
rétrograder, politiquement parlant, à l'époque idéale,
celle de
Charlemagne. Cette thèse
est
devenue
celle des
publicistesde l'émigration, lorsqu'ils prétendaient opposer
aux constitutions de 1791
et
de l'an
vraie, la seule constitution française.
III l'antique, la
Avant eux, d'An-
traiguesa déployé au service de ce paradoxe une érudition très variée et quelque peu confuse.
Philippe Pot, Bodin, Boulainvilliers
lui
Beaumanoir,
servent de cor-
tège, et son dernier témoin, celui qu'il apostrophe avec
une éloquence émue,
c'est
d'Esprémosnil, alors
un
tribun populaire, qui depuis...
En somme,
d'Antraigues était déjà plutôt avec les
dogmatiques de
l'école
historique
et
parlementaire
qu'avec les défenseurs des Droits de l'homme
rédigé, sur le ton des publicistes à la
trance
oiiil
avait juxtaposé les
et les citations savantes. Il
;
il
avait
mode, une remon-
maximes philosophiques
demandait, sous forme de
LE MÉMOIRE SUR LES ÉTATS GÉNÉRAUX
S7
(1788)
révolution, une restauration. Cette tendance
s'accuse
particulièrement dans les dernières pages,
il
loppe, par voie de digression, sa thèse
A grand
renfort de textes,
lever à des États illégaux
la
il
démontre
déve-
la nécessité d'en-
comme ceux du Languedoc
nomination des députés de
clore et
oii
d'intérêt local.
province. Puis, pour
la
recommander son véhément plaidoyer,
de nouvelles avances au parti des réformes.
Il
il
fait
propose
de substituer à l'armée royale, instrument de despo-
une armée
tisme,
contre l'étranger
la presse;
peuple est
faut
Il
il
citoyenne
«
il
:
s'écrie
la
:
réclame sans réserves
a
Le
le
il
;
nombre de
de
est l'État lui-même...
ses
moins celui des deux autres ordres
cune sorte de désordre qui ne
quillité funeste
la liberté
tiers état est le peuple, et le
base de l'État
donc que
purement défensive
»,
que procure
députés égale au
réunis...
Il
n'est au
soit préférable à la tran-
le
pouvoir absolu
(1).»
A
la faveur de telles déclarations, l'auteur se voyait déjà
jouant un grand rôle; et
il
songeait, j'imagine,
Mirabeau qu'à lui-même quand
la
prochaine assemblée un
il
homme
voyait se levant dans
éloquent, un prédi-
cateur infaillible de la science politique,
aux passions, unissant
les
moins à
commandant
cœurs, les résolutions
et les
espérances. Mirabeau pourtant prédisait avec plus de
raison son propre avenir, en disant vers le
à ses compatriotes
dans
les
la
:
«
grande assemblée de
Mémoire sur
les
temps
Quelque grande voix s'élèvera
abus qui vous oppriment.
(1)
même
. .
la nation
pour dénoncer
»
États généraux, pp. 24C-247, 2S1.
CITAPITIU']
S8
DEUXIÈME
II
LA CHAMBRE DE LA NOBLESSE (1788-1789)
A
cause de ses digressions étourdies ou calculées plus
qu'en raison de son
sur
et
les
inspiration véritable, le
Mémoire
Etats généraux fut'jugé diversement à
la
Cour
parmi ceux qui régentaient alors l'opinion. Au milieu
de l'enivrement de son succès, l'auteur apprit que son
oncle Saint-Priest venait de prendre place dans les conseils
si
la
de la couronne. Ils'empressa de
le féliciter,
comme
présence de Saint-Priest auprès du roi eût pu donner
quelque crédit à ses propres idées. Pour toute réponse
son oncle l'invita à cesser jusqu'à nouvel ordre ses relations avec lui, et Louis XVI lui
trer à Versailles
:
«
Le
fit
défendre de se mon-
roi, aurait dit alors
est le maître de m'interdire l'entrée de
s'il
son palais ;mais
m'envoyait un ordre qui pût hors de
ma liberté, je me
d'Antraigues,
là restreindre
croirais en droit de no pas lui obéir(l).))
Tout plein de sa gloire
factieuse,
il
attendait peut-être contre sa personne
cachet, qui ne vint pas (2).
annonçait,
une
lettre
il
de
Qu'avait-il à craindre de la
Correspondance secrète publiée par de Lescure, t. II, p. 313.
Discours de Ganion dans le Moniteur du 9 brumaire an IV. Cf. la
leUre de Boissy-d'Anglas, après la réunion des trois oi'dres du Haut« Je rne conduis bien, et j'irai aux États généraux ou à la
Vivarais
(1)
(2)
:
Bastille peut-être.
»
(Dans
la
revue
/a Révolution française,
i.
I,
p. 125.)
LA CHAMBRE DE LA NOBLESSE
59
(1788-1789)
Cour? Avec
tout le
dehors
de sa part de souveraineté. Atout le
il
d'elle,
monde,
il
jouissait
impunément, en
monde
comme l'émule do Publicola et des Graccomme un des bienfaiteurs politiques de la nation
apparaissait
ques,
régénérée. Dans certains conciliabules, on récitait avec
componction autour du buste de Necker laCredo d'An^ra2^we5
Son compatriote Soulavie
(1).
dédiait
lui
(il
a
depuis effacé son nom) une brochure intitulée ÏAiHstocratie enchaînée et surveillée
Mirabeau
lui
par
la îiation et le roi.
demandait des conseils au moment de se
présenter à la députation. Les électeurs parisiens du
tiers parlaient
de
mettre sur leur
le
liste
à côté de l'abbé
Sieyès, et d'associer ainsi deux bruyants transfuges du
clergé et de la noblesse à leurs revendications.
D'Antraigues, fort de cette popularité, propagea dans
sa province l'agitation qui, chez ses voisins
du Dauphiné,
Romans,
avait abouti
aux assemblées de
à des résolutions
trois ordres
Vizille et de
si
hardies.
Le 28 octobre 1788,
du Yivarais réunis
arrêté par lequel
ils
à
les
Annonay rendirent un
réclamaient un nombre suffisant
de députés aux Etats généraux, élus par eux, aux chefslieux de leurs deux sénéchaussées.
Ils se
rassemblèrent
de nouveau à Privas du 17 au 19 décembre,
mèrent pour l'assemblée future
leur province la
Dauphiné
(1)
le
vote par
et Là récla-
tète, et
pour
forme d'administration accordée au
(2).
Mémoires de Co}idorcet,
t.
I,
p.
263.
—
Lettre
à
M.
le
comte
d'Anlraigues, etc., p. 2.
(2) Procès-verbal de rassemblée générale des trois ordres du Vivarais,
CHAPITRE DEUXIÈME
60
D'Antraigues avait
imprimer à Paris,
et
sig-nc leur arrêté;
présenter aux ministres
revenant à sa polémique locale,
et tandis
;
que
le
(1).
même
Puis,
lança un second mé-
il
moire expressément dirigé contre
guedoc
le fit
il
les
États du Lan-
Parlement de Toulouse
et
la
Cour des aides de Montpellier continuaient à dénoncer
cette
comme illégale, lui
assemblée
à élire les
aurons,
la déclarait inhabile
députés aux États généraux
s'écriait-il, le
Ou nous
«
:
choix libre de nos représentants
dans chacune de nos sénéchaussées, ou nous n'aurons
pas de représentants légaux aux États généraux, et en
ce cas, ne coopérant point à leurs décrets,
pour nous.
point obligatoires
24 janvier
lui
donna
»
satisfaction
ils
ne sont
L'arrêt 'du conseil du
il
;
décida que, dans
toute la France, les députés seraient élus par les électeurs
de chacun des trois ordres,
au chef-lieu de chaque
bailliage.
D'Antraigues
était toujours
ses déclarations,
comme un
sur
la
foi
de
des meneurs futurs de la
révolution bourgeoise; mais
ouvertement son Mémoire.
regardé,
A
déjà
il
reniait
presque
part sa haine contre les
États du Languedoc, aucun des sentiments qui l'avaient
inspiré ne survivait en lui.
pas bien haut:
il
ne s'en rappelait pas moins tout à coup
que l'existence politique de
immémorial, un
tenue à Privas
la noblesse était,
article essentiel
les 17, 18,
i9 décembre 1789
Andéol, Guillet, in-8, 148 pp.
(1) lien envoie copie à Paris
n» 326.)
Sa noblesse ne remontait
le
de temps
de l'ancienne consti(lire J788).
—
Bourg Saint-
30 décembre. (Arch. Nat.,
AA
44,
LA CEÎAMBRE DE LA NOBLESSE
Comme
tution.
l'égalité
Necker,
il
d'avance au tiers
accordait
de tous devant l'impôt,
61
(1788-1789)
et se figurait
par cette
concession réduire au silence, dans les prochains États,
ennemis de l'ancien régime. Beaucoup de nobles, à
les
son exemple, qui naguère tonnaient contre
Cour dans
la
les clubs élégants de l'époque, revinrent ainsi
ment, durant
les
brusque-
premiers jours de 1789, à l'adoration
du passé. D'Antraigues se décida à décliner (il avait
cité
en secret, assure-t-il,
par
lui était offert
l'avis
le tiers état
même
de
un député des communes
lui
:
;
il
il
les
passerait
remercia
(1).
un porte-drapeau,
comme Mirabeau
ne voulait pas entrer,
mandat qui
ses compatriotes voulaient faire
Eùt-il conçu l'espoir de devenir
des rangs où
roi) le
de Paris. Dans sa pro-
vince,
comédie
du
solli-
et Sieyès,
bon gré malgré pour un
il
dans
trans-
fuge.
Le 26 mars,
les
Villeneuve-de-Berg
ordres du
Bas-Vivarais réunis à
procédèrent à la confection
des
cahiers et à la nomination des députés. D'Antraigues
avait
sans doute rassuré ses collègues de la noblesse
sur la valeur de son soi-disant manifeste
par eux
comme
car
il
fut choisi
secrétaire de son ordre, et par
quent chargé de la rédaction du cahier
Ce cahier,
;
qu'il est
curieux de
consé-
(2).
parcourir après
le
fameux Mémoire^ nous présente le programme politique
de l'auteur réduit à des proportions raisonnables, déga(Gomm. par M. Mazou].
du Bas-Vi26 mars 1789. — Bourg Saint-An-
(1)
Delichères, Histoire ms. d'Aubenas
(2)
Procès-verbal de l'assemblée générale des trois ordres
varais, tenue àVilleneuve-de-Berg le
déol, imp. Guillet, in-4, lOS p.
CHAPITRE DEUXIÈME
62
gc de toute
bout à
vue systématique
l'autre,
chimérique
et
son style et ses idées
D'un
(1).
y sont reconnais-
sablés.
Ce programme, fondé sur
pératif, se divise
les pouvoirs,
du mandat im-
la doctrine
en deux parties.
La première
en d'autres termes spécifie
contient
réformes
les
nécessaires, celles que le député devra solliciter et voter
atout prix. Elle comprend la destruction
et
la re-
fonte des États du Lang^uedoc et du Vivarais, la liberté
réglée de la presse, la responsabilité des
des lettres
l'abolition
ministres,
de cachet, la suppression des
môme
privilèges judiciaires et
provinciaux
si elle
est
universelle, le concours des États au vote des subsides,
des emprunts et des lois en général, et enfin l'adhésion
de la noblesse au principe de l'égalité devant l'impôt.
La seconde mentionne
appliquer
terpréter,
cette
dernière
réformes désirables,
les
forme d'instructions que
le
député
au gré des circonstances.
catégorie
sous
devra méditer, in-
figurent
diverses
Dans
mesures
secondaires, de l'ordre financier, judiciaire, militaire ou
administratif, et favorables tant à l'ordre de la noblesse
qu'à la province du Vivarais.
on reconnaît
la
Le cahier
marque du rédacteur
des États généraux;
il
réclame
(et ici surtout
principal, se défie
la cessation des
des députés au bout d'une année,
et proteste
pouvoirs
avec la
dernière énergie contre l'établissement possible d'une
commission intermédiaire de l'assemblée.
(1)
Ce cahier
pp. 177-182.
est
imprimé
dans
les
Archives parlementaires,
l.
VI>
LA CHAMBRE DE LA NOBLESSE
(1788-1789)
D'Antraig-iies avait gardé avec intention
sur la question du vote par tète,
devant l'impôt
saire
silence
le
sur l'abolition de
et
certains droits féodaux; d'autre part
principale réforme
63
fit
il
ressortir
consentie par son ordre,
cette renonciation lui paraissait néces-
:
pour prévenir toute attaque ultérieure aux
lèges politiques de la noblesse.
Le 28 mars
il
alla à
privila tête
de ses collègues donner acte à ses compatriotes du
de cette renonciation.
Le 2
avril, l'avocat Espic,
à son tour le haranguer, lui disait
années, votre vie n'a été
et d'actes utiles
province
;
quun
la nation
:
tiers
venant
Depuis plusieurs
«
tissu de
travaux précieux
vous doit ses lumières,
la
sa régénération prochaine, et nous une re-
connaissance éternelle.
Arriva
la
l'égalité
le
moment
nommer deux
»
des élections.
La noblesse
avait à
députés, et d'Antraigues trouvait devant
les comtes de Vogué
manœuvrer adroitement,
lui
deux concurrents redoutables,
et
de Jovyac.
Il
lui
fallait
pour évincer l'un d'eux. Vogué passa au premier tour
de scrutin.
La seconde
place fut l'objet de débats pas-
sionnés. D'Antraigues fut cependant
et
nommé
(4 avril),
après un arrangement entre les prétentions en pré-
sence
(1).
Les plus chauds compliments
core d'Espic et de
ses amis;
il
lui vinrent
les accueillit
en-
par ces
mots, qui montraient bien cette fois le fond de sa pen-
—
Ses collègues du clergé
Ghomeyras, et l'abbé de Pampelonne, archidiacre de Viviers. Ceux du tiers étaient Espic, avocat à Aubenas, Madier de Montjau (de Bourg Saint-Andéol), Dubois-Maurin et Defrance,
(1)
Delichères, Histoire ms. cVAubenas.
étaient Ghouvet, curé de
avocat à Privas.
CHAPITRE DEUXIEME
64
sée: «
Mon collègue
et
moi concourrons avec vos dépu-
tés à la défense des droits
du peuple, qui dès
cet instant
sont à jamais unis à ceux de notre ordre.» C'était vouloir
établir,
en dépit de l'affirmation célèbre de Sieyès, une
solidarité entre les privilégiés et le tiers,
risait,
Peu de jours
On
que la loi auto-
mais quel'opinion publique avaitdétruite d'avance.
après,
il
se mit en route pour Paris.
conte encore dans le pays qu'à son
départ de la
Bastide la belle Henriette l'accompagna jusqu'au
de Chastagnet,
et
que
là,
avant de se séparer,
ils
pont
gra-
vèrent leurs initiales sur un noyer, àl'instar des bergers
de Florian. D'Antraigues fermait sur cet adieu idyllique
première partie de son existence
la
;
il
ne devait plus
revoir ni Marianne André ni le Vivarais, et
condamné aux travaux
il
demeurait
forcés de la politique pour le
reste de sa vie.
Il
du
arriva à Versailles le 26 avril. Se sachant exclu
palais,
il
demanda à ne
tation des députés.
Il lui
fut
point assister à la présen-
répondu verbalement
n'y avait plus de préventions contre lui, mais
lait
il
qu'il
lui fal-
davantage, une preuve authentique de sa rentrée en
grâce, et
il
l'obtint
quelques semaines après lorsque,
ayant refusé de pénétrer dans
tions de
commissaire de
le
château, où ses fonc-
la noblesse l'appelaient,
il
re-
çut enfin une lettre écrite de la part de la reine, qui lui
assurait l'oubli de ses déclamations téméraires et invo-
quait pour l'avenir ses services.
L'unique pensée du nouveau député, en prenant lan-
gue avec ses collègues,
était
pour
la
destruction de
LA CHAMBRE DE LA >JOBLESSE
65
(1788-1789)
l'administration du Languedoc.
Il
gouvernement, voulant consoler
les Etats
se souvenait
que
le
de cette pro-
vince de n'avoir pas désigné les députés aux Etats gé-
néraux, leur avait promis d'appeler à Versailles, pen-
dant la tenue de l'Assemblée, une députation tirée de
leur sein. Dès le 10 mai, quatre jours après la séance
royale,
il
réunit chez lui, sans distinction
d'ordres,
soixante-dix-huit députés de sa province, et dans un dis-
cours très applaudi posa la question en ces termes
qui
demander
Au
roi
«A
:
ladestruction de cette assemblée illégale?
ou aux États généraux
? »
La majorité adopta
ce
dernier parti. Dans une seconde réunion, le surlende-
main, une défense des États du Languedoc rédigée par
leur président-né, l'archevêque de Narbonne, fut mise
en discussion,
et
d'Antraigues se
fit
nommer un
des
huit commissaires chargés de la réplique.
Ce débat
même
d'intérêt local ne devait pas
troduit, car
être
un autre bien plus grave venait de
qui tenait à la constitution des États généraux.
rification des
trois ordres
pouvoirs serait-elle
faite
dans sa chambre, ou en
sentait bien,
en
commun
le 6
comme
tiers état,
et le
membres
que
commun,
la fusion
donna
;
elle
la vérification
aurait pour conséquence nécessaire
libération en
vé-
commun? LaCham-
mai, 237 de ses
le
La
par chacun des
bre de la noblesse était du premier avis,
en validant, dès
in-
surgir,
la dé-
des ordres dans une
Assemblée nationale. La Chambre du clergé souhaitait
la conciliation, sans trop savoir
tre des prétentions si
opposées.
comment
l'établir
en-
CHAPITRE DEUXIÈME
GG
Au
milieu de ses collègues,
soudain
les
évoques
et les
avec Boutliillier, Cazalès, Luxembourg, à la
résistance.
le parti
On
le
croyait
si
et
on
écrivait
lui
prendre place seul, sur
commune
la salle
(1).
les
de la
tête
bien encore de cœur avec
populaire que sa défection
un exemple,
oubliant
d'Antraigues,
barons languedociens, se mit,
était
comme
attendue
pour l'exhorter à venir
bancs de son ordre, dans
Mais autant dans son Mémoire
il
avait été agressif contre certains abus provinciaux et
contre la plupart des institutions existantes par
autant
croît,
il
allait se
sur-
montrer attaché à l'ensemble
d'usages mal définis et de précédents souvent surannés
qui composaient l'ancienne constitution
.
Il
s'en tint
donc
à cette idée que la séparation des ordres ayant veto l'un
sur l'autre dans les États était un des principes essentiels
de la monarchie,
cours
qui fut
et
prononça
le
10 mai un dis-
pour l'avenir sa profession de
demandait que, jusqu'à
la solution
foi. Il
y
du différend sur
la
délibération par ordre ou par tête, les précédents fus-
sent maintenus, et que la Chambre, pour
les droits
mieux affirmer
de l'ordre de la noblesse, rédigeât aussitôt un
règlement spécial à son usage.
Sa voix
fut
entendue toutefois ses collègues, en
tant leur existence
tirent à
débattre
;
comme
attes-
corps indépendant, consen-
avec les représentants des
autres
ordres la question de vérification des pouvoirs. D'Antraigues fut
(I)
un des commissaires nommés. Bien qu'élu
Lellre ch Louis d'Antraigues à
M.
des...^ p. 18.
LA CHAMBRE DE LA NOBLESSE
le dernier,
La
veille
il
Necker
parmi eux un rôle prépondérant
prit
des conférences, le 22,
annoncer que
le 5
impôt consenti dans
rendre
s'il
se
disait-il,
donné par
tiers
le
les
Etats votant
condescendre au vœu popu-
responsable de l'inaction des
refuse, en échange de
concession, la
cette
Les États du Languedoc,
vérification séparée.
il
eût dû
s'en souvenir, n'avaient pas sauvé leurs privilèges
yeux du
roi
Le
aux
par une concession semblable.
Deux conférences tenues
aboutir.
(1).
autoriser à
fit
la noblesse, suivant le conseil
par ordre. Ce sera,
États,
il
mai, renonçait à ses privilèges pécuniaires,
et paierait tout
laire, et
67
(1788-1789)
les
23
et
25 mai ne purent
28, nous retrouvons d'Antraigues exiiortant
ses collègues à tenir
doit être cherchée
«
bon
dans
;
il
leur expose que la liberté
la constitution
même
des divi-
sions du pouvoir national qui, alternativement obstacles
et médiateurs, arrêtent l'impulsion
du pouvoir exécutif,
qui tend au despotisme, et les attaques du pouvoir du
peuple, qui tendent à la démocratie, qui, dans
empire, n'est autre chose que l'anarchie.
du peuple,
dit-il
la constitution,
Et en
efTet le
clara, sur la
par ordre
encore, c'est nous qui, en maintenant
maintiendrons ses plus justes droits.
même jour
»
Chambre de
la noblesse dé-
motion de Bouthillier, que
la délibération
était
une
la
loi constitutive
Ces concessions illusoires
de la monarchie.
et ces théories subtiles
pouvaient arrêter les prétentions du
il
un grand
— Défenseurs
tiers.
ne
Les confé-
(1) Il obtint 81 voix sur 237 votants. A une seconde élection,
passa ravant-dcruici' (IGl vois sur 225).
le
7 juin,
CHAPITRK DEUXIÈME
68
reiices
reprirent cependant le 30 mai sur le désir de
Louis XVI.
Un mémoire
de d'Antraigues,
où
celui-ci
avait colligé les précédents de 1355, de 15(30, de 1588,
de 1614, servit de base à une discussion de plusieurs
jours sans résultats. Les conférences furent de nouveau
rompues
le
9
juin, les
commissaires de
la
noblesse
n'ayant accueilli un plan conciliatoire de Necker qu'avec
des restrictions inacceptables.
On
sait les
événements qui suivirent
:1a constitution
communes en Assemblée nationale (17 juin), la protestation de la Chambre de la noblesse adressée au roi
des
(19 juin), la déclaration royale du23, qui, en supprimant
beaucoup d'abus, maintenait
enfin le
serment du Jeu de Paume. Le 25, jour où
quarante-six
sur les
la division des ordres, et
gentilshommes allèrent prendre séance
bancs des communes, d'Antraigues sonnait
devant ses collègues
comme une
l'honneur de leur ordre vaincu
;
il
dernière fanfare en
couvrait la retraite
par des protestations qui n'étaient pas sans
mais qui restèrent sans écho;
des opinions
»
il
signalait
«
la
valeur,
tyrannie
prête à succéder au despotisme; puis
il
concluait en prêchant la résignation aux volontés du roi:
«S'il faut sacrifier sa vie
Bacrifier tout
paix.
»
(1)
dans
disait-il,
ce qui ne les altère pas au désir
il
faut
de la
Aussi ne s'associa-t-il point aux suprêmes pro-
testations de son
let (1);
aux principes,
il
ordre, attestées par l'arrêté du 3 juil-
n'adhéra
même
pas aux déclarations réser-
Cet arrêté, approuvé par 89 membres, a été publié pai- Mirabeau
Seizième lettre à mes conmiettans, p. 34.
la
LA CHAMBRE DE LA NOBLESSE
09
(1788-1780)
vatoires déposées le 30 juin par plus de cent de ses col-
Son cahier
lègues.
accomplis,
il
l'autorisant à se résigner
laissa, le
1"
juillet, valider
pouvoirs par l'Assemblée nationale,
le 13*'
Il
bureau
de nouveau ses
place dans
et prit
moins hautement incrédule aux
théories constitutionnelles, aux projets qui
dans
lui,
les États
demeurait à ses yeux
le
ou
alfectée,
point de départ des réformes à
dogme
accomplir. Sur ce
s'agitaient
généraux transformés. Sa
dans l'ancienne constitution, sincère
foi
faits
(1).
n'en restait pas
autour de
aux
politique,
il
ne variera ja-
mais; en 1799, alors que Louis XVIII, se croyant près
de son triomphe, traçait un
il
se relâchait quelque
plan de gouvernement où
peu de sa formule primitive
:
L'ancien régime moins les abus, d'Antraigues, fidèle à
son libéralisme aristocratique, continuait à tenir pour
non avenue
comme un
la
fusion des ordres
«
:
J'ai aussi
tout
autre l'esprit novateur, écrivait-il à son oncle
Saint-Priest, et je trouve qu'il y a dans la constitution
française des choses qui
et qui seraient
chose,
que je
me
comme j'ai
même
déplaisent, qui
me gênent,
mieux pour moi; autrement en général
une constitution
ticulier
me
qui, de seigneur de province et de par-
suis,
me
de France ou autre
commode pour moi; mais
dans les autres les mêmes désirs
paraîtrait
trouvé
ferait pair
plus
«Soyez sûrs que je conque de trahir les intérêts de mon ordre. »
(Lettre publiée dans le Bas-Vivarais, 20 décembre 1873.) Cf. les délibérations approbatives de la noblesse du Vivarais, {Arc/i. Nat., AA 49,
(1)
Le
jour,
il
écrivait à ses électeurs
sentirais plutôt à perdre la vie
nM39.)
:
CHAPITRE DEUXIÈME
70
qu'à moi, et que
j'ai
mais de créer,
béir,
chaos, c'est de
anciennes
lois
et
que je n'en vois résulter que
cœur
et d'esprit
ma
mon
patrie, qui
de
milier, et sont
partout trouve la volonté non d'o-
héritage
le
me soumets aux
que je
me protègent sans m'hucomme celui de tous mes
concitoyens. Hors delà, je ne vois que tyrannie fatale à
tous
(1)... »
III
l'assemblée constituante (1789-1790)
D'Antraigues entrait à l'A ssemblée nationale précédé
par cette
renommée équivoque quelui avaient créée
suc-
cessivement son manifeste révolutionnaire de 1788 et ses
ment
ques
Chambre de
la noblesse.
Com-
même homme avait-il pu, dans l'espace de
mois, écrire comme Sieyès et parler comme
quel-
récents discours dans la
le
prémesnil? Parmi
les
d'Es-
vainqueurs du jour, la clameur
fut générale contre lui. Cette brusque volte-face, cette
amende honorable
faite à l'ancien
régime expirant exas-
pérèrent ses admirateurs de la veille.
Il s'est
puis d'avoir reçu des
menaces de mort.
m'assassiner, aurait-il
dit,
Si
vanté del'on veut
on devrait se presser, car
je
craindrais qu'un squirre au foie n'eût seul la gloire de
(1)
D'Antraigues à Saint-Priest, 24 septembre 1799 (A.
F.).
L'ASSEMBLÉE CONSTITUANTE
m'avoir vaincu.
c'était
un
titre
Il
71
(1789.1790)
aimait à accuser sa mauvaise santé;
de plus à l'intérêt d'autrui
Nul ne songeait à attenter à sa
vie,
mais un déluge
de brochures, les unes écrites sur un ton pathétique,
ou indignées,
les autres ironiques
auteurs de
la
s'abattit sur lui.
Galerie des Etats généraux dessinè-
rent, avec leur malice ordinaire, le portrait suivant,
chacun reconnut
:
«
Anténor
Lui-môme
républicain.
Les
qu'il pense... (Il)
est
né courtisan
que
et se croit
n'est pas encore bien siir de ce
épouse
ardeur
av'ec
intérêts de
les
ceux qui jouent un certain rôle; mais si par maladresse
ou par imprudence
que, alors
il
les
mettent contre eux
ils
la
voix publi-
condamne, donnant pour raison
qu'il
ne doit pas soutenir des gens qui ne savent pas eux-
mêmes
se maintenir..
nor? Rien de bien
.
Quels sont
saillant,
les
moyens d'Anté-
mais plusieurs choses au-
dessus du médiocre; de l'esprit à dose ordinaire, une
éloquence verbeuse, mais cependant au-dessus de son
style. Il
y a pour
sible entre
les
observateurs une nuance très sen-
une imagination montée
l'àme, entre les
vœux
du caractère, entre
soutenus de l'ambition et
la franchise et le
cher, entre les déclamations contre la
ment
senti de ce genre de vie.
férences sont au désavantage
«
Le courage
qu'il
courage de
et le
montre,
Eh
il
sant...
nerf
besoin de s'épan-
Cour
et l'éloigne-
bien! toutes ces dif-
d' Anténor...
le zèle
qu'il déploie, le
projet qu'il développe sont très sincères dans le
mais
le
sera un jour tout aussi sincère
en
moment,
les détrui-
N'ayant pas une manière de voir prodigieuse-
CHAPITRE DEUXIÈME
72
ment étendue,
lui
présente,
il
se livre de
bonne
s'enflamme,
il
est plus éclairé arrive,
on
lui
foi
s'agite
il
à ce que l'objet
:
l'instant
où
montre un autre ordre de
choses, la discussion étend ses idées, agrandit sa
nière de voir
:
alors
son
il
ma-
imagination s'échauffe plus
encore, elle agit avec de nouvelles forces, détruit ses
premières opérations,
opposé
et
;
dominante,
homme
comme
il
la
l'entraîne dans
et
manie de
dans l'opinion publique
(c'était
briller est sa passion
;
«
un citoyen
Rivarol) crayonna sur
le
(1).
et
même modèle
une
g i^ands
un inconnu hardi répandit certaine Lettre
du comte de Mirabeau au comte
disait
»
ci-devant
actif,
esquisse ironique dans le Petit dictionnaire des
hommes ;
un
qu'elles tueraient le
;
à plus forte raison...
D'une main plus légère,
)>
parti tout
oublie que les contradictions perdent
talent le plus décidé
rien
un
crûment au destinataire
:
«
d'Antraigiies,
oii il
Votre généalogie est
fausse, et votre talent
emprunté
homme,
livre qui a fait votre réputation. »
ni l'auteur
du
;
vous n'êtes
ni gentil-
A
certains traits de ce pamphlet, on croyait reconnaître
le
redoutable tribun de la Constituante. Mirabeau pro-
testa publiquement.
ami de
la veille
Huitième
lettre
Il lui suffisait
d'avoir exécuté son
dans sa Sixième,
à mes commettans,
et surtout
et
regard, à l'aide de citations bien choisies, les
(1)
Galerie des États généraux,
1. 1,
dans sa
d'avoir mis en
«
pp. 104-109. Ce portrait est
prinle
déve-
loppement de celui qu'on trouve, sous ce titre VInconstant, dans les
Chevaux au manège, ouvrage trouvé dans le portefeuille de M. le prince
de Lambesc, grand écuyer de France, etc., pp. 8 et 9, et qui débute
ainsi
« Ce cheval croyait être républicain, il n'est que courtisan,
:
:
etc.
))
L'ASSEMBLEE CONSTITUANTE
M. d'Antraigues en 1788
cipes de
de M. d'Antraigues en 1789
A
73
(1789-1790)
» et les
«
principes
».
rencontre de Mirabeau, Bernardin de Saint-Pierre
ne se crut pas dégagé de ses liens envers l'auteur du
Mémoire sur
à
le seul
d'un
en
lui
Etats généraux,
les
époque,
d'un mot, sans oser écrire son
saluait encore
il
nom
en toutes
défenseur des droits populaires.
lettres, le
Aces
Vœux
rendre bon témoignage. Dans ses
solitaire., publiés à cette
lui,
face.
et fut peut-être alors
attaques multiples, d'Antraigues essayade faire
La
tâcbe dépassait ses forces
;
comment en
effet
détourner de sa personne cette puissance offensive de
l'opinion
avait
qu'il
facilement
si
déchaînée
d'autres et de plus redoutables que lui
? Il
contre
n'entendait
ni avoir abandonné la cause des libertés publiques ni
contradiction avec lui-même, et la préoccu-
en
être
pation de sa défense à cet égard
la
il
fin
le
poursuivra jusqu'à
de sa vie. Dès lors, dans plusieurs brochures,
s'attacha à expliquer, ou plutôt à atténuer certaines
assertions de son Blémoire.
ment contre
les
égaré sa plume
abus de
soutint que le ressenti-
pouvoir de
Brienne
avait
et outré l'expression de sa véritable
n'avait prétendu
pensée.
Il
que
gens de cour
les
Il
;
attaquer parmi les nobles
dans
le
présent,
il
affirmait
servir le peuple en résistant à ses caprices, et
fessait avoir appris
blée ce que la méditation solitaire n'avait pu lui
connaître
(1)
(1).
En
con-
parle spectacle d'une grande assem-
définitive,
il
faire
demeurait député de la
V. entre autres suLeltre de Louis d'Antraigues,
etc.,
pp.
3ti-39, et
GIIAPITRK DEUXIÈME
74
noblesse, toujours
prêt
à se retrancher derrière
les
volontés de ses commettants.
D'Antraigues est en
effet à
législateur dépaysé, ou
l'Assemblée nationale un
mieux un homme
d'autrefois,
qui se résigne avec peine à dépouiller les apparences
d'un
homme
nouveau. Le 3 août, lorsqu'on discute
Déclaration des droits,
majorité,
il
essaie de faire chorus avec la
parle de la majesté du peuple et de la crainte
il
du despotisme, do
toute-puissance de l'opinion
la
des lois immuables de la nature,
était
la
comme
si
et
Rousseau
toujours son guide. Quelques jours après, dans
une discussion de finances,
publique
et enfin
;
le 2
sion sur le veto royal,
s'apitoie sur
il
misère
la
septembre, ouvrant la discusc'est
rence toute démocratique
par des raisons d'appa-
qu'il
défend
veto
le
absolu.
Sieyès rejetait tout veto; Mirabeau se prononçait pour
un veto suspensif
ment
le
;
d'Antraigues soutint
courageuse-
maintien absolu delà prérogative royale.
peut être
utile, disait-il, elle
défendra
le
Elle
peuple à l'oc-
de ses représentants. Les
casion contre la tyrannie
idées politiques d'alors n'admettaient pas, celles d'au-
jourd'hui admettent à peine cette possibilité d'un
férendum
ré-
royal. D'Antraigues fut jugé tout simplement
un défenseur hypocrite du despotisme.
être considéré
comme
tel,
Il
suffisait,
pour
de ne pas consentir à faire
table rase de toutes les institutions.
On
voit bien l'esprit qui l'animait, en constatant
sa lettre
p. 209.
de septembre 1809
dans Guiijiermy
,
Papiers d'un
son
émic/ré,
L'ASSEMBLÉE CONSTITUANTE
absence à
la nuit
du 4 août.
a allégué, pour Texpli-
Il
quer^ des raisons d'ordre très secondaire
dit,
qui,
:
c'était, a-t-il
une comédie préparée d'avance par des meneurs
malgré
lui, firent
brusquement
Il
73
(1789-]790)
;
c'était
le
règlement
son rôle tout
à lui
États du Languedoc.
désigné dans
Un
autre gentilhomme, le baron
se tint à l'écart,
il
Quant à
(2).
d'abord pour être
à son cahier, qui lui interdisait toute
clamation
cette
de demander la suppression des
de Marguerittes, accomplit cette mission
d'Antraigues,
changer
et
président pourarriver à leurs fins (1).
le
avait pourtant
pièce
modifier
«
fidèle
adhésion par ac-
ensuite pour ne pas être complice de ce
», et
qu'il jugeait être la
ruine de l'ancienne constitution.
L'existence politique de la noblesse, et par suite la propriété féodale, lui paraissait
un des
articles
fondamentaux
de cette constitution; entre son maintien
et la
mise en
action téméraire et hâtive du Cont/^at socia/ ,\hVhés'daiit
plus désormais.
Depuis
plus son
le
mois de septembre 1789, on ne retrouve
nom parmi
L'insuffisance de ses
peut-être aussi
le
ceux des orateurs de l'Assemblée.
moyens,
le prétexte
de sa santé,
dépit de n'être pas écouté l'écartèrent
de la tribune. Après les journées d'octobre,
(1)
il
demanda
Lettre de Louis' d'Antraigues, etc., pp. Go-67.
Une nouvelle réunion des députés du Languedoc
s'organisa
encore au mois d'août. D'Antraigues, un des secrétaires, rédigea sans
doute les protestations (23 août) des membres de ce club contre la
commission intermédiaire des États, qui prétendait présenter au roi
le cahier des doléances delà province. Il
obtint gain de cause, car
(2)
le roi
Étals.
fit
savoir
(3
septembre)
qu'il
ne recevrait aucune députation des
CHAPITRE DEUXIÈME
70
un passeport, à l'exemple de Mounier
constitutionnels
attendre encore
quand
:
l'eut
et des
en main,
il
se reprenait à croire
il
;
il
premiers
se décida à
que l'Assem-
blée venue à résipiscence abrogerait ses premiers décrets. Toutefois
se réduisit dès lors au rôle de témoin
il
;
avec son opinion sur les mandats impératifs, iln'en pouvait plus guère tenir d'autre. Talleyrand avait proposé
d'annuler ces mandats. Sieyès avait réclamé au moins
pour
les
scrupuleux la liberté de s'abstenir dans les
votes. D'Antraigues s'abstint,
même
sur le décret de
confiscation des biens du clergé (1).
Sa nature
séances,
il
défendait d'être inactif
lui
parut dans les comités.
Au
;
absent des
comité féodal,
il
soumit plusieurs mémoires destinés à atténuer la portée
des décrets du 4 août, et à améliorer, surtout en Vivarais, la situation
des possesseurs de
pas non plus qu'à
la
fiefs.
Il
n'oubliait
destruction des provinces le Viva-
son indépendance du Languedoc et une
rais gagnait
sorte d'autonomie
commissaires
;
aussi se laissa-t-il
chargés d'organiser
le
nommer un
des
département de
l'Ardèche.
Au
côté droit, où
forme,
il
fut
et pratiqua
il
ne
siégeait
plus
que pour
la
mêlé à certaines intrigues parlementaires,
pour son compte
que ses amis croyaient
cette politique
la seule
propre à
du
pis-aller,
finir,
en
l'u-
sant, la Révolution. Selon lui, lorsqu'on discuta la ques-
suis utile ù nos assemblées
(1) « Je reste ici sans y voter, mais je
languedociennes. » (D'Antraigues au notaire Vigne, 29 octobre (1789)
Comm. par M. Vaschalde.)
L'ASSKMBLÉE CONSTITUANTE
deux Chambres, Mirabeau vint
tion des
77
(1789-1790)
le
trouver,
exploita son attachement superstitieux aux vieux privilèges de la noblesse, et obtint implicitement de lui,
contre la future
souhaitait (i).
Chambre des pairs,
Un
difficile à croire,
peu plus tard,
mais de
audaces sont croyables,
—
la part
—
le vote négatif qu'il
ceci
nous semble plus
de Mirabeau toutes les
Mirabeau aurait songé à
donner Calonne pour successeur à Nocker. Avec Talleyrand,
il
aurait
commander
droit.
cette
demandé
à son
ancien
ami de re-
combinaison aux membres du côté
D'Antraigues aurait subordonné son concours à
une acceptation de Calonne, qui ne vint pas. En tout
cas, cette singulière négociation
avec l'homme qui
l'Assemblée
était alors le
termina ses relations
maître tout-puissant de
(2).
Disgracié en quelque sorte et tenu à distance par la
majorité de ses collègues, d'Antraigues
fit
de nouveau
appel à l'opinion publique dans des brochures.
époque datent son Mémoire
dats impératifs,
esprit,
De
pour la défense des
cette
man-
développement d'une thèse chère à son
mais désormais discréditée sans retour ses Obser;
vations sur le divorce,
oii
l'ami de la Saint-Huberty trahit
ses préoccupations intimes
velle division
du royaume,
;
quelques pages sur
et enfin
la
nou-
deux Discours ano-
nymes, antérieurs au départ du duc d'Orléans pour l'Angleterre
;
car l'auteur, en appréciant dans son ensemble
—
De Loménie, les
Adresse à la Jioblesse de France, pp. 44-48.
t. V, pp. 44-45.
M. de
(2) Réflexions sur notre position que je soumets au jugement de
Las Casas, etc. (A. F., France, vol. 634, f. 14 et suiv.)
(1)
Mirabeau,
CFIAPITRE DEUXIÈME
78
l'œuvre législative en élaboration,
du Palais-Royal sur ces réformes précipi-
l'influence
tées.
En
comme
outre,
si
vivement
accuse
écrivait
il
sur place, au jour le jour,
l'on eût touché à la fin de la
crise,
une
his-
toire vivante, malheureusement perdue pour nous, delà
première année de
vait-il à
un de
se porter
la Révolution.
quand on
Aces occupations
porte, écri-
travaille dix heures par jour sans
variées
il
(1).
l'existence
journées d'octobre,
»
faut joindre ses relations
clandestines avec la Cour, dont
dont
me
Je
ses compatriotes, aussi bien que l'on peut
avoir pu demander de vacances
mais
«
le détail
nous échappe,
Depuis
certaine.
paraît
les
résigné à la pensée de
le roi s'était
ruiner la Révolution par ses propres excès,
comme
à la
perspective de faire intervenir l'étranger dans ses affaires. Il
envoyait l'agent secret Fonbrune en mission
à Madrid, et
il
ni restrictions
commençait à signer sans observations
aucunes
les décrets les plus hardis
l'Assemblée. D'Antraigues s'est vanté de
lui
avoir
de
fait
sur ce dernier point des représentations inutiles. Bien
mieux,
le 4 février
1790, Louis
XVI
se présentait so-
lennellement à l'Assemblée, et y adhérait à tous les décrets
rendus ou à rendre.
tation, le
fut exigé
A
la suite de cette manifes^
serment de fidélité à
de tous les députés.
la nation, à la loi,
D'Antraigues
plus que jamais dans une situation fausse,
à garder;
(l)
le bruit
D'Antraigues
M. Vaschalde.)
au
de ses intrigues avec
notaire
Vigne,
20
août
la
roi,
était alors
impossible
Cour
1789.
au
s'accré-
(Gomm.
par
L'ASSEMBLÉE CONSTITUANTE
ditait.
Dans
le
79
(lT8iJ-1790)
procès intenté au marquis de Favras,
qui avait pour but de pénétrer les entreprises supposées
des amis de l'ancien régime contre
un témoin avait attribué ces paroles
traigues et l'abbé
Maury sont
ment conquérir Mirabeau(l).
le
à l'accusé
à nous, et
»
régime nouveau,
:
«
M. d'An-
nous savons com-
En réponse à cette incul-
pation, d'Antraigues allait disant qu'il ne demandait qu'à
comparaître, à rendre témoignage à l'innocence de Favras
;
et
secrètement
situation gênante.
Il
il
une
se préparait à se dérober à
avait beau lire dans le
Contrat
so-
cial qu'on ne quitte pas sa patrie lorsqu'elle a besoin
de nous
:
sa seule patrie
était
désormais
le roi,
et
il
estimait ne plus pouvoir le servir utilement qu'au delà
des frontières. Depuis un mois,
il
était
muni d'un nou-
veau congé, nécessaire, disait-il, à sa santé ébranlée. Le
6 février 1790, lorsque son tour vint de prêter le
civique,
il
l'envoya par
écrit, et à la fin
serment
de sa lettre ré-
serva son droit de dénoncer ultérieurement les imperfections
du nouveau pacte
social. Cette protestation, si
discrète qu'elle fût, contre l'infaillibilité de l'Assemblée
excita de vifs
murmures. Malouet
et
Charles de Lameth
eurent beau essayer de prendre sa défense.
cidé, sur la
motion de Goupilleau, que
le
Il fut
dé-
serment de ce
député irrévérencieux ne serait reçu qu'après avoir été
prêté verbalement, à la tribune.
Quelques jours après,
le
27 février, sans autre répli-
que, d'Antraigues partait pour Lausanne. Sa sortie de
(1)
Correspondance secrète publiée par de Lescure,
t.
II,
p. 418.
CHAPITRE DEUXIÈME
80
France donna encore
lieu à
un incident parlementaire.
Le
11 mars,
lui
un acte d'accusation sous
Populus,
député de l'Ain, déposa contre
.
la
forme d'une
lettre si-
gnée Durand, aubergiste à Bourg. D'Antraigues, passant
dans cette
ville, avait
détourné ce citoyen de verser sa
contribution patriotique
«
:
Nous touchons à
route et à la guerre civile, lui avait-il
argent.
dit,
la
banque-
gardez votre
Ces mots, rapportés à la municipalité de
»
Bourg, provoquèrent une enquête dont
le
procès-verbal
remplit plus de deux cents pages. D'Antraigues envoya
de Lausanne une défense assez embarrassée, où, sans
nier les propos qu'on
restreindre la portée
son opinion,
il
lui, attribuait,
il
s'appliquait à en
tout en revendiquant la liberté de
;
protestait rester
soumis à
L'af-
la loi.
faire n'eut pas d'autres suites.
Son congé expiré, d'Antraigues
sceaux pour en
de réponse,
le
solliciter le
écrivit
au garde des
renouvellement,
et,
faute
prolongea indéfiniment. Désespéré de la
marche des événements,
il
trouvait dans sa santé
un
prétexte plausible à sa retraite.
Ce
qu'il pensait
de l'immense révolution légale en
voie de s'accomplir,
il
essaya de
le dire
par sa brochure
Quelle est la situation de l'Assemblée nationale? Là,
tout en proclamant de
nouveau l'ancien régime un des-
potisme vermoulu, en appelant mêmel'abolition des
vilèges
un
bienfait,
il
partis, l'un qu'on accusait
qui
était
pri-
montrait désormais aux prises deux
de vouloir tout détruire, l'autre
censé vouloir tout arrêter.
l'exemple de Cazalès, de sauver
Il
proposait, à
les institutions
encore
L'ASSEMBLEE CONSTITUANTE
debout
comme
les
{i789-1790)
81
réformes acquises, d'appeler une
autre législature, desdéputés chargés de reviseren 1791
l'œuvre compromise
fidèle à
son mandat,
et
avortée dès 1789. Fier d'être resté
il
n'en tressaillait pas moins de loin
au spectacle de l'enthousiasme monarchique réveillé par
les fêtes
de la Fédération.
se disait prêt à repasser,
Il
Le 21 mai
seuil de l'Assemblée.
s'il le fallait, le
envoya son adhésion à
la Déclaration
chantla religion (17 avril),
1790,
il
du côté droit tou-
et sa protestation
publique
contre tous les actes de l'Assemblée, datée du lende-
main de
la clôture des séances, atteste qu'il s'était re-
gardé jusqu'au bout
comme
député de la noblesse du
Bas-Vivarais.
Quant
à la
masse de ses compatriotes, à ceux qui
l'acclamaient encore au printemps de 1789,
taient depuis
volution, et
ils le trai-
longtemps en adversaire décidé de
ils
l'atteignirent là
où
ils
la
Ré-
pouvaient, c'est-
à-dire dans ses revenus et ses propriétés. Déjà, en août
1789, on parlait de lui dans son bailliage
conspirateur préparant avec lareine et
retour du despotisme (1)
le
collègue du
tiers, lui
;
les
le
comme
d'un
comte d'Artois
lettres d'Espic,
son
confirmèrent cette réputation.
eut beau adresser à la municipalité
Il
d'Aizac (dont dé-
pendait la Bastide) sa déclaration pour la contribution
patriotique
et,
;
ses redevances ne lui furent plus
faute d'oser poursuivre
Paris aux dépens de
{{)
ses débiteurs,
il
payées,
dut vivre à
ses amis. Bientôt, pour protéger
Arthur Young, Voyages en France, 19 août 1789.
CHAPITRE DEUXIÈME
82
domaines
SCS
et
maintenir la paix publique,
envoyer des détachements de troupes à
Les deux
Antraigues.
la
il
fallut
Bastide
et
à
de son revenu se compo-
tiers
saient de cens remboursables, en vertu
même
des dé-
crets de l'Assemblée. Ces décrets furent volontairement
oubliés, et
ceux qui
firent afficher
en public
la
défense
de les exécuter restèrent impunis. Partout, à Jaujac, à
Mayras, à Antraigues, l'ancien seigneur avait été mis
hors la
et les
loi,
ses agents et ses fermiers étaient menacés,
communautés
qui retenaient ses cens les impo-
saient au taux le plus rigoureux, faisant ainsi payer au
propriétaire dépossédé la taxe sur
auprès du Directoire de l'Ardèche,
ministres du roi,
d'acquitter sa
quement
nom
se
et,
disant
les
maîtresse de ses biens
L'Ardèche
l'agitation
il
requit ironi-
;
commune (1). Quant
renvoya sans façon à
la nation,
(2).
était alors
royaliste
auprès des
municipaux d'Aizac de placer son
les officiers
sur la liste des pauvres de la
il
soit
désormais hors d'état
contribution patriotique,
à ses créanciers,
qu'elles
D'Antraigues réclama en vain^
refusaient d'acquitter.
soit
un revenu
un des principaux centres de
les partis
jadis
l'enseigne catholique ou protestante
gré des passions politiques
;
aux prises sous
y renaissaient au
la résistance à la
Révolu-
tion s'y affirma d'une manière passive, mais énergique,
(1)
Déclaration
datée
M. Mazon.)
d'Antraigues,
(2) « M.
de
Parme,
19
février
1791.
(Gomm. par
l'iiomme d'affaires Viguier à M. de
novembre 1792), est dans l'impossibilité de
payer ses créanciers la nation s'est emparée de ses biens; c'est à elle
l'aire face aux dettes. » (Comm. par M. Raymond de Gigord.)
Marcha
j
l'i
écrit
Saiat-Pierrcville (21
L'ASSEMBLÉE CONSTITUANTE
83
(1789-1790)
par les trois fédérations armées dites du camp de Jalès,
qui se succédèrent de
1790 à 1792. D'Antraigues n'in-
tervint pas directement
a attribué à tort la
mais un de ses
rédaction
hommes
On
du manifeste de
même
s'y associait
la Bastide,
1791
;
lui-
par des pouvoirs envoyés à l'abbé
un des
et ce
des renseigne-
par
agitateurs,
ments transmis à Coblence,
fut
ses avis que les princes ajournèrent
toute prise d'armes
lui
d'affaires, l'avocat Viguier,
un des principaux meneurs de l'entreprise;
était
de
dans leur formation.
en partie d'après
(l*^""
décembre 1791)
en Vivarais, jusqu'à
la
formation
attendue d'une_coalition entre les États du sud de l'Europe, sous la protection de la Russie (1), D'Antraigues
avait sur l'insurrection de ses
opinion que
la diriger, et,
qui de
se tenait immobile, lui écrivait
qu'une chimère.
De
môme
maréchal de camp Conway, désigné par
pour
les princes
il
le
compatriotes la
«
:
Chambéry, où
Ce
n'est au fond
»
sa participation à ces complots inoffensifs, d'An-
traigues fut
vassaux.
néanmoins puni sans
Déjà^
Varennes,
au
lendemain
pitié
de
par ses anciens
l'événement
de
la municipalité d'Aizac avait fait enlever les
deux canons qui gardaient
la porte
de la Bastide.
Au
printemps de 1792, la Jacquerie rurale déchaînée dans
le
Vivarais s'en prit surtout, sur des ordres secrets venus,
disait-on,
du cénacle orléaniste de Paris, à d'Antraigues,
à tout ce qui,
hommes
et
choses, lui tenait de
Les paysans envahirent ses châteaux,
(1)
A.
F.,
France, vol. 636,
f.
76.
les
près.
hommes
ar-
CHAPITRE DEUXIÈME
84
mes de
de marteaux, de pioches, les femmes
leviers,
munies de sacs
A
au Bruget,
Castrevieille et
battre les
ne
fut
de paniers pour emporter
et
le butin.
se contentèrent d'a-
ils
tours; à Laulagnet (28 mars), tout ce qui
pas volé fut brisé ou brûlé
;
on n'épargna pas
plus les objets d'art que les meubles et les provisions
on anéantit jusqu'aux portes
;
aux fenêtres. Les com-
et
missaires du département arrivèrent pour les contenir
(c'était l'usage alors)
Une
«A
partie des
la Bastide
quand
poussa ensuite
pillards
!»Un des commissaires,
conventionnel, essaya
par des insultes
tocrate
tout étaitfini.
et
vous nous cachez
;
la démolition des châteaux
terne.
Deux
»
cinq
étaient
villages
tide.
«
Vous
lui
êtes
les décrets qui
;
un
brigands
environnants, quand
la lan-
partirent
se passa à piller le château
L'incendie dura toute la nuit
la
ils
;
tous
assaillirent
ils
aris-
ordonnent
cents le lendemain, venus de
le feu.
répondit
on vous mettra à
cents de ces
La journée
on y mit
:
:
Gleizal, le futur
de les arrêter; on
des menaces
de
le cri
les
Bas-
le soir,
;
;
si
bien
qu'on se demandait jusqu'à Aubenas, à la vue de l'horizon enflammé,
éteint
si
ce n'était
ranimait.
qui se
villages voisins, entre
pas
quelque cratère
là
Le lendemain,
autres
ceux
les
gens des
d'Antraigues,
se
rassemblèrent sous prétexte de chasser les pillards,
vinrent achever l'œuvre de dévastation
(1)
Simon Bhugal,
In Révolution,
t.
I,
la Jacquerie
dans
le
et
de ruine
(1).
Vivarais (dans la Revue de
pp. 369-366). Cf. Viguier à d'Antraigues,
1792. (A. F., France, vol. 643.)
et
2, 4, 9 avril
CHAPITRE TROISIÈME
D'ANTRAIGUES AGENT ROYALISTE
I.
—
—
Premières intrigues (1790-1792).
Séjour à Lausanne.
Mariage.
Naissance d'un fils.
Brochures contre-révolutionnaires.
Point
cV accommodement
L'Adresse à la noblesse de France.
Un
manuscrit de Jean-Jacques.
Premières menées de d'Antraigues.
Las Casas.
L'Avis aux Suisses.
Projets d'intervention espagnole.
Relations avec Galonné.
Jugement sur la cour de Coblence.
.
—
—
—
—
—
—
—
—
—
—
—
Les agences de Paris et de Venise (1792-1796).
D'Antraigues
attaché à la légation espagnole de Venise.
Établissement dans
cette ville.
L'agence Brotier à Paris.
Rapports avec les agents
étrangers.
Lizakévitch et Golovkine.
Fin du service espagnol.
D'Antraigues au service russe Mordvinov.
Les émigrés à
Venise.
Vie intime.
L'abbé Dufour, Goujon.
Correspondance
avec M'" d'Antraigues mère.
Noël et Lallemant.
(1793-1795).
III. Travail à l'intérieur de la France
Intrigues en
Corse, en Languedoc, en Vivarais. — Tentative sur la frontière du
Les agents de Paris et Louis XVIII.
Jura.
Le manifeste de juilLe roi sera-t-il reconnu?
Fin de l'agence Brotier.
let 1795.
Gamon.
Le parti espagnol et le parti anglais en Vendée.
D'Antraigues, Puisaye et Charette.
II.
—
—
—
—
—
—
—
;
—
—
—
—
—
—
—
—
—
—
—
—
IV. D'Antraigues et ses
— D'Antraigues jugé par sa mère. —
— Le Maral de la contrede Saint-Just. — Manque de véracité, de
ennemis.
Défauts de sa situation et de son caractère.
—
Le Rapport
désintéressemenL
Les accusateurs, Montlosier, Froment, d'Avaray.
Opinion de Louis XVIII.
D'Antraigues entre ses deux maîtres.
Les papiers de Malesherbes.
révolution.
—
—
—
—
PREMIÈRES INTRIGUES (1790-1792)
Le premier séjour de d'Antraigues à
l'étranger fut
CHAPITRE TROISIÈME
86
une campagne, près de cette
ville
de Lausanne où
le
soin
de sa santé l'avait [amené déjà quinze ans auparavant.
y demeura jusque vers
Il
la fin
de 1790,
y régla de
et
la façon la plus inattendue ses affaires domestiques.
A
sa mère, alarmée de sa longue liaison avec laSaint-
Huberty,
avait dit
il
un
joiu'
«
:
J'épouserai cette
femme
dès qu'elle sera suffisamment riche et pourra quitter le
Oron ne
théâtre. »
lui payait plus ses cens, et les droits
seigneuriaux étaient abolis sans indemnité
devenait pauvre.
Il était sorti
:
lui-même
de France avec quelques
centaines de louis, sans espoir de plus jamais recevoir
un
sol
La Saint-Huberty,
de ses vassaux affranchis.
tout porte à le croire, mit à profit cette situation pour se
faire
donner un
nom
en échange de l'aisance matérielle
amant. Elle
qu'elle
assurait à son
comme
le rappelait plus tard
traigues mère, et arriva à
La
dans
alla
le
chercher,
avec amertume M™= d'An-
Lausanne en mai 1790.
jalousie entrait peut-être aussi pour quelque chose
démarche. Cette grande dame de Versailles,
cette
cette rivale qu'elle ne
nir A-euve
;
pouvaitpas ignorer, venait de deve-
M"^ Saint-Huberty craignit-elle qu'on n^es-
sayât de légitimer cette liaison par un mariage? Peut-être
prit-elle les devants,
lier
servant
et le
d'une suprême
dis
que
la
enlevant ainsi à la
mérite d'un retour au devoir,
infidélité
grande dame
la frontière.
fois à
Dans
dont
son cavaet le tort
elle eût été victime.
restait en
Tan-
France, l'actrice passa
l'automne de
quitta Lausanne, et se réfugia avec
1790, d'Antraigues
elle
à l'extrémité
de la Suisse, dans les bailliages italiens sujets d'Uri, à
PREMIÈRES INTRIGUES
Mendrisio.
ami
commun
dans
habitèrent
Ils
comme
maison appartenant,
le
87
(1790-1792)
bourgade une
cette
celle de Groslay, à leur
comte Turconi
Le 29 décembre,
(1).
leur mariage fut béni, avec dispense de publications de
dans
bans,
du village de Castello San Pietro.
l'église
chagrin
D'Antraigues savait
le
mère
union devait-elle être
aussi
;
tenue
secrète
cette
qu'il allait
causer à sa
fut-ello
et
La
pendant plusieurs années.
Saint-
Huberty revint à Paris l'année suivante arranger
puis, au printemps de
nitivement ses afTaires,
afin de cacher
tablir à
Milan
cette ville
une grossesse déjà avancée,
(2).
Le 26 juin,
un
ou aux environs,
chambre déclara comme
baptisé sous le
nom
elle
défi-
1792,
elle alla s'é-
mit au monde, dans
Une femme de
fils.
néanmoins
sien l'enfant, qui fut
paternel.
Tels furent les débuts de ce singulier ménage,
où. la
bénédiction du prêtre mit la régularité, sinon la paix.
Tout en aimant sincèrement
désormais
celle qui portait
son nom, d'Antraigues ne se crut pas toujours astreint
à une fidélité rigoureuse.
du choix
qu'il avait
Il
fait,
eût été tenu, en raison
à une réserve de
(1) De GoNCODRT, la Saint-Hubert y, pp. 21G-220.
Barthélémy, t. III, p. 376.
Turconi a aujourd'hui sa statue à Mendrisio
;
de cette
ville
et le
il
nature à
Kaolek, Papiers de
a été
le
bienfaiteur
fondateur de son hôpital. Son habitation
Loverciano, près de Castello San Pietro.
(2)
—
Il
mourut
«Depuis avant-hier nous possédons à Milan
même
était
à
à Paris en 180o.
M. d'Antraigues...
tous ses pas jusqu'à cette heure ont été quelques visites à des Français,
du temps chez
M"' Saint-Huberti, qui, depuis
jeune docteur Moscati, comme
son ancien amant. Il parait que la visite n'est que pour elle, mais à
bon compte, il est surveillé... » (L'archiduc Ferdinand à l'empereur
A. V.)
Léopold, 11 février 1792.
et tout le reste
un mois,
est ici
l'actrice
malade, logée chez
—
le
CHAPITRE TROISIÈME
88
relever l'un et l'autre aux yeux du
il
paraît avoir
ni nulle
chose qui
soit
et
cependant
Tl
ne faut
les
malheureusement
part chercher dans cette vie quelque
absolument droit ou absolument pur.
des idées infati-
L'intellig-ence est brillante, l'activité
gable, mais
;
donné à sa femme, dans sa maison,
rivales les plus vulgaires.
jamais
monde
l'élévation du cœur, la fermeté
du caractère,
la dignité de la conduite sont trop souvent absentes.
A
l'étranger, d'Antraigues fut d'abord
contre-révolutionnaire, puis
XVI
émissaires de Louis
ciations
il
devint
secrètes
publiciste
un des nombreux
et des princes
plus ou moins
un
dans leurs négo-
avec les puissances
étrangères.
De 1790
à 1792,
il
annonça à grand
bruit la publi-
cation d'un compte rendu à ses commettants, qui ne
vint jamais
;
plus que son
l'avenir de
la
propre passé,
monarchie
et
il
le
préoccupait
développa dans une
série de brochures les récriminations, les plaintes, les
protestations du
parti
non sans peine en
France,
et
royaliste.
Italie,
Ces
écrits,
imprimés
pénétraient difficilement
opposaient un faible contrepoids à
en
la publicité
des journaux et des pamphlets révolutionnaires. Quel-
ques-uns furent traduits en italien
combattre
la
et
devaient servir à
propagande, déjà sensible à l'étranger,
des idées françaises.
D'unbout à l'autre de ces ouvrages improvisés on trouve
retournées en tous sens deux ou trois pensées
tivité et
:
la cap-
par conséquent la déchéance morale du
roi,
l'excellence de l'ancienne constitution, la responsabilité
PREMIÈRES INTRIGUES
89
(1700-1792)
des philosophes dans l'œuvre de 1789, et surtout
faillibilité
de l'auteur mise en regard des erreurs de ses
moins autant déplace que
les théories et les discussions
de principes. D'Antraigues se disait sans doute
:
ne séparons jamais dans une question
intrinsèque de cette
hommes
Parmi
au
tiennent
antagonistes politiques. Les personnes y
Burke
l'in-
comme
la
valeur
question et la valeur morale des
qui s'identifient avec elle.
les
meneurs de
la Constituante,
il
s'en
prit
surtout à ses anciennes connaissances, à Necker, à Tal-
leyrand, à Mirabeau. Necker est àses yeux
leplushabile
«
des financiers au milieu des gens de lettres, et
très supérieuren littérature,
Il
s'est fait l'héritier,
secte encyclopédique.
au milieu des financiers
ainsi l'ordre
C'est lui
du clergé
et
assuré
l'autorité royale,
est l'apostat dont ce
car
il
»
qui, sous l'empire de
monarchie
le
succès du tiers
état.
un renégat qui a porté plus haut que
est
personne
Pour de
)
appelé les curés aux élections, a divisé
Mirabeau
«
(1
l'exécuteur testamentaire de la
ses préjugés huguenots, a frappé à la fois la
et la religion, a
un homme
l'argent,
il
même
et qui depuis...
Talleyrand
Mirabeau écrivait autrefois
vendrait son àme, et
troquerait son fumier contre de
il
:
aurait raison,
l'or. »
Derrière euxd'Antraigues distingue en passant certaines figures insupportables à son souvenir, les
Target, Camus, Volney, le duc d'Orléans.
Il
Lameth,
s'en
prend
surtout, —
l'homme des Cévennes reparaissait en
— aux députés calvinistes
en portant à
et ici
lui,
(1)
qui,
Dénonciation aux Français catholiques, pp. 41-42.
la tri-
CHAPITRE TROISIÈME
90
bunc
les griefs
de leurs coreligionnaires,
avoir rallumé la guerre civile:
Saint-Etienne
A
et traite
le
semblaient
peint en noir Rabaut
Barnave de
ce groupe réprouvé
de Brienne,
il
lui
Néron
«
(1) ».
a joint après coup
il
despote légal de 1788, devenu en
un évèque parjure. Sur
celui-ci
dirige
il
nom
au
de l'Église, et se réjouit
1791
une invective
en style direct, une pliilippique cicéronienne;
la leçon
Loménie
il
lui fait
hautement de
ce que l'ancien ministre ait volontairement perdu l'oc-
casion de se réhabiliter devant les
hommes, en repous-
sant la Constitution civile du clergé.
Entre toutes, les brochures Point
d' accommodement
et Adresse à la noblesse de France ï\veni de leur auteur
porte-voix de l'émigration naissante.
le
de 1791, entre l'événement de
fut écrite
pendant
Yarennes
et la dispersion
l'été
La première
de l'Assemblée constituante.
Les Feuillants débordés par leurs amis de gauche voulaient se rapprocher de leurs
ennemis de droite,
transiger avec eux et à refondre dans
chique
la constitution
considérer
comme
truction de
inachevée; mais
définitives la ruine
la noblesse
et
un sens monarils
persistaient à
du clergé,
la des-
des Parlements, sauf à dis-
cuter la création éventuelle d'une
cet
quitte à
chambre des
pairs.
A
ultimatum suppliant d'Antraigues répliqua par une
hautaine
fin
de non-recevoir et par la menace d'une in-
vasion européenne.
sives, le
(i)
code de
Il fit
lire,
en cinq éditions succes-
la politique enfantine et violente
Dénonciation aux Français catholif/ues, pp. 101-105,
dont
IT
ii
CREDIT
PREMIÈRES INTRIGUES
manifeste
le
(1790-1792)
Brunswick devait
de
91
suprême
être la
expression.
Tel est aussi
blesse de
le
sens général de son Adresse à la
France (novembre IIQ!) où, sous prétexte de
défendre l'ancienne Constitution,
il
soutien nécessaire de la monarciiie
l'Etat
comme
présente
le
fondement de
et le
un ordre de citoyens qui vient de disparaître dans
la loi et
dans
la société.
Ne
lui parlez
pas d'une cham-
haute, et du fâcheux pis-aller d'une constitution à
bre
l'anglaise
;
ne
lui
parlez plus surtout des républiques
confédérées dont la France est menacée;
tenant leur existence chimérique,
publicain en théorie,
s'il
la vérité historique,
—
croit
il
et s'il est
admire Brutus,
—
tus, l'ennemi des rois,
un
?io-
main-
encore ré-
c'est
que Bru-
et ici le politique rétablissait
au fond un conservateur
était
et
aristocrate.
Des pensées religieuses autant que profanes alimentaient sa verve.
titieux ni de
Son royalisme
mystique
;
il
n'avait rien de supers-
niait la doctrine
du droit
di-
confessait que la raison d'être du pouvoir royal
vin;
il
était
simplement
l'intérêt
de tous, et les arguments qui
parlent au
cœur
la fortifier
par des considérations tirées de l'intérêt
faisant défaut à sa thèse,
gieux. Déj'à, à la tribune de
l'
Assemblée,
il
il
en libre penseur pénitent du catholicisme
plus ferme appui des empii-es; depuis
il
cherchait à
reli-
avait parlé
comme du
parla en docteur
de l'Église des affaires du clergé, et dénonça la conspiration ourdie de longue date par les philosophes contre
le
trône et l'autel, la coalition des impies, des jansé-
92
CFiAPiTRi-: ïroisii-:me
nistes et des protestants; jusque dans la division en dé-
partements,
dans
voyait la réalisation des plans combinés
il
synodes huguenots du xvi«
les
composait une vie d'Henri YIII,
il
siècle.
Entre temps
oii
exécutait le
il
schisme constitutionnel sousl'enveloppedu schisme anglican. C'est ainsi que cet esprit-fort, naguère fertile en
déclamations
et
dissertait sur le
en sarcasmes contre le christianisme,
thème
par l'abbé Barruel.
Pères
fesser sa foi et de
huguenot
il
il
se
Il citait
le
Nouveau Testament,,
même
et les conciles, parlait
la religion
et
largement développé depuis
si
mourir pour
devenu de
disait « le très
Au
Il était
elle.
la religion
éprouvait le besoin de l'écrire,
fils (1)
à l'occasion de con-
humble,
devenu de
comme
de la monarchie tombée,
était
les
son aïeul
du roi triomphant,
même
au pape, dont
très obéissant et très dévot
».
milieu de ses palinodies raisonnées, d'Antraigues
restait fidèle à
son passé par un seul sentiment, sa vé-
nération envers Jean-Jacques.
Il
ne craignait pas d'insé-
rer son apologie dans des écrits en faveur de la religion
et de la
monarchie, de
le
présenter en ennemi des En-
cyclopédistes et des athées.
ce
roman d'un beau génie
;
Il
excusaLilleConfî^at social,
il
se souvenait
que l'auteur
donné de sages conseils aux Polonais
avait
et insisté,
dans son Jugement sur la Polysynodie^ sur
pour
(1)
AF
était
honteux
deshom-
Minute de
III,
danger
des commentaires d'un Robespierre et
de toucher à
lui
le
44.)
la
monarchie française.
lettre datée
Il
deMendrisio, 18 octobre 1791. (Arch. Nat.,
PREMIÈRES INTRIGUES
mages de l'Assemblée
93
(1790-1792)
nationale, et
il
se décida alors à
détruire un manuscrit complémentaire du Contrat social qu'il possédait;
riciens
il
craignait, disait-il, que les théo-
du moment n'en tirassent des conséquences pro-
près à aggraver encore la crise présente
(1).
Tel est du
moins
l'on
songe que
motif qu'il a invoqué; mais
le
si
l'ouvrage détruit par lui développait sa thèse favorite
sur l'inanité des formes parlementaires et la nécessité
des mandats impératifs, on peut craindre qu'il n'en
mis à
profit
nom
sous son
les
principaux passages,
ait
et
voulu se dérober ainsi à une trop juste accu-
qu'il n'ait
sation de plagiat.
Du
rôle de
à
publiciste
d'agent royaliste la
celui
transition était insensible; d'Antraigues l'eut bientôt
franchie.
Un
agent, dans la langue et les usages de l'émigra-
tion, est
un personnage à
part.
d'action par certains côtés,
l'opposé de tout cela.
pour
la
Il
il
Ecrivain
est
négocie,
par
il
ou
certains autres
plaide,
il
voyage
cause d'un roi détrôné; mais c'est d'ordinaire
un important, d'autant plus pénétré de sa valeur
croit supérieure à sa situation et à celle de
Il
homme
dédaigne ou
il
son maître.
hait ses collaborateurs, les
brouillons, d'intrigants, presque
de
qu'il la
traite
de
traîtres, lui seul
ayant la probité, la clairvoyance, par conséquent l'espoir
du succès
et le droit
vailler sans bruit,
(1)
il
aux récompenses. Obligé de
ne peut attester
les qualités
Quelle esl la siluation de l'Assemblée nationale,
p. 60.
traet
note complém.,
CHAPITRE TROISIÈME
94
les inoyons qu'il s'attribue
que par des
ou des
s'estime
exagérations.
l'avenir, sauf à
tifier
ces
Il
descendre dans
visées,
au rôle
Ses talents,
un sauveur dans
présent, afin de jus-
d'espion.
trouve, servent aux secrets
étrangères.
le
indiscrétions
Ses idées,
s'il
en
desseins des ciiancelleries
en
s'il
consument dans
a, se
des publications anonymes, des
écho en
articles sans
Europe, des mémoires dont ses supérieurs d'occasion
En répandant beaucoup
ne tiennent guère compte.
d'argent et d'encre,
il
pouvoir conduire
croit
nements; peu estimé
de ceux
d'ailleurs
les
leur rend leur dédain par toutes les formes de
titude,
calomnies, plaintes amères et
évé-
qu'il sert,
même
il
l'ingra-
vulgaires
tentatives de chantage.
Dans
ce métier, où l'intelligence est parfois
son inverse de
la
de hiérarchie.
En
probité,
bas,
salaire
se
y a des degrés, une sorte
trouve
l'agent
même à trahir son
vénal, prêt à tout,
moyennant
il
;
en rai-
purement
maître delà veille
plus haut, est l'agent qu'une
con-
viction sincère d'accord avec ses intérêts a mis au ser-
vice
d'un
l'agent
homme ou
qui touche
d'un parti
;
plus haut encore, est
au diplomate,
qui
s'autorise,
au
moins en paroles, de certains principes, de certaines
traditions.
D'Antraigues se rangea parmi ces derniers
clama bien haut son dévouement à
tique dont le roi
patrie,
«
n'était
qu'une
il
pro-
un système
poli-
;
des pièces, et où la
au sens moderne du mot, n'entrait pour
Lapatrie,a-t-il écrit, est
rien.
un mot vide de sens quand ce
PREMIÈRES INTRIGUES
mot
n'offre pas la réunion des
a vécu
aux
;
la patrie
sous lesquelles on
lois
voilà ce qui forme la patrie.
territoires
quand
tudes, c'est
une
ne
dit rien
elle
La
bornée
patrie
hommes; aimer
au cœur des
perd ses
95
(1790-1792)
usages, ses habi-
lois, ses
idolâtrie absurde, c'est celle des
tiens qui adoraient des brutes.
pour moi qu'un cadavre
et
La France
Égyp-
sans roi n'est
on n'aime des morts que
leurs souvenirs (1). »
Ce théoricien de
la
monarchie française commença
de 1790 à 1792 sa carrière de politicien cosmopolite.
mena
alors entre le Piémont, le Milanais et la Suisse
existence agitée, errante et mystérieuse.
Un
Il
une
siècle au-
paravant, son arrière-grand'lante, Philiberte d'Antrai-
Vaud épouser Ben-
gues, était venue dans le pays de
jamin Micheli, seigneur de Dullit;
des parents pour l'accueinir et en
y trouva donc
il
même
temps
l'idée
du pseudonyme qui favorisa le secret de ses correspondances et de ses incessants voyages. Sa
restaient cachés à
fils
sous le
nom
Mendrisio; quant à
de Marco-Paolo Philiberti,
mouche bourdonnant sans
la
femme
cesse
française aux oreilles des Piémontais,
il
sur
son
et
lui,
déguisé
était
comme
la
des
frontière
Suisses ou
des émigrés, et s'épuisant à faire franchir les Alpes et
le
Jura au coche embourbé
et
disloqué de la
contre-
révolution.
Parmi les adversaires de
la
France nouvelle,
il
se
montra d'abord partisan du système intérieur; en d'autres
(1)
termes
il
n'admettait au combat contre la Révolu-
Xole datée de 1796. (B. M., Add.
rasïi.SObb,
f.
62.)
CHAPITRE TROISIÈME
96
tion, à côté de ses compatriotes,
Bourbons
et alliés des
deux
que les princes parents
nos clients
et aussi les Suisses,
fois séculaires. Il
voyait dans cette intervention
de puissances liées au roi par la Paix perpétuelle de
1516 ou
le
moyen de neu-
Pacte de famille de 1761 un
traliser l'influence des
de la France.
Il
ennemis naturels
et
héréditaires
protestait encore contretoute
immixtion
des grandes puissances européennes dans nos affaires.
« Ils
(nos ennemis) ne seront pas assez impolitiques pour
nous
distraire
du soin de nous déchirer de nos propres
mains en nous présentant des armes étrangères qui
pourront nous asservir
l'Espagne,
(1).
en se mettant à
»
Enfin
la
tête
de
monarchique, se relèverait elle-même,
pas à nous seuls,
disait-il
déclarait que
il
la
croisade
car ce n'est
«
avec raison, qu'en veut la
pohtique des cours, c'est à la prépondérance de la
maison de Bourbon en Europe
Ainsi pensait Louis
XVI
».
qui,
dès
le
lendemain des
journées d'octobre, avait dépêché Fonbrune en mission
secrète auprès de son cousin Charles IV.
D'Antraigues
dut de son côté s'aboucher avec Las Casas, l'envoyé
espagnol à Venise,
drid, sous la
et
par ce canal faire
passer à Ma-
parure de son éloquence, les demandes du
roi prisonnier.
Las Casas a tenu pendant quelques années une
grande place dans
lui
en
Italie
de d'Antraigues.
d'une amitié étroite, et
jusqu'à sa mort.
(1)
la vie
A
lui
Il
se lia
très
avec
resta attaché
l'exemple des émigrés
français,
Quelle nst la situation de l'Assemblée nationale, p. IT.
il
PREMIÈRES INTRIGUES
(1790-1792)
97
poussait en matière politique Tardeur jusqu'à l'aveug-le-
ment,
11
jusqu'à l'irrévérence.
et parfois aussi la liberté
l'homme de
avait en lui, sous le diplomate et
y
un
parti,
sceptique jetant par-dessus bord, dans le
secret de sa correspondance, les préjugés inséparables
de sa situation.
Il
souhaitait en public
le
succès
des
paladins de Coblence et leur entrée triomphante à Paris,
sauf à
murmurer
à l'oreille de son ami
vous de bonne foi que notre noble armée en
comte
ble ? que notre cher
Sorel à ses côtés, soit
comme
France
Maîtresse en
tète et
Tout ce qui
est à
confesseur en queue
(1). » Il
les intrigues
au Temple,
et
il
mes
(2). »
dieux
î
N'y
aura-t-il
et
ne
dit
que des
finir
par une
partis qui n'en ont au-
il
régence
«
A
»
du comte
de Marie-Antoinette,
se surprenait à
plus que ses amis.
du Vengeur,
?
bleue.
poussait les illusions de l'émigration jus-
qu'à craindre pour la
vence
garde
part des royalistes ?
la
Coblence ne parle
guerre de religion entre deux
cune
cwec sa
du sang. Le tout pourra
et
Agnès
à faire la conquête de la
(VII)
pas des cruautés horribles de
vengeances
soit capa-
d'Artois, ayant son
homme
Charles
Croyez-
a
:
la
s'écrie
de Pro-
prisonnière
admirer ses adversaires
pensée des marins légendaires
:
«
Ce ne sont plus des hom-
Le duc d'Enghien ajoutera
:
«
Ce sont des
»
—
La correspon(1) Las Casas à d'Antraigues, 10 déc. 1791 (A. F.)dance de Las Casas avec d'Antraigues, qui va de 1791 à 1798, comprend
plusieurs centaines de lettres, presque toutes intéressantes par le fond
France, vol. 637-(i39.)
Las Casas à d'Antraigues, 1-"' juillet 1794.
et la forme. (A. F.,
(2)
7
98
TUOlSlIvME
CflAl'lTRF::
A
eux
(Jeux. d'Aulraigues et
Las Casas prétendirent
XVI,
conduire, selon les intentions secrètes de Louis
Ja politique
étrangère de
l'émigration naissante
ils
;
étaient secondés et couverts auprès des princes par les
conseils discrets de Bernis et de Vaudreuil. Malheur à
qui voulait
Ce
marcher dans leur
fut le cas
événements avaient fait
les
royaliste en
Languedoc.
quand
le
chef du parti
eut l'imprudence de se faire
Il
Coblence une mission directe pour Naples
à
voulut l'accomplir,
il
1
de Froment, un bourgeois remuant de
Nîmes, dont
donner
sillon, sur leurs brisées
;
de
heurta partout à
se
il
sourdes résistances. D'Antraigues et Las Casas, ne
le
jugeant pas assez souple pour travailler sous leur
di-
rection, le dénoncèrent
comme
nuisant par son
quand
isolée au plan général, et
il
se présenta à eux,
malgré ses apparences de soumission
ils
lui firent
perdre
l'empêchèrent d'aller
et agir
l'amusèrent et
qu'ils
Quant à eux. leur rêve
était
action
et
de bon vouloir,
bien
si
où
il
son
voulait
temps
(1).
de décider l'intervention
des puissances voisines de la France, et de provoquer
une
triple
étales
démonstration militaire sur
Pyrénées.
Comme
le Jura, les
Alpes
député, d'Antraigues s'était
obligé à réclamer pour les étrangers au service du roi
le
serment de ne jamais porter
citoyens;
comme émigré,
un serment
contraire.
Il
il
les
armes contre
les
s'employait à obtenir d'eux
répandait, sous le
pseudonyme
Froment, Précis de mes opérations, etc., pp. 60-61, 65, 71-73,
malveillante remise sur Froment à d'Antraigues par
Solliès, conseiller à la cour des aides de Montpellier (A. F., France,
(1)
75.
— Cf. une note
vol. G3r,,
f.
91.)
PREMIÈRES liSTRIGUES
99
(1790-1792)
d'Henry-Alexandre Stauffach, son ylt^/5 aux Suisses, où
il
XVI au
France. On
proposait de lier la mise en liberté de Louis
renouvellement des capitulations avec
l'entend dès la
fin
la
de 1790 annoncer que tout Berne est
acquis à la cause royale ;et deux ans après
employé par Las Casas à
était
encore
cantons catho-
solliciter des
liques une levée de douze mille
il
hommes que
l'Espagne,
alors en guerre ouverte avec la France, voulait prendre
à son service
A
Madrid,
(1).
ses premières négociations se
résument
dans un mémoire adressé au ministre Florida-Blanca,
et
portant les conclusions suivantes
rant comprimer
les
:
Louis XYI, dési-
factieux et octroyer librement
à
son peuple une constitution raisonnable, avait besoin
d'un noyau de troupes
étrangères propre à rallier ses
sujets et soldats fidèles.
Il
demandait qu'en novembre
1790 24.000 Espagnols marchassent sur Perpignan, puis
sur Toulouse, où le roi viendrait au devant d'eux. Ce
projet était adopté et l'expédition résolue, lorsque Flo-
rida-Blanca
fit
comme un casus
en France;
savoir
que l'Angleterre
belli l'entrée d'un seul
elle se refusait à
terminer
considérait
Espagnol armé
le conflit
pendant
entre elle et le cabinet de Madrid au sujet de la baie de
Nootka, tant qu'elle n'aurait pas l'assurance du désintéressement complet de Charles IV au sujet des
affai-
res de France (2).
Correspondance intime de Vaudreuilet du comte d'Artois, t. I,p. 331.
(chargé d'affaires russe à Gènes) au comte Osterinau,
12/23 mars 1793 (A. M.).
(1)
— Lizakévitch
(2)
Mémoire du
16
novembre 1804
(A. P. et A. V.).
CHAPITRE TROISIÈME
100
D'Antraigues essaya au moins de mettre à profit les
dispositions des royalistes sur cecôtédes frontières françaises.
En novembre 1791
gouverneur de
il
expédiait auprès de Lascy,
Catalogne, l'abbé Froment, frère de
Nîmois, chargé de solliciter un
l'agitateur
concours
quelconque au mouvement militaire qu'on supposait en
préparation à Perpignan. Mais ce
sit
par
à un complot d'officiers
le
mouvement
soutenus ni
qui, n'étant
peuple ni par leurs propres
se rédui-
soldats, durent se
disperser et émigrer avant d'avoir tiré l'épée.
La cour de Madrid
restait
inerte, sans
indifférente. Elle avait organisé dès 1791
dance secrète à Paris, qui jusqu'à
la
se
montrer
une correspon-
mort de Louis XVI
circula directement de cette ville à Madrid. Despomelles,
un réformateur
guère vanté
militaire
les plans, et
dont d'Antraigues avait na-
Lemaître,un avocat jadis mêlé
aux intrigues de l'opposition parlementaire,
la rédigè-
rent les premiers avec l'assentiment du prisonnier des
Tuileries
(1).
Cette correspondance aux frais du gouver-
nement espagnol languit lorsque d'Aranda eut remplacé
Florida-Blanca à la tête des affaires étrangères (février
1792). D'Aranda était
de sympathies,
même
un sceptique qui ne
se piquait pas
en paroles, pour les malheurs des
Bourbons de France. D'Antraigues dut alors regarder
surtout du côté de Coblence, et s'employer à seconder
sur les Alpes l'offensive qui se préparait sur le Rhin
(1)
On peut
croire
que
la lettre
du 10 mai
1791, citée par Vaudreuil
écrivant au comte d'Artois [Correspondance, etc.,
nait déjà à cette correspondance.
t. I,
p. 371), apparte-
PREMIÈRES INTRIGUES
contre
A
monarchiens
les
101
(d':90-1792)
et les républicains
Coblence, ses services n'avaient pas
acceptés sans appréhensions
(1).
Deux de
de Paris.
d'abord
été
ses amis, bien
en cour auprès du comte d'Artois, Sérent et Vaudreuil,
obtinrent cependant la confiance. Lui de son côté se
lui
mit à exalter Galonné et ses plans chimériques de restauration.
aux accusations
s'associa
Il
comme
taient Marie-Antoinette
son pouvoir de 1787,
impatiente de ressaisir
comme
Breteuil
et
qui représen-
l'instrument
d'une réaction où dominerait l'influence autrichienne.
n'en appréciait pas moins avec sévérité l'entourage
Il
des princes, et tous ces importants, courtisans ou
bra-
vaches, qui se préoccupaient moins de restaurer la monarchie que de s'y préparer une bonne place au lende-
main de
«
On
On
veut,
si
plus qu'on n'a
pour avoir
de
l'air
on épie des
on
comme on
intrigue à Coblence,
sailles...
fait et
la restauration.
fait,
fait.
faire.
secrets,
les confie et
on
on
Si
On
les
on ne
fait
Ver-
que l'on a
pas, on
s'agite
donne de l'importance,
se
devine ou on
on se remue jour
et nuit
Les plus médiocres sont
d'être utile.
intriguait à
qu'on sache
les
imagine,
pour avoir
les plus
l'air
diligents
à se montrer
:
besogne
par un autre... Bref, c'est une vraie peste
faite
pour notre
dans
(1)
ils
parti
le vide,
cherchent à supplanter, à saisir une
que ces agitateurs
nageant
mais présentant une atmosphère bourdon-
Las Casas à d'Antraigues, 27 août 1790.
time de Vaudreuil et du comte d' Ar lois ,
du comte d'Artois du
séum, p. 161).
d'affaires
2 janvier 1792
i.
Cf.
Correspondance in-
I,pp. Io3,[172,340, et la lettre
(dans Sainsbury, the Napoléon
Mu-
CHAPITRE TROISIÈME
102
En peignant
ainsi ses
émules, en les jugeant aussi dangereux que
les jaco-
bins, d'Antraigues ne voyait
déjà leur
nante
et
piquante parfois
meilleur modèle.
(1).
n'est pas
Il
)>
pas qu'il était
un des
faiseurs de l'émi-
gration qui n'ait dénoncé et déploré l'esprit d'intrigue,
et qui,
en accusant
prononcé sa propre
les autres, n'ait
sentence.
D'Antraigues put se croire, dans
de devenir un grand personnage.
en Champagne avec
«
l'été
A
les Prussiens,
de 1792,
la veille
Galonné
lui écrivait:
Les princes ontplusde remercîments à vous
d'instructions à vous donner (2).
voyait déjà prenant à dos les
»
faire
que
L'ami de Las Casas se
rebelles
«
près
d'entrer
Paris, et se repliant vers le midi avec
»
leurs
chassés de
dernières
espérances.
II
LES AGENCES DE VENISE ET DE PARIS (1792-1 TOC)
Les désastres de
la coalition
en 1792 avaient brisé,
sans les anéantir, les espérances des émigrés. L'exécution de Louis
XYI les
listes
réfugiés
dans
la
ranima, car
à l'étranger en
elle constitua les
parti
politique,
roya-
ayant
personne du comte de Provence un chef décoré
(1)
Réflexions sur noire position
(2)
Caloniio à d'Antraigues, 12 juillet 1792. (A. F., France, vol. 630.)
,
etc. (A. F.,
France, vol. 634.)
LES AGENCES DE VENISE ET DE PARIS
successivement des
s'étant insurp^é
au
titres
nom
courut d'AIlemag'ne
comme dans une
établir
de régent et de
de Louis XVII, le
en
Italie,
103
1792-1790)
roi.
Toulon
régent
«
»
ac-
avec la pensée de s'y
La
capitale provisoire.
ville
étant retombée au pouvoir des républicains (5 septem-
bre 1793),
il
dut s'arrêter à Turin,
de remettre le pied sur
demain,
gues
il
et
renoncer à l'espoir
le sol français.
Incertain du len-
venait d'arriver à Vérone, lorsque d'Antrai-
lui offrit
directement ses conseils
et ses services.
Depuis plusieurs mois, d'Antraigues
quement sous un pavillon étranger
tiques
et politiques.
avait déclaré
à la France. L'ami de Las Casas
1793)
:
on
la légation
lui
abritait publi-
menées diploma-
Godoï ayant succédé comme mi-
nistre à d'Aranda, l'Espagne
lement dans
ses
était
la
entré
guerre
officiel-
espagnole de Venise (25 juin
octroya depuis une pension de
50.000
réaux, puis (14 janvier 1795) la croix de Cbarles
III et
des lettres de naturalisation espagnole.
Ainsi couvert, d'Antraigues voulut faire bénéficier de
sa nouvelle situation son ancien maître.
mandé d'avance
à
Il
était
recom-
Monsieur par certain Mémoire sur la
régence publié au lendemain du 21 janvier (1); de plus,
il
s'était
fait
désigner pour représenter diplomatique-
ment Cbarles IV à Toulon auprès du prince
S'il
eût
cru
son
nouveau
conseiller,
français.
Monsieur eût
alors à tout prix renversé les obstacles qui le retenaient
(1) « Le baron de Brcleiiil a fait passer à la cour de Madrid un mémoire contre mes droits à la régence... C'est pour répondre à ce mémoire que M. de Las Casas a engagé M. d'Anlraigues à faire le sien. »
(Louis XVIII à Flachslanden, s. date.
C. P.)
—
CHAPITRE TROISIÈME
104
dans
les États vénitiens, et eût passé
en Espagne.
récompensa
qu'il
donna
Il
bon gré mal gré
n'osa ou ne put suivre l'avis, mais
l'auteur.
La première
il
en
croix de Saint-Louis
de qualité qui
fut attribuée à ce publiciste
n'avait jamais tiré l'épée. D'Antraigues souhaitait entre
toutes cette distinction, peut-être parce qu'il était tenté
moins que personne de
la conquérir selon les règles.
Le
contraste est complet entre lui et un autre grand conspirateur de l'époque, le baron de
mérairement chercher
Batz. Batz allait
té-
les jacobins ciiez eux, et sut les
braver impunément jusque dans leur capitale. D'Antraigues, à l'exemple du
comte d'Artois,
s'est
tenu tou-
jours aussi loin que possible de leur atteinte, et a mis
au bout de sa plume, à distance, tout ce
d'éloquence
Au
et
qu'il avait
de courage.
lieu d'aller à l'armée de
que de faveur,
il
Condé
justifier cette
se mit à la disposition
du
«
pour une campagne diplomatique. Monsieur
mar-
régent
»
désirait
avant tout se donner un semblant de représentation
auprès des gouvernements
reconnaissance formelle
italiens, et arriver ainsi à
et efficace
valier de Poulpry alla en son
Venise
(1);
vement de
l'Espagne, puis
et
Il
de la Russie,
secrètement reconnu,
dédaigné en apparence par un gouver-
nait le rôle à défaut
F.
Le che-
le terrain à
y vécut, sous la protection de
nement légalement en paix avec
(1)
titre.
sonder
d'Antraigues y fut ensuite ciiargé définiti-
ses intérêts.
mais ignoré
de son
nom
une
la
Convention.
Il te-
du rang.
HéDia à Lebrun, 2 mars 1793, (A.
F., Venise, vol. 250,
f.
102.)
LES AGENCES DE VENISE ET DE PARIS
Venise en novembre 1793,
Arrivé à
maison,
il
donna comme
et se
de France
Tout caractère
w.
le
du
taire d'État
«
régent
»
,
il
y loua une
représentant du
lui
officiel
devint, sous son titre espagnol,
une sorte de secré-
attirant à lui la correspon-
en Toscane, l'abbé de Jons,
de Pons.
tellux, l'abbé
Il
« roi
étant refusé,
dance des agents royalistes en Piémont, dans
Siciles,
lOS
(1792-1796)
fut
le
les
Deux-
comte de Chas-
surtout l'intermédiaire
principal de la correspondance entre la cour de
Madrid
de Paris, après que la guerre eut fermé
et ses ag'ents
hermétiquement
la barrière des
Pyrénées. Les lettres
étaient adressées de France, tantôt à
un habitant de
Bellinzona ou de Mendrisio, tantôt directement à Venise
à « Marco-Paolo Philiberti
».
Le vaguemestre de
la lé-
gation espagnole allait les prendre à la poste, où les inquisiteurs d'Etat avaient donné des ordres spéciaux pour
leur remise immédiate. D'Antraigues les mettait en état
d'être lues, et
sance, les
Madrid
Las Casas, après en avoir pris connais-
transmettait, par Gênes,
(1).
L'abbé Brotier
vernede Presles,
maître.
à Barcelone et à
Ils
et
Sourdat, puis Lavilleurnois et Du-
s'étaient joints à
Despomelles
et à
Le-
envoyaient de longues pages écrites en encre
sympathique
et
quelquefois de plus en chiffres, couvertes
de lignes apparentes en style jacobin et consacrées à des
nouvelles sans intérêt, déjà connues;
et
aux plus mau-
(1) Tout le mécanisme de cette agence de Paris a été décrit par d'Antraigues dans des pièces qu'il rédigea bien plus tard, en 1809, lors de sa
campagne, de concert avec Puisaye, contre d'Àvaray. (A. F., France,
vol. 628, S. 23 et suiv., vol. G41,
if.
275-279.)
CEIAPITRE PREMIER
lOG
moments,
vais
c'était
employait
aussi ce style qu'on
pour annoncer sans y paraître ce qu'on jugeait
utile à
faire savoir.
exactement
est difficile d'apprécier aujourd'hui
Il
la
valeur de ces informations. Les ingrédients chimiques
qui les ont révélés un instant aux yeux de d'Anlraigues
les ont fait disparaître
et
presque totalement aux nôtres,
n'ont laissé subsister que la prose de convention desti-
née à
les dissimuler. Brotier et ses collaborateurs étaient
moins
moins perspicaces
influents,
paraître
c'étaient
:
un peu
«
des
qu'ils
ne voulaient
hommes
de paille qui
voient des clochers dans la lune (1)«. Leurs lettres se
composaient, ce semble, d'on-dit recueillis au hasard
ou empruntés auxjournaux, etde considérations prétentieuses, inopportunes
ou simplement banales. D'Antrai-
gues n'oubliait pas de faire ressortir
louange
le 7
:
passages à sa
bien inconvenable, se laissait-il écrire
« Il est
pluviôse an
les
II,
que ce mâtin d'Antraigues
tinuellement aux trousses des Jacobins
en
soit
con-
Italie,
au
point qu'il ne puisse passer aucun courrier dans le pays
no
qu'il
terrible
jour la
les
que
celui-là, et
s'il
;
qu'il
ne
fît
aller à
vau
c'est
un
pouvait gagner un
confiance de ces imbéciles de rois,
m'emporte
mais
au moins de ses papiers
saisisse
homme
l'eau
la
le
diable
république
;
vues personnelles des puissances, leur mons-
trueuse coalition, qui n'est qu'une maussade et incohérente démocratie, et leur jalousie les empêcheront tou-
(1)
Mallet du Pan, Mémoires
même Correspondance
el
Correspondance,
avec la cour de Vienne,
t. II,
t. II, p.
p. 217.
214. Cf.
du
LES AGENCES DE VENISE ET DE PARIS
de suivre les
jours
Comme
s'était
il
Mallet du
d'un grand
conseils
Pan
(1792-1796)
à Berne, le
«
107
homme!
homme
grand
»
»
mis en rapports avec les agents étrangers dont
préjugeait les sympathies pour sa cause ou souhaitait
la coopération.
De
l'Autriche
il
n'attendait rien, et en
toute occasion signalait la politique indécise et égoïste
de cette puissance au sujet des affaires de France
Il
se
fiait
peu aux Anglais, coupables selon
riser indistinctement les
tionnels
;
toutefois
il
lui
royalistes purs et
lui fallait
admettre
de
les consti-
de leur
l'utilité
concours dans la Méditerranée, en Vendée
(1).
favo-
en Bre-
et
tagne. Aussi était-il empressé auprès de Worsley, leur
ministre à Venise, et entretenait-il une correspondance
suivie avec Drake, consul à Livourne.
Italie
un
rôle
intriguant,
analogue à celui de
semant
Drake jouait en
Wickham
à Berne,
l'argent, réduisant l'art de la diplo-
matie à un Delenda Carthago conivQ
la
France.
D'Antraigues cherchait avant tout à capter la bienveillance, plus hautement annoncée que sérieusement
effi-
Las Casas
cace, de la Russie pour les princes français.
lui
servit d'introducteur auprès des représentants de cette
puissance, Lizakévitch à Gênes, Golovkine à Naples.
Lizakévitch, placé près de la frontière française., entretenait avec. sa cour,
une correspondance
pendant
très
les
années 1792
active,
et
et
1793,
curieuse par les
l'Autriche à genoux de(1) Von ihni stammt das berûhmte Wort
vant l'or de l'Angleterre, die Klagen der undankbaren Emigranten ûbcr
:
OEsterreich. (Vivenot, Vertrauliche Brie fe des Frelherrnvon Tliugut, noXe
88 à lafin du 1" volume, qui commence par ces mots Der beriiclitigte
Graf Antraigues, cin Emigrant der schlimmsten sorte, etc.)
:
CHAPITRE TROISIÈME
108
détails qu'elle
le
renferme sur
siège de Toulon,
Son
Midi.
les troubles
en général
et
les
de Marseille,
événements di^
important, lorsque Sémonville
rôle devint
arriva à Gênes, épiant l'occasion favorable pour gagner
Constantinople, et y exciter le Divan contre la Russie.
Lizakévitch faisait suivre pas à pas l'envoyé français,
et travaillait
de son mieux à empêcher son départ et à
pénétrer ses projets. De Venise, d'Antraigues
un concours inattendu
porta
effet
et utile.
au diplomate russe des pièces
on ne
sait
comment
;
une
allait
le
qu'il avait surprises
secrètes
des lettres de
;
ap-
passer en
fit
des instructions
adressées de Paris à Sémonville
Hénin,
Il
lui
Félix
d'affaires républicain à Venise, qui
chargé
lui-même peu de temps après être envoyé à Cons-
tantinople, et enfin
un plan de guerre civile
à l'intérieur
de la Russie signé Angely. L'auteur de ce plan à la Convention disait avoir vécu dans
rentrer, et d'y
le
pays;
il
offrait
provoquer une révolte analogue à
comme
de Pugatchev. Les républicains de 1792,
d'y
celle
jadis
Louis XV, comme plus tard Bonaparte, se ménageaient
sans scrupule des alliés contre l'autocratie russe, parmi
les courtisans
mécontents ou
les
paysans rebelles.
D'Antraigues avait d'abord prié
bourg
qu'on tùt à Péters-
l'origine de ces révélations, puis
torisa Lizakévitch à
il
se ravisa, au-
prononcer son nom,
et,
avec une
indiscrétion qu'explique seule son ignorance des usages
du pays,
il
sollicita
veurs de l'État
On ne
lui
et
une récompense réservée aux sau-
aux
adressa
favoris^ le portrait de la souveraine
môme
pas
!
un remerciement banal,
LES AGENCES DE VENISE ET DE PARIS
et plus tard
il
se plaig-naitavec
Modeste par calcul
et
amertume de
dont
il
ce silence.
présomptueux par nature,
maginait être une puissance occulte dans
diplomatique, et
109
(1792-1796)
était tout juste
les puissants se servent,
et
il
s'i-
monde
le
un de ces instruments
qu'ils ^dédaignent
ou
rejettent après s'en être servis (1).
Déçu, sans être découragé, d'Antraigues tourna de
nouveau
ses espérances
du côté de Ja Russie en 1795,
lorsque l'Espagne se fut retirée de la coalition.
vrier,
Las Casas
avril, la
était transféré
cour de Madrid signait
république.
D'Antraigues, sans
nouvelle nationalité,
sous quel pavillon
la paix à
s'abriter?
Il
attendu à Londres, où certains amis
l'attiraient;
fé-
Bâle avec la
renoncé à
avoir
remercié de
fut
allait-il
En
de Venise à Londres; en
ses
sa
services
;
disait ^bien être
comme
Cazalès
mais au lieu de servir un cabinet dont
dénonçait depuis deux ans les vues égoïstes,
il
trouva
il
plus simple de
changer de déguisement sans changer
de résidence.
suggéra à Louis XVIII
Il
l'idée de
deman-
der son agrégation à la légation russe de Venise. Dans
ce
nouveau poste,
il
espérait devenir
important entre son maître
De
là
et
un intermédiaire
Catherine
l'empressement avec lequel
II.
répondit aux
il
avances de Golovkine. Ce ministre avait entendu parler
favorablement de
pensa se
lui
faire valoir
à la
en demandant à cet
informé des détails sur
(1)
cour des Deux-Siciles
l'intérieur de la
Lizakéwitcli à Osterrnan, 3 ot 14
posé de
ma
homme
novembre 1793
si
France
(A. M.).
;
il
bien
et le
—
Ex-
conduite aoec la cour de Russie (par d'Antraigues) (A. F.).
no
CHAPITRE TROISIÈME
parti royaliste, sur les relations
avec
blic
il
en
lit
tielles
:
Turquie
la
et la
du Comité de
Pologne,
et, les
ayant reçus,
part à l'impératrice dans deux lettres confiden-
en parlant de son correspon-
C'est, ajoutait-il
«
un des meilleurs serviteurs du
dant,
salut pu-
roi de France, fort
différent des petits faiseurs dont ce prince est entouré. »
Il sollicitait
en conséquence pour
tion flatteuse ou quelque
La recommandation
Le 25 août
lui
quelque distinc-
marque de bienveillance
(1).
vint à point et porta ses fruits.
1795, Louis XYIII adressa au ministre russe
àVenise, Mordvinov, unelettre oiijavecl'autorisaLion de
Catherine
II, il
accréditait d'Antraigues auprès delui.
nouvel attaché recevait en
des lettres pleines
même
temps de Pétersbourg
d'éloges et de promesses
laissait espérer entre autres ce
Le
;
on
lui
grade de colonel dont
avait joui en France, et qui flattait son
il
amour-propre
plus encore qu'un titre diplomatique (2).
pepsait en attendant recevoir
Il
lant de son
nouveau
un accueil
en tête-à-tète avec une danseuse
tiré,
bienveil-
chef, qu'il savait vivant assez re-
comme lui-même
avec l'ex-reine de l'Opéra. Mordvinov ne parut pas goûter cet auxiliaire inattendu
:
rendre régulièrela fonction
il
attendit quatre
qu'il devait lui reconnaître,
et ne se résigna à le présenter
D'Autraigues à Golovkiue. (A.
mois pour
F.,
au Sénat vénitien que
France, vol. 034,
f.
64).
lovkine à l'impératrice Catherine, mai et août 1795 (A. M.).
—
le
— Go-
Azara
Froment, 2 mars 1796. (Lettre citée par Froment dans ses
Observations sur la Russie par rapport à la Révolution de France, p. 16,
à
note.)
(2;
(A,
à d'Antraigues, 9 décembre 1796, Il janvier
D'Antraigues à Mordvinov, 31 janvier 1797 (A. M.).
Saint'Priest
F.).
—
1797
LES AGENCES DE VEXISE ET DE PARIS
jour (11 avril 1796) où
(1).
Les Vénitiens, de leur côté
firent des façons, et n'agréèrent le
nouvel attaché qu'a-
près l'avoir obligé à transporter, au moins
ment, son domicile à
111
nom un
dut demander en son
il
passeport pour Vérone
(1702-1796)
la légation russe.
garda néanmoins ses entrées chez
le
momentanéD'Antraigues
successeur de Las
Casas, Campos, qui venait volontiers
le
voir et s'entre-
tenir avec lui.
Venise donnait alors
certains l'appelaient
asile à
de nombreux émigrés
;
un nouveau Coblence. On y compta
un moment jusqu'à huit cents Français, encombrant
les salons et la place
Saint-Marc, partout fêtés, remplis-
sant les gazettes d'articles contre la Convention, et les
boutiques d'estampes représentant les défaites, vraies
ou fausses, des républicains.
son renom
littéraire et sa
malgré
D'Antraigues,
faveur apparente auprès de
Louis XVIII, recherchait peu ses compatriotes,
tait
n'avoir pas leur
demeurait précaire
confiance.
et sa
En
eff"et,
et sen-
sa situation
mission ressemblait fort
à
une aventure.
L'homme
relevait au premier abord l'une et l'autre
par sa grande mine, par
la
séduction de ses manières,
par l'étourdissante assurance de son langage.
un portrait de
lui
qui
nous
semble
dater
Il
existe
de cette
dire do l'euvoyé français Lallemant (Lettre
(1) Mordvinov, qui, au
au ministre Delacroix, floréal au IIIj, faisait sur son compte des rapports peu avantageux, appréciait au moins en lui un informateur utile.
« Le comte d'Antrai(v. st.) 1797)
11 écrit à Osterman (24 janvier
gues... a toujours mis le plus grand zèle à me communiquer pour
:
notre cour impériale les nouvelles utiles qu'il recevait de sa
(A. M.)
patrie. »
U2
CHAPITRE TROISIÈME
époque
fier, le
:
front élevé et dégarni, le regard calme et
le
nez
une intelligence
de vulgaire
et
haut du visage accuse
droit, tout le
fin et
déliée et active, et fait oublier ce qu'a
de lourd la partie inférieure.
La
figure est
portée
sur une épaisse cravate blanciie encadrée elle-
même
dans un ample manteau noir à collet droit, assez
grands Jésuites du
semblable à celui des
D'Antraigues, en
fin
xvi" siècle.
de compte, ressemblait autrement
que par ce détail de costume aux premiers compagnons
du blessé de Pampelune;
sée, de tout son talent
il
pour
guerroyait de toute sa pen-
monarchie en proie à
la
pour
la
Révolution, ainsi qu'ils
avaient
mutilée par la Réforme.
avait leur zèle, leur entregent,
Il
fait
la chrétienté
leur habileté à mêler la politique et la religion, leur passion d'embrasser l'Europe entière dans leurs desseins
il
lui
manquait leur humilité,
et à l'occasion leur
courage.
Il
la
pureté de leurs
abritait derrière les lagu-
nes vénitiennes, sans jamais affronter son ennemi,
intrigues et
;
mœurs
son ménage d'apparence louche
et ses
comme
sa
mission. Sa femme, ne portant pas son nom, vivait ce-
pendant sous son
le
toit, et
Louis XVIII
cordon de Saint-Michel. Elle
espagnole,
était
lui avait
reçue à
et fréquentait d'autre part le
octroyé
la légation
monde
des
arts et des théâtres (1).
Les auxiliaires du soi-disant diplomate ne prédisposaient pas
non plus en
sa faveur. C'était d'abord
un
(4) Les passages des lettres de Las Casas à d'Antraigues relatifs au
séjour de M"» Saint-Huberty à Venise ont été publiés par De Goncourt,
la Saint-Huberty, pp. 2o3-2j7.
LES AGENCES DE VENISE ET DE PARIS
abbé famélique
nommé
sio.
Ce Dufour,
comme
113
Dufour, pauvre hère que d'An-
la
un jour
mendiant,
errant et
traigues avait recueilli
d'automne de 1792, à
(1792-1796)
porte de sa maison de Mendri-
tous les agents subalternes,
finit
par se croire un personnage, et par abuser des secrets
qu'on
lui avait confiés
maître
et lui
il
ou
qu'il avait surpris.
y eut échange de
Entre son
lettres aigres-douces,
puis de récriminations violentes. Dufour fut chassé,
se vengea,
Un
comme
il
put, par les plus basses médisances.
Goujon,
autre auxiliaire était
meur
pétulante et provoquante
conflit
sultant
;
bruyamment sur
la
prète Venture, qu'il rencontra
amener un
faillit
il
la
France
Saint-Marc
place
bons
mais Goujon
gea en
un jour son patron comme
fut
Un jeune homme
in-
l'intertri-
du mi-
offices
nistre espagnol,
Venture.
en
portant la cocarde
colore. L'affaire fut étouffée par les
traité
d'hu-
Marseillais
diplomatique entre Venise et
traitant
et
congédié, et se venavait
il
d'origine piémontaise
échappé au siège de Toulon, Minoja,
était
chargé de la
correspondance italienne.
M"* d'Aritraigues mère
fils.
Elle vivait à
Rome
écrivait
réguhèrement à son
sous la protection de l'ambassade
espagnole, au milieu d'une société
mystique, où l'on priait pour
la
Compagnie de Jésus
(1)
«Femme
la
et
la
grave
et
presque
double restauration de
de la monarchie française
(1).
plus intrigante qui existe au monde, écrivait (12 mars
d'Azara. Elle tient chez elle une
1794) le vieux diplomate voltairien
espèce de club des émigrés les plus marquants, à la tête desquels s'est
mis le nouveau cardinal Maury, auquel il ne manque rien pour
pouvoir être déclaré fou. Ils ont appelé à leur secours
(Dans Froment, Précis de mes opérations, etc., p. 121.)
le
jésuitisme. »
8
CHAPITRE TROISIÈME
114
Do
loin elle
titre et
sermonnait son
fils
avec l'anlorité de son
d'une affection survivant à tous les mécomptes.
Elle reconnaissait volontiers lui devoir le pain de
que jour,
et était
fière
des services qu'elle
rendre au parti royaliste
cœur ouvert,
et
avec
elle lui parlait
cependant à
n'épargnait pas plus l'homme privé que
l'agent politique.
affichée
;
cha-
voyait
lui
la
Son
principal grief était cette liaison
Saint-Huberty,
devenue une union légitime.
A
qu'elle ignorait être
leur dernière entrevue,
à Ivrée, d'Antraigues, interrogé par elle sur le bruit qui
courait de son mariage, avait, par crainte de lui percer
cœur, solennellement
le
et
étourdiment tout'nié. De-
embarrassé pour avouer
puis, fort
les écarts
la vérité,
il
expliquait
apparents de sa conduite par des nécessités
financières ou se répandait en phrases vagues qui lui
valaient,
monces
comme à un pécheur
:
voient des
« Il
scandaleux, de vertes se-
n'est pas juste d'exiger des autres qu'ils
mêmes yeux que vous M"*
et qu'ils aient
pour
elle
de Saint-Huberty,
considération et estime. Vous
jureriez sur son témoignage que vous êtes sa seule fai-
blesse
était
;
cela peut être, mais vous conviendrez que
de vous persuader qu'elle avait gagné
vous
ou
dites qu'elle a
perdu presque en
six ans de célébrité...
vous vous
l'ont
faites
le million,
totalité,
En épousant
ses
que
en cinq
querelles,
des ennemis, soyez-en sûr... Gens qui
beaucoup vue
la trouvent
méchante
servé l'esprit de son premier état
(l,^
s'il
question d'une autre, vous seriez loin de croire et
M-= D'Antraigues uicrc à sou
fils,
et
ayant con-
(i). »
22 octobre 179G (B. D.).
LES AGENCES DE VENISE ET DE PARIS
Un moment,
Français,
se croyant
Rome
passer de
menacée par l'approche des
à Venise. Elle supposait que son
se résignant à la
recevoir, éloignerait
berty de sa maison. L'accueil
tel qu'elle
répliqua
:
a
en spectacle... C'est une
jamais parlé
«
Vivons au moins en paix
et je
»
ni
moi nous donner
ni
finie,
et
comme
dont je ne vous
amis,
mon
:
nous ne
si
dernier soupir
Mordvinov trouvait en
représentant de la Convention, qui
comme
(1).
»
face de lui
un
le surveillait et le
l'émissaire des princes français et
adversaire dangereux. C'était en 1793 l'ex-
abbé Noël, plutôt toléré qu'accueilli par
ment
fut
Et elle concluait tout maternellement
vous aimerai jusqu'à
L'auxiliaire de
comme un
M™® Saint-Huproposition
mieux. Vous m'estimez, moi je vous aime
faire
pourchassait
fils,
croire que pour rien
vous
aflfaire
ai
.
à sa
fait
Vous devez
au monde je n'aurais voulu
pouvons
manifesta l'intention de
d'Antraigues
M'"''
115
(171)2-1796)
vénitien.
11
savait que d'Antraigues avait reçu la
visite de
d'Avaray, venu exprès de Vérone;
saisir sa
main dans
contre Maret et
son renvoi,
signalait en
il
les attentats perpétrés
Sémonville
(2).
il
croyait
en Valteline
Ne pouvant
obtenir
insérait dans les gazettes des notes
lui l'ex-révolutionnaire et le
vieille actrice.
gouverne-
le
où
il
tenant d'une
D'Antraigues riposta en préparant, de
concert avec Las Casas et Worsley, pour
note où l'expulsion du ministre
le
Sénat, une
de France
était for-
mellement demandée. Cette double machination avorta,
(1)
(2)
M'" D'Antraigues mère à son fils, 10 septembre (1796)
IvAULEK, Papiers de Barthélémy, t. III, pp. otO-oJl.
(B. D.)
CHAPITRE TROISIÈME
116
les Vénitiens désirant à la fois
France
la
A
et
ne pas se brouiller avec
ne pas décourager ses ennemis.
Noël succéda Lallemant, fonctionnaire de l'ancien
régime,
consul à Naples,
jadis
son caractère, possédait plus d'autorité et inspirait
ot
de confiance.
plus
Il
l'interprète des injonctions
fut
menaçantes du Directoire,
Louis XVIII de Vérone.
contre
le
et réussit à
Il
serviteurque contre
agit
le
faire
éloigner
moins heureusement
maître.
A
réclama l'expulsion de d'Antraigues
il
conduite
qui, par sa
trois reprises
(1).
Le Sénat
éluda une réponse affirmative en promettant de négo-
Pétersbourg l'éloignement du soi-disant Russe.
cier à
En
définitive la présentation
couvrait
lieu
officielle
qui
avait
désormais l'adversaire militant de
eu
la
république, et ne permettait plus au gouvernement vénitien de céder. Il fallut sa chute
gênant
pour forcer au
gîte l'hôte
qu'il avait accueilli.
III
TRAVAIL A l'intérieur DE LA FRANCE (1793-1795)
La
en
attribuant à
parmi
(1)
légation de France à Venise ne se trompait guère
les
d'Antraigues un des
premiers rôles
meneurs de l'émigration. Le collaborateur
V. sa correspoudanco
avec
lu
miiiislie
des Ailaires étrangères
TRAVAIL A r.'[NTÉRIRUR DE LA FRANCE
officiel
117
I7;13-170:;)
de Las Casas et de Mordvinov était avant tout
serviteur de la monarchie française,
digne de
a
(
la plus
dans quelle mesure
il
jugé
et serviteur
extrême confiance
(1)
».
On va
voir
se préoccupait de la justifier.
L'offensive qu'il pouvait, en l'an
les révolutionnaires avait
II,
pour but
seconder contre
les parties méridio-
nales de la France. Aussi se mèla-t-il d'abord aux affaires de la Corse. Cette
Convention,
la
tint
en hostilité ouverte avec
île,
guerre
était livrée à la
y sou-
civile. Il
royaliste, notam-
du parti
de ses conseils les chefs
ment Buttafuoco, l'ex-correspondantde Rousseau.
fit
tenir entreautresle
Il lui
modèle d'unepétilion àCharlesIV,
destinée à être répandue dans
l'île,
oii les
Corses dé-
claraient se défier des Anglais et des Russes, et solliciter
la protection
La guerre
de la cour de Madrid
(2).
se faisant alors sur les Pyrénées,
il
pouvait
sans trop de témérité supposer une invasion lieureuse
des Espagnols en Roussillon
et
en Languedoc,
imagination l'entraînant plus loin,
il
et,
son
voyait déjà les
vainqueurs tendant les mains sur les bords de l'Ardèche
et
du Rhône à ses compatriotes, à
lès reconstituée;
victoire,
il
comme
s'il
la fédération
de Ja-
eût été au lendemain de la
suggérait au prince de Condé de
se
faire
Delacroix, en 1795 et 1796, principalement ses lettres des 23 floréal
et
2 prairial an IV. (A. F., Venise, vol. 252.)
Drake s'installer à Venise, et réussit à placer
pour l'espionner Esménard, le futur auteur du poème de
s'inquiéta devoir
Il
auprès de
lui
la Navigation. (Vannelet à d'Anlraigues, 2 juillet 1798.
(1)
les Pièces
(2)
— A.
V.)
Lettre de Louis XVIII aux agents de Paris (25 février 1796), dans
vol. 631.)
1" partie, p. 23.
ou mémoires. (A. F., France,
relatives à la conspiration de Brotier,
Affaires de Corse en 1794,25 lettres
us
CHAPITRE TROISIÈME
nommer
lui
g-ouvernciir du
écrivait-il,
soumission
Languedoc.
que vous serez
et la paix,
prématie des barons.
utile
pour mettre
» Il
« C'est là surtout,
pour maintenir
la
à l'insolente su-
fin
n'avait point oublié et
sup-
il
posait encore possible dans l'ancien régime restauré le
rétablissement des états provinciaux, et faisait la guerre
à des
tés
ombres aussi vivement qu'aux formidables
du présent; aussi priait-il sans sourire
le «
réali-
régent
»
de ne rien statuer prématurément au sujet du Languedoc, afin de ne pas léser les droits de la noblesse.
Nous connaissons quelques-uns des agents qui
tra-
vaillaient sous sa direction dans cette contrée, Viguier,
ancien
son
homme
Loys de
Boudou, de Toulouse,
Chavanne
(1). Il
eût voulu
main d'un homme placé par
ses soins
l'ex-maire d'Arles,
les réunir sous la
d'afiaires,
la
auprès du généralissime espagnol Ricardos,
désigné pour ce dernier poste un ancien
et
officier
il
avait
de gen-
dai'merie, son collègue aux États généraux, le marquis
d'Apchier. D'Apchier devait
Pyrénées
les officiers
à Constance.
amener avec
lui
En s'embarquant pour Barcelone, il commit
une de ces étourderies familières
et
aux émi-
fatales
grés, qui pour d'Antraigues lui-même devait
leçon inutile
nant
la liste
;
il
(1)
au ministre de
V. une lettre de ce
Chapelle.
t.
être
une
oublia et perdit un portefeuille conte-
de ses principaux coopérateurs. Ledit por-
tefeuille fut porté
française,
sur les
du régiment de Vivarais réfugiés
dernier
la
république à Gênes,
à d'Antraigues,
dans
la Révolution
IX, p. 83. Elle est dite par erreur adressée au
comte
de^jla
TRAVAIL A L'INTÉRIEUR DE LA FRANGE
mission de d'Apchier avorta ainsi dès
et la
C'est
début.
le
du moins ce que raconte avec une joie non
mulée Froment, qui avait réussi à
se glisser,
d'une lettre du comte d'Artois, dans le
119
(1793-1793)
dissi-
muni
camp de Ricar-
dos.
D'Antraigues comptait avec raison que
le
courage
des Espagnols dans leur guerre offensive serait doublé
par leur haine contre l'impiété française, et néanmoins
il
jugeait leur présence dans le Yivarais
insurgé pro-
pre à contenir les passions religieuses, à empêcher les
protestants d'être victimes de la réaction monarchique.
Il
ne faudrait pas contre ceux-ci, disait- il, des mesures
trop ostensiblement
«
sévères...
Les excès de
la
ven-
geance iraient à des bornes embarrassantes pour
la
politique (1) ».
Après tous ces beaux projets,
je ne vois
guère entre
mains de leur auteur qu'un résultat acquis
les
fut la rétractation
;
ce
de son cousin l'évêque de Viviers,
Savines, devenu évêque
constitutionnel de l'Ardèche.
D'Antraigues la reçut
fit
et la
parvenir entre les mains
du pape.
L'ancien député de la noblesse se considérait en Vi(1)
D'Antriiiyues au marquis d'Apchier, 22 août 1793. (A. F., France,
vol. 634,
f.
38.)
—
Fkoment, Précis dévies opérations, etc., p. 104.
On
s'étonna do voir paraître tout à coup sur terre do France M. Ricardos à la tête d'une poignée d'Espagnols, sans magasins, sans
moyens de retraite. C'est que le comte d'Antraigues. .. avait rêvé dans
son lit un grand rassemblement au camp de Jalès, qui n'attendait pour
agir qu'un noyau de troupes réglées. Il )'avait rêvé, M. de Las Casas
«
l'avait cru, la
cour de Madrid n'en l'avait pas douté, M. Ricardos avait
sait tous les malheurs qui suivirent. » (Souvenirs
été sacrifié, et l'on
niss.
du comte Th. Golovkine.)
120
CHAPITRE TROISIÈMP;
varais
et
il
comme un
absent toujours à
présent à
restait
de rentrer,
la veille
pensée de ses compatriotes,
la
En
républicains ou royalistes.
1795,
il
dépêchait secrè-
tement parmi eux un émissaire chargé de renouer, à
défaut d'intrigues politiques, les
fils
de ses anciens sou-
venirs, de rechercher le sortdeses terriers, de ses livres,
de ses collections,
et surtout
téressait, depuis ses
hommes
de ceux auxquels
il
d'affaires jusqu'à
la belle
s'in-
Henriette. Les patriotes de leur côté soupçonnaient sa
main dans
tout
mouvement
révolutionnaire, et se le
Un juge
figuraient volontiers caché au milieu d'eux.
paix en l'an YI désigne
même
pièce officielle, l'asile où
il
L'action de d'Antraigues
le
suppose
(1).
se manifeste
en 1795
un autre point des frontières françaises, à
la
Franche-Comté
et des
de
expressément, dans une
cantons Suisses.
sur
la lisière
Il
de
vint alors
secrètement dans la principauté de Neuchâtel, à la Chaux
de Fonds,
et
jusqu'au village des Planchettes, sur les
bords du Doubs
(2). Il
trouvait là de
nombreux réfugiés,
débris de la Petite Vendée comtoise.
voir se
former en corps
Il
de troupes,
eût voulu les
surprendre
postes de la frontière, et emporter le fort de Joux
gouvernement bernois
lui avait
les
;
le
promis, affirmait-il, les
munitions nécessaires. Quelques ecclésiastiques se prêtèrent à ses vues, et distribuèrent des brochures et des
proclamations
(1)
«
au
nom
de Dieu et de laYiergeMaric».
Lettre de Flauguergues, juge de paix à Viviers,
(Gomm. par M. Mazon.)
(2) Sa présence à la Chaux de Fonds
nuels du Conseil d'Etat, 8 juin.
est
— Archives
1^'"
ventùse an VI.
signalée en juin 1794. (Ma-
cantonales de Neuchdlel.)
TRAVAIL A L'INTÉRIEUR DE LA FRANCE
La Terreur
paysans
était finie; les
121
(1793-179.Ï)
fugitifs se souciaient
moins de combattre que de revoir leur patrie
(1).
D'An-
traigues disparut promptement du pays, et par Zug, où
on
trouve au mois d'octobre,
le
Son
Paris
revint en Italie.
il
manière plus
activité s'exerça d'une
même, auprès des hommes
qui y représentaient
mais officiellement,
secrètement,
parti
le
montée par
correspondance
L'agence de
efficace à
royaliste.
le
cabinet
espagnol avait passé, sans perdre son premier caractère,
au service du
régent de France
«
et
»,
d'Avaray
Paris
entre
le devint
Vérone.
Flachslanden
à
et
et
les
d'Antraigues,
Paris et Madrid,
intermédiaire de cette agence entre
transmettait à
Il
bulletins
France, sauf certaines parties réservées
;
il
reçus
les
de
envoyait
en outre à Drake, qui les communiquait au cabinet de
Londres. Enfin
il
expédiait directement les instructions
de Monsieur, rédigées par
lui
donnait
la
substance
lui
sur des canevas dont on
mais
;
il
devait faire connaître
à Madrid toute la correspondance échangée entre Vé-
rone
et Paris.
En
juillet 1795,
après la paix de Bàle, Brotier
amis furent remerciés par
meurèrent exclusivement
le
et ses
ministère espagnol, et de-
les serviteurs
de Louis XVIIl.
Depuis quelques jours, Monsieur venait de prendre ce
nom
avec
le titre royal.
Un
de ses premiers actes fut
d'appeler d'Antraigues auprès de
croire
(1)
J.
un instant une
Sauzay,
Histoire
Dou/js, t.V pp. 270-273.
sorte de
de
la
lui.
Celui-ci put
se
premier ministre.
persécution
révolutionnaire
dans
le
CHAPITRH TROISIÈME
i'22
une critique de
fois
du
avait publié l'année précédente, au lendemain
Il
9 Thermidor, certaines
Oôservatio?is qui étaient à
royalistes
européenne, surtout
la politique
de la politique anglaise,
des
et
un anathème
nom
au
jeté,
aux constitutionnels
purs,
la
de 1791,
jugés pires que les Jacobins. Ces sentiments exclusifs
étaient ceux de Louis XVITI, lorsqu'il
ment possession de
traigues
la
couronne
théorique-
prit
France. D'An-
de
donna certainement son concours
à
l'élabo-
ration du premier manifeste de Louis à ses sujets. Des
main existent sur
corrections fort importantes de sa
un
projet de ce genre
émané du
cabinet royal
corrections atténuent ou suppriment
Ces
certaines décla-
rations qu'il désapprouvait, qu'il jugeait au
prudentes ou inopportunes. Tout ce
(1).
moins im-
qu'il obtint,
l'autorisation de retranclier, dans l'édition
ce fut
destinée à
France, les expressions de nature à blesser certains
la
esprits
;
ce
fut
l'assurance d'un
à ceux des régicides qui
rendraient des
portants. L'ancien régime,
d'après ce
manifeste,
pardon
moins
individuel
services
les abus, tel
im-
était,
la seule constitution possible à
octroyer aux Français. D'Antraigues sur ce point était
d'accord avec son maître, et une fois le texte définitif
de
la
Déclaration adopté,
il
le
commenta
et le
menter dans des factums, des brochures
tionnels et jacobins étaient
et oiî
la
com-
constitu-
môme
ligne,
la royauté, se croyant près du triomphe, annon-
çait ses
(1)
mis sur
oii
fit
vengeances sous
A. F., France, vol. 639.
le
nom
de justice.
TRAVAIL A L'INTÉRIEUR DE LA FRANGE
La première,
la seule préoccupation de Louis
titre
pouvant être
roi
123
pendant longtemps, faute de mieux,
et
sance de son
(1793-1795)
XYIII
fut la reconnais-
par les puissances européennes. Ne
de
moins en paroles,
fait,
la
il
s'appliquait à obtenir,
son droit,
consécration de
au
La
première tentative à laquelle d'Antraigues concourut
eut lieu à Milan, et sans
Ferdinand
(1).
Puis
le
succès, auprès de l'archiduc
prince
songea à Catherine
II,
plus expansive, quoique aussi peu sincère que les autres
souverains dans son zèle pour les Bourbons; à Venise,
Mordvinov venait justement d'acquérir en d'Antraigues
un auxiliaire inattendu chargé de
torisé, sur le
chemin de Vérone. Cette démarche, long-
temps retardée, n'eut en
finit
définitive pas lieu.
mit entre ses mains seulement
le
lui
Mordvinov
par recevoir des lettres de créance à l'adresse de
Louis XVIII; mais un hasard
où
pousser, dûment au-
le
lendemain du jour
le
prince partait pour l'Allemagne
ayant
insinué qu'il pourrait
;
fit
d'Antraigues
et
aller
quartier général de Condé, le Russe
La
dut apprécier les
qu'il
la
les
porter au
sourde
oreille.
seule reconnaissance obtenue alors par LouisXVIII
se produisit sous les formes d'une réconciliation.
duchesse douairière d'Orléans,
restée en
France,
La
fit
connaître à Vérone son désir de voir effacer les souvenirs récents et sanglants laissés par son mari, et le roi,
appréciant d'autre part les démarches faites dans le
môme
(1)
sens par le jeune duc Louis-Philippe auprès de
Thngut à Cobenzl,
8
août 1793 (dans Zeissberg,
Quellen zur Ges-
cliichle cler deiiischen Kaiserpolilik Osterreichs, t. V, p. 320).
CHAPITRE TROISIÈME
424
Catherine
II,
chargea d'Antraigues d'annoncer à son
cousin que tout était oublié
(1).
L'agence Brotier fonctionna tant bien que mal au
1797, époque où
service royal jusqu'au printemps de
elle
fut
découverte, trahie
par un de
Duverne de Presles. Despomelles
membres,
ses
s'était déjà
dérobé
depuis longtemps, et Brotier avait cessé quelques mois
auparavant de tenir
plume. Jusqu'au bout d'An-
la
traigues eut la direction de ce service
dants
avec
;
ses correspon-
n'eussent pas voulu être en relations directes
les
indiscrétions (2).
De
Vérone, mais dont
Louis XVIII, craignant
de
conseillers
plus
il
en
était d'autres,
connus à
son gré, en
mesurait à
il
les
les
transmettant, les communications.
Tel paraît avoir été
triote,
cas de Méjean, son compa-
de Madier de Montjau, son ancien collègue,
Gamon,
de
le
lefils
d'un de ses
hommes
et
d'affaires, qui sié-
geait à la Convention au milieu des Girondins et des
Thermidoriens. Dans une
lettre à
Lemaître (10 octobre
1795), qui fut interceptée etlue àla tribune, d'Antraigues
parle de
Gamon comme
d'un
homme
retour au royalisme, mais
qu'il
atteindre. Gamontravaillaitdéjà
car
la
il
dont
il
n'a pas
souhaite le
encore su
cependantpourle
parti,
avait facilité l'entrée et la diffusion en France de
première Déclaration de Louis XVIIÏ
(1)
Louis XVIII à d'Antraigues, 11 mai 1796. (A.
(2)
Bayard à Wickham, sur
la
(3).
F.,
Compromis
France, vol. 609.)
cour de Vérone (dans Lebox, l'Angle-
terre et l'émigration française, p. 360).
(3)
f.
83.)
D'Antraigues à d'Avaray, 17 août 1795. (A. F., France, vol. 588,
TRAVAIL A L'INTÉRIEUR DE LA FRANCE
par la découverte de cette pièce,
d'Antraig-ues passait pour
gereux de
protesta bien haut;
un des agents
nom
son
la coalition;
il
125
(i7'.)3-179o)
les plus
dan-
figurait sur les papiers
suspects trouvés chez Robespierre; quelques semaines
après le 9 Thermidor,
mant
le
conventionnel Louchet, récla-
maintien du régime terroriste, avait rappelé la
le
guerre implacable
Chambre de
traigues (1)
la
».
couru depuis
Révolution; et cette guerre
faite à la
selon lui datait du
serment impie
«
noblesse par
Gamon
1789
prononcé dans
»
la
ci-devant comte d'An-
« le
affirma solennellement avoir en-
la haine de
son compatriote
et
ne
pas devoir cesser de la mériter. Trois mois après,
cédait
aux instances qui
avec Tagenco de Venise.
relations directes
homme de
lui étaient faites, et entrait
génie, écrivait plus tard son
« C'est
il
en
un
correspondant,
mais un cœur atroce; ce monstre a voté la mort de
Louis XVI,
mon
maître.
déchiré de remords, ou"
servir la
bonne cause;
il
Un
il
an après ce
en
fit
le
forfait,
semblant,
m'ordonna
lui être utile,
lui écrire. J'exigeai qu'il
écrite de sa
utile,
main;
moins pourtant
On ne
et désira
(1)
le
me
fit
qu'il
le
homme
14 janvier 1796 de
l'ordonnât par lettre toute
le
ne
20 janvier 1796.
pu
l'aurait
(2).
Il
a été
»
peut que conjecturer les tentatives faites alors
pour ramener
les
il
parut
m'écrivit, je refusai de lui ré-
pondre; enfin Louis XVIII, croyant que cet
pouvait
il
Lettre de
à la
monarchie certains autres conven-
Campos du
30 juillet 1739,
dans Courtois, Rapport sur
Moniteur du 3 fructi-
papiers trouvés chez Robespierre, pièce L.
dor an II.
(2) D'Aulraigues à Thugut,
3 juin 1798
—
(A. V.).
CHAl'lTRI^
126
TROISIÈME
tionnels, tels que Tallion et Cambacérès.
On
sait
mieux
ce qui fut fait en vue d'établir des relations suivies avec
l'on pouvait
La Vendée
de l'Ouest.
iCS royalistes
étail
un champ où
encore nuire à la république, triomphante
sur toutes ses frontières. Pour y paraître, les Bourbons
avaient besoin
d'un secours étranger. Serait-ce l'Es-
comme le voulait Louis XVIII? Serait-ce l'Angleterre, comme le voulait le comte d'Artois, réfugié à
pagne,
A
Londres?
des deux princes s'agitaient deux
côté
lustres faiseurs,
Puisaye, là d'Antraigues,
ici
il-
et derrière
ceux-ci, le cabinet britannique, qui se préparait à jeter
les
émigrés sur
la côte
de Quiberon,
et
l'Espagne qui, en
faisant la paix avec la république^, avait gardé Charette
comme
«
dessous de cartes
d.
D'Antraigues, dans cette lutte d'influence,
le
fut,
comme
duc de La Vauguyon auprès de Louis XVIII, dévoué
aux
intérêts de l'Espagne.
Tout au plus
que
disait-il
l'Angleterre pourrait être utile à ceux qu'il soupçonnait
d'être sous la
et ses
moyens
main des Anglais
étaient ailleurs.
;
mais ses sympathies
Par ses soins
les
agents
de Paris établirent des communications directes avec
Charette, et
ils
directes entre
aussi,
des
donnèrent
Vérone
en dehors de
chefs
lui,
puis, lorsque
Venise,
ici
la
facilité
Vendée;
la
d'en
ils
établir de
en établirent
avec l'Espagne, sur la
demande
vendéens. Sous cette double influence,
contrarièrent de leur
Puisaye
et
la
le
et là
mieux
désastre
on
principale
ils
l'expédition de Quiberon
fut
connu à
chercha à
en
responsabilité
Vérone
et
;
à
faire
peser sur
«
Quand un
:
TRAVAIL A L'INTÉRIEUR DE LA FRANCE
(1793-1795)
127
misérable intrigant entreprend de monter sur un grand
théâtre, écrivit d'Avaray,
rôle
faut
il
qu'il
y joue un grand
d'autant plus qu'en voulant faire le héros
;
que
faire oublier
de chandelles.
à qui
le
moment
d'avant
était
il
Le comte Joseph de Puisaye
il
doit
moucheur
est
un drôle
faut casserle col. » Etd'Antraigues de répliquer
il
en promettant d'écrire en conséquence aux agents de
Paris
ma
«Ah!
:
fiez-vous à moi.
Pour Puisaye.j'ai fait pour
consolation tout ce qu'il
qu'il est réellement, et
fallait
pour
le
rendre ce
pour qu'on n'en doutât pas
(1). »
Cette correspondance était à citer et à retenir, en vue
du
et
ans plus tard entre Puisaye
conflit qui renaîtra treize
d'Avaray, et
avec
le
Vers
d'Antraigues sera, cette
oii
fois^
d'accord
premier, l'adversaire impitoyable du second.
de 1795, les espérances du cabinet royal
la fin
se concentraient sur Charette. D'Antraigues
fit
en sorte
d'être l'intermédiaire unique, indispensable entrelechef
vendéen
Louis XYIIL
et
Ici
encore
il
y avait lutte d'in-
fluence entre la coterie espagnole et la coterie anglaise.
Charette, victime de ce
même
et
par
que
conflit, se
voyait octroyer en
temps par Louis XYIII un brevet de généralissime
comte d'Artois un brevet de général en chef
le
trois autres partageaient
avec
lui
:
d'ailleurs, au-
dessus de ces misères, et se disant toujours content,
pourvu
interrogé
rone
(1)
vol.
:
put défendre sa cause. Devant ses juges,
qu'il
«
s'il
n'était
pas en correspondance avec Vé-
Je n'ai jamais reçu,
dit-il,
qu'un chiffon de d'An-
D'Avaray à d'Antraigues, 27 août 1793.
LXXXV,
f.
521.
France, vol. 588,
—
{B. M., Papiers de Puisaye,
D'Autraigues à d'Avaray, 31 août 179o. (A. F„
f. 83.)
CHAPITRE TROISIÈME
428
Iraigues.
y eut davantage, une série de lettres dont
» Il
plupart nous
Ja
comme on
sont parvenues.
Charette
l'a dit,
fit
Nous ignorons
passer par la voie de Ve-
nise d'assez dures vérités à son maître
que d'Antraigues
homme
avait imaginé
à sa dévotion, auquel
de
:
mais nous savons
envoyer un
lui
aurait lui-même
il
donné
sou-
des lettres de créance. Cette nouvelle intrigue se
tint
quelques mois à peine,
si,
et fut brisée
par la capture
de Ciiarette.
et l'exécution
Dix ans plus tard, l'intermédiaire de cette inutile cor-
respondance revenait avec amertume sur ces
affaires, et
crisies
pour accuser
du cabinet royal
royauté qu'en Vendée
salut
ne
;
l'a
on ne
les
:
ce
;
«
maladresses
Il
jamais voulu y
l'Angleterre
le dis,
d'autres
et
elle
XVIII n'a
le
contraire,
ait
dit
ses entours n'a jamais permis
membres de
l'a
plus. Louis
aller, quoiqu'il
de
la jalousie
hypo-
eût pu en devenir le
pas voulu lorsqu'elle le pouvait,
tenté lorsqu'elle ne le pouvait
et
et les
ne restait d'asile à la
moyen
pas voulu. Oui, je
l'a
tristes
que
sa famille y allassent. Enfin, on
a trompé, on a égorgé, avec de
fausses promesses
des intrigues, tout ce parti de la
Vendée. On a vu par
les papiers
saisis sur
imprimés, que
j'étais
Louis XVIII. On
pêcher d'agir,
mon ami
son
le
seul
général Charette,
que
j'ai
et
correspondant près
a vu que je n'ai pu y faire agir ni
et
et
prévu sa mort,
attendue, sachant qu'elle arriverait, mais
em-
et qu'il
Ta
ne voulant
plus vivre dans un sièclequ'il avaitapprisàmépriser(l).
(1)
Mémoire du
16
novembre
1804,
au prince Czartoryski (A
P.).
»
D'ANTRAIGUES ET SES ENNEMIS
129
IV
D ANTRAIGUKS ET SES KNNEMIS
L'envie s'attaque promptement
dominations qui sont
le fruit,
avec succès aux
et
non du courag-e ou de
l'éloquence, mais de l'intrigue. D'Antraigues avait pour
l'activité, la facilité
lui
de plume, une réelle dextérité
à s'imposer aux hommes,
d'autant plus
qu'il était
un
vaincu, plein de confiance et d'illusions, au milieu de
vaincus dispensés et démoralisés;
il
avait contre lui sa
suffisance, le sans-gène de ses procédés, l'exagération
de ses opinions et la vivacité de sa polémique, l'im-
puissance finale de toutes ses tentatives.
Sa mère
était
pour
lui
un censeur sévère
et
un con-
impatiemment écouté. Manque de franchise
seiller
et
de sang-froid, indulgence égoïste pour d'indignes admirateurs, sentiments haineux et vindicatifs,
tout
et
lui
dans son
cela
fils,
et
expliquer à lui-même
nement
de
ses
ennemis.
elle
notait
voulait s'expliquer
le
nombre
et l'achar-
demandait,
Elle lui
ainsi
au
su de ses démêlés incessants avec ses supérieurs et ses
inférieurs,
torts, et,
d'aimer la paix, de savoir reconnaître ses
comme pour
lui
donner l'exemple,
elle résu-
mait dans ces mots les pensées que cet enfant toujours
ingrat et toujours
aimé
lui
inspirait
:
«
Il
n'y a que
CHAPITRE TROISIEME
130
Dieu seul qui connaisse tout ce que vous avez
moi depuis que vous avez
j'ai fait et souffert
seiile
de
fait
contre
raison, et ce que
pour vous depuis votre naissance
vous pardonne de tout
je
l'âge
mon
:
cœur... »Mais elle était la
à pardonner, et d'Antraigues, dans la situation à
la fois
importante
et
équivoque
bon nombre
attiré sur sa tête
qu'il s'était faite, avait
d'inimitiés qui ne désar-
maient pas.
Et comment en
eût-il été
autrement?Il avait concentré
avec affectation dans sa main toutes
parti en Italie, et écartait
les affaires
ou brisait quiconque,
à Venise, voulait agir en dehors de
lui.
de son
même
Combien d'émi-
grés, pour peu qu'ils eussent d'argent à leur portée ou
d'hommes
à leur
relever le trône
!
suite, se
sont crus ainsi
D'Antraigues avait à son service un
incontestable talent d'écrivain,
et cela
suffisait
persuader ses aptitudes d'homme d'État.
on
le
sait,
mêmes que
Il
destinés à
d'hommes plus naïvement
les lettrés
11
n'y a pas,
infatués d'eux-
mêlés aux entreprises des
leur suffit d'avoir parlé
à lui
éloquemment des
partis-
restaura-
tions ou des révolutions dans le passé et dans l'avenir
pour croire
qu'ils les
ont faites ou qu'ils
sont capables
de les faire.
Au
sentiment excessif de
valeur,
sa
joignait certains défauts, étalés
d'Antraigues
ou mal dissimulés, qui
tenaient à sa position et aussi à son caractère, propres
par conséquent à discréditer également sa personne
et
son parti. Dans ses relations quotidiennes, du jour au
lendemain, selon
l'interlocuteur
ou
le
correspondant
D'ANTRAIGUES ET SES ENNEMIS
auquel
avait affaire,
il
outrance.
Il
131
ou réservé à
était indiscret
il
lui fallait être
également habile, dans un
entretien ou une lettre, à faire valoir ses
moyens ou à
en déguiser la faiblesse. Par certains côtés, l'homme
contrariait en lui le politique.
Au
milieu des séductions
de ses manières et de son langage,
ne pouvait se dé-
il
fendre de faire valoir son crédit, ses petites habiletés,
même
de raconter
cohime un
trait
génie quelque
de
piège tendu à la crédulité ou à la vanité
était
d' autrui. Il
de ceux qui confondent avec leur complaisance à
s'écouter leur désir de convaincre les
autres. Enfin,
il
continuait à se tenir loin des baïonnettes républicaines,
au feu cette croix de Saint-Louis
et n'exposait point
conquise uniquement à la pointe de sa plume sur un roi
plus sensible aux phrases bien tournées qu'aux vertus
guerrières.
L'écrivain
rable.
Il
comme l'homme
était facilement
vulné-
une tendance à exagérer
avait d'abord
ses
opinions royalistes, à répliquer aux menaces jacobines
par des menaces en sens contraire.
En
1793, dans ses
Observations sur la conduite des puissances coalisées,
il
que
déclarait
avait été
Louis
le
commis non
XV, mais
lui attribuait ce
révolution
;
le
le
il
:
«
Je serai le Marat de la contre-
tomber cent mille
les
têtes et celles des
premières.
ne démentait pas ces paroles, mais
moins à demi voix
Révolution
21 janvier 1793 sur la place
modérés comme Montlosier
lement
la
23 juin 1789 au Jeu de Paume. On
mot
je ferai
grand crime de
plus
:
«
S'il
fallait faire le
»
il
Non
seu-
disait,
sacrifice
au
de
CHAPITRE TROISIÈME
l'^S
vingt millions de Français pour établir la monarchie
sur les deux ou trois millions qui restent,
pas à hésiter
(1).
avait, au
Il
même
degré que
fit
n'y aurait
imprimer en 1794 en
goût de l'exagération,
le
celui de la mystification. Certain
qu'il
il
»
Rapport de Saint-Just
est la preuve.
Le genre
auquel appartient cettepublication consiste àplacer sous
un nom contemporain, vrai ou supposé, l'expression
plus ou moins voilée, plus ou moins ironique de senti-
ments qu'on estime
inutiles
ou dangereux à communi-
quer sous son propre nom. Ce genre n'était pasnouveau
Voltaire en avait usé et abusé dans sa guerre de
ennemis personnels
phlets contre ses
gion
chrétienne.
D'Antraigues
comme le
et contre la reli-
se plut à
contre la Révolution, et se cacha
;
pam-
l'employer
derrière Saint-Just,
patriarche de Ferney s'était caché derrière le
docteur Akakia et Jérôme Carré, pour discréditer, par
les
soi-disant
aveux d'un député montagnard,
la
Con-
vention et la république.
A
ces reproches, au devant desquels
il
courait étour-
diment, l'opinion en joignait d'autres, fondés, faute de
preuves, sur des indices sérieux. Ses correspondants
ou ses subordonnés accusaient tout bas son manque
manque de désintéressement. Ne
de véracité, son
souvenait-il
écrivait
et je
(1)
M.,
plus
un jour
de
:
«
ce
que
la
Saint-Huberty
MoNTGAiLLARD, Mémoires seerets, p. 89.
f.
62.)
lui
Prête-moi un peu de ton toupet,
vous leur ferai des histoires qui
Add. mss. 8035,
se
— Note
n'auront
ni
datée de 1796.
(B_
D'ANTRAIGUES ET SES ENNEMIS
mère
père ni
de
Tel
»
(1).
ses
inventés,
ou
devinés
passait
bulletins
aux yeux des gens méfiants pour une
faits
133
sources
des
à
puisés
do
collection
sans valeur, pour une glose ingénieuse et romanesque
du
Moniteur ou d'autres papiers français
signalait son écriture presque illisible, ses
comme un témoignage
à la hâte et inachevés
taire
de dissimulation,
d'hypocrisie ou d'impuissance
rile
involon-
pour un signe
tenait
l'on
et
On
(2).
mots tracés
réelle l'abondance sté-
de ses confidences épistolaires.
Ce
n'est pas tout
on
:
faiseurs qui ont toujours,
le
soupçonnait d'être de ces
comme disait l'un
d'eux,
un
«
œil sur le papier et l'autre braqué sur le coffre-fort du
gouvernement
abuser
veulent
qu'ils
(3) ». Il
beaucoup d'argent, recevait de plusieurs mains,
pliquait
à sa façon le
maniait
et
ap-
précepte évangélique, laissant
toujours ignorer à sa main droite ce que sa main gau-
che avait donné.
confiait
sans
se
Il
disposait des
soucier
d'en
sommes qu'on
rendre compte par
menu, opérait des virements dont sa bourse
mais à souffrir.
S'il
sait à la caisse royale
(1)
("2)
c'était
et
comme un
dont
n'avait ja-
il
prêt qu'il fai-
se remboursait avec
(4).
De Concourt, la Sainl-Hiiberii/, p. 139.
Thugut à Golloredo, 27 novembre 1794 (dans Vivenot,
liche Briefe des Freiherrn von Thugut,
(3)
le
donnait quelquefois de sa poche
aux émigrés pauvres,
usure
lui
Fauche-Bokel,
Notice sur
les
t.
I,
Verlraii-
p. 157).
généraux Pichegru
et
Moreau,
p. 119.
(4)
a
Je leur ai
donné depuis 1791 jusqu'au 1" janvier 1798 1G23
louis
CHAPITRE TROISIEME
131
Comment
s'étonner dès lors qu'il
confiance aux étrangers
on
A
?
avec raison un ennemi de
lui
A Rome, Azara,
de jésuite. A Barcelone,
flairait
de ses
redoutait
le
le qualifiait
gouverneur-général Las-
quelque chose de louche dans
A
lettres.
Venise même, on
et
verbiage
le
vu,
l'a
incommode,
cet auxiliaire
peu de
politique autri-
la
vieux voltairien,
chienne.
cy
inspiré
ait
Vienne, ïhugut dénonçait
Mordvinov
ne l'admettait
qu'à regret, après avoir épuisé les prétextes et les délais,
dans
les
rangs de la légation russe.
De nombreux
Ne
travaillant
avec
royalistes faisaient écho à ces plaintes.
pas au grand jour et
bon nombre d'agents
d'Antraigues avait
fini
commis
s'étant
comme
mystérieux
par s'aliéner presque
chefs apparents et importants de son parti.
lui,
tous les
y avait
Il
d'abord au loin les modérés par principes ou par habileté, qui
gémissaient sur la
«
folie
de Vérone
(1) » et
qui, croyant encore à la monarchie, ne croyaient plus
possible de Louis XVIII. Ceux-là
à une restauration
accusaient l'influence néfaste du faiseur de Venise.
Pan
Suisse, c'était Mallet du
;
en Angleterre,
En
c'était le
groupe qui suivait Malouet, Montlosier, Lally-Tollendal.
Mallet du
«
Pan pensait
romanciers
», les «
vait en propres
(1)
f.
brochuriers incendiaires
termes:
d'or... » (D'Antraigues à
vol. 594,
à lui lorsqu'il stigmatisait les
«
Maury,
1«''
On
», et écri-
devrait comprendre que
septembre 1798.
—
A. F.,
France,
384.)
Mallet du Pax, Mémoires
et
correspondance,
t.
II,
pp. 96-97.
D'ANTRAIGUES ET SES ENNEMIS
et à
moi,
jeter les
commune
ne peut être
la confiance
13a
M. d'Antraigues
à
entend suivre ses directions,
et si l'on
miennes au feu sans
pénible de s'entendre
les lire (1). » Il lui était
demander des
faveur un
suivait pas, et de voir en
faut
il
conseils qu'on ne
homme
qui,
sous
prétexte de reconstruire l'édifice monarciiique, s'obstinait à vouloir étayer
même
sier écrivait à la
Des
effets
de la violence
disait-il, si
de
tels
ment imprudents.
comme un
adresse une brochure intitulée
de la modératlcm dans
et
On
hommes
France
affaires de
»
:
«
demande
se
France
accommodement avec
(2).
hostilité à ses accusateurs.
Ayant à
royaliste d'un de ses ouvrages
:
;
cet
homme
les
cause de vos louanges
n'est sans doute pas en-
nouveautés politiques.
tant plaint à
Vérone
d'Antraigues
lui
fit
cette
un écrivain
féliciter
tièrement dévoué aux Jacobins, mais
moins vers
mieux
« Si le roi, lui disait-il,
le silence, c'est à
à Mallet du Pan
ou simple-
Lally enfin désignait d'Antraigues
publiciste ainsi accusé rendait de son
a gardé jusqu'ici
les
quelquefois,
sont atroces,
des obstacles à tout
les maîtres de la
Le
un monceau de ruines. Montlo-
d'être regardé
penche néan-
il
Montlosier
»
comme un
par ordre une réponse
s'é-
suspect,
hautaine,
presque dure, qui, au lieu de rendre justice à ce servi-
(1)
Mallet du Pan, Mémoires
(2)
C'est
du
du moins
et
Correspondance,
le
II,
p. 171.
une
lettre à
Maury
pas retrouvé dans
passage auquel d'Antrai-
6 février 1798. (A. F., France, vol. 594.) Je
Défense des émigrés français de Lally
gues fait allusion.
la
t.
ce qu'affirme d'Antraigues dans
n'ai
CfîAPITBE TROISIEME
136
leur capricieux, mais fidèle, le laissait sous le coup d'une
clémence dédaigneuse
Parmi
ses
(1).
immédiats,
auxiliaires
il
était
en
aussi
butte à des inimitiés sourdes, à des rancunes provoquées
par ses allures blessantes et son désir de rapporter tout
à lui. Froment, qui convoitait encore la direction exclusive des royalistes dans le Midi, et ne se savait
desservi auprès de
tutelle et l'accusa
lui,
pas
ne put supporter longtemps
sa
longuement auprès de Las Casas. On
a déjà vu l'attitude de Goujon et de l'abbé Dufour.
Contre ses ennemis de tout bord, d'Antraigues
tirait
avantage de sa position équivoque. Servant deux souverains,
diminué
ne donnait, sijepuis
il
de moitié à l'un
et
dire,
qu'un dévouement
à l'autre.
se regardait
Il
d'abord, en vertu de sa situation officielle,
pagnol, quitte à se souvenir aux bons
était
né Français; car Charles IV
régulièrement
et le payait
servait
;
comme
moments
était
Esqu'il
vraiment
roi,
à Vérone, au contraire,
un souverain sans couronne, pauvre
il
et tou-
jours incertain du lendemain. Aussi, pour se faire bien
venir du premier,
il
lui
faisait
hommage
d'une boîte
plus ou moins authentique ayant appartenu à une vic-
time de la Révolution, l'archevêque d'Arles
en revanche
telle affaire, telle
(2). Il était
correspondance dont
il
ne
daignait pas instruire Louis XVIII, sous prétexte qu'il
devait craindre les indiscrétions. Puis à roccasion
(1)
Bardoux,
le
fai-
Comte de Monllosier.
D'Antraigues à Godoï (1795). (A. F., Frmce, vol. 634,
MoNTGAiLLARD, Mémoires secrets, p. 88.)
(2)
il
f.
72.—
Cf.
D'ANTRAIGUES ET SES ENNEMIS
sait étalage
de son absolue franchise.
137
On lui
fit
jour de Vérone qu'un mémoire do Brotier
avec une
;
était
même déchus, les
ment entendre que ce qui leur
Et
plaît.
rédigé
dû en adoucir
sincérité trop rude, qu'il aurait
certains termes au passage
savoir un
lui
rois n'ai-
de riposter:
Je voudrais voir ces messieurs à Paris échappés de
€
comme
guillotine
la
Brotier et voir leurs raisonne-
homme
ments... Quel reproche singulier fait-on à cet
de suivre
ordres du roi littéralement
les
ordonné de
lui tout dire,
il
me
main... et quand on lui dit tout
lait
adoucir.
Ma foi,
:
je ne suis pas
?
Le
roi
écrit cinq fois
l'a
C'est trop fort,
m'a
de sa
il
fal-
un enlumineur... Ces
moyens en dessous me paraissent plus dégoûtants encore que la Révolution...
(1). »
Soit par l'effet de ses défauts, soit par les
tions de ses envieux,
fiance.
il
machina-
ne garda pas longtemps la con-
Louis XVIÏI estimait ses services économiques,
et flattait
par de menues attentions ce qu'il appelait sa
petite vanité,
mais de ce côté il ne s'abandonna jamais.
En répondant
à Brotier, disait-il un jour à Flachslanden,
il
faut accabler d'Antraigues d'éloges,
de bien positif, car
il
y a
telle
mais ne rien dire
circonstance
où nous
pourrions être bien aises de retirer cette correspon-
dance à nous-mêmes,
les
et
il
ne faut pas se
d'avance
mains.
D'Avaray partageait
cette défiance, et survint dès
premier jour pour battre en brèche
(1)
lier
D'Antraigues au baron de Flachslanden,
France, vol. 589,
f.
îa.)
un
11
le
rival possible.
février 1796.
(1. F.,
CHAPITRE TROISIÈME
138
On
sait
que ce personnage, ami sincère mais exclusif
de Monsieur, n'a jamais supporté qu'un
près
comme La Vauguyon,
autre,
comme
loin
fùt-il
fùt-il
Puisaye,
eût quelque influence sérieuse sur son maître.
cher-
Il
cha d'abord à exiler d'Antraigues à Madrid en qualité de
représentant du
peu plus tard,
roi, à la place
du duc d'Havre
valoir contre lui les lettres
il fit
surprises et lues à la tribune de la Convention.
heureusement
il
soustraire et avenir en
avait l'oreille
du probe
Un
D'An-
menées par Las Casas,
traigues était averti de ces
l'engageait à s'y
(1).
àLemaître
qui
Angleterre;
et loyal
baron
de Flachslanden, qu'il savait médiocre et inoflensif.
D'Avaray.. au contraire, qu'iljugeait prétentieux et incapable, et dont
il
sentait grandir la faveur, lui semblait avoir
usurpé à son détriment cette place de conseiller toutpuissant et intime qu'il convoitait.
qu'on avait besoin de
dée on tenait à ce
tions avec
maître
parce qu'à Paris et en Ven-
lui,
qu'il
fût le canal
Vérone; mais
comme un
se soutenait parce
Il
il
serviteur
était
des communica-
présenté tout bas à son
incommode, bon à
faire ren-
trerdansle néant dès qu'on n'en auraitplusjbesoin.
il
lui fallut porter
devant Louis
XVIII sa misérable
querelle avec l'abbé Dufour, le prince
et des éloges
roi et moi, écrivait
ment toute espèce de
(1)
f.
au secrétaire renvoyé
d'Avaray,
lui
:
«
Le
donnons extérieure-
raison, mais le
D'Avaray à d'Antraigues,
87.)
parut l'approu-
d'Avaray, accorda
ver, puis, secrètement sollicité par
une pension
Quand
jugement à porter
3 février 17'J4. (A. F.,
France, vol. 630,
D'ANTRAIGUES ET SES ENNEMIS
serait trop sévère, et
011 l'on
ci,
sement
cet
prévenir
gants
et
dans
139
comme
les circonstances
celle-
a besoin des grands talents qu'a malheureu-
homme,
qu'on peut faire est
tout ce
armer en secret contre
de se
les drôles et
intri-
(1). »
Flachslanden lui-même, en entendant Froment
cuser,
gourmandait l'accusateur verbalement
lettre, puis
dans
le tête-à-tête
XYIII
ses propos, et Louis
porté les choses
que vous avez bien vu...
de son neveu,
et le
et
par
convenait de la vérité de
lui disait: «
comme vous
l'ac-
Vous m'avez
rap-
les avez vues, et je crois
» Saint-Priest
se
défiait aussi
menagait de cesser avec
toute
lui
correspondance.
Ainsi averti par maint indice, et aussi par des avis
précis de
gues se
Las Casas, du sort qui
taisait,
mais préparait à
l'attendait, d'Antrai-
l'écart ses petits papiers.
L'agence Brotier avait mis entre ses mains undossier de
la plus haute
importance, trois énormes portefeuilles
contenant les
papiers
Malesherbes. Ce
de
magistrat
avant de mourir avait pu confier à une de ses amies,
M™" Blondel, avec mission de
les transmettre à
traigues, certaines pièces qu'il
tenait à conserver à l'his-
toire, entre autres
Il
avait,
dans
l'intérêt
présentée par son frère.
On
voit
d'ici
que
le
de ses ambitions
cachées, desservi, peut-être trahi la cause
royale re-
l'avantage
que
D'Avaray àCrussol, 8 octobre 1796. (A. F., France, vol. C32,f. 143.)
D'Antraigues à Maury, 10 août 1798. (M., vol. 594, f. 3o8.)
(1)
—
XVL
son plan de défense de Louis
s'y trouvait aussi, paraît-il, deslettres attestant
comte de Provence
d'An-
CHAPITRE TROISIÈME
^40
d'Antraigues pouvait en tirer
prince devenu roi.
arme propre
à
contre ce
l'occasion
Ce legs d'un ancien ami
à servir sa
une
était
vengeance en cas de disgrâce.
Cette arme, ill'a souvent brandie sans jamais en blesser
cependant son royal maître,
et
on
serait tenté de pen-
ser qu'elle n'était point aussi redoutable qu'il voulait
bien le dire, puisque, jusqu'à sa mort, malgré ses me-
naces répétées de s'en servir,
l'a
il
laissée
dans
le
fourreau.
que Louis XVI
est certain
Il
et ses frères, après 1789,
eurent un système différent de politique contre-révoluagir chacun
tionnaire, et prétendirent
voulu en conclure que cette divergence
On
à part.
était
a
née d'une
antipathie personnelle, au moins entre le comte de Pro-
vence
mier
et le roi.
n'était
cond.
Il
On en
est
pas étranger
venu à supposer que
même
à la
fin
le pre-
tragique du
est difficile d'ajouter foi à ces allégations
ont été surtout répandues par
les régicides,
d'atténuer leur responsabilité en étendant le
:
se-
elles
désireux
nombre de
leurs complices, et par les émigrés pour qui le comte de
Provence
était
un dépositaire tant
pure doctrine
peu
infidèle de la
monarchique. Les premiers ont apporté
leurs dénonciations dès l'an
et les répétaient
soit
VI avec le député Rousseau,
durant lesCent-jours dans certaine bro-
chure inspirée par Napoléon, etrédigéeparDulaure
(1).
Les seconds accusaient tout bas ce conspirateur sour-
(1)
Lettre de
Moniteur. [Monileur du
Causes secrètes des excès de la Révo-
Rousseau au rédacteur du
30 germinal an VI.)
— Dulaure,
lution. Paris, 1815, broeh. in-8 de 144 p.
D'ANTRAIGUES ET SES ENNEMIS
141
nois qui avait poussé et sacrifié Favras, pleuré hypocri-
tement Louis XVI et surtout Louis XVII
les papiers
de Malesherbes
.
Il
est fâcheux
que
aient été détruits ou n'aient
pas été retrouvés jusqu'à présent;
ils
eussent apporté un
élément solide, authentique, à la discussion d'une question qui appartient encore au
domaine de
la
légende.
D'Antraigues savait évidemment la vérité à cet égard
;
peut-être, par respect insurmontablepourla royauté, n'at-il
pas osé dire dans quelle mesure
le roi était
coupable ;
peut-être aussi, dans laprofondeur de son ressentiment
contre
lui, s'est-il
sations.
abstenu de révéler l'inanité des accu-
I
CHAPITRE QUATRIEME
D'ANTRAIGUES ET BONAPARTE
Montgaillard (1796).
I.
—
La Vauguyon.
— Louis
XVIIl quitteVérone.
—
—
camp
— D'Antraigueset
Intrigues à Naples, dans lesÉtats pontificaux, dans
français.
Le général Boulard.
Montgaillard son passon arrivée en Italie.
Ses menées auprès de d'Antraigues.
Départ de Montgaillard.
La conversation du 4 décembre 1796.
D'Antraigues menacé par Bonaparte.
Son refus de l'cntrer en
France, et d'être élu aux Cinq-Cents.
le
—
sé,
—
—
II.
:
—
—
— D'Antraigues guetté par Ville— Sa fuite do Venise devant les Français. — Son arrestation à
Trieste. — Bernadotte et Mordvinov. — D'Antraigues déclare son mariage. —
est conduit à Milan. — Son entrevue du l"juin avec Bonaparte. — Ouverture de son portefeuille. — La conversation avec
Montgaillard. — Caractère probable de cette pièce. — Elle est envoyée à Paris. — Comment son auteur est traité par Bonaparte.
L'arrestation. Le porteteuille (1797).
tard.
Il
La captivité.
— D'Antraigues
émigré français ou fonctionau dehors.
La Saint-Huberty et M™« Bonaparte.
Entrevues de d'Antraigues
Colère de Boet du général en chef.
Lettre à Boissy-d'Anglas.
naparte.
D'Antraigues s'abouche de loin avec Carnot, de près avec
Kilmaine.
Entretien avec ce dernier.
III.
naire russe ?
—
est-il
Ses réclamations,
—
ses protestations
—
—
—
—
—
IV. L'évasion.
Louis XVIII,
La disgrâce.
les
— Ce qu'on pense
ministres
au loin du prisonnier
Delacroix et Talleyrand.
—
—
:
Préparatifs
— Sortie de Milan. Publication de la conversation le
D'Avaray décide la dis=ISFructidor.— Accusations de Montgaillard
Ses efforts pour
grâce de d'Antraigues.
D'Antraigues à Vienne.
se l'éconcilier avec Louis XVIII
Ses rapports avec La Fare et le
cardinal Maury.
Comment il est traité par l'empereur Paul I" et
l'ambassadeur russe Razoumovsky.
d'évasion.
.
—
—
.
—
—
—
CHAPITRE QUATRIÈME
144
MONTUAILLARD (1796)
En
1796,
lutte entre
l'Italie
devint le tiiéâtre
Directoire
le
do la
principal
coalition européenne.
et la
Bonaparte y remporta ses foudroyantes victoires
Piémont
fut contraint à lapaix, la
la plupart des états italiens furent
et
de
la ruine.
Louis XVIII,
gouvernement
le
Lombardie conquise,
menacés de l'invasion
sommé
de s'éloigner par
lui-même sous
vénitien,
;
injonctions françaises, dut quitter
Vérone
le
le
coup des
et
passer en
Allemagne.
Au premier moment,
sur les conseils de d'Antraigues,
accouru en toute hâte près de
lui,
il
avait cru possible
de résister ou tout au moins de faire ses conditions, mais
celles-ci,
transmises par Mordvinov, furent dédaigneu-
sement repoussées. Le prince passa sans bruit
et
son principal agent en
dait encore en partant
chargé de
faire
valoir
Italie, celui qu'il
au ministre russe
ses
intérêts,
les Alpes,
recomman-
(1),
demeura
tant auprès
des
Français émigrés que des ennemis publics ou secrets
de la France.
taire
(1)
On
lui
adjoignait seulement
comme
secré-
un émigré gascon, Marrenx de Montgaillard
,
Louis XVIII à Mordvinov, 20 avril 1796 (dans d'HÉRissoN, Autour
d'une révolution, p. 279).
iMO-XTGAILLARD
homme
-145
(1796)
laborieux et honnête, qui (levait occuper ce poste
jusqu'en 1802. Depuis la mort du baron de Flachslancorrespondit activement, et sur
den. d'Antraigues
ton de la conflance, avec le duc de
le principal conseiller
Il
souhaitait alors, et
La Vauguyon, devenu
de Louis XVIIL
il
offensif des Autrichiens,
eût voulu provoquer un retour
appuyés par
cours deNaples
les
de Rome. Depuis Tannée précédente,
et
le
il
avait acquis
la confiance delà reine des Deux-Siciles, Marie-Caroline,
et,
il
non content deluiexposcrses spéculationspolitiques.
la poussait
dans
Une négociation
la
les voies de la résistance à outrance.
secrète en vue d'un arrangement avec
république avait été entamée par
l'insu
de sa femme, et conduite par
le roi
Ferdinand à
secrétaire de la
le
décou-
légation napolitaine à Venise. D'Antraigues la
vrit,
fit
désavouer
tint ainsi la
le
négociateur parla reine,
et
main-
cour de Naples dans les rangs de la coali-
tion (1).
Il
eût voulu profiter de cet incident pour hâter la for-
mation d'une ligue austro-italienne où devait entrer
le
pape, donnant par là à la lutte la couleur d'une guerre
de religion. L'enthousiasme catholique
à exploiter en Italie
comme
qui en France voulait
sionnaires
de la
lui
en Espagne,
et
semblait bon
Louis XYIII,
alors faire des prêtres les mis-
cause royale,
s'attachait volontiers
(1) BouLAV DE LA Meurthe, Quclc/ues lettres de Marie-Caroline dans la
Revue d'histoire diplomatique, octobre 1888). M. le comte Boulay de la
Meurtlie a publié à la suite de son travail presque toutes les lettres de
Marie-Caroline à d'Antraigues conservées aux Archives des affaires
étrangères. Elles sont au nombre de quatorze, et vont de 1796 à 1S03.
lu
CHAl'ITllI':
lir.
à une combinaison dont
la
reconnaissance de son
QUATRIÈME
le résultat
titre
de
fils
devait lui procurer
aîné deFEg-lise par
Pic YI. D'Antraigues rédigea donc un appel à la guerre
sainte, qu'on répandit
comme
l'œuvre du cardinal Bor-
gia (1). Mais en quelques semaines tout fut changé par
le traité
que
la
cour de Naples subit à Paris
môme
(10 octobre 1796).
D'Antraigues n'était pas plus heureux dans ses essais
pour débaucher
les troupes françaises. C'était
une idée
arrêtée chez les chefs de l'émigration qu'ils ne viendraient
à bout de la Révolution qu'en attirant à eux les géné-
raux républicains, ceux qui leur donneraient lesarmées,
et
par les armées, de gré ou de force,
nation. L'année précédente partie
Pichegru sur
le
le
reste de la
avait été liée
avec
Rhin, et on se promettait de grands
résultats de cette négociation.
Il
était naturel
de vouloir
tenterle vainqueur d'Arcole, depuis peu le plus illustre
et déjà
le
plus puissant. Louis XVIII et le duc de
Vauguyon envoyèrent
à
La
l'agence de Venise l'ordre
formel de s'aboucher avec Bonaparte et ses principaux
lieutenants (2). D'Antraigues était
fait
sonne pour semblable besogne; mais
un homme
à ses insinuations.
(1)
il
avait affaire à
trop confiant dans sa propre fortune
obtenir de lui quelque promesse ou
634,
mieux que per-
Il
crut avoir
même une
beaucoup
fait
pour
réponse
en se pro-
D'Antraigues à La Vauguyon, 8 octobre 179G.(A. F., France, vol.
113.)
Cf. ce qu'écrivait Cacault à|Bonaparte le 2:2 septembre ;
f.
—
Les fous appellent celte ligue la dernière ressource de l'Italie.» (Dans
Dahu, Histoire de Venise, 4° édition, t. VIII, p. 229.)
2" octobre 17'JC.(A. F., France, vol. Oû'j.)
(2) Louis X VIll à d'Antraignes,
«
MONTGAILLARD
147
(1790)
curant et en se conservant les moyens de l'aborder.
Tout se borna à une correspondance avec un sien
compatriote
nommé
Boulard, jadis avocat
dans une
bourgade du Vivarais, alors général à l'armée de BonaLes
parte.
lettres
de Boulard ne nous sont connues que
par de rares extraits communiqués depuis à d'autres
par d'Antraigues
;
apportent quelques échos des
elles
conversations de Bonaparte, révèlent par conséquent
ses sentiments et ses espérances
les
Bourbons? lui aurait
Clonard.
dit
— Non, jamais,
ajoutèrent
:
«
Il
nous
un jour
le
» lui fut-il
faut,
si
Rappcllorez-vous
«
:
général autrichien
répondu,
race nouvelle qui nous doive le trône
exterminerait
l'homme
de ses desseins et le
amis
était entré
l'ancienne nous
contre son gré en
qui devait se jeter à la traverse
compromettre
ennemis. En mars 1795^
et
;
(1). »
Mais déjà d'Antraigues
relations avec
et d'autres
nous avons un prince, une
il
vis-à-vis
de tous,
avait reçu une
lettre
datée de Rheinfelden près Bàle, et signée Montgaillard.
L'auteur disait avoir servi
gent
(1)
et
le roi
jusque-là de
de sa plume, mais être en ce
D'Antraigues à La Vauguyon, 1"
iiuirs
son ar-
moment décourage
1797 (A.F., France, vol.tilO.)
au même, 13 octobre 1796. {kl., vol. 634.)
Un autre extrait de cette correspondance, plus long et plus curieux,
a passé dans une dépêche de Mordvinov à Osteriuan, du 14/2o mars
1797. (A. ;M.) On y trouve racontée, avec des détails nouveaux, l'entrevur de Donupartc à Bologne avec le ministre prussien Luccliesini,
qui nous était déjà connue par les Mémoires i'u-és des papiers dun hoiivne
Cf. le mûiiio
cVElat.
Boulard
utile
point de Fétat-major de Bonaparte, mais il parait
à l'adjudant-général Marmont plus d'une information
*
n'était
avoir surpris
CHAPITRE QUATRIEME
148
et
comme
tenté de s'établir à Venise
bibliothécaire.
En
réalité,
double face où
cette carrière d'espion à
un des types
tionnaire.
d'audace,
gais
les plus
Cet
de Mercy
Pitt,
et
bossu
a
du diable
l'air
(1), » avait
auprès de
répugnants de
homme,
précepteur ou
avait suivi avec
il
il
est
et
devenu
l'époque révolu-
étincelant
boiteux
succès
d'esprit et
d'un juif portu-
rôdé un peu partout, en Angleterre
aux Pays-Bas
en Allemagne auprès
et
de Trautmansdorf, à Paris autour des bu-
reaux du Comité de salut pubhc, faisant consister son
indépendance dans
la
succession
servitudes intéressées (2).
et la variété
de ses
continuait à se glisser,
Il
avec une souplesse égale à son cynisme, au milieu des
hommes et
a appelé
des partis. D'Avaray, emporté par lajalousie,
un jour d'Autraigues
qualification
appartient
la fleur des drôles.
politiquement parlant, d'Autraigues
Montgaillard est un prostitué.
cert avec Fauche-Borel,
gru,
il
envoyait à
composition,
il
A
;
un viveur;
l'époque où, de con-
tentait de
comme
titre
corrompre Piche-
à un certificat de fidélité de
Le
certificat lui fut accordé,
mais avec des avis bien sentis sur
MicHELET, Histoire duxix'
(2) «
était
d'Autraigues deux brochures de sa
la part de Louis XVIII.
(1)
Cette
bien plutôt à Montgaillard
l'inutilité
de sa pré-
s'est ècliappé
de Paris un
siècle.
Depuis quelque temps (juin 1794;,
il
certain M. de Montgaillard, lequel est arrive à Bruxelles et y a été recherché par tout le monde pour avoir des détails exacts sur ce qui se
passe en France... Ce Montgaillard, qui a l'ait la campagne de 1792...,
prétend depuis ce temps avoir été initié dans tous les secrets des Jacobins .. Il est parti de Bruxelles et a, dit-on, été en Angleterre donner
au gouvernement tous les renseignements les plus importants... »
(D'EspiNcii.iL,
Journal ms., vol. XI.
—
Bibl.
de Cleruionl-Ferrand.)
I
MONTGAILLARD
sence en
un
On
Italie.
nouveau
redoutait ce
déjà occupé par des
terrain
149
(1790)
hommes
sur
faiseur,
en possession
exclusive de la confiance royale.
Montgaillard apparut cependant à Venise à
l'été
de 1796.
Il
avait
fidèle, actif etutile.
du
roi,
on
on l'avait employé à
résidence actuelle
;
Madame Royale
;
la
délivrance de
des motifs de s'appuyer sur
soupçonnées ou à demi avouées, avec
on
les républicains, et
le
naparte, ainsi qu'il avait
Pichegru
(1). Il était
croyait capable de gagner Boc^ag-né,
il
s'en vantait
comme
lui
du moins,
accompagné d'un autre aventurier,
qui se disait vicaire-général de Bordeaux,
Montet,
de
de ses talents et de ses moyens
même comme
lui ses relations,
fin
d'un royaliste
l'attitude
A Blankenbourg,
faisait cas
on acceptait
alors
la
l'abbé
du
avide d'argent et prodigue desecrets
politiques fort peu sérieux.
Sa première
Lallemant
:
visite
fut poui* le
visite clandestine, car
mim'stre
il
allait
instructions pour celle qui devait suivre.
France,
<le
prendre des
De son propre
aveu, les ministres d'Autriche, de Russie, d'Angleterre,
tout
comme
le
représentant de Louis XVIII, s'étaient
inquiétés de son arrivée, et le faisaient observer par la
police.
Il
n'en vint pas moins, escorté de du Montet,
fatiguer d'Antraigues de ses récits;
l'étalage de
il
l'exaspérait par
ses relations et de ses projets;
il
lui
de-
mandait, ainsi qu'à Drake, de l'aider à tenter au profit
(1)
Un mùmoire
de la main de Courvoisier, qui passa certainement
F., France, vol. 593, f. 336), parle de
sous les yeux de Louis XVIII (A.
ses plans ot de ses
moyens avec toute sympathie
et confiance.
ClIAPITRK OUATUIKME
t;iO
(111110
restauration monarcliiquc l'ambition
parte,
et,
sous ce prétexte,
de l'autre 24.000 livres
sollicitait
de l'un 12.000,
Bona-
trop peu pour
C'est
«
:
il
Bona-
de
parte, lui fut-il répondu, et c'est trop pour vous.
Afin de capter la
cembre,
il
confiance de d'Antraigues,
s'ouvrit à lui; après l'avoir régalé de quel-
ques anecdotes sur Robespierre
public,
tions
lui
il
»
le 4 dé-
raconta par
nouées entre
le
menu
Comité de salut
le détail
des négocia-
de Condé
prince
le
et le
Pichegru
et
l'année précédente. Ce n'était pas la première ni la
dernière
qu'il
fois
se livrait ainsi, car JV^^llet
affirme avoir reçu de
ment
par
et
écrit,
joignit peut-être
lui,
à plusieurs reprises, verbale-
de semblables
à son récit,
confidences
comme nous
plus loin, quelque histoire plus ou moins
sur les
du Pan
le
(1). Il
verrons
authentique
ou à tenter avec Bonaparte.
rapports tentés
D'Antraigues, vivement intéressé, s'empressa de noter,
le
lendemain de
C'était
l'entretien, ce qu'il avait entendu.
Tusago alors de
d'une conversation,
part,
ou moine
tre, sortant à
le
assisté
fixer sur
le papier,
au
sortir
dialogue auquel on avait pris
en témoin muet. Joseph de Mais-
Venise d'une entrevue avec
Maury, s'en rend compte
la
le
cardinal
plume à la main; Talleyrand
à Erfurth s'empresse d'écrire
les paroles
échangées
entre Napoléon etGœthe. D'Antraigues lui-même avait
noté ses entretiens avec Rousseau, et on
loin rédigé de sa
main
et
verra plus
sur l'heure celui qu'il eut avec
(1) Mallet du Pan", Mémoires et correspondance,
respondance avec la cour de Vlerne, t. H, p. 'M-.
t.
II,
p. 321.
—
Cor-
MONTGAILLARD
Cliampagny à Vienne, en
1802. Ce qne lui
Montgaillard en 1796 pouvait
données
récit. Il
la
réputation
151
(1790)
racontait
lui paraître suspect, étant
du narrateur
du
et l'étrangeté
pensait du moins recueillir une
page intéres-
sante etinconnuede l'histoiredela contre-révolution, se
donner des armes,
y figuraient.
Il
le
cas échéant, contre tous ceux qui
ne se doutait guère qu'il rédigeait un
document historique
et politique
de conviction fatale à son parti
Tout en classant dans
écrite de son
important, une pièce
et à
lui-même.
archives
ses
la
confidence
émule en intrigues, d'Antraigues ne
paya point au prix
(ju'espérait son auteur;
d'ouvrir le moindre crédit à
il
la
refusa
un homme qui n'exhihait
aucun pouvoir en règle émané de Louis XYIII ou des
Anglais. Ainsi rchuté, Montgaillard cria bien haut qu'on
l'empêchait de rendre au roi les plus grands services,
puis repartit pour l'Allemagne au milieu de décembre,
en quête de dupes plus
derrière lui en
faciles.
L'abbé du Montet, resté
criant misère, finit par extorquer
une
dizaine de louis à d'Antraigues, et disparut à son tour
au mois de mai 1797
(1).
Ce que Montgaillard avait
traigues,
il
l'avait fait
dit
sans réserve à d'An-
entendre (cette réserve entrait
dans son double jeu) à Lallemant,
et
le
averti plutôt qu'instruit, avait cherché avec
France
et
en
Italie
la trace des
menées
Directoire,
ardeur en
royalistes.
Au
(1) Fauche-Borel a raconté l'histoire dos relations de Montgaillard et
de d'Antraigues dans une longue note de son livre Précis de 7nes opérations, etc. (pp. 52-62), et donné les pièces justificatives de cette note
dans sa Notice sur les généraux Pichegru et Moreau, pp. 117-159.
CHAPITRE quatrième
i:;2
printemps de 17U7, l'agence royale de Paris
Duverne de Presles, dans
verte.
les secrets
fut
décou-
ses déclarations, livra
de la correspondance de Venise,
et d'Antrai-
g-ues put dès lors pressentir à divers indices le péril qui
le
menaçait.
Bonaparte, tout en battant
n'oubliait pas
les
généraux autrichiens,
ceux qui aiguisaient
au seuil
à l'écart,
des chancelleries, les armes de la coalition. Sur sa de-
mande
impérieuse, Mallet du Pan, mal protégé par la
neutralité helvétique, était cliassé de Berne
prudemment
dérobait
à l'approche des
Bonaparte
réfugiait à Udine.
menées de d'Antraigues
lettres, et soit
il
;
il
était
parti
également au
par Lallemant, soit
avait dû apprendre qu'entre les
conspiration royale
».
et
les
un ultimatum menaçant présenté
cet
preuves
le 9 avril
des
émigré
de la
semble
par les
celte
était l'arrestation
de d'Antraigues, la saisie de ses papiers,
» la
et se
fait
gouvernement. D'après
mesure à prendre
ensuite sa personne,
se
par Montgaillard,
mains de
C'est de son cabinetque
patriotes de Venise à leur
pièce, la première
Drake
avait déjà intercepté ses
devaient se trouver les secrets
«
;
Français
«
en relâchant
consignation desdits papiers
entre les mains du ministre de France, pour être remis
ensuite au Directoire
Un
fait
étrange
et
d'Antraigues eût pu,
(1).
ignoré, c'estqu'àce
s'il l'eiît
même moment
voulu, entrer au Conseil
des Cinq-Cents et travailler légalement à la ruine
la république.
(1)
Dau», Hisloire
Les élections de
ije
Voiise,
4'
édition,
l'an
t.
V
de
devaient avoir
VI, p. 25.
MOTs'TGAILLARD
lieu le
l^""
153
(170fi)
prairial (20 mai), et les royalistes, avec l'as-
sentiment tacite de Louis XVIII, se préparaient à y prendre part, de compte à demi avec les adversaires du jacobinisme. De France, sans doute du Vivarais, on sollicita
l'ancien député de la noblesse de se faire rayer et d'an-
noncer sa candidature. La pensée de ressaisir en rentrant quelques débris de sa fortune le tenta
da conseil à sa mère, dont
avis,
mais dont
il
il
deman-
il
;
méconnaissait souvent les
appréciait fort le
jugement à
l'occa-
sion. Celle-ci, droite et entière, était incapable de
prendre une transaction qui
lui
caractère, soit au désintéressement
présumé de son
Elle le conjura de ne point affronter
hommes
comme un roc».
rencontrerait des
«
ferme
elle,
tels
—
«
com-
semblait fatale, soit au
une mêlée
fils.
où
il
que Talleyrand, de tenir
Lepauvrex\.(roi), ajoutait-
se prendra à toutes les branches, à la
bonne heure,
mais ses sujets ont leur honneur à conserver...
Il
faut
rester pur, droit et loyal, laisser faire les intrigants... »
D'Antraigues, après un instant d'hésitation, céda à ces
conseils.
Sa mère, n'étant pas sur la
liste
des émigrés, se
décida à rentrer, afin de revendiquer, sous
le
couvert
de la législation en vigueur, ce qu'elle pourrait des biens
fonds de la famille. Elle se mit en route pour la France
en février 1797. Quant à d'Antraigues,
il
eût probablement après
en Guyane.
En
le
eût-il
élu,
18 Fructidor suivi Pichegru
restant émigré, exposé en Italie à la
vengeance de ses compatriotes républicains,
parait les épreuves
lire le récit.
été
il
se
pré-
non moins inattendues dont on va
iU
GlIAPITRF-:
OUATRIIvME
II
l'aRRKSTATION.
l.R
(1797)
PORTRFKl'ILLF.
L'invasion des Etats vénitiens et la destruction do la
vieille
Dès
république eurent lieu au mois de mai 1797.
le
mois de janvier, d'Antraigues, pressentant
les
événements, avait sollicité pour l'année suivante un
asile
en Russie. L'armée française approchant,
songer peu de temps après à mettre
sonne
et ses papiers.
savait sans doute, on
nisé
A
en
la légation
le considérait
« les croisades religieuses,
dut
sûreté sa per-
de France,
comme
les
il
il
le
ayant orga-
soulèvements, les
assassinats de la Terre-Ferme, les massacres des hôpi-
taux (1)
», tout ce
Bonaparte,
et
qui donnait prétexte
aux menaces de
on guettait ses correspondances
uneimportante conquête. Le chargé
comme
d'affaires Villetard,
qui en cette affaire paraît avoir montré beaucoup d'initiative et d'activité, poussait le
gouvernement vénitien
à les faire saisir, sauf à déclarer ensuite à Pétersbourg
qu'il avait fallu
céder à la force
(2).
Le tumulte démo-
cratique du 12 mai, qui précéda seulement de quatre
jours l'entrée de nos troupes,
empêcha
tenter cette soustraction par ses propres
(1)
MoNTGAiLLARD, Mémoires sscrels, p. H9.
(2)
Villetard à Delacroix [17 lloréal
vol. 253,
f.
190.)
an V,
6
mai
Yilletard
de
moyens.
1797). (A. F., Venise,
L'ARRESTATION. LE PORTEFEUILLE
De son
15o
(1797)
côté, d'Antraigues avait réussi à faire passer
à la légation d'Autriche une caisse contenant ses principales correspondances;
—
le croire,
il
garda seulement
— au moins
ne contenant,
tefeuilles,
sonne,
il
(1).
littéraires
et
Quant à sa per-
espérait être couvert jusqu'au bout par le pa-
villon russe.
Il
n'écouta ni Campos,
son arrestation imminente,
geait avec
sûreté.
trois por-
ledisait et voulait
que des ouvrages purement
éléments de son travail courant
les
il
A
ni
qui lui prédisait
Mordvinov, qui l'engamettre en
insistance à partir seul et à se
l'un et à l'autre
de Louis XVIII,
bandonner son poste
prêt à mourir plutôt que d'a-
Qui
:
s'entêta à opposer les ordres
il
et se dit
ne
sait, pensait-il, si l'on
tend pas un piège pour m'isoler
et
me
m'arrêter plus faci-
lement?
Le 15 mai,
les
Français étaient aux portes de Venise;
on annonçait pour lelendemain l'occupation de
Mordvinov
française.
fit
demander deux passeports à
Avec
six personnes,
traigues et sa femme,
il
la légation
parmi lesquelles d'An-
voulait gagner un pays encore
aux mains des impériaux;
s'éloigner par mer, sur
la ville.
le reste
de sa légation devait
un bâtiment autrichien.
Ville-
tard envoya les passeports, en spécifiant qu'aucun d'eux
ne pourrait servir au
nommé d'Antraigues,
émigré français imaginaire héritier de
(1)
D'Anti'aigues à Maiiry, 9
—
«
le
mandait positivement
Je
(lois croire qu'il
— A. F.,
France, vol.
novembre 1798. (A.
a brûlé les
le
(110.)
(Imai.
('crits
»
la
«
agentd'un
couronne de
F., France, vol. 594.)
outres que les siens, car
(L'abbé de Pons au
roi, 31
il
me
mai 1797.
^56
rjiAPiTRr:
France
(1
>.
»
Puis se
serait regardée
ouatrikme
doutant bien que cette restriction
comme non
avenue,
expédia à toutes
il
les frontières, et à Trieste
occupée par
nadette, le signalement de
l'homme
le
général Ber-
qu'il voulait à tout
prix atteindre.
Le
If»
mai, d'Antraigues et sa famille quittèrent Ve-
nise à la suite du ministre russe. Les premiers jours,
tout alla bien
même
:
les postes français laissaient passer et
comblaient d'attentions
les
voyageurs. Ceux-ci,
encouragés par cet accueil, crurent pouvoir traverser
Trieste
;
mais
là, le
soir
du 21 mai, leurs voitures, arrê-
tées devant la principale auberge, furent entourées de
soldats.
qu'on
Mordvinov
et sa suite
voulût examiner leurs passeports, et
aussitôt conduits au
major, et
Berxadottk.
le
ils
furent
Là, le général
quartier général.
Bernadotte se montra à eux au
état
durent descendre, sans
milieu d'un
dialogue suivant s'engagea
— Est-ce vous, Monsieur,
nombreux
:
qui vous dites
ministre de Russie?
Mordvinov.
— Oui, Monsieur, comme
passeport, et je
le
constate
mon
proteste hautement contre l'indignité
du traitement qu'on
me
fait
subir au mépris du droit des
gens.
Bernadotte.
—
Quoique vous soyez
le
ministre d'une
puissance ennemie de la république française, on aura
pour vous tousles égards que comporte
mais
(1)
il
doit se trouver
A. F., Venise, vol, 253,
la circonstance;
dans votre suite une
f.
421.
personne
2
•^ Ûj
QO
ro
en
O
ro
e
55.
n
O
o
5.2
c
^1
r3
"
3
rs £
5"
r B
eu
o
3
CI
^3
2
3
§3"
a
?
11
L'ARRESTATION. LE PORTEFEUILLE
mon gouvernement.
suspecte à
de celles qui
les caractères
—
MuRDVLNOv.
secrétaire de légation,
Voudriez-vous
me
dire
composent?
la
et
un
un gentilhomme attaché à
ma
moi un conseiller
avec
J'ai
157
(1797)
mission, un consul-général et un major.
— Je
Bernadotte.
déclarer le
nom
vous somme, Monsieur,
me
de
de la personne que voilà (en montrant
d'Antraiguesj.
— Je croirais manquer à
MoRuvLNOv.
cour,
si
nom
je caciiais le
de
la dignité
d'une personne attachée à
mission d'ordre exprès de
mon
ma
ma
souverain. C'est M. le
comte de Launay d'Antraigues, pour lequel je réclame
les
mem-
égards que le droit des gens assure à tous les
bres d'une mission publique.
BeRxN'adotte.
le
— Mais, Monsieur,
comte d'iVntraigues, qu'on
Louis XVllI notre ennemi,
déclare qu'il est arrêté.
S'il
dit
et
ceci
ne peut regarder
être
ambassadeur de
en conséquence je vous
eût été le plus
fort,
fait
ici,
nous usons de ce
MuRDViNov.
—
droit-là.
Puisque
vous
vous-même
déclarez
ma
pro-
procédé indigne dont on use à
mon
user du droit du plus fort, je n'ai qu'à réitérer
testation
égard.
contre
le
nous
sommes
tous fusiller; maintenant que nous le
eût
il
En retenant M.
d'Antraigues, vous
manquez au
souverain qui a daigné le placer près de moi.
Le passe-
port du ministre de France ne spécifie aucune exception
pour
les
dois envoyer
personnes attachées à
un courrier à
l'informer de ce qui marrive.
S.
ma
légation, et je
M. l'empereur,
afin
de
CHAPITRE QUATRIÈME
Iô8
—
Beunauuttk.
qui est de
de M. d'Anlraigues. j'agis d'ordre exprès
l'arrestation
de
Sachez donc que, pour ce
mon gouvernement. Quant
à votre personne,
prescrit qu'il soit fourni à vous et à votre suite
gement convenable à l'auberge,
jugerez à propos
D'Antraigues,
qu'il
malles
furent
lement détourner
quelques heures. Ses
fouillées
et
en tous
moins surveillée que
les
trois
l'imprudence
lui,
sens.
put seu-
portefeuilles que son mari
d'emporter.
Avertie à temps
deux, elle jeta au feu ou pétrit
d'avoir à en anéantir
dans l'eau tous
que vous
»
(1).
retenues
M""^ Saint-Huberty,
avait eu
ainsi
aussitôt après son arrestation, apprit
pour Milan dans
partirait
lo-
vous êtes maître de
et
demeurer ou de continuer votre route,
le
j'ai
un
les papiers qui
s'}^
trouvaient; puis elle
livra le plus lard possible celui qui restait, fermé à clé,
et qu'elle croyait
exclusivement rempli d'opuscules
téraires et de pièces insignifiantes.
si
gros qu'il
fût,
bliothèque, était
saisir
un maigre
On y
butin.
les scellés, et le propriétaire
Autorisée
Un seul
quand on pensait
faire ses
lit-
portefeuille,
toute une bi-
mit cependant
y apposa son cachet.
adieux à Mordvinov,
il
ne manqua
pas l'occasion de se dire hautement Russe et dévoué à
l'empereur de Russie.
instance sa
femme
quitter, lui dit-on,
et
Comme
son
fils
:
et désirent
il
« Ils
recommandait avec
ne veulent pas vous
partager
votre
D'Antraigues à son tour, se croyant engagé par
(1)
sort.
»
la re-
Ce dialogue est emprunté presque textuellement à une longue
Mordvinov datée de Fiumc, 14/2u mai (A. M.).
dépùciie de
L'ARKESTATION. LE PORTEFEUILLE
159
(1797)
connaissance, sentant d'ailleurs que M™'' Saiut-Huberty,
pour
dans sa captivité, devait avoir d'autres
le servir
titres
que
le
souvenir de ses talents
décida à la déclarer comme sa
elle vint lui faire ses
adieux,
et
femme
de ses succès, se
lui tendit la
il
Quand
légitime.
main,
et
pré-
senta aux assistants la
comtesse d'Antraigues
demanda pour
son enfant l'autorisation de
suivre.
frais
On y
elle et
consentit, à condition
:
puis
il
le
paierait les
qu'il
du voyage.
Le même
soir,
d'Antraigues partait en poste, entre
deux pelotons de dragons, son portefeuille à ses
Sa femme
sur les genoux d'un officier.
et
son
côtés,
le
fils
précédaient dans une première voiture.
Bernadotte
ne
ils
lui
six jours.
lui
avait promis des égards personnels
manquèrent pas pendant
A
son passage à Vérone,
gues rédigea, sous forme de
une première protestation
;
le
le
comme
il
rendît son portefeuille et qu'on le
26 mai, d'Antrai-
au général en chef,
lettre
payé par un souverain étranger,
;
voyage, qui dura
employé
et
demandait qu'on
lui
sujet
ramenât à
Trieste.
Le
27 au soir, à son arrivée à Milan, son premier logis
fut
une
prison.
il
étroite cellule,
dans un couvent transformé en
Le lendemain, on
habita une
Ici
il
ville,
conduisit à la citadelle,
chambre voûtée
tionnaire à sa porte. Sa
loger en
le
femme
commence pour
lui
avec un fac-
et grillée,
et
son
sauf à être réunis à
lui
fils
avaient dû se
durant
une période de
oii
le jour.
trois mois,
où
eut l'honneur fatal à sa réputation d'être mis face à
face du vainqueur delltalie.
Pour démêler
les incidenls
CIIAFITRK QUATRIEME
160
conséquences de sa captivité, nous avons deux
et les
séries de documents: la première comprend la corres-
pondance
Bonaparte,
de
officielle
indications
les
et
semées par Napoléon dans
les
dictées de Sainte-Hélène;
seconde se compose des
la
conversations
et
les
mémoires émanés de d'Antraigues lui-même.
lettres et
La correspondance
n'est pas
complète
les
;
récits
de
Napoléon, postérieurs de vingt ans, au milieu d'omissions voulues et d'inexactitudes peut-être involontaires,
semblent rendre assez justement dans l'ensemble
l'atti-
envers son prisonnier. D'Antrai-
tude qu'il avait eue
gues, au contraire, a multiplié les détails sur cet incident
capital de sa vie, autre façon
de farder
d'esprit et d'imagination
Dans
vérité.
commode pour un homme
et
de masquer la
ses écrits à ce sujet, les contradictions, les
mensonges palpables foisonnent. Ce double dossier
laisse
dans l'ombre plus d'une particularité à laquelle
on doit suppléer par des conjectures
vraisemblance des
faits
soit du caractèredes
tirées, soit
de la
dans leur succession logique,
hommes. Nousespérons néanmoins
avoir éclairci, autant qu'il peut l'être, cet épisode qui
se lie de
si
près, en l'an Y, à l'histoire générale de la
Révolution.
La première pensée de Bonaparte
captif à Paris.
Le 30 mai,
il
fut d'expédier le
donna un ordre en ce sens
à son chef d'état-major Berthier. Mais le lendemain,
une nouvelle missive
n°10
apeus
»
;
lui
arriva, datée
«
du cachot
l'auteur se plaignait d'être victime d'un guet-
tel
qu'il
n'en avait pas trouvé
dans
les
déserts
L'ARRESTATION. LE ."ORTEFEUILLE
de l'Arabie
demandait à être réuni à sa famille, à
il
;
161
(1797)
assister à l'inventaire de son portefeuille et à
l'examen
de ses papiers.
en
formes
affaire les
qu'elles
Il fit
cette
Milan
opportunes à
d'usage plus
ne l'avaient été à Trieste.
et sauter la
Au
Bonaparte ne jugeait pas
briserles scellés
serrure du portefeuille.
milieu de liasses insignifiantes, lettres de Jean-
Jacques Rousseau, dissertations philosophiques ou
lit-
minutes de documents remontant à l'ancien
téraires,
régime, on trouva
le
narré des conversations tenues
avec Montgaillard l'année précédente. Bonaparte pressentait le coup d'État préparé alors à Paris contre les
Conseils;
ses
mains
comme
un
il
voulait
autant que possible attirer entre
que Pichegru, se donner
d'avoir servi la république sauf à la
tel était
son but, et
attentat,
bénéfices. Perdre
plus tard s'en attribuer les
rival tel
de cet
pièces justificatives
les
les
apparences
dominer ensuite,
pour mieux y parvenir,
il
pensa
que d'Antraigues serait mieux entre ses mains qu'entre
celles de Barras.
Impatient d'obtenir
le
commentaire
verbal des papiers qu'il venait de saisir, dans la nuit
môme
(l"!"
juin),
il fit
venir le prisonnier, en voiture, à
son quartier général de Monbello.
Leur entrevue dura plusieurs heures. Quel en
caractère? D'Antraigues, on le
sait, était
de résister à un interlocuteur puissant
hasarder sous
que boutade
le
fut le
capable moins
et irrité
que de
coup de l'amour-propre surexcité quel-
ou quelque bravade,
et
à ce
moment
il
devait craindre et pour sa liberté et pour sa vie. Voici
11
CHAPITRE QUATRIÈME
162
donc, et toute critique
interlocuteurs,
comment
des deux
des témoignages
faite
les clioses ont
pu se passer.
Prévenant ou relevant les protestations du prisonnier,
Bonaparte débuta par une vive sortie destinée à
mider
Si j'avais été à Trieste, le ministre de Russie
«
:
l'inti-
eût été arrêté lui-môme.
Nous ne devons aucun égard à
On ne nous rend pas nos
nous sommes dupes. Vous
son souverain ni à d'autres.
procédés
d'honnêteté,
et
avez trop d'esprit pour ne pas comprendre que
vous
vous êtes attaché à une cause perdue. La révolution
en Europe,
est faite
il
faut qu'elle ait son cours. Si elle
pouvait être arrêtée, c'eût été par des rois
lui
armées
les soldats sont bons,
tents, et ils sont battus.
mais
ne connaissent pas
me
les
;
dans leurs
mécon-
les officiers
Tout cela va
ouvert
finir. J'ai
votre portefeuille, parce que cela m'a plu
;
armées
les
formes d'un tribunal. Je pourrais,
convenait, vous faire traduire devant un conseil
de guerre
comme embaucheur
débarrasser de vous
le
pour
en imposer, mais ces rois n'existent nulle part, leurs
ministres sont des coquins ou des imbéciles
s'il
faits
tragediante se
fit
(1).
»
de
mon
armée,
et
me
Puis, après cette explosion,
commediante; après avoir
effrayé,
entrevoir des avantages positifs, tels que
il
flatta
le
retour en France, de l'argent, des places, en retour
il fit
;
de quelques confidences. Son interlocuteur,
si
hardi la
plume à la main, devait mal supporter une discussion
(1)
Loi
constater
qu'au
du
la
même
4 nivôse
an
IV,
aii.
1
et 6,
—
II
est assez curieux
île
ressemblance de ce langage, tout césarien, avec celui
moment Bonaparte tenait à Melzi et à Miot, en leur expo-
sant ses rêves d'avenir. V. les Mémoires de ce dernier.
L'ARRESTATION. LE PORTEFEUILLE
163
(17'J7)
Eperdu
verbale, surtout en de semblables circonstances.
devant celte parole tranchante
et
par l'importance que semblaient
succédant à des
défis,
il
menaçante, puis exalté
lui
donner des avances
se laissa aller à sa faconde, ré-
véla les affaires de son parti en exagérant complaisam-
ment son
rôle,
peut-être certaine promessedont nous
fit
parlerons tout à l'heure, bref fut joué ou crut utile d'être
joué.
Quand
il
de ce tête-à-tête,
sortit
il
se disait content
de Bonaparte, probablement parce qu'il
lui-même
Plus tard,
(1).
étourdiment accepté,
liation, jointe
il
alors de
s'apercevra du rôle qu'il a
et ce sera la pensée decette humi-
au désir de rentrer en grâce auprès des
royalistes, qui le conduira à
ne
attitude, à
l'était
faire
composer après coup son
ressortir que la partie «tragique
de l'entretien, à y introduire le spectacle de sa
tance à
une proposition déshonorante,
roïsme invincible.
la
Il
imagina en
efTet,
»
résis-
et
de son hé-
pour
faire oublier
conversation trop réelle avec Montgaillard, une con-
versation ou plutôt une altercation avec Bonaparte.
Le
général aurait mis sous ses yeux quatre cahiers conte-
nant des extraits de soi-disant lettres de Pichegru, du
prince de Condé, de Flachslanden, rédigés de façon à
perdre tous ses rivaux, et
gnez ces papiers
(1) «
De
d'intérêt.
offert tout ce
lui inspirer.
«
Pour
part
la
En
se
»
lui aurait dit
:
«
Tenez,
si-
extraits de votre portefeuille,
du général en chef,
j'ai éprouvé des témoignages
rendre la justice qui m'est due, il m'a
désir de m'être personm^llement agréable pouvait
refusant à
que le
(Mémoire du
»
les
m'en louer.
comme
il
me
4 juin.)
procédés particuliers et
(A Boissy d'Anglas, 23 juin
personnels, je ne
.)
peux;
que
164
ClIAl'ITKb:
je VOUS le conseille.
Vous
QUATRIÈME
serez réintégré dans vos biens,
vous toucherez cent mille écus que voici en
change sur
la
lettres
de
maison Cambiaso de Gènes, peut-être
serez-vous employé à quelque ambassade.
Une
»
dédai-
serait suivie, d'Antraigues
long-ue dispute s'en
gnant jusqu'au bout
les
assez
On
Comment
séductions et les menaces.
voit d'ici l'invraisemblance de ces allégations.
supposer qu'en vingt-quatre heures ces cahiers remplis
de lettres apocryphes eussent été rédigés dans les bu-
reaux de l'état-major, alors qu'on avait sous
une pièce suffisante pour perdre Pichegru
la
main
?
Mais d'autre part qu'était-ce que cette pièce? Celle
qui est
d'hui
venue de Monbello à Paris,
aux Archives nationales, comprend
in-4, écrites
la
et qui
au recto
dix-septièmepage,
et
le
au verso, plus
est aujour-
seize
pages
trois lignes sur
toutà mi-marge, sansnote
comme
sans rature, sans signature enfin, mais incontestable-
ment de
la
là qui est
main de d'Antraigues
1" juin, n'exhiba point
il
(1).
Est-ce bien celle-
venue de Trieste à Monbello? Bonaparte,
la pièce accusatrice, je l'admets,
avait ses raisons pour agir ainsi; mais
qu'il
le
il
est
probable
arracha à l'auteur l'aveu de son authenticité. Les
jours suivants, dans l'entourage du général, cet aveu
était
considéré
Seulement
comme
(et ici
nous entrons dans
l'hypothèse pure) cette
(1)
Oa peut
certain (2).
le
domaine de
conversation se divisait peut-
constater do plus à la 3' et à la 5« page la reprise d'une
rédaction interrompue.
(2) BouRRiEXXE, Mémoires,
t.
I.
L'ARRESTATION. LE PORTEFEUILLE
être en
deux parties
165
(1797)
distinctes, l'une relative à Piche-
D'Antraigues écrivait à son
gru, l'autre à Bonaparte.
geôlier le 12 juin, dans une lettre destinée à l'impression
«
:
Dans ce roman rempli de rêveries, d'absurdités
de faussetés vous voyez quel rôle
et
vous
fait
vous avoirvu, connu, parlé, avoir
Or
(Montgaillard)
il
jouera vous-même. Vous voyez
qu'il
prétend
avec vous (1).»
traité
rien de tout cela n'existe dans le texte actuel de la
conversation. Plus tard d'Antraigues,s'adressant au
citait sa
roi,
première conversation avec Montgaillard. La
première en suppose une seconde, qui
n'est pas difficile de deviner
comment
disparu;
a
il
ni pourquoi. Seu-
lement, dans ce cas, Bonaparte, aussi désireuxdelivrer
au Directoire les pages inculpant Pichegru que de suppri-
mer
du
celles qui avaient trait à lui, aurait,
l^""
juin, fait promettre à son prisonnier la rédaction
d'une version nouvelle
le
coup de
il
et partielle, et
la peur, obéissant à
ou doucereuse,
faite
dans l'entrevue
aurait payé
d'Antraigues, sous
une invitation impérieuse
,
par cette transcription
de souvenir, la rançon de sa prochaine délivrance;
aurait
même
laissé
au début quelques anecdotes sur
les coryphées de laTerreur,qui n'étaient guère propres
à être mises sous les
ner
le
change sur l'origine
ment. Puis une
tention,
il
et la
fois ce service
aurait repris
publiquement
A. F., France i
voL
et oublié
du docuavec in-
toute son assurance pour nier
sous
son portefeuille sans
.^91, î.
de don-
afin
destination
rendu
la pièce originale,
l'avait extraite de
(1)
yeux des Directeurs,
125 et suiv*
prétexte
qu'on
qu'il fût présent.
CHAPITRE QUATRIÈME
166
Cette conjecture paraîtra peut-être subtile, mais elle
me
semble seule pouvoir expliquer, en présence de cerou de certains témoignages authentiques, les
tains faits
assertions contradictoires des uns, le silence voulu des
autres.
Dès
lendemain de l'entrevue du
le
1*'
juin, d'Antrai-
gues paraît évidemment payé de quelque service rendu.
Le
4,
il
ment plus vaste de la
femme
sa
du cachot n° 10 dans un apparte-
est transféré
et
son
citadelle,
où
pourra habiter avec
il
et recevoir les soins nécessaires à
fils,
sa santé. C'est une première prime accordée à ses indiscrétions.
Le
de Milan, chez
par
billet
7,
le
il
passe de la citadelle dans un palais
marquis Andreoli.
douze soldats à sa porte
consigné
est
Il
de logement, avec un officier
là,
de planton et
des sentinelles aux issues,
et
mais dans des appartements dorés,
dit-il,
comme
il
n'en
avait jamais vus de sa vie.
Quelques heures plus
Couthaud
se présente
tard, à minuit, l'adjudant-général
pour
lui
faire
subir
un nouvel
interrogatoire. Couthaud, après quelques questions insignifiantes posées en présence de témoins, se
un
tête-à-tête, puis
:
«
ménage
Voulez-vous reconnaître
qu'un
cahiercontenant vos conversations avecMontgaillardest
écrit
de votre main et a été trouvé
feuille ?
— Non,
lui est-il
dans votre porte-
répondu; je
moi qu'un aventurier du nom de Royer
trai
pas ce cahier, à moins qu'on ne
que je ne
l'aie lu et
l'insistance de
signé
Couthaud
:
«
n'ai
;
eu devant
je ne reconnaî-
me
le
à chaque page.
présente,
»
Et sur
Je déclare que la pièce est
L'ARRESTATION. LE PORTEFEUILLE
fausse,
et
je n'en
167
(1797)
veux reconnaître aucune sans
la
voir. »
Ainsi voilà un
document
quant à son
qu'il récuse,
origine et quant à son auteur. Mais alors ses réponses
ne visaient-elles pas
le texte original,
par conséquent on ne
parte était mis en scène et que
voulait pas lui montrer
paraissait sauver à
Cette
?
Bona-
celui oij
équivoque habile
lui-même sa propre
sincérité,
devoir sauver sa situation devant ses amis; car
il
lui
et
l'a
continuée. Cette pièce qu'il disait fausse à Couthaud,il
l'avouait quelques jours
une ébauche de
Elle est
plus
ou quatre
trois
mais
c'était alors
pages
inachevées.
tard,
devenue ensuite un manuscrit de neuf pages,
puis un opuscule de trente-trois (celui-ci pourrait bien
être
vraiment
la pièce
trouvée à Trieste), tantôt écrites
à mi-marge, avec des annotations multiples
et critiques
de sa main {contradictions, faussetés^ etc.), tantôt écrites
sur trois colonnes, chacune contenant une version différente
des
soi-disant
de Montgaillard.
révélations
Par ces affirmations contradictoires
il
espérait sans doute
atténuer ou détruire aux yeux des royalistes la valeur
de la conversation^ faire douter de son importance ceux
qui ne l'auraient point vue, et soupçonner de faux la
seconde édition expurgée qui
Celle-ci, qu'on n'avait
était pourtant
son œuvre (1).
aucun motif de cacher,
traînait
sur la table de Bonaparte, où Bourrienne put la lire et
en prendre copie.
(1)
Remarquer
ce qu'il écrit à
supprimé plus des
qu'on a imprimée.
Maury
On
(1
a
septembre 1798)
composé sur
trois
quarts...
», (A.
K., France, vol. 594,
f.
:
«Ils en ont
cette pièce celle
384 et suiv.)
CIIAIMTRI':
d68
OUATRIÈME
Cetlo hypothèse d'une combina z loue à l'italienne, de
la substitution
imposée
et
convenue d'une pièce à une
autre, se fortifie pour nous et
du silence systématique
qu'a toujours gardé Bonaparte sur la conversation, et
de la conduite tenue par
le
chef d'état-major
Berthier-
Plusieurs fois à Sainte-Hélène, Napoléon a parlé de ses
«
longues conversations
donne
le
beau rôle
;
aurait, à
il
demandé compte à son
il
il
interlocuteur, pas
avait intérêt à se taire sur
accommodées à
les avait
faire passer
il
se
qu'il
Monbello ou à Milan,
qu'elles contenaient relativement à lui,
dont
oii
mais des pièces manuscrites
aurait saisies, et dont
demment
avec d'Antraigues,
»
un mot. Évielles,
et
sur
ce
sur la façon
ses vues, avant de les
aux mains de Barras.
Notons un dernier
fait
caractéristique. Sur les douze
pièces du dossier transmis à Paris, onze ont été signées
et
paraphées par Berthier, La signature manque à
la
douzième, qui est justement la conve7'satio7i.\]i\o\ih\'\ ne
se conçoit guère
ici,
car c'était la seule pièce vraiment
importante à authentiquer. Berthier répugnait-il secrètement, malgré ses démonstrations jacobines, à contri-
buer à
la perte
de Pichegru?
Ou
bien aurait-il été rete-
nu par un sentiment d'une nature plus
délicate ? Ber-
thier avait été, ne l'oublions pas, le
principal témoin
de l'entrevue du
à tous les secrets
de l'état-major
;
l''''
juin, et
aurait-il
il
était initié
voulu ne pas consacrer par sa
signature l'authenticité d'une pièce dont
les véritables origines?
insoluble,
comme
Il suffit
il
connaissait
d'indiquer cette question
tant d'autres, dans cette affaire ren-
L'ARHESTATION. LE PORTEFEUILLE
1G9
(1797)
due mystérieuse à dessein par tous ceux qui y furent
mêlés.
Quoi
qu'il
en
la pièce
soit,
trouvée ou non dans
le
portefeuille de d'Antraigues, mais écrite entièrement de
sa main, devait sans retard être
seulement
elle avait
expédiée à Paris
une valeur sérieuse. On
la
;
là
plaça
entre d'autres papiers sans valeur, propres, ce semble,
à la faire ressortir, fragments
de comptes, copies
vieux mémoires ou minutes de vieilles
lettres,
et
de
le
10 juin ce singulier dossier destiné au Directoire partait
pour Paris
Dès
(1).
le 6, le portefeuille ainsi
allégé avait été remis au
général Kilmaine, gouverneur de
charge de
le restituer
Lombardie, avec
à son propriétaire. Kilmaine ma-
nifesta, paraît-il, des scrupules
feuille
la
en recevant un porte-
dont les scellés avaient été rompus
nu épuré
et le
conte-
à huis-clos, et ce fut Bonaparte lui-même qui
remit l'objet quelques jours plus tard (11 juin) entre les
mains de M™* d'Antraigues.
(1) Dans les pièces justificatives de sa Notice sur les généraux Pichegru et Moreuu, Fauche-Borel a publié, d'après une note à lui remise
par d'Antraigues, la liste des papiers soustraits dans le portefeuille.
Celte liste correspond exactement aux pièces contenues dans le dossier des Archives nationales (AF III, 44). On trouve de plus dans ce
dossier, mais sans numérotage, les pièces saisies à la fin de juin, et
un billet envoyé de la part de Bonaparte eu l'an XII pour prescrire un
nouvel examendes pièces.
CHAPITRE QUATRIÈME
i'Q
III
LA CAPTIVITÉ
Bonaparte
était arrivé à ses fins.
agents de Louis XVIII
lui
Un
des principaux
avait livré plus
ou moins
volontairement les secrets importants du parti
tait
il
;
res-
à décider de son sort. Or, ce complice inattendu du
Directoire se présentait à ses anciens compatriotes avec
un double caractère; en
russe, en
fait,
droit, attaché à
une légation
Français émigré. D'après les pièces re-
mises entre ses mains, Bonaparte
était contraint
de lui
reconnaître un caractère public au service de l'étranger, et
ne pouvait
gens. Pour savoir
contre
dès le
les
l^''
lui
refuser la protection du droit des
échappait d'autre part aux lois
s'il
Bonaparte
émigrés,
juin par l'adjudant-général
de la police secrète de l'armée.
de l'inculpé que ces
car
il
l'avait fait interroger
lois
ne
Il
résultait des réponses
étaient pas applicables,
lui
n'avait jamais porté les
Landrieux, chef
armes contre
la
France.
Bonaparte conclut en ce sens, en envoyant l'interrogatoire à Paris. D'Antraigues ne
comme émigré
pouvait ni être traduit
devant une commission
devant un conseil de
guerre
terre conquise. Faute de
comme
de
le
remettre en liberté.
ni
espion saisi en
prendre l'un ou l'autre
appliquer l'une ou l'autre
lui
militaire,
qualification,
il
parti,
fallait
LA CAPTIVITE
que pressentait
C'est ce
Hl
ministre
le
des relations
extérieures Delacroix, lorsque, le 7 juin, à la nouvelle
de l'arrestation,
ce sujet
demandait une enquête sur place à
il
et c'est ce
;
que confirme Bonaparte dans sa
réponse du 19. En attendant,
le
Directoireprescrivait à
deux reprises de ne point relâcher
mesure de
le
prisonnier, par
police militaire, jusqu'à de nouvelles circon-
stances et à des ordres ultérieursM). Il
de garder sous les verroux un
lui
homme
semblait utile
qui pouvait de-
venir, dans la lutte prochaine contre les Conseils,
un
otage précieux.
Cependant d'Antraig-ues, confiné au palais Andreoli,
usait aussitôt des facilités dont
respondance,
il
jouissait
pour sa cor-
prenait Bonaparte, la Franco et l'Eu-
et
rope à témoin de l'injustice de sa détention. Dès
4 juin,
il
composé un mémoire
avait
qu'il réussissait
à transmettre à l'abbé de Pons, à Turin, en
dant de
le faire
au plus
tôt
le
recomman-
imprimer, distribuer au
roi,
au prince de Condé, aux agents anglais répandus en
France
(2).
Ses lettres allaient trouver sa mère à Flo-
rence, Marrenx-Montgaillard à Venise, le duc d'Havre
à Madrid.
trouvé sur
Il faisait
lui
assurer Louis XVIII qu'on n'avait
aucune pièce compromettante,
et lui de-
mandait éventuellement une recommandation auprès
(1)
Arch. Naf., AF.,
III, V:>-2, n"'
signe Reubell, Barras,
2337 et 2570
la Réveillère,
le
(31). Lo premier arrêté est
second Carnot, Barras, Bar-
thélémy.
(2)
Ce mémoire est imprimé dans 1° Peltier, Paris pendant Vannée
2° Souvenirs d'un émigré (par Laporte),
XIV, p. 173;
p.
il!)t, vol.
293.
:
—
172
CIIAIMTUK QUATlîlK.Ml']
de l'envoyé de Prusse à Paris.
savait bien qu'à Blan-
Il
kenbourg on n'arriveraitjainais
à saisir la preuve écrite
de son imprudence ou de sa trahison.
Du
côté de Bonaparte, sa tactique
après
était autre;
avoir déclaré (8 juin) qu'il ne répondrait plus à aucun
interrogatoire,
il
une note où
rédigeait le 12
d'atténuer la portée des pièces soustraites.
sa réponse à Couthaud,
il
essayait
Comme
dans
évitait de s'expliquer au su-
il
jet de la conversation, et se rejetait sur la qualité pré-
sumée de son interlocuteur
eu
aflaire
il
;
niait
au vrai Montgaillard,
et
de nouveau avoir
demandait auda-
il
cieusement à être confronté avec l'aventurier qui avait
pris ce
nom. Seulement, sachant Montgaillard en Alle-
magne,
il
comme
indiquait Livourne
dence, et requérait Bonaparte de
le lieu
de sa rési-
Pen-
l'y faire arrêter.
dant deux mois la police française chercha inutilement
Montgaillard à travers
plus tard vanté,
pertinent
la
comme
mensonge
Pour obtenir sa
Toscane. D'Antraigues
(1).
personnelle,
liberté
besoin de ces subterfuges. Là
rain solide;
comme
supposer
et à
Russe,
il
qu'il fût resté
il
il
n'avait
pas
un
ter-
se sentait sur
invoquait
Français,
il
le droit
public;
se disait pro-
tégé par la Déclaration des droits de l'homme
Constitution de l'an III. Les réclamations écrites
bales lui coûtaient peu
trois
me
(1)
;
mois de captivité.
traitez
s'est
d'un trait d'habileté, de cet im-
en émigré,
il
Il
en a avoué onze pendant ses
répétait avec raison
quand
D'Antraigues à Louis XVIII,
et la
ou ver-
je
me
réclame,
4 février 1798 (A. F.).
:
«
Vous
comme
LA CAPTIVITÉ
1T3
étranger, de lajuridiction suprême du Directoire
me
regardez
demande
vous
prisonnier de guerre, quand je
comme
à être jugé sur
tribunaux.
;
le fait
d'émigration par les
»
Depuis l'entrevue du
juin, d'Antraigues ne paraît
1*''
plus avoir rencontré Bonaparte dans un tête-à-tète pré-
paré par son tout-puissanl interlocuteur.
de déterminer où
et à quel
est certain toutefois qu'il
moment
ils
Il
est difficile
revirent;
se
il
y eut entre eux des entrevues
passagères, presque fortuites, où la conversation dégénérait assez vite en
La
altercation violente (1).
Saint-
Huberty amena quelques-uns de ces rapprochements,
par suite de ses relations avec M'"^ Bonaparte.
L'ex-vicomtesse de Beauharnais tenait alors à Milan
une espèce de cour
;
comme
là,
plus tard à la Malmai-
son et aux Tuileries, les émigrés étaient accueillis avec
courtoisie et
berty,
même
avec empressement.
La
Saint-Hu-
devenue comtesse d'Antraigues et décorée du cor-
donde Saint-Michel,étaitdevenuesocialementson égale.
L'ancienne ciianteuse, dans l'intérêt de son mari, alla
voir l'ex-grande
comme pouvant
dame
lui
;
et
Bonaparte toléra ces
visites,
fournir l'occasion d'interpellations
directes ou d'insinuations indirectes à son prisonnier.
Ce
fut sans
doute auprès do Joséphine
tra plus d'une fois l'hôte
qu'il
du palais Andreoli
mais que
;
pouvait-il répondre à ses réclamations, sinon
tendait, ce
qui était
exact,
rencon-
qu'il
at-
un ordre du Directoire, ou
(1) D'Antraigues écrit à Maiiry (21 juillet 1798)
avec Bonaparte quatre heures le 13 juillet.
qu'il a
encore causé
CHAPITRE QUATRIÈME
174
bien
entrevoir qu'au premier
lui laisser
mettrait de son propre
il
Dans
ces entretiens, sur lesquels
le
quelques indications,
général
le
moment
mouvement en
rable
favo-
liberté?
nous avons au plus
comme
dut être,
le
l^juin, tantôt caressant et tantôt violent par système, l'épéril sur
migré tantôt abondant en protestations sans
sa situation, tantôt complaisant par vanité et indiscret
lorsqu'il s'agissait d'autrui.
rait accueilli
Le 13 juillet, Bonaparte au-
un nouveau mémoire qui
par ces mots
«
:
encore, je vous
Allez vous faire
au
f...
f.
.
.
présenté
lui était
si
;
vous écrivez
cachot à la citadelle (1).» Quel-
quefois on répliquait à ses grossièretés par des impertinences. D'Antraigues se vante d'avoir dit que
pereur de Russie refusait ses services,
il
si
l'em-
se ferait laquais
de quelque bourgeois honnête, ce qui vaudrait encore
mieux que de
servir
sous la menace d'être transféréà Paris,
fois,
écrié
:
«Je reverrai avec plaisir une
toujours
comme
appartenant à
Bonaparte pouvait
«
un des cinq Directeurs. Une autre
le maître.»
(1)
mon
homme
est
que je considère
roi.
écrire, le 3 juillet,
L'insolence de cet
menace presque de
ville
D'Antraigues à Maury, 21
»
En
tout cas,
au Directoire
inconcevable
l'opinion en France,
S'il dit ailleurs
se serait
il
oii
il
;
il
:
me
se croit
que d'Antraigues cherciia à
juillet 1798. {A. F.,
France, vol. 594.)
—
compte-rendu de sa captivité adressé à Mordv'inov, d'Antraigues raconte l'incident suivant d'une de ses visites à M"" Bona« Au milieu d'une de ces
ardentes discussions, j'aperçus une
parte
porte presque cachéepar un lit au fond de la chambre, et je vis M. Bonaparte se ravalant au rùle d'un espion surprenant lui-même les
plaintes d'un homme qu'il voulait tôt ou tard faire égorger... Sa
femme, étonnée, confondue. .., se bornait à assurer qu'il n'était pas
Dans
le
:
sanguinaire, qu'il ne \ouIait
jias
ma
mort...
»
LA CAPTIVITÉ
lui plaire,
avoue implicitement avoir su
il
fasciner son
confidences
sans portée, tantôt en
ne
annonçant
le
inévitable, tantôt en se lais-
aune
restauration monarchique.
plus que d'avoir voulu
se souvenait
séduire son prisonnier
remémorant
lui
des
comme
sant croire favorable
il
lui-même
exciter sa parole par
interlocuteur,
triomphe de Barras
Plus tard,
175
;
et ce
leurs orageux
dernier à son tour, en se
entretiens, ne
se rappelait
plus que les injures et les menaces.
Une
de ces entrevues
faillit
tourner au tragique. D'An-
traigues, en désespoir de cause, avait pris le parti d'in-
téresser à lui ceux qui en France détenaient une portion de la puissance publique.
rédigea à l'adresse de
Il
son compatriote Boissy d'Anglas,
alors président des
Cinq-Cents, une lettre où, selon son habitude, s'aban-
donnant
à sa verve,
accusation
:
«
la plaidoirie
en
les lettres de cachet,
ou
tourner
faisait
il
Avez-vous détruit
en avez- vous étendu l'usage sur
les étrangers, sur
ceux à
qui cinq jours auparavant vos ministres accordaient garantie et passeport ?
Vos
lois sur la liberté des
person-
nes sont-elles un leurre dans la main du Directoire,
comme
vos passeports en sont un dans la main de vos
ministres et de vos généraux? Enfin le code de vos lois
est-il
le
conforme à
la déclaration de
ministre de Russie
rien, qu'il s'agit
liberté
que
craint
même
:
et
raison ne font
la force ?
Quelle étrange
que justice
seulement de
celle qui, à la fois
les
M. Bernadotte devant
ombrageuse
et timide,
opinions et les écrits, qui va fouiller
et briser les serrures
des portefeuilles et y chercher les
CHAPITRE QUATRIEME
176
secrets des consciences pour voir
si
l'iiomme à qui
elle
a ravi état, propriété et patrie a pour elle des sentiments
de iiaine ou de mépris
que personne
ait
!...
Depuis Néron, je ne sache pas
décrété qu'on l'aimât (1)
!»
Ces apostrophes véhémentes étaient destinées à
la
puhlicité. D'Antraigues mit des copies de cette lettre et
de son mémoire du 4 juin dans un nouveau paquet à
l'adresse de Fauche-Borel, avec
primer
le tout.
recommandation d'im-
Ce double dossier à destination de Paris
de Neuchâtel fut confié à un
et
messager qui partait
pour Mendrisio. Cet homme, quoique muni d'un passeport en règle, fut arrêté au sortir de Corne,
territoire
suisse; on le jeta en prison, son
envoyé à Landrieux,
et
non
loin
du
paquet fut
au bout de deux jours transmis
par celui-ci au général en chef (26 juin).
Celui-ci, à la
lente colère.
subit
vue de ces pièces, entra dans une vio-
Landrieux en
fut la
première victime
et
deux jours de prison pour son retard à informer
ses supérieurs de l'affaire. Puis voyant M™''d'Antraigues
entrer chez sa femme, Bonaparte la reçut avec une sortie
virulente contre ce scélérat, ce coquin qui récompensait
ses bontés en le dénonçant, et qui osait parler de loi et
de justice au milieu d'une armée:
«
Peut-être demain
à six heures votre mari sortira de prison,
l'enverrai
Saint-Huberty crut cette
(1)
je
vous
à onze avec dix balles dans le ventre. »
ses instincts
44.)
et,
menace
sincère, et,
d'actrice tragique, elle jeta son jeune
D'Antraigues à Boissy d'Aiiglas,
iîS
La
ramenée à
juin 1797. {Arch. Nat., A.
tils
F
III,
LA GAI'TIVITÉ
qui
le
l'accompagnait au-devant de
joindriez-vous pas à son père
cette
boucherie?
»
177
lui
? n'est-il
Pourquoi ne
vous conseille de
me
«
:
Quant à moi,
faire fusiller, car
je vous assassinerai partout oij je pourrai. »
M""®
mûr pour
pas
Et tandis que l'enfant éperdu s'atta-
chait en criant à la botte du général
ajouta-t-elle, je
«
:
A
ses cris,
Bonaparte accourut, l'entraîna dans une pièce
sine, et,
l'embrassant, essaya de la calmer.
Huberty
lui
dit
Robespierre mort. Madame,
le
car je vais à Paris et j'y obtiendrai justice.
»
a soif de notre sang,
Factice ou non, la
tombée
;
il
s'avisait
il
:
«
Vous
le voilà ressus-
fera bien de
cité. Il
Saint-
raconta ce qui venait de se passer^ et Bona-
parte la rejoignant, elle reprit ses invectives
m'aviez
La
voi-
répandre,
colère de Bonaparte était déjà
que
la
mort de son prisonnier
lui
était inutile, et qu'elle pourrait lui nuire, si la lutte qui
se préparait à Paris tournait contre le Directoire.
mesurés du contenu des
plaignit en termes plus
saisies, et
fit
môme
entendre que la décision
Il
se
lettres
qu'il était
obligé de maintenir jusqu'à nouvel ordre n'aurait plus
rien de rigoureux. Seulement
donna des ordres
il
sé-
vères pour que M'"« Saint-Huberty fût retenue à Milan
et
pour que toutes ses
lettres
fussent à l'avenir interceptées.
à
Côme
prit à
son tour
le
D'Antraigues passa tout
et celles
de son mari
Le nouveau dossier
saisi
chemin de Paris.
le
mois de
juillet
dans une
demi-captivité, aggravée d'autre part par l'interruption
de sa correspondance.
visites,
mais
Il
pouvait recevoir à son gré des
la police surveillait
de près ses sorties, et
CHAPITRE QUATRIÈME
178
son signalement,
même
dit
il
son portrait en couleurs,
avait été transmis aux portes de la ville
Peu à peu
aux fron-
et
Lombardie, surtout du côté de
tières de la
dehors de Milan
;
aurait
il
l'arrestation de son
même
pris sa
revanche de
messager en interceptant dans
bailliages italiens et en payant trente-quatre
lettre
Suisse.
la
renoua ou se créa des intelligences en
il
adressée par Bonaparte à Barras.
Du
louis
les
une
côté de la
France^ par un prêtre émigré de Grenoble que
lui avait
amené son
à Turin
hôte,
serait rentré en rapports
il
avec l'abbé de Pons
aurait par cette
et
voie
Stackelberg,
fait
le
ministre russe.
parvenir à Paris, avec
Il
des
pièces utiles à sa défense, des avis propres à éclairer la
majorité des Conseils et la minorité du. Directoire. Bien
mieux,
iJ
si l'on
écrivit à
peut s'en
Carnot
à son propre témoignage,
fier
le 14 juillet
parait, qu'il était urgent de
que
le
coup d'État se pré-
prendre l'offensive contre
Barras et de faire arrêter Bonaparte par ses ennemis
secrets, Bernadotte et
Kilmaine
(1).
Carnot, retenu par
des scrupules de légalité, resta inerte, mais néanmoins
voyant dans
la
séquestration illégale de d'Antraigues
un moyen de nuire à Bonaparte,
deux passeports, dont
la
mère
il
expédia à Neuchâtel
et la
femme du
prison-
nier devaient user pour venir à Paris implorer le transfert
de
leurs
fils
et
mari au Temple. Déjà
comtesse d'Antraigues, qui avait quitté
pour
la
moment
(1)
France,
s'était
l"^'
vieille
en route
arrêtée à Turin, attendant le
favorable.
D'Antruigues à Maury,
Rome
la
bcptembru 1708.
LA CAPTIVITE
179
Pendant ce temps, d'Antraigues, pour occuper son
temps
plume, rédigeait
et sa
journal de sa captivité;
le
recueillait des observations surBonaparte, son carac-
il
tère et ses projets, surl'esprit des officiers, sur la discipline de l'armée.
Il
hommes dévoués ou
comptait les
secrètement hostiles au général en chef
celui-ci les
déplaire dans ses origines,
sa physionomie,
lui
il
(Il)
France l'Europe
terminait
le
épiant de
:
portrait qu'il traçait de
«
Il
détruira Barras ou
veut maîtriser la France et par la
(1). »
Déjà, pendant son passage
à la
cherché à surprendre les opinions
de
et,
ses habitudes, jusque dans
par ces mots prophétiques
l'asservira...
ses
;
moindres paroles, notant tout ce qui pouvait
gardiens.
Les
officiers
citadelle,
et les
jacobins
avait
il
dispositions
ne
lui ca-
chaient pas leur satisfaction de le savoir à leur merci.
D'autres épiaient l'occasion de lui témoigner leurs sympathies secrètes. Quelques-uns, voyant à sa porte une
sentinelle en
qui
ils
avaient confiance, vinrent,
qu'il raconte, s'entretenir
qu'ils
avaient pris;
ils
avec
lui,
s'excuser du
ouvraient leur bourse et offraient
de toute façon leurs services. Des soldats
comprendre
qu'ils
à ce
parti
lui faisaient
fermeraient les yeux sur sa
fuite.
Après sa translation au palais Andreoli, d'Antraigues
ayant eu à subir quelques vexations de la part du poste
Ce portrait de Bonaparte est jeté, par voie de disgression, au milongue relation que d'Antraigues a rédigée de sa captivité,
et qui porte la date du 31 octol^-e 1797. (A. F., France, vol. 034,
A. M.) Il a été imprimé dans Jung, Bonaparte et son
pp. 120-144.
(1)
lieu de la
—
temps,
t.
III.
CHAPITRE QUATRIÈME
180
préposé à sa garde, ses plaintes amenèrent près de
lui
le
général Kilmaine, le chef d'état-major Vignolles et
le
commandant delà
et
d'Antraigues, paraît avoir joué un rôle assez singu-
lier.
place. Kilmaine, entre Bonaparte
Cet officier 'avait épousé une Irlandaise très royatoujours philosophe, qui de loin s'intéressait à
liste et
l'ancien
ami de Jean-Jacques.
Il
avait
eu un
avance-
ment rapide
et fait
avantages
maintenaient au service de la république,
sans
le
rendre républicain.
le
tout en disant de
qu'il
une grande fortune en France. Ces
nous faut
Il était
LouisXVIII
(1).
»
Son seul
:
«
Ce
en
était
dès 1797 au point
oii
n'est pas là
l'homme
désir était de conserver, à
faveur d'une paix prochaine, ce
la
royaliste dans l'àme,
qu'il avait
acquis
;
il
en étaient les maréchaux
de l'empire en 1812. Devant ses compagnons, Kilmaine
parla à
s'étant
d'Antraigues avec froideur
ménagé un
condoléances,
tète-à-tête avec lui,
ses
dureté,
et
il
lui
confidences politiques.
craindre dans un avenir
prochain
les
fît,
Il
puis,
avec ses
semblait
entreprises de
Bonaparte, et vouloir se ménager parmi les adversaires
de
il
la
république des connaissances utiles.
En
attendant
se créait des titres à la gratitude de celui qu'il
à sa merci
;
il
se vantait
en
effet plus tard
tenait
de lui avoir
épargné de comparaître devant un conseil de guerre
Quelques semaines plus
tard, d'Antraigues
(2).
reçut
D'Antraigues à Thugut, 20 août 1798 (A. V.).
Vous ne savez pas toutes les obligations que vous lui devez.
Bonaparte sans lui vous eût mis au Conseil de guerre, et ce ne fut qu'à
sa résistance à se prêtera ses vues, comme président de co conseil,
que vous avez dû de n'y être pas jugé. » (Vannelet à d'Antraigues, 27
(1)
(2) «
novembre
1798.
—
A. V.)
LA CAPTIVITÉ
de nouveau la visite de cet
même
le
181
officier.
On
se sentait bien,
à Milan, à la veille d'une révolution en France;
14 juillet, à une fête patriotique,
des
plupart
la
généraux avaient porté des toasts menaçants, signé des
adresses furibondes et déclamatoires qui encourageaient
dans
le Directoire
les préparatifs
de son attentat. Ceux
qui pensaient autrement se tenaient à l'écart, mais ne
comme on va
se taisaient pas absolument,
Plaçons
ici
le
le voir.
seul extrait du journal de d'Antraigues
donne
pendant sacaptivité qui nous
ait été
un aperçu curieux de
des esprits dans l'armée.
«
Le 16
l'état
conversation,
d'Orléans,
république,
comme
si
parla
il
Dumas. Ce
dernier, dans
fortement en faveur du
duc
étant propre à devenir le chef de la
l'on persistait à vouloir réunir l'action
pouvoir exécutif dans une
qu'il
;
de M. Kilmaine, du gé-
juillet, j'eus la visite
néral Vignollcs et du général
la
conservé
en donnait étaient
main.
seule
(ju'il
serait
du
Les raisons
l'homme de
la
Ré-
volution, n'existant que par elle, et que, outre son intérêt,
on ne pouvait ignorer
Révolution de bonne
caine...,
que
lui,
foi,
qu'il
même
Dumas,
avait afl'ectionné la
en sa forme républi-
qui avait été
envoyés pour causer avec
lui
à
Hambourg,
content de toutes ses dispositions.
je l'ignorais.
le
me
dit-il.
avait été
s'il
modérés s'accom-
duc d'Orléans. Je
— Mais vous,
trois
me demanda
Il
n'étajtpas vrai que tous les royalistes
moderaient de M.
un des
lui
répondis que
— Moi, je ne
m'en
accommoderais sous aucun rapport. Alors M. Kilmaine
se
mêla de la conversation,
et dit
que M.
le
duc d'Orléans
CHAPITRE QUATRIÈME
182
un liomme au-dessous du médiocre,
était
examiné
et
jugé
;
qu'il
l'avait
que M. Dumouriez pensait de
même
sur ses talents, quoi qu'il en
homme
que jamais cet
ne pouvait rien être en France
rallier les partis,
et
ait dit, et
il
était
;
au lieu de
odieux à tous, excepté à Sieyès
à Reubell. Vignolles fut de son avis.
«
Quatre jours après cette conversation,
le
21
juillet,
au moment du départ de M. Kilmaine pour Paris,
lui dire adieu, et
et
me
dit qu'il
il
me
j'allai
reparla de la conversation du 16,
y avait quelques généraux dans
les idées
de Dumas, mais que l'armée serait très opposée à ces
folies,
et
que Berthier, qui avait souvent apprécié
le
duc d'Orléans, devait avoir donné ses idées à M. Bonaparte
(1). »
IV
L EVASION.
LA DISGRACE
Dans sa prison dorée de Milan, d'Antraigues
de loin les
attirait
regards de ses amis et de ses ennemis.
Louis XVIII s'inquiétait vivement de son
sort, et voyait
dans sa captivité une cause presque inévitable
d'inci-
dents fâcheux et de surprises désagréables. Quelques-
uns insinuaient
(1)
qu'il
s'était fait
D'Antraigues à Thugut, 17 octobre
prendre pour s'abou-
ITilT
(A. V,).
L'EVASION. LA DISGRACE
cher plus facilement avec
prompts que fussent
la
jugé toujours
conquérant de Venise. Si
émigrés aux illusions, celle-là
les
pour durer, et Louis XVIII s'employa de
était trop forte
son mieux à
le
183
délivrance d'un serviteur important et
fidèle.
Il
demanda au cabinet
autrichien
d'introduire cette affaire dans les conférences qui se
tenaient à Udine pour la paix.
mauvaise
grâce d'agir,
ainsi le bien
sans
On
effet,
lui
pour
le
en
Thugut promit d'assez
insinuant qu'il
rendrait
mal. Ses assurances étant restées
Saint-Priest hasarda une nouvelle démarche.
répliqua en
lui
montrant
les gazettes qui
annon-
çaient la translation de d'Antraigues à Paris.
La nouvelle
était fausse; ce qui était vrai, c'est
le ministre Delacroix, sur l'avis
que
péremptoire de Bona-
parte, avait essayé de prendre et d'imposer au Directoire
une résolution équitable
et définitive.
rapport déchargeant d'Antraigues du
et
d'espionnage
et le
un projet
Seulement
le
fait
un
d'émigration
droit des gens.
d'arrêté
A
ce rapport,
pour sa mise en
il
liberté.
18 juillet Talleyrand remplaça Delacroix
au ministère,
et,
d'Antraigues,
renvoyer
avait rédigé
déclarant, en raison de son titre
russe, couvert par le
avait joint
Il
en sa qualité de vieille connaissance de
lui
l'affaire
de la justice;
rendit le mauvais
service
de faire
pour plus ample informé au ministère
c'était
ajourner indéfiniment la décision
préparée.
Bonaparte
était alors près
de quitter Milan.
vant aucune instruction de Paris,
présence d'un
homme
dont
il
et
Ne
rece-
importuné par
la
avait tiré tout ce qu'il
CJI A
i8i
voulait,
soupçonner,
lui laissa
il
PITRE QUATRIÈME
lui
il
peut-être en-
fit
tendre à mots couverts par Joséphine qu'on fermerait
yeux sur
les
les préparatifs
de son évasion, puis sur
l'évasion elle-même.
En conséquence, au commencement
d'août,
de nouveaux adoucissements à sa détention.
risa à aller librement par toute la ville, et
à la
il
procura
Il
l'auto-
notamment
bibliothèque Brera, ne lui interdisant que les pro-
menades publiques,
g-ardaient à
bien,
et
il
transporta les soldats qui
une distance inoffensive
comme
(1).
il
protestait aussitôt n'avoir pas agi
librement, et regardait cette promesse
il
D'Antraiguesdut
Russe, donner sa parole d'honneur de ne
pas s'évader; mais
Bientôt
le
comme
illusoire.
put, le 14 juillet, entendre de loin les haran-
gues jacobines des généraux;
d'État révolutionnaire était
serait, après le
il
se laissa dire qu'un
imminent à Paris,
coup
et qu'il
triomphe deBarras, transféré en France,
déporté peut-être ensuite à Rochefort et en Guyane.
songea dès
Il
Les circonstances étaient favo-
lors à fuir.
rables: le général en chef étant absent,
il
n'était plus
surveillé que d'une façon nonchalante et intermittente
par des agents dont Kilmaine, son ami secret, n'écoutait
même
pas les rapports. Néanmoins
comme
son évasion
plit
s'il
il
prépara
et
accom-
eût été sévèrement gardé et
eût couru en s'écliappant risque de la vie.
Le 29 août au
et
la
(1)
il
s'enferma dans sa chambre,
Saint-Huberty employa sa
ViguoUes
guerre).
soir,
à
Bertliier,
2
vieille
expérience
août (15 lluTinidor) {Archives
de la
L'ÉVASION. LA DISGRACE
185
méconnaissable.
d'actrice à le déguiser et à le rendre
Affublé d'une soutanelle et d'une perruque ecclésias-
barbe longue et la
tiques, des lunettes sur le nez, la
figure barbouillée de bistre,
une
dit
il
adieu aux siens avec
sensibilité exaltée par la peur.
a-t-il écrit, les
Traversant seul,
«
vastes appartements du palais, je sortis
devant
sans avoir été aperçu, et je trouvai
porte du jardin
devant
ma
la
mon
fidèle guide.
petite
la
Nous partons, je passe
garde des charrois militaires qui gardait aussi
maison. Elle ne
me reconnut
ni
me
ne
regarda.
Les portes de Milan ouvraient à cinq heures, mais
il
m'avait fallu sortir à quatre pour dérouter les espions
de M. Bonaparte, logés dans
«
Mon
la
maison...
w
conducteur m'avait assuré qu'à quatre heures
du matin on ouvrirait une église de Milan appelée San
Celso et qu'on y dirait la
En
effet
il
me
messe à l'aube du
jour...
me
conduit en vue de cette église,
désigne do loin. Nous convenons que je
me
placerai
dans le premier confessionnal à droite en entrant,
lui
me
quitte et se rend
pour préparer
ma
riole, et épier l'ouverture des portes. Je
seul à cette église.
îl
faisait déjà
m'avance donc
grand jour, j'en trouve
me
perdre.
sur un banc à la porte de l'église,
contre la place pour n'avoir pas
Mais en
même temps
je
me
vertes sur le nez, tirai un
commençai à
prier avec
et
petite car-
mon
Je me
toutes les portes fermées... Je pris aussitôt
je ne pouvais m'éloigner sans
la
le
l'air
parti
;
plaçai
visage
tourné
me
cacher.
de
mis une paire de lunettes
bréviaire de
ma
poche, et
beaucoup d'attention...
J'at-
CFIAPITRE QUATRIÈME
18G
tendis tronte-sopt minutes
me
je
j'y
Ce
mon
que j'aperçus
placé
Je
l'église.
le suis, je
monte en
départ paraît avoir passé
seulement
fut
dénoncée à
dans
les feuilles françaises de
il
fut
y eut ordre d'imprimer
Milan les pièces relatives
(1).
que son mari
d'état de se
put ga-
Il
absolument inaperçu.
M"^ d'Antraigues avait raconté
d'elle
»
4 septembre que son évasion
le
la place; et le 14,
à cette affaire
peine
au fond de
i;uide
voilure...
et
Côme, puis Bellinzona.
ainsi sans être poursuivi
Son
A
précipitai dans le confessionnal désigné.
étais
gner
les portes s'ouvrirent,
;
était
et
persuadé autour
malade, par conséquent hors
montrer pendant plusieurs jours. Elle-même
sortit ensuite de Milan,
vêtue en paysanne, un panier
d'herbes à la main.
L'avant-veille, elle avait fait de-
mander un passeport
à Kilmaine, afin, disait-elle, d'al-
ler chercher de l'argent à Trieste, et le
annoncé sa
Son
Bonaparte pour
le
elle avait
jour
envoyé aux environs de Milan, dans
fils,
oii il
visite à M™*"
matin
la
même.
maison
avait été en nourrice, fut conduit ensuite à
drisio,
et,
Men-
quelques jours après, toute la famille
était
réunie en Tyrol, à Innsbriick.
Ce
La
gues
«
fut là
que leur arriva la nouvelle du 18 Fructidor.
pièce trouvée
»,
publiée
diU.
dans
le portefeuille
de d'Antrai-
Moniteur^ répandue en brochure,
—Le
chef
Berthier, 4 septembre (18 fructidor).
(1) Vignolles à
d'état-major par intérim (Dessoles) à Vignolles, 14 septembre (28 fructidor). {Archives de la guerre.) CL la France vue de l'armée d'Italie,
ïi°
an VI. Ce journal n'eut que dix-huit numéros.
Besborodko du 28 octobre 1797 (A. M.), d'Antrai-
XI, 2 vendémiaire
Dans une
lettre à
L'ÉVASION. LA DISGRACE
placardée dans toutes les
masse des fanatiques
;
avait
est vrai, elle n'était
il
chargé
l'Imprimerie Nationale avait
de
la transcrire
supprimé
mal
Terreur,
la
d'autres en
lu certains mots, en avait laissé
blanc, avait enfin déclaré le tout trouvé « à
et,
pour
premières
les
peu agréables aux survivants de
pag'es,
la
des badauds la lég-itimité du
et
scribe
le
démontré à
avait
villes,
coup d'État. Sous cette forme,
plus intacte
187
Venise
»,
ce qui est plus grave, ajouté d'autorité la signature
de Berthier. Bien que tronquée
faisait
de son auteur un
et altérée,
cette
pièce
délateur illustre. D'Antrai-
nom retentir
même temps que
gues entendit son
partout, en France et
eu Europe, en
se
répandait
la
nou-
velle de sa délivrance.
Parmi
les fructidorisés,
pour
«
Lemorer
les perdre.
soliloque
rédacteur
»
dont
(1),
gaillard, qui a
Venise.
A
fait
il
et ce
on devine l'impression.
faux commis par
voulaient croire à un
le
Ils
Directoire
appelle la conversation un
honneur à l'imagination de son
rédacteur pour d'autres est Mont-
voulu ainsi se venger de l'accueil reçu à
Milan même, ceux qui s'intéressaient à
faire insinuaient
que
le
prisonnier avait payé d'avance et
d'une manière peu honorable pour
les plus indulgents
l'af-
parmi
lui
sa délivrance
les témoins, républicains
;
ou
gués proteste contre rautheiiticité des pièces publiées dans ce journal
et dans d'autres gazettes, tant en Allemagne qu'en Italie.
(1) AppeÀ à la nation française, Y>p. 79-83.— Cf. Camille Jorchw, député
du Rhône à ses commettants, pp. 8-11.
Le iS Fructidor (par Gallais),
t. I,p. 21, et la Déclaration de Fauclie-Borel dans le Spectateur du Nord,
—
oct. 1797, p. 133.
CHAPITRE QUAÏRIKMK
188
émigrés,
le disaient
évadé avec l'aveu de ses geôliers,
sa personne innportant peu depuis la saisie de son portefeuille (1).
Montgaillard et l'abbé du Montet excitaient aussi de
loin contre lui
nuait à
qu'il
l'opinion.
Selon
le
premier, qui conti-
Hambourg, près du ministre Roberjot,
avait
le
métier
exercé à Venise auprès de Lallemant, la
conversation avait été dictée par Bonaparte, transcrite
par Berthier, et l'auteur avait reçu pour ce service
mille ducats et
un passeport. D'après
le
second, qui
prétendait reconstituer, d'après des conjectures et des
témoignages subalternes,
les scènes de Milan, la con-
versation aurait été écrite en cbiffres, et le temps passé
à la déchiffrer expliquait le délai écoulé entre sa saisie
et le 18
Fructidor
(2).
A Blankembourg,
on ne savait trop que penser. Le
prisonnier avait certifié n'avoir livré aucune pièce com-
promettante, et devenu libre avait formellement renouvelé (13 septembre) cette assurance.
disait-il, la
conversation
que comme
Il
ne connaissait,
l'œuvre
d' autrui,
contredite et réfutée par lui à chaque ligne, traitée par
Bonaparte
d'ineptie.
On
parut
le
croire
un moment
:
Louis XVIII se réjouit publiquement de voir délivré ce
serviteur ardent et fidèle (3)
(1)
Sahkazin (général), Mémoires,
;
mais en
p. 69.
—
même
temps
il
Souvenirs cfim émigré (pav
Laporte), p. 110.
(2)
L'interminable
manque,
(3)
est
aux A.
mémoire de du Montet, dont
F., France, vol. 592,
f.
le
premier cahier
276 et suiv.
Louis XVIII à Saiut-Priest, 14 septembre 1797 (dans de Baraxte,
XVIII au comte de Saint-Priest, p. 29).
Lettres et instructions de Louis
L'EVASION. LA DISGRACE
lui
fit
écrire par d'Avaray
une
cher une explication nette
(1).
189
propre à
lettre
Bonaparte,
lui arra-
lui disait-il,
prétend vous avoir pris une pièce, vraie ou fausse,
dans
Imprimez
premier cas, certainement altérée.
le
donc, publiez qu'elle concerne Bonaparte
et
autant que
Picliegru, et qu'on a tronqué des faits pour choisir une
victime entre deux généraux vendus
au royalisme.
Cette lettre, à laquelle d'Antraigues, on le comprend,
devait bien se garder de répondre, partie, des
gnages fâcheux surgirent de divers côtés
écrivait l'abbé de Jons, qu'il ne soit
et
c
:
témoi-
Je tremble,
coupable de lâcheté
de perfidie; les apparences ne sont pas pour
n'y a qu'un
laver(2).
»
cri
contre
lui,
il
lui;
il
aura bien de la peine à se
DeNeuchâtel,Fauche-Borelfaisaitsavoir qu'il
avait reçu de d'Antraigues pour l'impression
une déchi-
ration datée du 29 août, où figurait en toutes lettres,
comme
enlevée dans
une
le portefeuille,
avec M. de Montgaillard
».
«
conversation
Fauche voulait avoir, avant
d'imprimer, l'assentiment du cabinet royal, car
pas à en douter,
perdu Pichegru
disait-il,
et ses
D'Avaray jugea
c'est ce papier
l'homme
restauration, et envoyé en
Guyane
teurs du roi. Peut-être aussi
Cette lettre est
maudit qui a
qu'il détestait pris
au piège, coupable en tout cas d'avoir
(1)
n'y a
amis.
cette fois
lettres adressées jadis
il
fait
manquer
la
les meilleurs servi-
avait-il
connu certaines
par d'Antraigues à Montgaillard,
imprimée dans Jdng, Bonaparte
et son
temps,
t.
III,
pp. 196-11)8.
{-)
L'abbé
lie
Jons au Roi,:29 seplembiv
1797.
(.\.I'\,
France, vol. 610.)
CHAPITRE QUATRIÈME
t90
OÙ
il
personnellement très maltraité.
était
de « casser le col
vait fait à
Puisaye
vint-il dire à
et
à
La
s'empressa
comme
à ce rival éventuel,
»
Il
l'a-
il
Vauguyon. D'Antraigues,
Louis XVIII, vous a menti en affirmant
n'avoir livré aucun papier compromettant; antérieure-
ment
il
il
confessait au public tout le contraire.
A Trieste
a gardé dans son portefeuille, avec une légèreté in-
concevable, alors qu'il mettait en sûreté ou détruisait
tant de papiers
importants, une pièce dont
était celui
de tout
les petites
maisons,
dence, ou
il
le parti royaliste (1)
s'il
s'il
bliant au
mérite
ce secret pour
a livré
et de Mallet
la question.
Montgaillard,
du Pan nous
D'Antraigues a laissé tom-
ber entre les mains des républicains
tretiens avec
il
(2). »
Ce dilemme de d'Avaray
semble résumer
Ou
a été capable d'une telle impru-
mérite la corde
se tirer d'affaire
«
:
le secret
par
le récit
de ses en-
étourderie, en
milieu de papiers inoffensifs,
concevable erreur de jugement, qui ne
l'ou-
ou par une
lui laissait
in-
voir
dans cette pièce qu'une œuvre d'intérêt rétrospectif
quasi-littéraire. Il a
et
payé cher cette imprudence ou
cette erreur, qu'avec son amour-propre indomptable
n'a jamais voulu avouer. L'a-t-il,
une
fois
captif,
il
com-
mentée ou modifiée au gré d'un vainqueur menaçant?
Ceci restera un mystère historique qu'aucun des initiés
(1)
Ce sont
là les
deux
griefs spécifiés par Louis XVIII
dans sa
lettre
à d'Antraigues du 24 février 1798, et développés par Gourvoisier dans
une consultation spéciale qu'il rédigea par ordre. (A. F., France, vol.
594,
ff.
178 et 355.)
(2) 'Slxi.VE.T
ov?x'^,'Mc>noiresel correspondance,
i.
II,
p.
321.
L'ÉVASION. LA DISGRACE
En
n'avait intérêt à dévoiler.
après, d'Antraigues sentait
191
tout cas, bien des années
sanj^ lui
le
monter au
vi-
sage, et ses yeux étincelaient au souvenir de l'iiumiliatiou qu'il avait subie.
Il
prouvait une fois de plus qu'on
rejette volontiers sur autrui les
qu'on a soi-même commises.
se souvenait plus
tard
conséquences des fautes
Au
contraire, Bonaparte
uniquement d'avoir
Gela ressort de l'acharnement avec lequel
il
bravé.
été
poursuivit
d'Antraigues à Dresde. Celui qui était de sa part l'objet
d'une
telle
vant
lui,
c'est
ce
moment
haine avait peut-être fléchi un
mais
il
n'avait
été ni fasciné,
que Napoléon pardonnait
le
ni
de-
dompté,
moins
à
et
ses
adversaires.
Quoi
qu'il
en
soit,
d'Antraigues fut mis subitement
par Louis XVIII hors la confiance; on eût dit en France
hors
la loi.
Toute correspondance avec
au lendemain interrompue.
lorsqu'il arriva à
Il
lui fut
était déjà
du jour
condamné,
Vienne (10 octobre). Après un court
séjour àlnnsbriick,
il
était
venu à
Trieste, à la recher-
che des papiers qu'il avait dû, lors de son arrestation,
confier à la légation d'Autriche;
ver seulement à Vienne, à
il
il
parvint à les retrou-
la chancellerie.
séjourna alternativement dans cette
Toutefois
1798.
Il
il
Depuis lors,
ville et
à Gratz.
reparut encore en Italie dans l'automne de
venait revoir à
maladie mortelle,
tés particulières.
Padoue Las Casas,
et recevoir l'expression
Ce
vembre. Las Casas
fidèle
est,
ami
lui fut
atteint d'une
de ses volon-
enlevé
le
27 no-
après J.-J. Rousseau et avant
Armfelt, une des rares personnes qui
lui
aient accordé
GHAIMTHE QUATRIÈME
192
et
inspiré pleine confiance, et qu'il
Depuis lors il ne
la fin.
pension, dont
Du
il
attendre.
aimées jusqu'à
plus à l'Espagne que par une
tint
devait jouir encore près de dix années.
XVIII
côté du roi Louis
deux maîtres en
ail
titre,
il
de l'empereur Paul, ses
et
ne savait trop alors ce qu'il devait
De Blankembourg,
aucune nouvelle. Quatre
il
fois,
ne voyait plus venir
écrivit,
il
sous prétexte
de rendre compte de sa conduite, en réalité pour obtenir
une réponse propre à
mencement de
le
rassurer. Ce ne fut qu'au
février 1798 qu'il reçut de son
comoncle
Saint-Priest, alors un des conseillers du prince, trois
lignes lui annonçant sans autre explication l'interdiction de toute
correspondance avec
lui.
Sur un nouveau
plaidoyer de sa part, arriva une lettre royale, en date
du 24
février, lui notifiant,
avec
les motifs à l'appui, sa
disgrâce, et lui défendant de publier quoi que ce fût à
ce sujet.
D'Antraigues eut beau se débattre,
et plaider les cô-
en rela-
tés accessoires de la question. S'il était entré
tions
avec Montgaillard,
c'était,
rappelait-il,
ordres exprès de La Vauguyon. Ce souvenir
lencontreux, car
disgrâce royale.
La Vauguyon
11
sur les
était
ma-
avait subi avant lui la
avança, ce qui
était plus hardi, (ju'il
avait dû, pour le bien du service, emporter la conver-
sation dans ses papiers. Bref,
tort, et
il
soutint n'avoir aucun
annonça un mémoire autobiographique où
devait mettre en lumière ses
dont
il
il
services et l'ingratitude
avait été payé par l'injustice de ses maîtres, de-
venus ses ennemis.
Il
continuait cependant à voir l'agent
L'EVASION. LA DISGRACE
du
roi à
Vienne, La Fare, l'ancien évêque de Nancy,
et faisait attester sa fidélité inviolable
La Fare de son
pes.
193
aux bons
princi-
côté s'efforçait de le calmer, et de
conformément aux intentions royales, une
lui arracher,
promesse de se taire.
Il
déclaration où on lisait
reçut enfin (13 mars 1798) une
:
ma
Je serai toute
«
vie
un
sujet fidèle; le devoir reste, le zèle à le remplir n'est
plus...
roi
Tout ce que je demande aujourd'hui,
ne parle de moi
blie. Si
en bien ni en mal,
me
j'apprenais qu'en secret on
que j'en aurais
rais
ni
la certitude et la
aussi trans-
;
il
affranchi
dût être
Il
se plaisait
de son côté à renouveler les angoisses de
en se disant provoqué par
nemis ou
les
qu'il était
Russe
les princes (le
indiscrétions
La Fare,
calomnies de ses en-
les
de ses amis.
Il
rappelait
et sous la protection de la Russie, que
comte d'Artois
et le prince
savaient innocent et lui avaient
(1)
faire
refuser, le
ville, et
de toute dépendance et de toute réserve.
ments
lui
un passeport à destination de Londres.
semblait qu'en Angleterre
Il
justifie-
no rassu-
Hambourg pour
imprimeries de cotte
cas échéant,
me
»
non la vérité, on savait sa plume redoutable
les
m'ou-
Mittau. Qu'il dît ou
raient pas pleinement la cour de
fermer
le
déshonore, dès
et conditionnelles
mettait-on le mot d'ordre à
que
et qu'il
preuve, je
de la manière la plus publique...
Ces promesses hautaines
c'est
fait
de Condé)
exprimer leurs
le
senti-
(1).
D'Antraiguesà La Fare,
— La Fareau roi,
21
août 179S.(A.
28 août, ([d., vol. 612.
f.
F.,
France, vol. 634, f.l67.)
18.)
13
CHAPITRE QUATRIÈME
194
avait eu oifct gardé des
Il
liste.
amis dans
tenu d'intervenir en sa faveur,
présentant des Bourbons à
térêt d'un vieil ami.
lui
demander
fît
camp roya-
le cardinal
Rome,
De Venise,
le
prudemment
Si son oncle Saint-Priest s'était
abs-
Maury,
re-
lui portait tout l'in-
oiî il
venait d'arriver,
les circonstances et les motifs
il
de sa
disgrâce. D'Antraigues répliqua par une série de lettres
fort
vives contre ses ennemis personnels, d'Avaray,
de Crussol, l'abbé de Jons. Sur la publication
le bailli
annoncée de sa défense,
Maury, sinon
parti;
il
ne voulut rien promettre à
qu'il le préviendrait
avant de prendre un
rappela avec l'accent de la menace qu'il dé-
il
tenait toujours
de Malesherbes, que ces
les papiers
papiers, mis en sûreté en Angleterre, contenaient des
révélations accablantes pour le frère et successeur de
Louis XVI. En 1799,
il
demeurait
et
il
demeurera
jus-
qu'à la fin de sa vie tenté de faire payer sa disgrâce par
une publication propre à
d'Avaray
lettres
et à le justifier
la fois, disait-il, à
confondre
lui-même. Maury transmit ses
à Mittau, en une liasse sur laquelle
d'Avaray
implacable se borna à écrire pour toute remarque
« Garants de la duplicité de la fleur des drôles.
Désormais d'Antraigues ne comptait plus
:
»
comme
serviteur actif du roi. Presque tous les émigrés le considéraient
comme un traître.
les parents
Saint-Priest, afin de mettre
de sa
femme
crédit
subsis-
à profit
pour
tant de
son neveu à Naples, se réconcilia avec
le
lui
;
mais^ les autres royalistes accusèrent à l'envi ses intel-
ligences avec Bonaparte. Quant à lui,
il
se piquait de
L'EVASION. LA DISGRACE
générosité,
compatriotes
:
comme
à l'occasion
Pourquoi donc,
«
quement Thugut,
prisonniers?
défendait
les
et
19o
lui disait
des
un jour ironiémigrés
les jacobins fusillent-ils les
devraient les réunir et les laisser ensem-
Ils
ble; en quelques jo-urs ceux-ci auraient imité les arai-
gnées
et se seraient
— Détrompez-vous,
mangés.
répli-
qua d'Antraigues, leurs vices sontdes vices domestiques,
qui n'ont d'activité qu'en famille; mais qu'on
me cite un
contre eux chez l'étranger et envers l'étranger
fait
Leur conduite sous ce rapport
est inattaquable, et de
rares exceptions n'infirment pas la règle
Les Russes ne
le traitaient
A son arrivée
Mordvinov,
avait bien obtenu
certificat
(1).
»
guère mieux que les roya-
listes français.
il
!
à Vienne, où
de ce
il
avait rejoint
diplomate un
approbateur de sa conduite à Venise, mais à
côté de Mordvinov,
il
ne s'attendait pas,
le
avait trouvé
un ennemi auquel
il
comte Razoumovsky, ambassa-
deur de Russie à Vienne.
Razoumovsky
venu
et
avait son opinion faite sur le
le tenait
son arrivée,
pour un aventurier.
que la présence de cet
nouveau
l'annonce de
au cabinet autrichien
avait représenté
il
A
homme
à
Vienne
était
de na-
ture à irriter Bonaparte, et à sa cour qu'elle pourrait
nuire aux intérêts russes
la décision suivante
(1)
592,
D'Antraigues à
f.
(2) «
:
Si
Maury,
Paul
(2).
P"^
lui
répondit par
M. d'Antraigues resteà
l'étran-
i" septembre 1797. (A. F., France, vol.
3.)
Iloiume d'un esprit inquiet
projets et
et
d'intrigues qui ne peuvent
compliquer mal à propos
3/14 octobre 1797.
—
brouillon, sans cesse occupe de
que compromettre
les affaires. »
A. M.)
les
cours et
(Leltre à l'empereur
Paul, le
CHAPITRE QUATRIÈME
196
ger, SCS appointemonts seront supprimés
;
s'il
vient en
Russie, un passeportlui sera délivré pour Riga, sans qu'il
puisse séjourner ni à Moscou, ni à Pétersbourg. Cette
mesure
tes
en
était g-énérale et atteignaittous les
Italie
agents royalis-
payés par la Russie. D'Antraigues y
vit
un
effetparticulier de l'hostilité toujours active de d'Avaray,
et
en appela de l'autocrate mal informé à l'autocrate
mieux informé:
il
demanda lapermission de porter
à Pé-
tersbourgsajustiflcation verbale. Se croyant victime des
calomnies républicaines,
qu'il
il
ne voulait pas comprendre
étaitredoutépourlui-même,poursonactivité brouil-
lonne etpour
les
embarras qu'elle faisait craindre. Sa re-
quête ayant été rejetée,
s'établir
dans
le
il
se dit
empêché par sa santé de
Nord, et bientôt son zèle
sances variées dont
il
et les
connais-
faisait étalage eurent effacé les
mauvaises impressions de Paul I" à son endroit.
lui tint
pas rigueur sur son traitement; dès janvier 1798,
à la sollicitation de Saint-Priest, on
rages de sa pension,
vante.
On ne
et celle-ci fut
lui
payait les arré-
doublée l'année sui-
CHAPITRE CINQUIÈME
D'ANTRAIGUES A VIENNE ET A DRESDE
A Vienne
I.
triche.
(1798-1800).
— Relations
— Thugut. Vannelet. — Établissement en Au— La correspondance de Vannelet.
avec Thugut.
— Passé de l'auteur, ses moyens d'information. — L'espionnage politique en l'an VI. — Le Directoire et son entourage. — Finances et
diplomatie de la république.
tionnaire en
de
II.
Italie.
— Sieyès
— L'Orient,
à Berlin, la
l'Autriche.
—
propagande révolu-
Vannelet collaborateur
d'Antraigues.
A Vienne (1800-1802). —Razoumovsky.Champagny. — Séjour
—
àGratz.
—
—
Démêlés et brouille avec
Kalytchov remplace Razoumovsky.
Disgrâce momentanée.
ïhugut. Travaux pour l'empereur Paul.
Marie-Caroline à Vienne.
Nouveaux amis
Alexandre I" mystifié.
de d'Antraigues Armfelt, Jean de MùUer. — L'ambassadeur français
Ghampagny.
Son entrevue secrète avec d'Antraigues.
III. A Dresde (1802-1804).— Czartoryski. Cobenzl.
Retour de RazouNouveaux démêlés.
D'Antraigues quitte ^Vienne pour
movsky.
Dresde.
Ses premières relations dans cette ville.
Panine et CzarD'Antraigues conseiller d'État.
toryski.
Ses rapports secrets avec
Vienne.
Brouille avec Marie-Caroline.
D'Antraigues et Cobenzl.
Rôle de Jean de Millier et de Gentz.
La disgrâce de Panine.
—
—
—
:
—
—
—
—
—
—
—
—
—
—
—
—
—
Mémoire de d'Antraigues sur Louis XVIII.
I
A VIENNE.
En adressant
— THUGUT. VANNELET (1798-1800)
à Louis XVIII,
le
12 mars 1798, une
dernière protestation contre sa disgrâce, d'Antraigues
disait
ne devoir plus travailler que pour la royauté en
général, pour la cause des souverains
coalisés contre
CHAPITRE CINQUIÈME
198
Révolution française.
la
Il
oubliait alors
une consid»^-
ration qui lui en imposait quelques années auparavant,
à savoir
que
:
en voulait surtout
la politique des cours
à la prépondérance de la maison de Bourbon en
rope; et
il
Eu-
devait rester désormais à la solde de ses
protecteurs de circonstance, autricbiens, russes ou anglais, contre la
France sa première
Déjà, à Venise,
là se
dans ses babitudes de
donner de l'importance
accumuler
il
était entré
avec des politiques de toute nation
lier partie
par
il
patrie.
les
et
;
il
croyait
ne réussissait qu'à
soupçons. Après son aventure de Milan»
eut la tentation de passer en Angleterre; ses amis de
Londres l'appelaient à eux
seport
(1).
Puis des avis
dénoncèrent ce projet
sécurité de sa
alors à penser
plus propice
mère
et
aux
aune
du
envoyé un pas-
vinrent de France, qui lui
éventuellement
intérêts des siens.
encore
était
à la
fatal
Il
le
se prit
pays
le
entreprise de reportaffc diplomatique
et acceptable
Le premier ministre Thugut,
plissait à Constantinople
teur
lui
comme
que l'Autriche
profitable à sa bourse
propre.
et lui avaient
pour son amouralors qu'il rem-
un doublerôle,
celui de servi-
de l'empereur et celui d'observateur pensionné
de France, y avait connu son oncle de Saint-
roi
Priest
;
il
devait montrer quelque indulgence à ceux qui
vivent, sous une double enseigne,
des basses œuvres
de la politique. D'Antraigues espérait, à la faveur de
ces souvenirs,
devenir,
dans
les
emplois secrets,
personnage. De plus, en demeurant à Vienne,
(1)
D'Antraigues à Maury, ^o avril 1798,
il
un
s'ar-
A VIENNE. THUGUT. VANNELET
rêtait à
mi-chemin do
de Naples,
«
la Russie, sa patrie officielle, et
pensait reprendre sa correspondance.
La cause à laquelle Votre Excellence dévoue sa vie
ses
et
oii il
199
(1798-1800)
talents
mienne,
est la
écrivait-il à
21 août 1798; j'en deviendrai leraartyr,
beaucoup en
je préfère de
soit le
s'il le
Thugut
mais
faut,
être le défenseur, et
le
que ce
plus tard possible que j'en sois le martyr... Je
mon
veux jusqu'à
je pourrai
dernier soupir faire tout le mal que
aux brigands du pays qui
sera l'unique occupation
ma
de
ma patrie, ce
ma haine, une
fut
vie, et
haine bien nourrie et immortelle, sera l'héritage le plus
intact
ton
héroïque
ni
mon
fils. »
Gela n'est point d'un
chevaleresque,
mais d'Antraigues,
que je léguerai à
exclu de son parti, n'avait plus que ses passions personnelles
pour guide
commode
:
et
il
les déguisait
de l'Europe
le salut
sous
une formule
des vieilles monar-
et
chies.
Ayant
une
ainsi endossé, sans
livrée autrichienne,
il
quitter l'uniforme
ne se
laissait
russe,
point arrêter
par la pensée de son hostilité antérieure à la chancelle-
A
rie aulique.
nodie,
il
ceux qui osaient
lui
reprocher cette pali-
répondait que les circonstances changent les
opinions, et que d'ailleurs
les vieilles opinions étaient
il
vivait
dans un temps où
peu en faveur.
Ses relations avec Thugut ne durèrent guère plus
d'une année.
Il lui
insinua d'abord, pour se rendre
d'essayer de gagner Kilmaine,
armée sur
le
employé dans
Rhin
;
mais,
utile,
alors à la tête d'une
ajoutait-il, je
ne peux être
celte affaire, étant né Français et suspect
CHAPITRE CIXQUIÉxME
200
par mes services antérieurs auprès de Louis XVIII.
faut
un Allemand ou un Anglais, d'un caractère ouvert,
et qui lui parle
fit
Il
dans son sens
(1).
La mort de Kilmaine
évanouir ce projet, tout aussi chimérique que ceux
qui avaient visé Pichegru ou 3Ioreau.
D'Antraigues servit mieux Thugut par les renseigne-
ments
qu'il lui fournit sur l'intérieur
constitua en efiet au profit de cet
cienne agence de Paris,
à distance et
fît
homme
en 1798
et,
delà France,
re-
d'État l'an-
1799,
et
Il
il
surprit
connaître au cabinet autrichien d'une
façon sûre et précise les secrets de l'administration
de
la
et
diplomatie françaises.
Cette agence, à vrai dire,
résumait dans un seul
se
homme, mais dans un homme
bien informé,
lettres paraissent être arrivées à
dont
les
nous sans interpola-
tions ni modifications appréciables. D'Antraigues en les
transcrivant n'a retranché que les passages se rapportent à ses affaires de famille, et leur a laissé
personnel indéniable.
Une
un accent
vingtaine de ces lettres (la
première est du 15mars 1798,
la dernière de
subsistent aux Archives de Vienne (2)
;
mars 1799)
elles tirent leur
intérêt des sujets très variés qu'elles traitent à bâtons
rompus, de leur date
et aussi
de la personne de leur au-
teur. Celui-ci se
met en scène
tiplie les détails
sur son passé,
relations,
mais se cache sous
le
chaque
à
ses
(1)
Note à Thugut, 20 août 1798 (A. V.).
Elles
commencent juste quand finit la Correspondance de
M. A. Michel la dernière lettre de celle-ci
publii'e par
26 février 1798.
:
mul-
occupations ou ses
nom évidemment
(2)
du Pan
instant,
sup-
Mallet
est
du
A VIENNE. THUGUT. VANNELET
201
(1798-1800)
posé de Vannelet. Oublions un instant d'Antraigues, et
allons chercher derrière lui, avec les révélations dont
il
aies mains pleines, son mystérieux et indiscret cor-
respondant.
Vannelet
pour d'Antraigues peut-être un compa-
sans aucun doute un
triote, et
mencé
était
carrière publique à
sa
ami.
vieil
11
avait
com-
dans
Montpellier,
les
bureaux de l'intendant de Saint-Priest. Pendant
premiers temps de
vement
au
fidèle
la
Révolution,
roi, et gardait
du Temple, sept jours avant
demeuré
était
il
avec
un
fierté
billet daté
où Louis
le 21 janvier,
les
acti-
XVI
l'appelait le meilleur de ses serviteurs. Depuis, resté
royaliste de principes, mais détaché
grés,
s'insinua auprès
il
pendant
part,
nationaux
trat
des maîtres
membre de
un
il
ne
homme
la
Convention.
la
intérêts privés
du
nouvelle république batave. Ce
roi
de
lui fut
pour entrer au ministère des relations extérieu-
titre
res, 011
la
paix de Bâle, on l'envoya en mission secrète
la
Prusse dans
un
prit
magis-
de Bonnier, l'ancien
et fut secrétaire
Berlin afin d'y régler les
à
du jour,
Terreur, à l'administration des biens
de Montpellier devenu
Après
de
la
des princes émi-
fit
que passer. Sous
de finances,
il
était
le Directoire,
devenu
un des administrateurs
Caisse des comptes courants.
Au
milieu des ruines
politiques et particulières,
avait eu l'art de devenir riche
évaluait sa fortune à
affaires,
seurs,
il
et puissant.
deux millions
confondu parmi
savait joindre
;
il
Lui-même
placé au centre des
les agioteurs et les
au talent de tout savoir
fourniscelui de
CHAPITRE CINQUIEME
202
n'être jamais soupçonné. C'était
hommes
qui
les
un de ces
«
pardonnent beaucoup
jaloux
les plus
partis
évidemment
précieux en administration, à
intelligents et
parce qu'ils leur sont nécessaires, et qu'eux-mêmes
savent avec adresse se renfermer dans la
leurs laborieux services
(1). » Il
sphère de
aimait à remuer plus
qu'àparaître, à insinuer ses idées plus qu'à les traduire
en actes, et les profits solides
ment que
les
Ses moyens
Il
avait
dehors de
bien autre-
du pouvoir.
la réputation et
d'information ne laissaient rien àdésirer
bien
si
le tentaient
l'oreille
du Directoire
qu'il aspirait, le
cas échéant, à la succession du secrétaire-général La-
garde.
Il
connaissait de longue date Treilhard
;
Reu-
bell aimait à causer avec lui des affaires de la Trésorerie, et
tait
Merlin sans succès se disait son ami.
Il
fréquen-
Talleyrand, alors ministre des relations extérieures,
sauf à accuser la vénalité du personnage, et
do ses neveux
une
était
chargé de
l'Allemagne,
partie de
il
la
comme un
correspondance avec
prenait facilement
naissance des instructions envoyées à nos agents,
besoin des articles secrets
vait de
des traités. Sieyès
conet
au
lui écri-
Guillemardet de Madrid, Bonnier du
Berlin,
congrès deRastadt. Sandoz, ministre de Prusse à Paris,
était
de sa société.
Mm^ Helvétius
et
A
Auteuil, où
de l'ex-comtesse
il
habitait à
de Boufflers,
Au
versant avec
(1)
le
ministère de la guerre,
il
ministre Schérer, avec
Mallet du Pan, Mémoires
et
il
Dombrowski
rencontrait avec les réfugiés polonais
Kosciuzko.
côté de
correspondance,
se
se
et
montre con-
Kilmaine, qui
t. II,
p.M3,
A VIENNE. THUGUT. VANNELET
lui a
montré une
à la marine,
Un de
ville.
il
(1798-1800)
203
Dumouriez, avec Bonaparte;
lettre de
connaît Pléville-Le Peley et Boug-ain
ses anciens employés, Piquenard, est
com-
missaire du Directoire près du bureau central de police
à Paris
pour
Vannelet paraît donc armé de toutes pièces
.
traliir
avec succès sa patrie
et
renseigner au mieux
son ami.
homme
Cet
si
habile à
masquer son jeu
faisait partie
d'un groupe de mécontents en conspiration permanente
contre
gouvernement
le
en relations également per-
et
manentes'avecl'étranger, notamment àBerlin etàNaples.
avaient des complices dans les administrations et
Ils
les états-majors, et leurs
rapports avec Londres sem-
blent bien continuer ceux dont
l'agence Brotier,
Gamon
comme
«
lement
il
figure
le
avait été
dans
la
Gamon, au temps de
déjà l'intermédiaire
correspondance de Vannelet
plus grand génie
»
France entière, étudiant
il
ment
Ces
(1) «
parcourt
il
l'esprit public et les
le
chances
gouvernement; en atten-
organise la révolte passive, et accueille secrète-
les émissaires anglais
bourg
seu-
loge chez Vannelet, mais avec son assenti-
d'une insurrection contre
dant
Non
de l'époque.
ment, au lendemain des élections de l'an VI,
la
(1).
venus en France par Ham-
(2).
hommes ne
travaillaient pas pour Louis
Je fais savoir tout cela à Grenville
Gamon,
»
(27
novembre
XVIII
;
1798).
correspondu avec d'Antraigues à une
époque postérieure. On lit dans une lettre de M™« d'Antraigues mère
à son fils du 5 février 1801
« Le fils (Gamon), dans la douleur et les
remords dont il vous rend le dépositaire... »
(2)
ce semble, a encore
:
CHAPITRE CINQUIÈME
204
paraissent ignorer l'existence de cette Agence de
ils
Souabe, dont Royer-Collard
représentant.
nombreux
Vannelet se
était à Paris le principal
vante
rendu de
d'avoir
services aux émigrés, mais
il
souvient
se
aussi d'avoir prédit à d'Antraigues en 1790 l'ingratitude
probable des princes
dresse et
de
;
il
fourberie,
accuse Louis XYIII de mala-
que personne en
affirme
et
France ne pense plus aux Bourbons.
plans de
Sieyès
contre
le
Directoire,
connaît les
Il
et appelle leur
auteur un dangereux ennemi du gouvernement; pour
lui,
soubaite un béros libérateur, un monarque tenant
il
son autorité d'une constitution,
tionale consacrerait le génie
et
dont
volonté na-
la
« Il est
et la gloire.
im-
possible, écrit d'Antraigues à Tbugut, d'avoir plus d'esprit et
de talent que celui qui m'écrit, mais
des préventions, des préjugés, et voir
ce qu'il désire
En
il
peut avoir
comme
certitude
(1). »
attendant de meilleurs jours, Vannelet était uni à
son correspondant de Vienne par de communs souvenirs et de
communes
voyait toujours en
de Saint-Priest.
Il
haines. L'ayant connu enfant,
lui le
«
Benjamin
»
continuait à fréquenter leurs amis et
compatriotes, Bernardin de Saint-Pierre et
Boulard
il
de l'intendant
comme Gamon.
Il
l'avait
le
lui-même
général
servi de
son mieux auprès du Directoire pendant sa captivité;
il
veillait
de loin sur sa mère rentrée à Montpellier, et
s'occupait du règlement de ses intérêts privés avec sa
sœur
(1)
et sa famille maternelle.
Lettre
du 20 juin 1798
(A. V.).
Un
parent de d'Antrai-
A VIENNE. THUGUT. VANNELET
(1798-1800)
20o
gues, le Vaudois Mfcheli de Dullit, était l'intermédiaire
de leur correspondance.
Les principales communications de Vannelet portent
sur les finances et la diplomatie.
les
membres du
dont
les
il
trace
Directoire,
un long
observait de
près
principalement Treilhard,
et malveillant portrait (1). Il
nuances de leurs caractères
leurs volontés.
Il
divergences de
et les
Voyez par exemple ce
note
qu'il
raconte de
leurs débats, après le rejet par les Conseils de l'impôt
sur le sel
:
<t
Le
feu a été au Directoire
jamais ce qui s'y est passé
Mais j'y
étais, je l'ai
coups de pied
La
et
vu
et
la nuit
on ne croira
;
du 7 au 8 de ce mois.
entendu;
il
y a eu menaces,
de poing donnés à Merlin par
le
bossu
Réveillère, et enfin six heures de débats de croclie-
teurs(2). » Puis le témoin implacable passe delà salle
du conseil dans l'antichambre
valet à tout faire
et
y rencontre quelque
comme Lenoir-Laroche
;
il
crayonne
en passant cet ex-ministre de la police, scribe louche et
venimeux rédigeant une
diatribe contre les papes, cor-
respondant à Londres avec
naire
(3).
pire,
dans
La
(1)
Lenoir-Laroche devait
la
finir
Cf.
chambre des pairs de Louis XVIII.
Mallet du Pan, qui appelle Treilhard « l'un des douze scélérats
avec la cour de Vienne, t.
Lettre
(3) Ici
comte de l'Em-
question des finances, au lendemain de tant de
plus prononcés qu'ait faitéclore la Révolution
(2)
d'un ministre,
Milan avec un agent de la propagande révolution-
et à
les
le secrétaire
du 5 mars
aussi
dance avec la
Il,
».
{Correspondance
p. 288.)
1799.
y a lieu de comparer avec Mallet du Pan. (Correspoîicour de Vienne, t. II, p. 306.)
il
CHAPITRE CINQUIEME
206
confiscations, au milieu de la succession des banque-
routes et du déluge des assignats, était pour le Directoire
une question de vie ou de mort. Vannelet voyait
Ramel; conférant souvent avec
à l'œuvre le ministre
lui,
il
pouvait fournir sur les opérations quotidiennes
de la Trésorerie les renseignements les plus précis.
contributions directes partout de
savait les
mois en arrière,
dix-huit
ne laissant rien arriver aux
les villes
départements, ni les
Il
départements à
Depuis
Paris.
quatre ans n'avait-il pas dû payer quatre fois la facture
totale de la réparation des
Dauphiné
sorerie.
?
« Il
chemins en Provence
jamais rendu de comptes.
ont jamais rendu...
la totalité d'un
Il
Il
la
mieux en règle n'a
y en a qui depuis 1794 n'en
y avait
le
11 brumaire an
vention l'impôt direct n'a jamais produit
sissant, et
.(1).
donc que
que
le
dit
la
le
quart de sa
»
guerre pourvût à ce
déficit
gros-
gouvernement vécût des contributions
arrachées aux pays
finances,
VI
an de revenu en arriéré. Depuis la Con-
valeur nominale..
Il fallait
en
y a 232 caisses dépendantes de la Tré-
y a six mois que
Il
et
conquis ou à conquérir.
encore Vannelet, vivent
des
de la Hollande, qui est elle-même ruinée.
ce que la Suisse envahie a fourni, et
il
«
Nos
ossements
» Il
sait tout
a reçu, durant
l'automne de 1798, une mission dans ce pays pour hâter
la rentrée des taxes
de guerre, et mettre un peu d'or-
dre dans l'administration.
l'esprit public, et,
(1)
Lettres des 21
Il
s'est
contenté d'étudier
en repassant en Alsace,
décembre
171)8
etb mars 1799.
il
a levé
A VIENNE. THUGUT. VANNELET
beaucoup de séquestres
pu alléger
et
(1798-1800)
207
ainsi la misère des
honnêtes gens. Dans les états de finances dressés pour
l'an
VII
a lu les recettes escomptées sur les invasions
il
prochaines,
sommes
et à
contre-cœur
de sa caisse les
tire
il
destinées à la propagande révolutionnaire.
a dû fournir une partie des fonds pour la descente
quée en Angleterre
il
et
rieures
«
:
Assurez
s'est avisé
de rejeter cette
à d'Antraigues, que je
(1). »
courait alors au-devant delà coalition eu-
ropéenne. LeDirectoire
étant
il
Pitt, écrit-il
ne donnerai pas 24 sols
bell, et
.400 louis aux émissaires
fonds du ministère dos relations exté-
les
La France
1
sur l'injonction d'expédier deux millions
et,
de numéraire en Irlande,
dépense sur
était entraîné
par Barras et Reu-
Merlin, secondé timidement par
seul franchement pour
guerre générale
La
un système
Réveillère,
pacifique, la
proche. Vannelet, la voyant venir»
était
prudemment de
s'occupait
man-
pour l'expédition d'Égypte_, mais
a esquivé l'ordre d'envoyer
en Toscane,
Il
placer 1.500.000 francs, la
sa fortune, en Angleterre
plus grande partie de
et
en
Amérique.
Sieyès était parti
récemment pour
Berlin, avec la
volonté de travailler au maintien de la paix. Vannelet
avait surpris ses instructions et les avait fait passer
ministres de Frédéric-Guillaume
tion explique à
Vannelet
vieille
(1)
Lettre
du
du moins
aux
l'inten-
un certain point l'abus de confiance, car
était partisan
mode
;
ici
de l'alliance prussienne, à la
française. Sieyès
18 avril 1798.
le
tenait régulièrement
CHAPITRE CINQUIÈME
208
au courant des
et
en vue de cette alliance,
efforts tentés
expliquaitàson tour à d'Antraigues
il
comment Sieyès
avait àgrand'peine assuré vis-à-vis do la France
tralité provisoire et
mément aux
peu sincère.
11
une neu-
ne croyait pas, confor-
conjectures hasardées de l'ambassadeur,
aune révolution imminente en Prusse;
il
comptait plus
sur le million de pensions secrètes réparti depuis deux
ans, à l'en croire, entre divers chefs de l'armée prus-
sienne, et
prédiction
il
ajoutait au sujet de Frédéric-Guillaume
qui,
transportée
d'une admirable justesse
:
«
une
sur ses successeurs, est
Cet
homme nous
fera plus
de mal en temps et lieu qu'aucun de nos ennemis
(1). »
C'était particulièrement sur l'Italie, alors le principal
champ do
bataille de la
Révolution
et
de l'ancien régi-
me, que Vannelet apportait des informations précieuses.
Parfois
il
annonçait certaines nouvelles qui, vraies lors-
qu'il les surprenait, se trouvaient fausses
quelques jours
après, par l'effet des circonstances. Ainsi, selon lui,
jour l'invasion de la Toscane avait été décidée;
il
un
avait
tenu et lul'ordre d'arrêter le grand-duc puis l'affaire avait
;
été remiseet en définitive abandonnée. Merlin
avaient résolu de reléguer
le
préférait l'envoyer en Corse.
Ce
n'étaient là que des pro-
Vannelet les recueillait en passant, mais
rait
aussi des
par
exemple
des
Reubell
pape à Malte; Bonaparte
jets;
faits
et
accomplis,
il
s'empa-
des secrets véritables,
aveux du général
l'impopularité du régime républicain à
Berthier
sur
Rome, ou des
preuves de la complicité d'Azara, l'ambassadeur espa(1)
Lettre
du 29 novembre
1798.
A VIENNE. THUGUT. VANNELET
du gouvernement papal. D'autres
gnol,
dans
fois
prévoyait juste; car
le
il
la chule
209
(1798-1800)
révèle dès le21 avril 1798
il
renversement projeté du royaume de Sardaip^ne, qui
s'accomplit en décembre.
Comme
correspondant des Bourbons de NapIes,d'An-
traigues était instruit à souhait par un
écrivait
Soit par moi,
«
:
ce qui peut servir cette
gé (1).»
Il
soit
homme
qui lui
par mes agents, rien de
famille désolée ne sera négli-
recevait copie des lettres que Garât, l'envoyé
français près de la cour des Deux-Siciles, adressait à
Lacombe
Paris, et les instructions en oriçinal remises à
Saint-Michel, successeur de Garât. Vannelet lui désignait les agents de la propagande républicaine dans
le
royaume, l'évoque de Tarente, naguère en correspondance avec Bonaparte, Marchi qui
de Milan.
Il
dénonçait Bionval
d'agiter la Sicile;
l'écriture de
il
sir cet
et
communiquait
Gaudran, propre à
Gaudran, chargés
même une
page de
faire retrouver sa trace,
recommandait expressément,
et
travaillait à distance,
si
on parvenait à
émissaire, de le mettre à la question et de
dre sans miséricorde. Quelques jours après
le
sai-
pen-
rendait
il
compte de leurs rapports, qui concluaient àl'impossibilité
d'un soulèvement. Enfin, lorsque trois commissaires,
Abrial, Senovert etLliomond, furent envoyés]pour arrêter les malversations
faire
sis
il
eut soin
remarquer que deux d'entre eux avaient
sur sa recommandation
leurs
(1)
des états-majors,
faiblesses, ainsi
Lettre
du
que
;
il
spécifia leurs
de
été choi-
travers,
la conduite à tenir
à leur
21 janvier 1799.
14
CHAPITRE CINQUIÈME
210
égard,
si
l'on voulait rendre
action
leur
insensible.
Cet espion de haute volée a l'œil ouvert sur toute la
Une
Méditerranée.
expédition révolutionnaire contre la
Corse se prépare, sous les ordres de Lapoype, afin de
saisir et d'expulser
les chefs de famille suspects d'in-
telligence avec les Anglais. Vannelet a réussi à se pro-
curer la
liste
de ces individus,
et
il
la
passer
fait
à
Vienne. Malte a été surprise par Bonaparte allant en
Egypte, mais depuis quinze mois cette conquête
sur
le tapis
;
Vannelet a
fait
l'avance le grand-maître, et
taires de l'ordre
prévenir sept semaines à
il
peut
puisse d'Egypte
comment
raconte
les digni-
Il
s'étonne que Bona-
communiquer avec
est arrivée à Paris la
la
France,
nouvelle du dé-
d'Aboukir, indique à quelle date, par où, par
sastre
quels
nommer
qui ont préparé par leur trahison la
chute de l'imprenable citadelle.
parte
était
moyens
le
Directoire a reçu des nouvelles d'E-
gypte, et ne comprend pas que les Anglais n'interceptent pas
mieux
la roule.
Il
envoyés à Passwan-Oglou,
qui, si
on
l'arrêtait,
personnage avec
la
signale les officiers français
et indique certain
Porte.
Sur l'Autriche même, d'Antraigues
souhait.
Il
était
instruit à
pouvait, entre autres choses, apprendre à
Thugut qu'un simple
les
drogman
révélerait les intelligences de ce
secrétaire, Godin, rédigeait toutes
dépêches de l'ambassadeur français Bernadotte
qu'un
vieil
ami à
lui,
;
Faujas de Saint-Fond, voyageant
alors en Allemagne, faisait métier d'espion sous prétexte
d'études géologiques; que le publiciste strasbourgeois
A VIENNE. THUGUT. VANNELET
Koch
abusait de son intimité avec Cobenzl
prendre
les secrets de la politique
211
(1798-1800)
pour
autrichienne.
surIl
re-
cevait la note des frais de la propagande française dans
l'état
noms
des
l'état vénitien,
des chiffres qui révélaient
et
de nos armées en Italie et de nos forces navales
dans la Méditerranée, un rapport de d'Arçon sur Mantoue et les places fortes de la Cisalpine, et jusqu'à un
canevas de manifeste pour
Au
milieu de
la coalition.
de personnages
faits et
traigues a sa place. Vannelet
lents et
son caractère.
Il le
divers, d'An-
si
respecte à la fois ses ta-
considère
comme une
sance, et l'exhorte à se retirer en Prusse, où
reçu avec les égards qu'il mérite, où
ne
pas
l'accueillerait
«
comme on
le
il
puisserait
gouvernement
achète un cheval
qu'on paie pour ses années de jeunesse, à la charge de
dès qu'il est épuisé
le jeter à la voirie
ménager
influent à Berlin pour
rable asile.
En
attendant,
il
le
»
.
là à son
Il
se juge assez
ami un hono-
conjure de ne pas aller
en Angleterre, sous peine do compromettre ses parents
restés en France.
Il
l'exhorte à écarter de lui et à
mé-
priser les émigrés, race d'indiscrets et de calomniateurs
dont
les lettres sont lues à Paris et font la risée
Il lui offre
les
moyens de
de tous.
se venger de ses adversaires,
entre autres du bailli de Crussol.
Enfin
il
se réjouit de lui voir reprendre son histoire de
la Révolution,
dont
miers chapitres:
Tacite...
» Il
beaucoup de
«
tient
il
a reçu en communication les pre-
C'est écrit
comme
J.-J.
Rousseau
et
du moins à rectifier et à compléter
détails, et
promet de
faire passer à
d'An-
CHAPITRE CINQUIEME
212
traigucs, par la voie de l'Angleterre,
folio
deux volumes
in-
de matériaux; un résumé de l'histoire des finances
depuis le renvoi de
Cambon; un mémoire
sur le duc
récemment présenté par Laclos à Reubell,
d'Orléans
des lettres originales soustraites
àLouisXYIII
et qu'il
peut soustraire à son tour au milieu du désordre des
archives.
«
La
préface, ajoute-t-il, est
quents morceaux que
écrit qui inspire tant
d'une beauté
d'œuvre,
le
il
j'aie
vus de
d'amour pour
parfaite.
»
un des plus
ma
vie.
On
élo-
n'a rien
Cela est
la royauté.
Quant à l'auteur de ce chef-
pourra se consoler de
la disgrâce royale
souvenir de l'amitié deMalesherbes
et
avec
de la confiance
de Charette.
Cette correspondance, interrompue par la guerre générale,
finit
pour nous auprintempsde 1799. Yannelet
n'apparaît plus dans les papiers de d'Antraigues, sous
nom qu'il s'était donné, qu'une jseule fois en
comme homme d'affaires de M'"® de Talleyrand.
le
1804,
II
A VIENNE.
—
Une
en Autriche, d'Antraigues
établi,
fois
RAZOUMOYSKY.
CHAMP AGNY (1800-1802)
un peu à contre-cœur, à Gratz,
s'était
afin de
d'abord
ne porter
ombrage àpersonne, mais se plaignant, suivant son
tude, de son isolement et de ses tristes entours.
habi-
Chaque
A VIENNE. RAZOUMOVSKY. CHAMPAGNY
mois
(1800-1802)
venait à Vienne, aux abords de la chancellerie
il
autrichienne et de l'ambassade russe, à
velles à saisir
l'affût
femme,
il
que de nom,
tait
et
au
la santé
de sa
Vienne.
s'installa définitivement à
moment. Razoumovsky n'était
ce
de nou-
ou de services à rendre. Enfin, au prin-
temps de 1799, en donnant pour prétexte
A
213
plus
ambassadeur
lieu de desservir les autres, pressen-
sa propre disgrâce. Kalytchev,
envoyé en Autriche
sous prétexte d'affaires militaires, y fut ensuite revêtu
de la qualité de ministre pour les affaires de Malte
(Paul
double
déclaré grand-maître de l'ordre).
s'était
P'"
titre,
il
place à la
fin
On
fut
travailler d'Antraigues sous ses
fit
avaitexigé qu'il n'eût aucune correspondance
avec Louis
XVIII,
directe ni
indirecte
facile à cet
égard de tenir sa parole
gaillard
rappelé et lui céda
de l'année. Tout différent de son pré-
décesseur, Kalytchev
ordres.
ce
eut bientôt accaparé l'action et l'influence
au détriment de Razoumovsky, qui
la
A
l'avait
rejoint,
(1).
et
il
lui était
Marrenx-Mont-
et continuait à lui servir
de
secrétaire.
En
1799, d'Antraigues fournit à la chancellerie russe
plusieurs mémoires, tantôt sur les affaires de Tordre de
Malte, tantôt sur l'accession dos Suisses
cà
la coalition, et
rédigea des bulletins réguliers sur la cour de Vienne
(2).
Ce que contenaient ces
de-
bulletins,
il
viner; c'étaient d'ordinaire de ces
dans toutes
les
est facile
de
le
nouvelles qui sont
bouches, ou que leurs auteurs sont seuls
(1)
D'Antraigues à Czarloryski, 16 novembre 1804,
(2)
V. la Bibliographie,
II, 5,
et III, 13, 14.
CHAPITRE CINQUIÈME
214
à conimitre, des propos soi-disant
et
émanés do Thiigut,
dont Kourakine seul acceptait sans critique
la pro-
venance.
L'auteur do
négociateur
chercha à se poser en
ces chroniques:
officiel,
au moment
oii la
brouille
momen-
tanée entre laRussie etl'Autriche aciiovaitde dissoudre
la coalition.
Un
dans
salut de pavillon oublié
la
rade
d'Ancône avait été pour l'empereur Paul un prétexte de
donner carrière à sa colère contre son
Kalytchev
et derrière lui
allié
de Vienne.
d'Antraigues se trouvèrent à
En présence de
portée d'en
communiquer
ce dernier,
Thugut estima piquantde faire retomber sur
lui la
l'expression.
mauvaise humeur suscitée de part
et d'autre
par
comme un
in-
cette désagréable affaire.
A une
première entrevue,
il
le traita
dividu sans conséquence et sans mandat. D'Antraigues
lui
le
à
ayant communiqué les éclaircissements réclamés par
cabinet de Vienne sousla forme d'une lettre adressée
lui-môme par Kalytchev
pliqua le ministre, de
:
« C'est
lui qui est
une confidence, ré-
votre chef à vous qu*
êtes sous ses ordres; je no vois en cela rien
d'officiel. »
Son interlocuteur eut beau vouloir entrer dans
de la question, insinuer que
paration à Paul
P%
fond
l'Autriche devait une ré-
insister sur le caractère spécial de
cette affaire qui exigeait
en tout cas son
le
des formes à part et excusait
intervention spontanée,
Thugut ne
voulut pas laisser à cet officieux la satisfaction d'avoir
contribué à l'apaisement du différend.
pas se déclarer instruit de ce qu'il
Il
falhiit
persista à
ne
pour un rap-
A VIENNE. RAZOUMOVSKY. GHAMPAGNY
(1
800-1 S02)
2i5
prochement,etd'Antraigues dépité dutprendre congé
Quelques semaines plus tard, on
sous
même
le
même
prétexte
à la chancellerie,
essayé de faire entendre
cabinet autrichien.
le
et offrit
prendre à
s'agissait
11
et
il
aurait
des vérités très dures.
Thugut changea alors de procédés
bages à son interlocuteur de
(1).
reparaître
le vit
sans am-
du
la solde
pour d'Antraigues de
conformer dans sa correspondance aux vues de
se
cour de Vienne,
tout en
La
de la Russie.
service
tâche, lui disait-on,
redevenir.
point
de
le
n'avait
deux empires étant
les
ou sur
le
ostensiblement au
restant
rien que d'honorable,
On
alliés
lui ofïrait (et ici
l'homme habile à
se
florins et des terres
en Hongrie. D'Antraigues
valoir reparaît)
faire
la
500.000
fit
l'in-
digné, repoussa de très haut, à l'en croire, une mission
qu'il devait
cependant accepter au prix d'une
pension deux ans plus tard
lui et
;
et
maigre
ce fut dès lors entre
Thugut une rupture complète
(2). Il
ne cessa de
le décrier, le traitant devant qui voulait l'entendre de
de Séjan
et
de fléau de l'Europe.
Au printemps
furent
(1)
1800 les relations
rompues entre
brouille,
agents
de
la
sinon guerre.
officiels
diplomatiques
Russie et l'Autriche. 11 y eut
Pendant plusieurs mois, les
partis, d'Antraigues resta
A. F., France, vol.
6.34, ff.
par ordre à
228-230.
—
D'Antraigues àCzartoryski, 1" janvier 1803 (A. P.).
On a vu déjà,
par plus d'un exemple, combien il aimait à raconter les tentations,
vraies ou fausses, offertes à sa vénalité. En 1806, il écrit encore à un
personnage politique anglais « En 1799 et en 1801 on m'a offert 400.000
livres..., pour consentir à légaliser la vente (de mes biens) aux pro(2)
:
priétaires actuels... » (B. M.,
Add. mss. 31230,
f.
162.)
ClIAliTlU':
216
Vienne.
On
même
lui enjoignit
longtemps possible
Cl.MjriKMK
de s'y maintenir le plus
(1).
Au commencement de
1801,
il
un
préparait
d'un intérêt à la fois actuel et rétrospectif, qui
été spécialement
commandé parPaul^^
un
connaître, par
faire
récit
suivi,
travail
lui avait
Il
s'agissait de
les
vicissitudes
des relations entre les deux empires pendant l'année
1799
(2).
Toutes
voyées à cet
les pièces
effet,
et
il
nécessaires lui avaient été en-
poursuivit sa tàclie avec
tant plus d'ardeur qu'il y trouvait matière à
quisitoire contre
Il
écrivit
un
d'auvif ré-
Razoumovsky, son ennemi personnel.
donc tout un volume
et le
fit
passer, en atten-
dant une autorisation d'imprimer, à Londres avec une
partie de
ses papiers
;
il
tenait à ne pas
par quelque soustraction possible de
désarmé
être
de ses
la part
nom-
breux adversaires. C'étaient sans doute des travaux de
ce genre qui faisaient dire à
Rostoptchine
personne n'a servi l'empereur Paul
comme
lui.
Et cependant, quelques jours avant sa mort,
1801,
vrier
ceux
l'empereur
qu'il frappait alors
Jamais
«
:
le
»
28
fé-
comprit d'Antraigues parmi
de sa disgrâce.
paiement de sa pension, sauf à
lui
Il
faire
suspendit
le
passer quinze
cents ducats destinés à l'indemniser des frais de ses
Rostoptchine à'd'Anfraigues, 19 juillet 1800.
D'Antraigues, adressant son apolola Biàlioi/vaphie, 111, 13.
gie à Roumianzov le 14 juillet 1809, cite ce passage d'une lettre qui lui aurait
étéadressée par l'empereur Paul le 21 novembre 1800 « Il est impossible d'être plus instruit que vous l'êtes et de mettre plus de talent et
de zèle à servir son souverain. Continuez. Laissez-moi le soin de
{'.)
—
(2^V.
:
'
votre avenir, car je
me
plais à écar ter les soucis et les peines de ceux
qui à de grands talents réunissent
et à
ma
personne.
»
un
pareil
dévouement
à
mes
États
A VIENNE. RAZOUMOVSKY. CHAMPAGNY
217
(1800-1802)
services antérieurs. Ce congé inattendu parvint à d'An-
traigues avec la nouvelle de l'assassinat de Paul. Lui
avec ce savoir-faire peu scrupuleux qui
aussitôt,
le
ca-
somme dans une
l'empereur défunt, comme
ractérisait, d'accuser réception de cette
lettre antidatée et
adressée à
s'ileùttrouvé làun encouragement, etd'ajouter,
un mensonge aussi énorme que
était
vrir,
—
ferts
pour
qu'il refusait
la
ment.
ajoutait avec
of-
cette correspondance.
continuation de
Il
au nouvel empereur une haute
importance
En racontant
décou-
difficile à
300.000 roubles spontanément
comptait donner ainsi
idée de son
— ce qui
de son désintéresse-
et aussi
plus tard cette
mystification,
une impertinente désinvolture
:
«
il
C'est
ainsi qu'il faut savoir captiver l'attention et l'intérêt des
souverains pour les mieux servir
Je doute qu'Alexandre
(1).
ait été la
due générosité; en tout cas,
il
»
dupe de
rétablit sa pension, et
quelques mois plus tard (27 août 1801)
la porta à
600 ducats. Le
loin,
(2).
la
doubla
vice-chancelier était
Panine, qui paraît avoir été toujours sous
l'émigré français
cette préten-
Kourakine
le
et
alors
charme de
le protégeait aussi
de
en attendant Czartoryski.
Brouillé avec Thugut, en hostilité
d'Antraigues
avecRazoumovsky,
demeurait néanmoins une sorte de per-
sonnage politique européen. Du côté de Naples,
fiance, la
la
con-
reconnaissance restaient entières. Marie-Ca-
roline sollicita de
nouveau
ses conseils,
au
(1)
Fauche-Bûrel, Méinoh-es,
(2)
Ordre du 1" avril 1801, contresigné Panine (A. P.).
t.
III,
pp. 198-200.
moment
CHAPITRE CINQUIÈME
218
dont
d'entror clans cette nouvelle coalition
première victime
être la
:
ne m'avez jamais
vait-elle,
dit la vérité. »
elle devait
Vous, etvous seul,
«
flattée, et
lui écri-
m'avez toujours
Réfugiée à Palerme en^ 1799,
elle
ne put
continuer une correspondance dont elle faisait grand
mais
cas,
elle
manifesta sa gratitude à l'auteur par la
collation en expectative d'une
commanderie de
l'ordre
constantinien en Sicile, et provisoirement par une pension équivalente au revenu de cette
elle
commanderie
;
et
l'employa directement, quand elle fut elle-même
arrivée à Vienne (août 1800).
Elle était venue avec l'espoir d'associer plus étroite-
ment
les intérêts
de son mari à ceux de l'empereur son
gendre. Son ancien correspondant devint alors un de
ses négociateurs officieux,
berty
ma
«
et elle
chère comtesse
»
appela
la
Saint-Hu-
avec autant d'abandon
qu'elle avait traité d'amie lady Hamilton. D'Antraigues
manœuvra de son mieux pour la
membres du conseil impérial. Quand
flatté
servir auprès des
les bruits
entre Naples et la France vinrent jusqu'à lui,
à la reine,
comme
il
de paix
fournit
en 1796, des objections qui ne pré-
valurent pas contre la frayeur d'Acton et de son maître.
L'un
reuse à
et l'autre
l'état napolitain la
au roi Ferdinand,
par
ils
le
s'efforcèrent de rendre
et,
paix imposée par Bonaparte
déçus
là
sentiment de leur défaite
encore, aigris et irrités
et
n'eurent plus qu'à nourrir en
Parmi
les
personnes que
le bel-esprit avait
moins oné-
de leur impuissance,
commun
la politique
leurs haines.
ou simplement
mis en rapports à Vienne avec d'An-
A VIENNE. RAZOUMOVSKY. GHAMPAGNY
219
(1800-1802)
traigues, on peut citer le prince de Ligne, lecoadjuteur
Mayence
de
Dalberg-
de Bavière (Giansante
les
,
et
Naples
de
ministres
Wickemburg),
et
et
surtout le
ministre de Suède Armfelt. Armfelt fut pour
lui,
dans
seconde période de sa vie d'émigré, ce qu'avait été
la
Las Casas dans
la
première. Peut-être
l'avait-il
Paris vingt ans auparavant; en tout cas,
plaire par ses sentiments
sa vie.
Il
y avait en
lui
comme
de l'aventurier
et
d'État. Il avait exercé de hauts emplois
condamné
seul
venait en
entre
France
A
tous,
de l'homme à
et
de l'homme
dans son pays,
à mort pour crimes
puis réintégré dans ses honneurs après
sie. Il
devait lui
par la singularité do
bonnes fortunes, autant que du diplomate
y avait été
il
un
politiques,
exil
en Rus-
Allemagne représenter un prince
n'avait
vu à
pas encore fléchi
qui,
devant
la
(i).
côté de
ce grand seigneur figure, parmi les nou-
(1)M. Elof Tegner apubliécn 1884 àStockholm une biographie compléle
le
d' Armfelt.
J'extrais de son livre
(t. II,
prince do Ligue envoya ù Arinfolt en
que
p. 397) cette
lui
luisant
pièce de vers que
cadeau d'uu cas-
:
mon
casque, allez parer la belle tête
de génie et d'état,
Ministre sans tromper, général et soldat
Les combats sont pour lui ses plus beaux jours de fùto.
De Charles douze aimant la musique et l'éclat,
A la cour, dans les camps, en faveur, en disgrâce,
Il est toujours le même
ami de son devoir.
Il sait mettre sa gloire à cesser d'en avoir.
L'honneur et la candeur reluisent sur sa face ;
Chez Mars comme à Gythère il dut tout à l'audace.
Il prit, quitta, reprit vingt femmes à la fois.
En croyant les aimer toutes à la folie.
L'histoire gravera sa bonté, ses exploits,
Et l'amour écrira le roman de sa vie.
Allez,
De
cet honuiie de cœur,
!
:
*
CHAPITRE CINQUIÈME
2:20
connaissances de d'Antraigues, nn professeur,
voiles
un écrivain que l'ambition,
le
taient à la littérature et
l'esprit
Millier.
cà
goût des honneurs dispude société, Jean de
Ce Suisse de Schaffouse, salué depuis par
compatriotes du
ses
d'historien national, était attaché
titre
un peu ad honores à
la chancellerie d'État,
et
allait
devenir directeur de la bibliothèque impériale. Égale-
ment
familier avec la culture française
ture germanique, ce
commun
saire
et
demeurant du xvhp
avec
la
cul-
siècle mit en
avec l'ancien ami do Jean-Jacques
et l'adver-
de Bonaparte ses goûts littéraires et ses haines
politiques.
rendit de près
Il lui
nelet rendait de loin. Jean do Millier était
par lesquels
le
correspondant de Paul
ble des ministres
lettres,
il
Dans
autricliiens.
se posait en
que Van-
les services
Romain
un des yeux
I"" lisait
sur la ta-
ses propos et ses
d'autrefois en face des
faux Romains, tribuns ou consuls, de Paris,
et
il
dissi-
mulait tant bien que mal, à côté de vices rappelant par
son plus mauvais côté l'ancienne Grèce, les instincts
faméliques de l'Allemand. Entre eux.
traigues s'estimaient
de grands
Millier et d'An-
hommes méconnus,
assujettis à des tàciies au-dessous de leur génie, et
ils
rendaient à leurs contemporains mépris pour mépris
«
Avec qui me moquer du
second une
fois
perversité (1)
!
séparé de
siècle,
lui,
écrit le
:
premier au
avec qui maudire tant do
»
En 1802, au moment où d'Antraignes succombait
sous les coups réunis de Razoumovsky et de Thugut,
(1)
Jean de Mûllor ù d'Autraigues, 12
juillet ISOG (A. F.).
A VIENNE. RAZOUMOVSKY. CHAMPAGNY
son ancienne patrie venait à
compagnons d'enfance,
ses
de la reconnaître.
Il
sous
lui,
et
il
(lSOO-1802)
221
d'un de
la figure
ne pouvait s'empôclier
conquérait d'emblée, en raison de
précieux souvenirs, la sympathie discrète, mais efficace,
de l'ambassadeur français. Après la paix de Lunéville,
un de
ses collègues auxÉtats généraux, presque
Champagny,
compatriotes,
vint représenter à
un de ses
Vienne
le
cabinet des Tuileries. Leur situation réciproque les con-
damnait à ne se voir qu'en maison
affirmer par des démonstrations
tierce, et à
ne point
afTectueuses leur an-
cienne liaison. Cependant l'abbé Maydieu, jadis leur
précepteur à tous deux, habitait Vienne;
il
face l'un de l'autre, secrètement et à leur aise,
D'Antraigues confia
même,
la nuit
les paroles
contresigner son récit par
le
un
soir
dans sa petite cliambre du faubourg de Léopold-
d'avril,
stadt.
mit en
les
au
papier sur place, dans
échangées entre eux,
le
témoin de l'entretien. Le
et
fit
vieux prêtre qui avait été
nom
et le
passé des inter-
locuteurs, l'expression de leurs sentiments personnels
mêlée à
celle
de leurs antipathies
politiques, la date
intérêt et
va
lire
a
de leurs espérances
:
j'entrai
dans
la
chambre
à dix heures du
Maydieu... vint au devant de moi tenant Cham-
pagny par
la
sez-vous
les
;
main
:
Mes
enfants, nous
dit-il,
embras-
guerres politiques n'ont pu éteindre les
souvenirs de votre amitié
fance.
et
de leur entretien donnent un
une couleur caractéristiques au dialogue qu'on
Dès que
soir...
même
et
des jours heureux de l'en-
Nous nous embrassâmes de bon cœur. Cliampa-
CHAPITRE CINQUIÈME
222
gny me
dit
Mon
:
cher comte, avant
tout parlons de
vous, cela m'intéresse toujours plus que
vielle
«
Je
m'écouta avec
me donna
d'y racheter
mes
me
écus pour
vingt ans. Je
mon
plus tendre intérêt
de m'y revoir
le désir
racquérir un million,
ma
et
refus,
ma
ma
reconnaissance, les mo-
résolution de ne jamais rentrer
roi
mes motifs
avait ces
qu'il
et
disposition sans intérêts pendant
exprimai
lui
en France sans un
obéir, et
le
une en-
terres; qu'il ne faudrait que cent mille
cent mille écus à
de
position avec
des nouvelles du Vivarais... et m'exprima
avec beaucoup de délicatesse
tifs
ma
exposai le détail de
lui
tière franchise. Il
et
de la
sort
le
Europe.
auquel je puisse honorablement
particuliers de haine contre
Bona-
parte.
Alors
il
me
dit :...
H
y a de sa part une liaine
per-
sonnelle, qui, avec son caractère ambitieux et hautain,
ne vous
laisse
pour l'avenir aucune sûreté.
Il
coup parlé de vous à différentes reprises,
m'a beau-
et
vous oc-
cupez deux pages dans mes instructions, mais j'espère
que vous ne vous en êtes pas aperçu,
apercevrez jamais. Alors je
fiai
et
même
un
«
les
exposai tout, et
pièces en lui disant
scélérat. Alors
Bonaparte
lui
est
il
me
un tyran
dit
;
il
11
il
C'est
:
a un caractère très décidé, et
Europe
con-
un monstre
a des manières insuppor;
son ambition n'est
veut être roi de France,
qualités avec la vieille
lui
:
tables pour tout ce qui l'entoure
pas satisfaite;
ne vous en
ni
il
ose
et ses
;
et
il
le sera...
voilà de grandes
pauvres
rois.
Bo-
A VIENNE. RAZOUMOVSKY. CHAMPAGNY
imparte a rendu de grands services
nappréciables...
démence
la
Il
et
en rendra
il
d'i-
assouplira cette nation qui est en
et toujours prête à
devenir atroce... en faisant
guerre au dehors avec des armées,
dedans avec des juges
sera dans cent ans
guerre au
et la
des cachots. Sans cela tout
et
malgré tout ce
Bonaparte,
est perdu...
223
(1800-1802)
reconnu pour
le
va
qu'il
faire,
sauveur de la
France...
D'antraigues.
pour
Mais
France
la
Champagny,
—
Oui,
pas avilissement abso-
ce n'est
besoin un peu, c'est lassitude;
médecin,
assez vile
est-elle
un Corse?
souffrir
lu, c'est
—
elle
appelle le
peut opérer à son gré à présent.
il
— Mais
D'Antraigles.
Bonaparte fondera donc une
monarchie?
— Oui,
CuAiiPAGNY.
fondera une monarchie, mais
il
pas pour sa famille, cela est impossible...
;
le
danger
monte
passé et l'ordre rétabli, ce sera tout au plus
s'il
sur le trône pendant
supposant
assez courte.
Il
est nécessaire,
l'ordre
sa
vie, et
il
n'a rien de ce qu'il nous faut
sera rétabli, mais
successeur
cela en la
a ce qu'il faut pour l'opération qui nous
il
aura rendu
facile, et c'est alors
le
quand
règne à son
qu'on songera à l'ave-
nir...
D'Antraigues.
— Mais
il
se mariera
ou bien
il
appel-
lera ses frères à lui succéder?
Champagny.
moins
qu'il
—
Oh!
ils
ne
ne périsse durant
son règne... Le parti qui
le
lui
les
succéderont pas,
à
premières années de
porte là est bien décidé à
CIIAI'ITRr:
224
ne faire en
CIXQL'IKME
couronnant qu'une monarchie absolue;
le
mon
car toutes nos idées,
cher comte, sont des rêves,
nous n'avons pas connu en Yivarais
Romains de
et les
une monarchie absolue,
jour... sous
Français
vous ne connaissiez que
avec tout votre talent,
Grecs
les
l'histoire.
et
vous
et
Cela est
fini, il
;
les
faut
moi nous vivrons un
un monarque absolu, mais non pas cepen-
dant sans laisser des moyens à nos enfants de
lui faire
sentir la nécessité d'être juste.
D'Antraigl'es.
d'en réprimer
—
Oli
monarchie absolue
!
l'abus,
c'est
et
moyens
un chemin pire que ceux
ont abusés en Aviverais.
qui nous
— Oh
Champagny.
!
non...,
sera possible de pré-
il
venir les grands excès par des assemblées provinciales
et
départementales, c'est-à-dire
ments reformeront
semblées
que plusieurs départe-
anciennes provinces. Ces as-
les
administratives enverront des députés pour
former l'assemblée nationale en
noblesse et
le
l'autre. Cette
dans une,
clergé
deux chambres,
les
la
communes dans
assemblée, de 200 personnes au plus dans
chaque chambre, sera un frein suffisant aux plus grands
abus...
Cet avis est celui de
conservateur, qui doit subsister
diaire..., car
pour
les
la
majorité
comme
Sénat
parlements on n'en veut plus,
j'en suis fâché, car je suis parlementaire.
D'Antraigues.
du
corps intermé-
— Mais
et
..
quand vous en serez venus
là
après la mort de Bonaparte, où prendrez-vous un roi?
Champagny.
cile
—
à trouver...
Cela n'est ordinairement pas
Il
faut
que
la charte
si
diffi-
qui le fera roi
A VIENNE. RAZOUMOVSKY. GII4MPAGNY
225
(1800-1802)
soit assez
puissante pour que
nous soyons bien avec
un
roi de
médiocre
faut avant tout qu'il y ait
un
homme
talent...
Il
de fer pour aplanir les difflcultés, et plusieurs
trouvent que Bonaparte est cet homme-là.
D'Antraigues.
devenu
que
inutile,
—
Eh
ou mort, ou assassiné
— Oh
Champagny.
homme
faux
!
et
n'en parlerai jamais
quel
caractère connaissez-vous
lâche
?
eh bien
;
Je vous déclare que je
sans passion..., mais n'importe,
vous l'avez vu, vous l'avez
traité ensuite
Croyez-vous
!
Louis XVIII?...
l'on puisse revenir à
à cet
supposons Bonaparte
bien!...
!
servi,
quel est
il
le
vous a
trahi,
mal-
caractère de ce mi-
sérable? Quant à moi, je suis l'ami de Favras ainsi que
Canclaux.
celle de
La conduite de Louis XVIII
Canclaux
mais je conviens que
faut, tout cela
s'il
D'Antraigues.
et
mot pour ce
la
mienne,
avait le caractère qu'il nous
—
Il
clair,
?
n'a pas
de caractère,
qui n'existe pas. Mais
il
France...
S'il
et
on ne
a des qualités
me
des défauts, et les uns et les autres
convenir à
la
ne serait pas une raison. Parlez
quel est son caractère
dit
a pour jamais fixé
il
;
décidé de
a
paraissent
cinquante ans, vous
vit
pouvez avoir une paix de cinquante ans;
il
faudrait le
forcer à la guerre pour la lui faire entreprendre.
égoïsme profond, raisonné
et
fortifié
vous garantit de toute vengeance.
nera, cela n'est qu'un
mot sans
bliera tout, c'est là la garantie...
sera
oublié,
maltraité, et
Son
par l'habitude,
Il dit
qu'il
pardon-
garantie, mais
Tout ce qui
il
ou-
l'a
suivi
tout ce qu'il craindra
sera
15
CHAPITRE CINQUIEME
226
ménage, caressé,
élevé,
dre
;
donc vous serez tout
rien...
Le
seul
courage parce
donner
lui
moyen
de le flatter sera d'exalter
en manque,
qu'il
un
les conseils les plus
mais
favori,
royalistes émigrés
les
et
plausibles pour s'y abandonner.
livré à
vous qui serez à crain-
et c'est
il
même
en
et
son
temps de
timides et des raisons
Il
est faible, et toujours
n'aime personne,
et ce favori
pas plus qu'un autre; or ceux qu'il ramènera en France,
il
les
la
Il
comblera
si
on
le laisse faire,
mais
il
les (détruira) à
moindre menace. Or qui peut menacer
n'a ni
n'aura
d'enfants,
vous...
? C'est
vous en obtiendrez
aussi
toutes les concessions que vous voudrez. Tout ce qu'il
désirera de vous, c'est un beau palais, une grande table,
un luxe extérieur...
—
Champagxy.
ne vaudrait pas la peine de
11
une monarchie par une
France appelle son
le
place et
non
roi et
qu'il
se
telle chute...
non
vienne à
qu'il
replace. J'ai vu
la
elle, qu'elle
y a quinze
il
même
mois une quantité de sénateurs, de généraux,
des ministres prévoir cet événement,
finir
faut que
Il
et plutôt
décidés
à ciioisir un Bourbon qu'un autre, mais je n'ai vu ba-
lancer qu'entre deux personnes,
le
duc d'Enghien
et le
duc d'Orléans... Le père du duc d'Orléans nous a
trop de mal... Si ceux
qui l'ont
condamné
n'existent
dans
la plupart
plus, la faction qui l'a fait périr existe
de ses chefs
famille,
;
on
le
préférerait à tous les autres de sa
mais on préfère Enghien à
lui.
On
pressenti à ce sujet; Barthélémy a eu des
le faire tàter...
fait
Nous ne pouvons
être
si
l'a
mènie
moyens de
pressés
que
A VIENiNE. UAZOUMOVSKY. CllAMl'AGNY
lui,
car Bonaparte est loin
fait placer, et lui
n'aime pas Louis XVIII.
ne rentrerai en France
le servirai, ni
règne; mais pour
le
repos de l'Europe je désire
où que je
tour du principe... Et puis,
toujours la France,
ne plus y vivre.
l'a
et
bonheur
son
..
Ja-
s'il
y
le re-
sois, j'aimerai
me
consolera de
.
— Mais
Champagny.
qui
fini l'objet
seul peut en finir...
— Je
D'Antraigues.
mais je ne
d'avoir
227
(1800-1802)
qu'on ne
réfléchissez
pas
lait
une révolution pour obéir aux vaincus, on ne prend pas
leurs propriétés pour les leur rendre, et on ne s'investit
pas de dignités pour les leur céder. Je ne doute pas
plume Louis XVIII ne
qu'au bout de votre
proclamations admirables,
qui soit roi parce
que je
une couronne parce que
pour
finir la
mais...
nous faut un
cette
place;
Révolution un roi créé par
droits des nôtres, sans cela
il
roi
propriétaire, et qui ait
suis
j'ai
il
fasse des
il
faut
donc
elle, tirant
ses
faut se battre jus(ju'à lafin
des siècles..
— Avez-vous
D'Antraigues.
rentrer les émigrés
Champagny.
quelque envie de
faire
?
— Aucune pour eux-mêmes, mais comme
leurs familles sont en France et que quel({ues-unes les
désirent ou
mais on ne
cherchera à
plus
les
ou moins, on
emploiera pas
les priver
;
on
les laissera
les méprise.
rentrer,
Mais on
de tous les gens de talent qu'ils
peuvent avoir...
D'Antraigues.
— Vous
reverrons en France
?
croyez donc que nous nous
CHAI'ITIΠCINQUIEME
228
Champagny.
—
Je
désire
]c
croire, et je suis trop atlaclié
pas nourrir
trop pour
personne ne serait
peler
opposé
serait plus
que moi à vous y voir sous Bonaparte,
pas,
pas le
sœur pour n'eu
à votre
Personne ne
l'espoir.
ne
plus ardent
et,
n'y était
s'il
à vous
ap-
y
(1)... »
Telle était la conversation qui se poursuivait dans un
faubourf^de Vienne entre
le
représentant et l'ennemi per-
sonnel du Premier Consul, neuf jours après
le
Te Deum
du concordat, un jour après l'amnistie solennelle
cordée aux émigrés, deux mois avant
la
ac-
proclamation
du consulat à vie. Ces dates qui l'encadrent
lui
sont par
elles-mêmes un suffisant commentaire.
On
ignore quelle fut la suite des relations, nécessai-
rement intermittentes
amis.
deur,
Toutefois,
il
taires,
par
lui
si
et clandestines, entre les
l'émigré parut ignorer l'ambassa-
sut retrouver autour de lui, parmi les secré-
un ami de sa
famille,
nommé
On
devine
de cette trahison pour sa propre
il
qui, trois
le voir
Posuel,
et
il
obtint
conmiunication des pièces rédigées ou reçues à
l'ambassade française.
Dresde,
deux
continua
le
profit (ju'ii
correspondance.
à être renseigné par ce
ans après, se rendant à Berlin,
en secret
tirait
allait
A
Posuel,
encore
(2).
Celte conversation, écrite tout entière de la main de d'Antraigues,
aux A. F., France, vol. C34, fol. 240 et suiv.
(2) a Jamais depuis dix-huit mois ce Posuel, que je connais depuis
vingt ans et qui est tout dévoué à mon beau-frère..., ne m'a trom(1)
est
pé... Je n'ai jamais exigé de voir l'original dont il faisait l'extrait qu'il
ne m'ait procuré cette satisfaction. » (D'Antraigues à Czartoryski, £5
D'Antraigues à Cobenzl, 2 mai 1805 (A.V.).
A. P.)
janvier 1803.
—
—
A DRESDE. GZARïORYSKI. GORENZL
(1802-1804)
229
[II
GZARTORYSKl. COBENZL (1802-1804)
A DRESDE.
Au
milieu
(le
1801, d'Anlraig-ues fut surpris par une
désagréable nouvelle
Autriche toujours
:
Razouuiovsky
revenir en
allait
comme ambassadeur. Ce
se considérait là comm(^ dans son pays
;
diplomate
ses alliances de
famille, ses relations desociété, ses libéralités et jusqu'à
ses dettes faisaient de lui par leur importance
sonnage,
môme à Vienne.
parti
tirer
D'Antraigues voulut au moins
de sa déconvenue pour améliorer, par un
changement de résidence, sa
On m'a
je
situation officielle.
promis, écrivait-il à Pétersbourg, que jamais
neseraisemployé sous
vais-je
un per-
devenir?
Un
apparence protégé,
les
ordres de Razoumovsky. Que
simple sujet russe à
et
en secret
Vienne, en
tracassé et espionné.
L'ambassadeur verra en moi un surveillant, un censeur,
une sorte de
rival honteux. Si
les siens, je
deviens inutile
qui est probable, car
et si l'on m'écoute,
il
il
;
mes rapports confirment
s'ils
les
contredisent, ce
estx\utrichien autant que Russe,
sera forcé d'agir en
demandait en conséquence à
un sens op-
dépêches. d'Antraigues
posé à celui de ses propres
faire partie d'une
autre
légation; celle de Stockholm, où était transféré Kalytchev, lui eùtparculièrement convenu (1).
{{)
il
Mémoire sur Razoumovsky, 20 juin
235
et buiv.)
1801. (A. F., Franr.e,^ vol. G34,
CHAPITRE CINQUIÈME
230
Il
Razouinovsky, sans
vit bientôt arriver
donné
suite à sa requête.
nable entre
lui et le
le
qn'il eût été
Sa position devenait insoute-
cabinet autricbien, qui avait
traitait
rompu avec
en espion russe, et un ministre qui
voulait rester pour sa cour le canal unique des infor-
mations. Dès que Panine eut quitté les affaires (30 sep-
tembre 1801),
rial,
gues
demanda
(1).
le
comte de Saurau, ambassadeur impé-
officieusement l'éloignement de d'Antrai-
Le vice-cbancelier Kotcboubey refusa par
amour-propre national,
éloignement paraîtrait
lière de
et
donna pour excuse que
l'effet
Razoumovsky.
Il
cet
d'une vengeance particu-
n'agissait pas
moins dans
le
sens désiré parson interlocuteur; car ilobtintqu'onautoriserait le protégé
de Kourakine
et
de Panine à s'établir
à Dresde, sauf à y continuer sa correspondance, et à
« Cet arattendre son procbain passage en Angleterre
:
rangement,
movsky.
et je
mars 1802 Kotcboubey à Razoubeaucoup de peine,
vous supplie de n'en parler à qui que ce
même
Dieu
écrit le 3
n'a pas laissé que de coûter
à la reine de Naples.
sait
Il
serait
quel conte et à gâter toute
soit,
bomme
l'affaire.
pas
à écrire
Je suis
bien de votre avis que l'on n'a jamais poussé plus loin
les mystifications (2).»
Le G mai 1802,
décoration tant de
d'Antraigues recevait, au lieu de
fois sollicitée et si
longuement
due, une bague en diamants, et le o juin,
route de
(1)
(2)
il
atten-
prenait la
Dresde. Marrenx-Montgaillard profita de
Saurau à Gobenzl, 10 28 no\einbre 1801 (A. V.).
Wassiltchikov, lu Famille Ruzoïnnovsfcy, t. III,
la
p. 402.
la
A DRESDE. GZARTORYSKI. COBENZL
231
(1802-1804)
circonstance pour accepter, sous un prétexte de famille,
l'amnistie consulaire, et pour rentrer en France.
D'Antraigues demeura en Saxe de juin 1802 à juillet
1806.
Dresde
et
par sa situation, à mi-chemin do Vienne
était,
de Berlin, de
Paris et de Pétershourg-, un
merveilleusement placé pour concentrer
tions et les nouvelles,
vue
La cour saxonne, au
social, était celle de l'Europe
au point de vue politique,
tous les
le
informapoint de
qui rappelait le plus
usages antérieurs à 1789
les idées et les
les
endroit
centre
cij
;
c'était aussi,
devaient aboutir
des coalitions futures. L'électeur catholique
fils
penchait vers l'Autriche, son ministère protestant vers
la Prusse.
Le jeune Metternich, débutant dans
matie à Dresde
comme
la diplo-
représentatitdola cour de Vienne,
observait de loin Berlin et Pétersbourg, et préparait la
formation d'ime ligue défensive jugée nécessaire contre
la France.
Napoléon à son tourreconnaîtra l'importance
de cette position diplomatique, et la fera occuper par
Durant,
le
principal auxiliaire de Talleyrand, au
ment de remanier à son gré
A
mo-
toute l'Allemagne.
son arrivée à Dresde, d'Antraigues laissa croire à
un séjour momentané, prélude de son départ pour
Russie; puis
il
s'installa
une longue résidence (1).
muni d'une
Ligne, puis
(1)
lettre
il
en
Il
homme décidé ou résigné
à
alla voir le ministre anglais,
de recommandation
du prince de
se hasarda chez les ministres de
La Rochefoucauld
la
à Talleyrand, 23 juin (802.
Hanovre,
CHAPITRE CINQUIEME
232
d'Autriche, de Prusse. Depuis ses retentissantes aventures de Milan,
comme
il
nécessairement moins considéré
était
comme ennemi du
serviteur de la Russie que
Premier Consul,
et
chaque diplomate mesurait ses
un tel homme à
relations avec
caire des relations de son
vernement
français. Bientôt
l'état
plus ou moins pré-
gouvernement avec
le
gou-
tenu bon gré mal gré
fut
il
pour un personnage politique avec
lequel
il
fallait
compter.
On
place de
ministre de Russie, alors vacante; mais un
se
demanda
s'il
pas
n'allait
occuper
la
général tout neuf dans la carrière diplomatique, Khanikov, y fut bientôt
D'Antraigues
sans
nommé.
fût resté à côté
mission avouée,
de
lui
sans
titre officiel,
une heureuse circonstance
si
n'eût affermi et consacré sa nouvelle situation. Panine
venait de quitter le ministère des
affaires étrangères,
victime de l'impératrice-mère, qui ne
lui
pardonnait pas
d'avoir préparé indirectement la fin tragique du règne
précédent. Voyageant à l'étranger,
se distraire,
il
vint à Dresde, et
pondant de Vienne dont
cié les informations
Il
fut séduit
il
il
par ordre ou pour
y rencontra ce corres-
avait plus d'une fois appré-
pendant son passage aux
affaires.
par sa conversation, se laissa arracher par
lui
des notions utiles sur la Russie
et
le
recommanda vivement
et
sur l'empereur,
tant au premier ministre
saxon Loss qu'à son cousin Kourakine.
saire, écrivit-il à ce dernier,
de
lui
Il était
néces-
donner un crradecon-
venable, au moins celui de conseiller d'État, et une com-
mission qui
satisfît les
curieux
et
déroutât les malveil-
A DRESDE. GZARTORYSKI. COBENZL
lants (1).
A ce moment même
kine
remplacé au ministère des
était
par Al.
(septembre 1802), Koura-
Woronzov; Woronzov
affaires étrangères
eut pour adjoint un jeune
Polonais, ami personnel de l'empereur,
Czartoryski,
233
(1802-1804)
et celui-ci devint
prince
le
peu à peu
Adam
le véritable
ministre dirigeant.
Czartoryski attira bientôt à lui la correspondance de
d'Antraigues; en la lisant,
il
se prit,
comme
Panine, de
sympathie pour son auteur, etne cessaplus delui témoigner sa confiance. Ce Français, qui avant tout haïssait
Bonaparte,
lui
faire entendre.
bon à
semblait
parler, utile
laisser
Le ministre russe
à
savait qu'une alliance
avec la France ne pouvait se faire qu'au détriment de la
Pologne;
il
se rappelaitla convention
dulÛoctobre 1801,
dirigée contre les royalistes français en
que contre ses compatriotes.
miers par
intérêt
Il
semblaitun auxiliaire
le
rang dans
seiller d'État (15
fier
et
Premier Consul
utile (2).
D'Antraigues, dans son refuge de Dresde,
d'abord un
temps
bien entendu pour les seconds,
quiconque excitait l'empereur contre
lui
même
était porté vers les pre-
la
hiérarchie,
décembre 1802),
et
il
lui
celui
dut donc
de
con-
essaya de justi-
par une correspondance nourrie et intéressante
le
semblantde faveur qu'il rencontrait enfin à Pétersbourg.
Khanikov,sans autorité etsans expérience, se
(1)
défiait
de
Panine à Kourakine, 8/20 septembre 1802.
t. I, pp. 286, Ml. Cf. l'opinion de l'empereur Alexandre en 1809 dans Tatischefk, Alexandre /" et Napoléon I",
(2)
GzAHTORYSKi, j1/émo(>es,
p. 488.
CIIAPITRR CINQUIÈME
234
lui et lui aurait
somme
mais en
rendu à l'occasion un mauvais service,
le laissait faire.
donc de près ou de
novre,
D'Antraigues étendait
A
ses relations à son gré.
loin
Ha-
entretenait des espions autour de l'état-major
il
de l'armée française d'occupation.
A
Paris,
avait re-
il
trouvé de vieilles et précieuses connaissances, dont nous
apprécierons plus loin
les
informations.
àla légation de France,
oii
il
Durant
et
de Moustier,
vit
passer La Rochefoucauld,
fut
il
A Dresde même,
tenu régulièrement par
des agents bien choisis au courant de la correspondance
avec Paris
et
avec Vienne
(1).
C'était surtout de cette dernière ville qu'il tirait les
meilleurs
moyens de
carPosuel
et
se faire écouter à Pétersbourg,
Jean deMuUer continuaient à
lui livrer les
secrets de l'ambassade française et de la chancellerie
autrichienne. Par Posuel
il
avait connaissance
non seu-
lement des pièces échangées entre Champagny
et Tal-
leyrand, mais de celles qui allaient de Constantinople
à Paris par
saisir
la voie
au passage
de Vienne.
les lettres
Il
avait
même
que Laforest,
France à Berlin, écrivait à Champagny,
réponses.
issues, oii
taires,
11
il
s'était
réussi
à
ministre de
ainsi
que
les
logé dans une vaste maison à deux
était difficile, à
cause du nombre des loca-
de surveiller les entrées et les
sorties;
deux
jardins isolés servaient à ses rendez-vous avec lescour-
(1)
Un
D'Antrai^uos à Cobenzl, 20 mai et 22 septembre 1805 fA. V.)
certain Zabiello le mettait au courant de la correspondance
Rochefoucauld, transféré à l'ambassade
la léfiralion
de Dresde.
—
que La
de Vienne, entretenait avec
A DRESDE. CZARTORYSKI. CORENZL
dont
riers qu'il avait g-ag^nés, et
Un
ches au passage.
pu par hasard
jour,
il
/]
dépouillait les dépê-
un de ces courriers n'ayant
faire relais à
Dresde,
il
nuit à Meissen: et après avoir passé là
regagna son domicile
le
De
fût
s'il
le
rejoignit de
deux heures,
lendemain, en prenant
caution de rentrer en ville à pied et
comme
235
802-1804)
à pas
revenu de quelque promenade
il
la pré-
comptés,
(1).
sa correspondance confidentielle avec la chancel-
lerie russe, la partie originale est
elle relate
peu intéressante, car
des commérages sans portée ou développe
des plans chimériques; elle ne valait à son auteur aucune
considération, et était simplement tolérée.
rendait
précieuse, c'étaient ces
Ce qui
la
analyses ou extraits
dérobés par avance aux archives autrichiennes ou françaises, qui en nourrissaient les meilleures pages.
sait
récompenser suffisamment d'Antraigues en accueil-
lant des
au
nom
demandes d'ordre secondaire présentées par lui
comme
de quelque petit souverain
de Salzbourg, ou de
à se figurer à certains
jouissait était
telle
l'électeur
quelque ami en disgrâce
Mouraviev, ministre de Russie à Madrid,
il
On pen-
moments que
qu'il
et
il
comme
en vint
confiance dont
la
devait craindre une
trop
grande responsabilité.
Comme
il
n'entrait ni dans son caractère, ni dans ses
habitudes d'être
la
créature d'un seul
prète d'une seule politique,
il
homme,
à Dresde, sa correspondance avec la reine des
Siciles
(1)
;
mais
il fit
l'inter-
avait repris à son arrivée
Deux-
servir sans scrupule celle-ci à sa cor_
D'Antraigues à Czartorvski, 9 février 1804. (A.
F.,
France, vol, 633.)
CHAPITRE CINQUIÈME
236
rcspondance avec Pétersbourg. Cette indiscrétion
par être connue
et
finit
valut à son auteur une leçon bien
méritée. D'Antraigues s'était avisé de rappeler au tout-
puissant ministre Acton qu'on
lui
une pension, restée impayée;
il
avait promis en 1794
insinuait en outre qu'il
possédait certaines pièces fâcheuses pour la réputation du
favori et de sa souveraine, et qu'il en userait. Acton riposta
en
lui
dénonçant ses trahisons épistolaires,
entrant à son tour dans
tative do
pièce, j'espère
ni
le
que vous
m'en enverrez quelque
le
de ce ton,
«
coup de
éternels sentiments (1)
édi-
faisait
arrérages, et
».
cette algarade, d'Antraigues laissa
tomber une correspondance que
dant à poursuivre
lui
elle
paiement de sa pension avec
l'assurait de ses
Gela n'est
«
:
généreux. Si vous publiez cette
Puis après une page
espérer
Sous
débat, lui adressa sur sa ten-
chantage une verte mercuriale
nullement honnête
tion. »
le
et la reine,
(1).
De
la reine tenait
toute façon,
il
trouvait
cepen-
mieux
son intérêt à s'occuper des affaires du Nord, d'autant
plus que, peu de temps après,
le
il
se trouva mêlé,
compte de l'Autriche, aux tentatives de
sance en vue d'un rapprochement avec
la
paix de Lunéville,
le
la Russie.
(1)
Lettre
une nouvelle
du 26 décembre
—
Après
nouveau chancelier autrichien
Cobenzl envoya Stadion à Pétersbourg,
les voies à
pour
cette puis-
afin
de frayer
coalition. Désirant se rendre
1802. {Reoue d'histoire
diplomatique, an.
Depuis 1802 jusqu'à co jour, jamais je n'ai écrit
ni reçu aucune lettre, aucune nouvelle directe ni indirecte de la reine
de Naplcs, et je ne lui ai jamais écrit. » (D'Antraigues à Czartoryski'
1888, pp. 5oo-556.)
20 janvier 18UG.)
«
A DRKSDE. CZARTORYSKl. COBENZL
237
(1802-1804)
Czartoryski favorable, et sachant d'Antraigues en faveur
auprès de cet
les relations
homme
d'État,
rompues par Thugut,
pension de mille dncats,
Mùller,
rétabh't
il
lui
fit
octroyer une
expédia Jean de Mûller.
et lui
devenu conservateur de
périale, travaillait
avec ce dernier
rarement à
la bibliothèque
im-
la chancellerie; sa con-
duite privée le mettait à la fois à l'écart des affaires et
à la merci de ses protecteurs
(1).
Une
liaison suspecte
avec un jeune fripon, suivie d'un procès entre eux,
vait fortement
l'a-
compromis etplusqu'à moitiéruiné,etcet
homme, que son
principal biographe déclare étranger
alors à toute politique, était prêt, pour racheter le scan-
dale attaché à son
vices.
Il fut
défensif,
français.
ser-
donc chargé de décider d'Antraigues à agir
àPétersbourg dans
tème
nom, à rendre n'importe quels
le
sens du système autrichien, sys-
mais défiant vis-à-vis du nouvel empire
Cette mission accomplie,
il
devait passer à
Berlin, et s'y employer à une tâche semblable.
Vers
le
même
temps, un autre grand factotum diplo-
matique, Gentz, quittait la Prusse
Vienne. Cet adorateur de
la
et
s'établissait
Révolution française à ses
débuts, désabusé maintenant ou
ramené par intérêt
per-
sonnel à d'autres idées, passait au service autricliion
il
s'efforçait
à
;
de préparer par ses écrits l'accord de l'Au-
triche et de la Prusse
pour
le
relèvement de
FouRMEK, Geniz und Cobenzl, note de
l'Alle-
la p. 123. Cet auteur a imde son livre (pp. 224-233) quelques
parties de la correspondance entre Cobenzl et d'Antraigues. Cette correspondance, aux archives de Vienne,, comprend quarante-huit lettres,
(1)
primé dans
les pièces justificatives
d'avril 1804 à octobre 1805.
CHAPITRE CINQUIÈME
238
magne,
pour
ol aussi
avec lequel
en correspondance.
était entré
il
Dresde alors, y
restauration de Louis XVIII,
la
Il
vit d'Antraigues, et s'entendit
traversa
avec
lui
en vue d'une action commune.
Pendant plus d'un an, d'Antraigues usa son temps
et
son encre dans des négociations qui ressemblaient
à des complots, vA qui constituent pour nous les préli-
minaires compliqués
lition.
et mj^stérieux
Ses lettres allaient
de la troisième coa-
trouver Harrowby, l'envoyé
de Londres en Prusse, Alopéus,
extraordinaire venu
ministre de Russie à Berlin, Pierrepoint, ministre d'Angleterre à Stockholm.
comme on
séquence,
Il
n'eut aucune relation de con-
le croyait à la légation française,
Toute sa diplomatie
au bout
avec Metternich
(1).
de sa plume,
quoique Russe sans arrière-pensée,
et,
s'épanchait auprès de Cobenzl
mémoires sur
la
A
où l'indiscrétion eût été
l'un et à l'autre
Saxe ou
il
envoyait des
Bavière, ou les états de
la
l'armée française du Hanovre
;
et
s'il
dénonçait au pre-
mier Stackelberg, ministre russe à La Haye,
hostile à l'Autriche,
pour
les
intérêts
il
comme
n'en croyait pas moins bien faire
du second.
avant, en lui rapportant les
(1)
il
commede C7.artoryski,en
s'efforçant de s'arrêter au point
qualifiée de trahison.
était
poussait Cobenzl
Il
en
bruits qui accusaient ce
Selon Mousticr (17 mars 1803), d'Antraigues et Metternich se sedeux ans auparavant par les soins d'Arnifelt. Or d'An
raient abouciiés
« Ce Metternich ne m'est
le 1" mars 1805
guère connu mais en croyant que ses principes sont bons, je n'ai pas
grande idée de ses talents. » Ailleurs (à Czartoryski, 5 septembre
1803) il accuse Metternich d'avoir excité La Rochefoucauld contre lui.
traigues écrit à Cobenzl
:
:
A DRESDE, GZARÏORYSKI. GOBENZL
239
(1802-1804)
ministre de faiblesse devant la France; néannrioins,
de
s'efforçait
triompher
faire
système
le
il
défensif
d'Alexandre, de façon à ce que la guerre fût successive-
ment provoquée par Napoléon
et
avec toute chance de succès.
combattait le système
offensif, c'est-à-dire la
Il
conduite contre
guerre immédiate sur
nent, seule profitable aux Anglais
lui
le conti-
menacés d'une des-
cente.
Ses rancunes personnelles étaient
la
cause
défendait.
qu'il
d'accord avec
ici
Razoumovsky poussait
le
cabinet de Vienne à l'action, d'accord à Londres avec
l'ambassadeur russe Woronzov, à Vienne
même
avec
Gentz; et bien que par un de ses attachés, Mallia,
il
entretînt
une correspondance particulière avec Czarto-
ryski,
était l'artisan
il
générale
Vienne, Cobenzl
ments
et
d'une révolution ministérielle
partout précipiter le
qui devait
Colloredo, suspects
conflit.
ménage-
de
pour l'ambition française, devaient céder
place à Traulmansdorf et à Stahremberg
bourg,
Czartoryski, timide
et
hésitant,
;
A
la
à Péters-
devait avoir
pour successeur Panine ou Markov. Par dévouement
comme
envers Czartoryski
movsky,
d'Antraigues
ministres
en place,
et
par haine envers Razou-
souhaitait
le
maintien
un jour, en avertissant
qu'il aimait des intrigues ourdies
contre
lui, il
des
celui
a rendu
sans s'en douter service à l'histoire.
Sa
resté
lettre
du 13 novembre 1804 éclaire un incident,
jusqu'ici
complètement obscur, des débuts du
règne d'Alexandre
P''.
Son ami Panine avait
géré, en
CHAPITRE CINQUIEME
240
qualité de vice-chancclier, le collège des aiïaires étran-
gères sous
la
règne de PaulP''; puis, deux mois avant
le
mort de ce prince,
il
avait été privé subitement de
ses fonctions. Rappelé de l'exil et réintégré dans son
ancien poste aussitôt après l'avènement de l'empereur
Alexandre,
il
disparaissait de
nouveau de
la
scène poli-
tique au bout de quelques mois, cette fois frappé d'une
irrémédiable disgrâce. Quelle était la cause secrète ca-
chée derrière cette cause apparente
commune, dans
et
les autocraties, à toutes les disgrâces, la colère
verain? Quelques-uns dirent que
c'était
pour avoir spon-
tanément dissuadé l'envoyé français Duroc
couronnement: puis on se
tut, et
moment
à
Dresde d'A.nlraigues, ne
d'assister
au
secret fût resté
le
entre Alexandre et son sujet disgracié,
contrant
du sou-
si
celui-ci, ren-
lui eût,
dans un
d'expansion, révélé la vérité. Panine devait sa
chute à son intime ami, Simon Woronzov, ambassadeur
à Londres.
Il
avait eu
celui-ci par écrit ses
d'accuser le caractère
1
imprudence de communiquer à
impressions sur
indécis,
faible
le
et
souverain,
défiant
de
l'empereur. Woronzov, vexé peut-être de ne pas trou-
ver Panine assez docile à ses conseils, avait envoyé la
lettre à
On
Alexandre.
Telle était la
devine
le reste.
confidence que d'Antraigues, d'un
assez embarrassé et avec toutes sortes de
tions, faisait connaître à Czartoryski,
Panine,
disait-on, voulait redevenir
pense, ajoutait-il, que la guerre
nécessité absolue
;
mais que
le
au
ton
circonlocu-
moment
ministre
:
«
oii
(II)
avec la France est de
fardeau est au-dessus
A DRESDE. CZARTORYSKl. COBENZL
comme
de VOS moyens,
la
étranger et pis qu'étranger à
vous n'avez pris aucun moyen
Russie; que
soutenir, parce que
et
241
(1802-1804)
vous ne
que vous savez que
la
faites
aucune
de la
alliance,
Prusse a des préventions
contre vous; que vous avez cru finir tout ceci par des
comme un
notes,
procès par écrit
point'qu'il faudra en venir
ou à
cas,
la
que
chose est au
honte de céder à Bonaparte. Dans les deux
l'opinion de l'empereur...
et
avec avantage dans
»
C'est ainsi que d'Antraigues, sous le
sités
la
ou à une guerre sans moyens
vous voit attaqué aisément
il
;
du moment,
sacrifiait
au protecteur présent
il
;
coup des néces-
son protecteur de la veille
sentait que, Czartoryski
paru, toussesmoyens lui manqueraient àla fois;
mis à
trop heureux encore
l'écart,
faveur d'une pension de
il
dis-
serait
s'il
pouvait, à la
retraite, oublié
dans quelque
ferme de Courlande, revenir aux sciences, à
l'histoire,
à quelqu'une de ces recherches spéculatives qu'il n'eût
jamais dû quitter
En
!
effet, l'infernale
politique le tenait alors plus
jamais rivé à une chaîne dont
àl'autre, oublier
d'État,
moment
pouvait, d'un
Un jour il était
par des hommes
ou sentir toutle poids.
comme
même par
recherché
il
une
des
puissance
souverains.
En
1803, Armfelt
venait lui proposer une entrevue avec Gustave
dut d'abord,
et
changé
à Dresde, s'aboucha avec
et
IV
qu'il
par ordre, décliner. L'année suivante,
les circonstances avaient
son confident
que
lui, et
;
le roi
en
fit
son conseiller intime.
de Suède vint
devant
Au
le
public
lendcnuiiii
ic
CHAPITRE CINQUIEME
242
de ces bonnes fortunes politiques, l'interlocuteur des
tètes
couronnées
subalternes
et
;
des métiers clandestins
était réduit à
il
déchiffrait des papiers soustraits
les soustrayait lui-niènie. Ainsi
il
ou
faisait inviter à diner
chez un ami certain messager équivoque de passage à
Dresde; à
faveur de cette absence,
la
il
s'emparait de
son portefeuille, en examinait toutes les pièces, puis
remettait
momentané
de ce vol
cet
égard
sans
le tout enplace_,
qu'il restât
(1). 11 n'était
à Milan, Bonaparte, en
;
protestations,
lui
aucune trace
pas scrupuleux à
dépit de ses belles
donné l'exemple.
avait
novembre 1804, une convention
Enfin, le 6
en vue d'une
de Russie et d'Autriche
unit les cours
secrète
coalition prochaine, et d'Antraigues put
croire n'avoir
pas été étranger à ce résultat.
Dans ces combinaisons diplomatiques conduites en
vue de l'abaissement de
question de
la
France,
la
gues n'y pensait plus guère
de Louis XYIII
;
de
puissances
Louis XVIII
?
là la
:
question posée par Czar-
européennes
La réponse
à
de
reconnaître
qu'il reçut, et qui fut
muniquée au cabinet de Vienne,
peuple livré
ou dange-
Serait-il utile
Jusqu'ici, cette reconnaissance
face d'un
les droits
avaient toujours été mieux reconnus
que partout ailleurs
aux
D'Antrai-
?
mais en Russie
;
toryski à son correspondant
reux
du moins
était-il
Bourbons
restauration des
la
portait en substance
n'eût servi à rien
frénésie
:
en
démocratique.
Aujourd'hui la France est revenue à ces principes
(1)
com-
D'Antraigues à Cobenzl, 30 novembre 1804 (A. V.).
mo-
A DRESDE. CZARTORYSKI. GOBENZL
243
(1802-1804)
narclliques qui sont laloi des grands empires. LesJaco-
eux-mêmes
bins
sente.
Il
les
ont
a trois appuis
:
étaiilis,
Bonaparte
les repré-
l'armée née de la Révolution,
le
peuple nanti des biens nationaux, les révolutionnaires
jaloux de
Louis
l'impunité
s'assurer
leurs
crimes.
XVIll a certaines qualités avouées de
beaucoup de connaissances, de
sincères de clémence
est à la
il
de
;
merci de ses serviteurs.
connaître,
travailler
pour
lui
des intentions
l'esprit,
enfin et surtout
Il
sans
tous,
il
mais
est roi,
donc
faut
et
lui,
le re-
faire
lui
souscrire trois conditions: l'état à conserver à l'armée,
l'existence légale des biens nationaux, l'amnistie (1).
On
a remarqué que les plans de réorganisation eu-
ropéenne agités alors dans
les
conseils de l'empereur
de Russie étaient la première ébauche des traités de
1815;
il
est
également remarquable que dans ce mé-
moire, daté de 1804, depuis déposé aux archives russes
autrichiennes, d'Antraigues, raisonnant
et
ment en
politique, mais en
bon Français,
non
seule-
ait tracé
sans
s'en douter trois des principaux articles de la Charte
de 1814.
(1)
les
Mémoire du
mêmes
16
novembre 1804. (A. V. et A. P.)
mémoire à Canniug du lo
idées dans son
M.,Add. mss. bl230,
ff.
136 et suiv.)
Il
reviendra sur
octobreJlSOG. (B.
CHAPITRE SIXIEME
LA FRANCE EN
I.
—
i8o4
Les amis de d'Antraigues en France.
L'ami et l'amie de Paris.
Ce qu'on sait de lui —
Les correspondants 1° Vairù de Paris.
leur importance pour Czartoryski.
Caractère de ses révélations
2' l'amie de Paris.
Ses sentiments, ses moyens d'informations.
Modes de transmission, lin de la
Son successeur.
Mort de ïami.
—
—
:
:
—
—
—
—
Molirenlieini.
correspondance.
Bonaparte ses violences
II. Le Premier Consul et sa cour.
doux
Sentiments de son entourage pour lui.
scènes caractéristiques.
Talleyrand, son caractère, ses pasBorthier et les Bourbons.
—
;
;
—
—
—
—
—
M"" Bonaparte, son attitude, sa conduite.
L'organisation de la maison impériale.
Les ministres étrangers à Paris.
Nassau-Siegen et Choiseul-Gouffier.
La colonie russe.
Crainlcsde Bonaparte etdeJoséphine.
III. La conspiration de 1804.
Caractère de la conspiration les complices.
Un récit inédit de
l'arrestation et de la mort du duc d'Engliien.
Gomment finit Pisions.
—
—
—
—
—
chegru.
;
— Rôle
—
Rentrée en grâce deFouché
de Caulaincourt.
Réflexions de d'Antraigues.
Protestation de la Russie.
—
IV. La politique française en 1804.
sophile.
— Le
police de
Vami
—
—
— L'ami, anglomane;
Va/nie, rus-
cabinet noir, la police secrète à l'étranger.
et de Vamie.
—
—
—
ContreLes préparatifs contre l'Angleterre.
— Possibilité d'une révolution intérieure en Russie encouragements
donnés. — Desseins de Napoléon. — Le roi de Suède Gustave IV.
— Un monologue de Sieyés. — Opinions de Berthier et de Joséphine
;
sur la politique extérieure.
I
l'ami et l'amie de paris
Entre la Russie et l'Autriche, d'Antraigues
venu, à côté des diplomates
était rede-
avoués, un intermédiaire
CHAPITRE SIXIÈME
246
dont Czartoryski apprét-iail
restait à distance insensible.
même
à la
époque,
épistolairequi
il
amusa
mais dont l'action
lutilité,
De
Paris à Pétersbourg,
transmit un bulletin sous forme
et servit la chancellerie russe, et
qui est intéressant à plus d'un titre.
A
tout prendre,
par son canal
nous semble curieux d'apprendre
il
comment
embus-
des témoins hostiles,
qués au seuil des Tuileries, dépeignaient Bonaparte, son
entourage, son gouvernement^ sa situation en France
Europe, au moment
en
et
la place
de
il
le
mérite et
n'est
donc pas
en porte
l'histoire.
tile
D'Antraigues
révélations en Russie,
ces
teur
à l'empire.
que de
Ce
les parcourir,
les recueillant,
il
fut
le
porte-parole
comme
et
seul
la responsabilité
faire
comme
tives de sa polémique contre le
En
république cédait
la
oii
édi-
devant
une digression inules pièces
gouvernement
justifica-
français.
se les appropriait, sauf à en dissi-
muler l'origine précise,
et
nous
les
regarderons
siennes, sans chercher, plus que ne
l'a fait
comme
Czartoryski,
à en déterminer les sources.
Bien qu'exilé à perpétuité
parte,
il
et
mis hors
la loi
par Bona-
devait àses origines et à ses relations de jeunesse
de ne pas être oublié de plusieurs de ses parents ou compatriotes, qui appartenaient à
l'administration ou à la
cour consulaire. Son oncle, l'ancien évêque de Troyos
de Barrai,
était
devenu évêque de Meaux; parmi ses
anciennes connaissances de Montpellier, l'un, Cambacérès,
devenu
le
second personnage de l'État, ne daignait
pas se souvenir tout haut de
lui
;
l'autre,
Etienne Mé-
L'AMI ET L'AMIE DE PARIS
Jean, alors
Seine,
le
deux de
247
général de la préfecture de la
secrétaire
défendait au moins à demi voix (i)
ses serviteurs,
;
les
fils
de
DuclauxetDelmas, entraient en
1802, un peu sur sa recommandation secrète, au Corps
lép^islatif.
Le général Suchet,
marchand de
lui faisait
vices.
soie à
encore
le
son ancien
de
frère
Lyon, avait vécu sur ses
offrir
en 1804 ses respects
terres, et
et ses ser-
Le général Mathieu Dumas, un autre compatriote,
devait aussi l'avoir connu. D'autres s'exposèrent pour
lui être utiles, etlui
lité. Il les
et
témoignèrent activement leur
nomme, dans
ses lettres à Czartoryski,
fidé-
Vami
ïamie de Paris.
Le premier, ainsique Yannelet,
teur, et
il
avait eu pourprotec-
s'en vante à plusieurs reprises, le grand'père
de d'Antraigues à Montpellier. Est-ce vraiment Yannelet
qui reparaîtici, et qui a toujours l'oreille des puissants,
sous
le
Consulat
comme
tenté de le croire,
gnait Yannelet
si,
sous
le
Directoire
?
On
serait
à certain endroit, l'ami ne dési-
comme une
de
ses connaissances.
En
tout cas lui-même a fait sa fortune dans l'administration militaire en qualité de fournisseur et
ordonnateur,
officiel,
et
il
commissaire
jouit, sur ses vieux jours, sans titre
de la confiance de Talleyrand
de suppléant à un
homme
qu'il a
;
il
formé
sert d'aide et
et élevé
Du-
(1) Ce Méjean était de longue date en relations avec d'Antraigues.
Étant secrétaire du club des Jacobins en 1793, il avait su dérober en
faire passer à son compatriote, moyen nant vingt-cinq louis, le plat
détaillé d'Angoly pour exciter la guerre civile en Russie. (V. plus haut
p. 50.) C'est
du moins
ce
que raconte Lizakévitch dans une de ses dé-
pêches à Osterman. (A. M.)
CIIAl'ITRE SIXIÈME
248
premier commis des relations extrérieues.
rant,
Yannelet,
a
il
rompu avec
litiques depuis la
passé ne
l'a
ses premières affections po-
mort de Louis XVI, mais
rendu
Comme
ni indulgent, ni
même
l'oubli
du
sympalliiquo
auxhommesetauxchosesdu présent. Seulemenlau
désir
de conserver les millions qu'il possède se joint un soubien entendu de l'avenir de ses
ci
let,
et
aime intriguer par delà
il
il
fils.
Comme Vannc-
les frontières,
abuse de sa situation pour insinuer au loin des
favorables à l'ancien
plus
idées
dit
européen
équilibre
qu'à la grandeur actuelle de la France; car
il
profite
il
il
croit et
qu'une Angleterre puissante est nécessaire, afin
d'empêcher Bonaparte d'être un fléau chez
les autres.
tit-fils
Comme
Vannelet,
il
lui
cliez
et
veut être utile au peconnaît depuis
de son ancien protecteur, qu'il
1772. llveilleà la tranquillité de sa mère, etil fait sur
recommandation rendre leurs biens
sa
grés.
Il
à d'anciens émi-
se propose de lui fournir, avec des pièces utiles,
des thèmes exacts pour ses aperçus politiques, de fa-
çon à ce que
l'exilé puisse
Même
forcer la faveur.
quer,
comme
sortir
lui
il
de pair en Russie
promet de
des modèles, les exposés
lui
et
communi-
classiques de
Richelieu qui sont aux archives. Enfin ses lettres sont
du
même
ton et du
même
style
que celles du mystérieux
correspondant de l'an VI.
Dès 1802,
cet
homme
écrivait à d'Antraigues (1).
En
possession de relations multiples, habile à surprendre
(1) «
Latour, ami de Fox, dont je vous ai parlé en 1802.
des 10-22 juillet 1803.)
»
(Lettre
L'AMI ET L'AMIE DE PARIS
secrets d'autrui,
les
il
249
mais
les livrait volontiers,
vait pas l'orgueil d'être cru à la légère, et
pas vu la pièce qu'il
cite
mentionneexpressément
dire, ce n'est plus
comme un
der
ou
«
:
le fait qu'il
De vous
que
un service à vous rendre,
gazetier (1)
corriger les assertions
»
.
Et de
controuvées
fait
et
il
le
ouï
j'ai
bavar-
c'est
il
n'a
il
raconte,
dire ce
n'a-
il
quand
prétendait
intéressées des
journaux, révéler à Dresde les vérités qu'on voulait
cacher à Paris. Ce n'était assurément pas un
de ces
agents vénaux, sans scrupules d'aucun genre, qui cher-
chent à gagner leur salaire en acceptant ou en imagi-
nant les premières nouvelles venues. Assez riche pour
être désintéressé,
il
tenait
à garder en haut lieu une
influence utile à la conservation de sa fortune,
non
et
seulement ne voulait rien recevoir du cabinet lusse,
mais tenait à n'être pas connu de
vulgaire, soit iionte secrète,
caution de nature
circonstances
la
répond
plus.
Il
il
rôle.
paraissent périlleuses,
de Moreau,
il
les
Dès que
comme
s'il lui
savait
11
croit
lettres n'arrivent pas jus-
qu'à Pétersbourg-, et que ses récits sont transmis
(1)
à la
princes français et leurs
cesserait aussitôt toute correspondance.
que certaines parties de ses
les
supplie qu'on ne
proteste à son ami que
moindre relation avec
agents,
prudence
ne négligeait aucune pré-
à dissimuler son
de l'arrestation
veille
lui
lui
il
lui (2). Soit
seu-
L'amt à d'Antraigues, 16-22 juillet 1803.
Cet homme ne reçoit.ne recevra, ne veut rien et nous a déclaré
ne voudra jamais rien de l'empereur de Russie. Sa fortune est de
(2) «
qu'il
près de deux millions, et dès lors
tion. »
il est aisé de concevoir sa modéra(D'Antraiguesà Gzartoryski, 3 mars 1804).
CHAPITRE SIXIÈME
2S0
lement en anal3-sos.
Czartoryski
laisse-t-il
Il lui
arrive de spécifier les détails
qui ne doivent pas
et les faits
aussi,
;
parlant de
recommandations
ces
nelles,
reçu.
à
l'abondance du cœur,
(1).
L'intermédiaire ou-
et ces
confidences person-
transcrivait sans choix tout
il
Il
communiqués
passer çà et là des notions sur lui-même,
propres à trahir son incognito
bliait
être
semble
qu'il
eût voulu, en se
ce
qu'il
avait
montrant plus
exact que discret, dissiper certaines défiances que son
caractère connu autorisait.
On
l'avait
d'abord soupçonné de
peu de son imagination,
bulletins parisiens quelque
on
le
avait
lui
fait
mettre dans les
entendre poliment.
reprises, Czartoryski lui
A
et
plusieurs
annonce que l'empereur
lit
ses
mais un jour
lettres
avec intérêt
ajoute
qu'on y trouve des
informations empreintes
exagération évidente.
Aussitôt d'Antraigues de
d'une
protester
«
:
J'ai
et
satisfaction;
souvent eu envie de les remanier...
Cela m'eût été fort aisé
me
le suis
Il
pas permis
et très agréable,
mais je ne
(2). »
est singulier qu'en trahissant ainsi
son correspon-
dant par un soi-disant scrupule de conscience,
tenu en
même
démarches.
temps à
le
Au printemps
il
ait
protéger contre d'indiscrètes
de
1805, Czartoryski, près
d'envoyer Novosiltsov traiter avec Napoléon, voulut
(1) «
il
lui
Ceci est pour vous et ne doit point parvenir au prince Gzarto-
(Lettre du 19 février 1805.) 11 ne veut pas (Lettre du 31 mai
que d'Antraigues transmette en Russie les détails de la conspiration Pichegru-Moreau, qui ne regardent nullement ce pays.
(2) D'Antraigues à Czartoryski, 2 mars 1804 (A. F.).
r3^ski. »
1804)
LAMIE DE PARIS
L'AMI ET
251
ménager une entrevue avec son mystérieux
D'Antraigues annonça
qu'il ferait les
auxiliaire.
ouvertures néces-
saires, mais que sans doute celles-ci n'aboutiraient pas.
La
négociation,
ne
pas suivie
fut
Novosiltsov s'étant arrêté en route, à Berlin
(l'effet,
Ce
fut tentée,
elle
si
où
n'est pas là le seul cas
de Gzartoryski
ait été
la curiosité intéressée
mise en défaut.
Il
ministre de faire poser des questions à
Le consul de France
à
{{).
arriva au jeune
ïami dePatHS
Moscou, Lesseps,
n'est-il
:
pas
un agent politique secret? Le ministre prussien Lombard
n'a-t-il
pas révélé à
Bonaparte
secrètes faites à Berlin par la Russie?
les
ouvertures
Ne pourrait-on
de l'écriture du drogman Fonton?
obtenir une page
Et ses demandes tantôt ne sont pas transmises, tantôt
ne reçoivent aucune réponse, ou sont accueillies par un
refus formel que dicte une prudence bien entendue.
Ce
qu'il recevait
Nous trouvons en
pouvait déjà satisfaire sa curiosité.
effet
parmi
les
annexes des
lettres de
Paris des états d'effectifs de l'armée française, un mé-
moire de
Talleyrand lu en
Conseil
de
cabinet
le
5 février 1803 (à condition que cette pièce ne fût point
publiée)
(2),
des
rapports
des lettres de
Berlin,
Dresde, des parties de
(1)
Laforesl,
La Rocliefoucauld,
la
nn'nistre
à
ministre
à
correspondance d'Hédouville,
Gzartoryski à d'Aiitraigues, 2 avril 180d.— D'Antraigues à Gzarto-
ryski, 6
mai
niquée par
le
{A. P.).
C'est le
Thiers au
La première de ces pièces a été depuis commugouvernement anglais; on en trouve un
destinataire au
extrait (en anglais)
(2)
de
au Record
rapport sur
Office,
France, vol. 87.
la constitution
commencement du
liv. III
du royaume
d'Italie
que
do son Histoire de l'Empire.
cite
252
CHAPITRE SIXIÈME
ministre à Pétersbourg.
faire passer
En
février
1804, VafJii a pu
un relevé diplomatique complet, en d'autres
termes les extraits importants des dépèches des agents
français à l'étranger, faits par Durant et Talleyrand et
mis chaque mois sous
il
promet que,
si
yeux du Premier Consul;
les
et
ces pièces reviennent des Tuileries au
ministère avec des notes du maître, ces notes prendront
aussi le
lait
chemin de Dresde. L'année suivante,
causer par ordre
France;
il
tâte et
Saxon Schulenbourg, ancien
le
chargé d'affaires en Russie,
en
il
et candidat
au
même emploi
un portrait
obtient de lui
détaillé
de
communiquer au
Czartoryski.
qu'il
modèle. Cet
homme
autour de
entre autres deux frères Simon, employés
lui,
aux bureaux de
la
s'empresse
de
avait certainement des complices
guerre
des relations extérieures;
et
ceux-ci pratiquaient dès 1804 le métier qui coûta la
vie à leur collègue Michel, l'espion du colonel Tcher-
nylchev, en 1812
(1).
D'Antraigues recevait d'une autre source des infor-
mations d'un caractère moins grave, curieuses pourtant, sur la société et la
1802, celle qui avait
cour consulaires.
failli
En septembre
l'épouser douze ans aupara-
vant rentra avec lui en relations épistolaires. N'ayant
pas
émigré,
intacte.
nistie
(1)
elle
avait conservé
Au moment où
le délai
accordée aux émigrés
A. F.,
France, vol.
d'Antraigues) aux
631,
ministres
(R. 0., France, vol. 87.)
f.
sa fortune presque
pour profiter de l'am-
allait expirer, elle offrit
152.
anglais
—
Communication faite
avril 1811, annexe
le 10
à
Cp<ir
n"
3,
L'AMI ET L'AMIE DE PARIS
son ancien adorateur de .négocier pour
253
lui
en France. D'Antraigues savait d'avance
semblables démarches,
fidèle,
il
la pria
de
et,
lui
une rentrée
l'inutilité
de
en remerciant cette amie
écrire tout ce
qu'elle jugerait
La dame
accepta, sous la
intéressant à faire connaître.
seule condition que la légation russe de Paris ne serait
point au
fait
de sa correspondance; en revanche, comme
elle connaissait
r«m/,
elle
bureaucrate.
A
lui les
s'arrangea de façon à ce que
complément à
ses lettres servissent de
celles
du vieux
révélations politiques, à elle
anecdotes de salon, les commérages élégants,
nique intime de cette société hybride qui
la
la
allait
les
chro-
former
cour du nouvel empereur. Bons mots d'autrui
ou
conseils personnels, elle jetait tout au hasard dans ses
avec la pensée que
lettres, qu'elle écrivait à la diable,
quelques-uns de ses récits amuseraient l'empereur de
Russie.
Remariée depuis plusieurs années,
elle avait
nouveau nom un accès journalier auprès de
M'"*^
Bo-
une de ces dames peintes par
naparte, et semble être
M'""'
sous son
de Rémusat, qui fréquentaient volontiers
le rez-de-
chaussée des Tuileries, sauf à paraître ignorer qu'au
premier étage vivait
ainsi accès,
le
maître de
mais fortuitement
et
France. Elle avait
la
irrégulièrement, au-
près du Premier Consul, Elle ne l'aime ni ne le hait,
mais
le
supporte
comme
le
garant de la paix
et de sa sécurité personnelle.
Par
publique
suite de ses liaisons
avec une tante de M™* Bonaparte, M™* de Copons, veuve
d'un magistrat de Perpignan, elle recueille à distance
CHAPITRE SIXIÈME
254
Il'S
n'a pu
secrets qu'elle
l'intérieur des Tuileries. Elle
dans
les
Bourbons,
vence
tant
surprendre par elle-même
la
partage
et
répulsion de
contre
ne regrette point
le
la feue reine.
Georges Cadoudal,
c'est
comte do ProSi
admire
elle
un peu parce
qu'il
est
mécontent des princes. La Déclaration de Calmar
lui
semble bonne à
faire des
sard Louis XVIII était
«
papillottcs », et
rétabli,
promesse d'une paix générale
par ha-
avec
apportant
et stable,
si
lui la
elle se procla-
merait sa fidèle sujette, puis s'exilerait pour toujours
en Russie.
comme
En
ce
moment, son horreur de
ses instincts d'ancien
régime
la
guerre
rendent hostile
qui se prépare
à l'établissement impérial
la
;
elle refuse
d'accepter de Joséphine des présents qui engageraient
safidélité, et elle fuit à la
campagne pour ne pas être
moin des premières solennités de l'Empire. Enhn,
commun
mot de
avec Va/ni,
et
trait
ne voudrait pas qu'un seul
elle
communiqué aux Bourbons.
ses révélations fût
Entre Paris
té-
Dresde, la correspondance était assurée
du secret; car elle passait par
çais, alors fréquents, à
les courriers officiels fran^
cause des conférences de Ratis-
bonne au sujet des sécularisations. D'Antraigues la
prendre à Francfort
;
pour
lui,
il
faisait
écrivait directement
à Paris, mais, comme jadis Brotier,en un style à double
sens, et à l'adresse d'intermédiaires (1). Entre Dresde
(1) Ces intermédiaires, qui n'étaient pas au courant des réponses
adressées de Paris, furent, depuis avril 1803, le général Suchet, Molinier-Montplanqua, avoué au tribunal de cassation, et Limodin, com-
missaire à la préfecture de police
1" mars 1805).
1
(L'ami à d'Antraigues, 19 février-
L'AMI ET L'AMIE
DE PARIS
235
etPétersbourg,il y eut au début des indiscrétions commises, les lettres transcrites en blanc ayant été ouvertes
etluesau passage, principalement àBorlin. Elles furent
alors en partie chiffrées, et des
courriers spéciaux les
portèrent jusqu'à la première poste russe, à Radziwilov.
En
1804, un secrétaire fut attaché par Czartoryski à
cette étrange officine
tiquait la
pour aider aux déchiffrements
et aussi
un jeune
tes. C'était
homme employé
légation russe de Madrid, le baron
la
mère
et
pour s'assurer qu'on y pradiscrétion, cette vertu suprême des diploma-
aux transcriptions,
habitait Dresde.
sincèrement
le singulier
tanément donné:
appartenir
«
auparavant à
la
deMohrenheim, dont
Mohrenheim paraît avoir aimé
patron qu'on
Je veux,
momen-
lui avait
lui écrivait-il
un jour, vous
comme un fils appartient à son père, jemets
mon service, ma fortune et ma vie
à votre disposition
vous jure, je serais trop heureux de pouvoir
(jue, je
crifier
au bonheur elàla durée de
Dans
l'été
la vôtre (1).
de 1804, Va?m mourut.
à la dernière heure que
»
Il s'était
souvenu
cinquante mille francs, jadis
prêtés par le père de d'Antraigues, avaient été le
mencement de
codicille,
en
sa
les
fortune, et
il
restitua
les
accompagnant des
au
sous prétexte
qu'il
com-
fils
par
jusqu'au
intérêts
25 février 1804. D'Antraigues refusa ce legs,
l'en croire,
sa-
s'il
faut
ne voulait rien recevoir
d'un serviteur du gouvernement
français
;
il
accepta
Molireaheim à d'Antraigues, 21 janvier 1805. (A. F., Frcmce, vol.
D'Antraigues à son tour fait à Czartoryski l'éloge de Mohrenheim. (Id., vol. 633, f. 60.)
(1)
040.)
—
CFIAI'ITUE SIXIÈME
256
seulement des héritiers une collection de classiques
grecs, à titre de souvenir.
Le
lils
de
ïamt
était,
à ce qu'il paraît, encore mieux
que son père, à portée de connaître
server les événements.
la
plume, par piété
taire,
il,
les
hommes
et d'ob-
Quelques mois encore,
tint
il
par reconnaissance hérédi-
filiale,
par cette conviction également héréditaire, disait-
que* sans l'Angleterre laFranceseraitun enfer
Lui aussi
était riche et fier
de sa richesse
;
(1)».
pouvait
il
faireau départementoùil servait des avances qui
lui
rap-
portaient jusqu'à 12 p. 100.11 plaçait avec succès dans les
fonctionspubliques ses parentset amisduDauphinéet du
Languedoc. Aussi
tenait-il
ses relations à l'extérieur.
il
était
Du
en rapports indirects avec
Hammond,
il
ni être
la
Il
dans leurs rapports avec
exigeait de son
il
discrétion, ne voulant
ni servir à
aucun degré
la
la
Bavière
France;
il
et
en
chiffres, à l'encre
la
Saxe
joignait à ses
exemplaires du Moniteur avec des
taires écrits
oià
le sous-secrétaire d'État
envoya à Dresde, entre autres pièces,
de substantiels mémoires sur
lettres des
plus absolu sur
côté de l'Angleterre,
même
connu du cabinet russe
Bourbons.
le
n'avaitjamais été trahi;
correspondant de Saxe
les
au secret
commen-
sympathique, sur les
marges. Sa correspondance, que nous avons considérée
comme
père,
continua
la guerre approchant, les
communi-
inséparable de celle de
jusqu'au temps
oii,
son
cations devinrent trop difficiles, les relations troppéril-
(1)
L'«w2 ù d'Antraigues, 19 fcvrier-1" mars 180o.
LAMI ET
L'AiMlE
DE PARIS
257
Jeuses,et où l'on ne dut plus entendre, à Dresde
comme
à Paris, que
Le bruit des lourds canons roulant vers Austerlitz
11
çais
y a évidemment, dans ce jour ouvert par des Franà des ennemis, sur
à des étrangers,
secrets de la diplomatie française
pour
(1).
un spectacle offensant
qu'on les comprend
la loyauté et l'honnêteté telles
en tous pays.
Ceux qui, eu égard à
temps, hésiteraient à prononcer
nieront pas l'abus de confiance.
plans
les
différence des
la
mot de trahison ne
le
Au début de
ce siècle,
lorsque l'idée de la France supérieure aux partis n'était
pas acceptée de tous, la délicatesse de conscience
faitde patriotisme étaitinconnueaux
traversé, tantôt dans un
en
hommesqui avaient
camp, tantôt dans un autre, au
gré de leurs intérêts ou de leurs affections du moment,
les crises successives
l'essai méritoire
Premier Consul,
de la Révolution
de pacification
il
se
et
;
et,
même
d'union tenté par le
trouva des esprits mal
hardis pour découvrir et
après
faits
saper les côtés faibles
nouveau régime, pour combattre, sans
et
du
affectation trop
prononcée de royalisme ou de républicanisme, l'oppression delà France par Bonaparte, l'oppression de l'Europe
(1)
V. Hugo, Regard jeté dans une
mansarde (dans
les
Rayons
el les
Ombres).
Cette correspondance a-t-elle continué encore en ISOe? D'Antraigues
raconte, dans une lettre à Ganning (B. M.), qu'il a
pu communiquer à
l'empereur Alexandre l'opinion du général Mathieu Dumas sur l'armée
« J'ai encore ici cette opinion,
russe, après la bataille d'Austerlitz
:
qu'un de mes amis en France est venu à bout de se procurer
envoyée. »
17
et
m'a
CHAPITRE SIXIÈME
258
par la France, Ceux-là s'inspiraient de l'esprit philoso-
phique en vogue dans
la
génération précédente, et quel-
Yaml
quefois de sentiments moins avouahles. Ce que
de Paris faisait'par intermédiaire et secrètement auprès
d'Alexandre, son patron
Talleyrand
faisait
le
quatre
ans plus tard, presque ouvertement, à l'entrevue d'Erfurth.
tant,
Pour ne point aimer Napoléon, Benjamin Cons-
Moreau, Pozzo
di
Borgo
se croyaient
quittes de
tout devoir envers la France. Ce patriotisme à outrance
qui est devenu, et
il
nous en
faut
générations, s'effaçait à leurs
riait leurs
yeux dès
qu'il
de nos
contra-
conceptions ou leurs animosités politiques,
et, s'ils lisaient
Corneille,
Cinna s'écriant
:
La
Ils
féliciter, la loi
ils
préféraient au vieil Horace
perfidie est noble envers la tyrannie.
trahissaient en paroles, en attendant mieux.
malheureux pour leur mémoire qu'en
aient vaincu,
Il
définitive
car leur œuvre, qui aboutit
en
est
ils
1814,
demeure tristement inséparable pour nous de l'invasion
et
du démembrement de
la patrie.
II
LE PREMIER CONSUL ET SA COUR
Essayons de
faits
tirer
de cette correspondance quelques
nouveaux, d'autant plus précieux
qu'ils n'étaient
LE PREMIER CONSUL ET SA COUR
2j9
point destinés au public. Ce qui servait secrèleuient à
l'instruction d'un
d'un souverain ne doit
ministre et
point être perdu pour l'histoire.
Bonaparte
est
évidemment par lui-même, par
truments de son pouvoir, par ses actes,
sujet de
les ins-
principal
le
correspondance. L'a?ni a recueilli plus
cette
volontiers les traits de son caractère, l'amie les manifestations de l'opinion à son endroit.
Selon Vami^
maître du jour est un
le
brutal, entrant en fureur à la
jusqu'à avoir
fruit
tres,
la fièvre
que par surprise.
il
S'il
violent,
moindre contradiction,
on ne peut
;
homme
le
conseiller avec
s'empare des idées des au-
croit ensuite qu'elles lui sont venues,
et n'en
veut plus démordre. Voici deux scènes significatives,
ajouter à tant d'autres,
prêt à s'insurger,
La première
faisait
o\i s'est trahi le
même
a eu
Corse, toujours
contre l'impossible.
lieu
en
juillet
discuter en sa présence
1803.
Bonaparte
un plan de descente
en Angleterre. Ce plan souleva de graves objections
Berthier exprima
fortement les
avec Talleyrand. J'entendis
thier, et vis la fureur
sa
femme
lui, et
vint, la
deux
J'étais tout
fois
il
ému,
siennes.
la fin
«
;
J'y étais
du discours de Ber-
de Bonaparte. Elle
Leclerc vint aussi;
il
fut horrible
était
;
hors de
présenta le poing fermé à Berthier.
et
Talleyrand aussi, mais Berthier
souriait de colère et le planta là...
Le secret a couvert
cette incartade et bien d'autres (1). »
La seconde
(1)
scène
L'ami à d'Antraigues,
s'est
passée à Fontainebleau, le
l()-22 juillet 1803.
^60
CHAPITRE SIXIÈME
-
14 juillet 1805.
«
Pendant que j'étais chez lui à ranger, sur
la fin (lu travail, les
dance de Turquie
nombreux
papiers de la correspon-
parcourus,
qu'il avait
avecRamond, chef d'un des bureaux de
tant l'état de l'armée de
Bonaparte
Hanovre
arriva Murât
Berthier, appor-
qu'il avait
demandé...
persuadé, je ne sais pourquoi, que de-
s'était
puis son départ pour Milan on devait avoir porté l'armée
de Hanovre, par l'envoi successif des conscrits, à28. 000
hommes,
et le 14 juillet,
on
lui
prouve, papiers sur table,
queleOjuilletiln'yavaitenHanovreque 12.000 hommes.
Jamais tigre enragé n'a été
menaces,
Les jurements,
pire.
et contre qui ? contre
les
son intime ami Berthier,
contre Bernadotte, ont été excessives, et devant treize
personnes, toutes sans exception résolues à les en prévenir.
Ramondtout éperdu ne
savait ce qu'il faisait; j'ai
repris le portefeuille, et le travail étant bien en ordre,
je lui ai
mis sous
les
yeux que ce
n'est pas par oubli ni
négligence que l'on n'a pas doublé cette armée, mais
parce que
l'état
des magasins et la possibilité de
sustenter exige qu'on n'y envoie que ce qui
Ces explications,
nourri...
j'ai été prié
menacé de
la main...
A
peut être
de les donner,
Ramond étant devenu muet de terreur;
fois
les
il
l'avait
deux
ces états étaient joints des
rapports de nos espions, inculpant cet état-major ou
plutôt le
nomme
et l'effet
en furie.
et le
neveu de Berthier, leur luxe,
la
celui de ce qu'on
cour du maréchal, qui en effet est prodigieux,
que cela produit dans
11
le
a écrit à Bernadotte
lendemain, la peur
l'a pris,
pays. Cela
comme
il
l'a
remis
à un laquais,
a envoyé un autre
LE PREMIER CONSUL ET SA COUR
courrier arrêter le premier; mais,
ne
qu'il
soit
recevra la
dont
j'ai
pas rejoint,
lettre..
eu
ma
.
il
ne
le
Voilà un
261
comme on
a intérêt
sera pas, et Bernadotto
dont
fait
j'ai été
témoin,
part aussi, car, voulant lui expliquer
aune
tout ce détail des magasins qui forment l'obstacle
plus grande quantité de troupes,
sur la table en fureur, et
mené
me
dit
mit
il
:
les
deux poings
Je ne veux pas être
par des gens de plume, entendez-vous bien
sont tous desj...
f...,
et je les
mettrai à la raison
Ce
?
(1).
Pour Vamie, Bonaparte est le maître incontesté de
France,
mais
il
»
la
n'en est pas l'idole, au contraire. Ses
frères et ses sœurs, excepté Joseph et Élisa, ne le peu-
vent souffrir. Leur antipathie est partagée par les ministres, qui déplorent ses violences,
dont
les
les
sentiments
gens de
devant
sont pour la plupart à genoux
poissardes ne lui ménagent pas les
leries grossières.
généraux,
sont poussés jusqu'à la rage. Si
grand nom
lui, les
par les Parisiens,
Dans l'armée, même phénomène;
les colonels lui sont attachés, et les
le détestent.
rail-
Sa femme
les
soldats
redoute à la pensée de ses
le
fréquentes colères. Toutefois, les uns et les autres se
sentent solidaires de
ne sachant qui mettre à sa
lui,
place, et le soutiennent par
(1)
(2)
égoïsme
(2).
L'ami à d'Antraigues, 15 juillet 1803.
intéressant ici d'apprendre quel tableau de la
Il peut paraître
« On croit la
Franco M"» d'Antraigues mère présentait alors h son fds
France toujours en révolution; ce n'est plus cela... On revient peu
les préfets sont absolument les intenà peuaux anciennes institutions
dants, les généraux employés successivement dans chaque pays les
commandants de province. La paix règne, le crime est réprimé c'est un
changement de dynastie. Le pouvoir suprême réside en un seul ; le se:
:
;
CHAPITRE SIXIÈME
262
D'après
mais
l'ûtm/, «
n'y a plus d'esprit révolutionnaire,
il
n'existe peut-être pas le
voulût ce qui a été
voulussent
mais
fait,
détruire
vingtième de
ce
Louis XVTII
ils le
n'y en a pas
il
que
tort
un coup mortel. On
Berthier
le trône, et
années
vous
;
lui
il
est
«
le subit
en espérant mieux.
que cela ne peut aller à plus de quelques
me
l'a dit
clairement. Mais
il
devient
fol
si
parlez de Louis XVIII, et enragé. Je mets toute
frir
depuis dix-sept ans; mais
que
c'est le
Vami
mépris qu'on a pour
C'est qu'on le croit
pour
lui por-
convaincu qu'un Bourbon remontera sur
passion à part, et je le dois, puisque je ne
livré à
d«'
rupture de
la
commerce
paix d'Amiens et l'interruption du
teraient
ou
Bonaparte
(1) ».
que par une révolution
Les Anglais ont cru à
palais.
mille qui
Bourbons
n'en veulent pas;
ils
couvrent de boue
ne saurait être renversé
France qui
la
qui est... Les
leur sont à charge ou à mépris:
la
la Révolution... Il
y a la nécessité de tenir à
il
un
lui
et
le
peux souf-
moi nous disons
qui le rendodieux...
poltron, faux,
méchant, et tout
des favoris qui sont ses maîtres, et qu'il passe
incapable
qu'il referait
de conduire la barque,
une révolution
et
qu'on croit
qu'on en a tant de peur
cret do l'État est impénétrable; jamais liomrae
moins communicatif
et
plus respecté et craint. La noblesse... commence à accepter dos places
les pères s'y refuseraient, mais non gêner
soit civiles, soit militaires
;
leurs enfants, qui sans cola n'ont d'autre parti à prendre que de mener leurs charrues ou celles des autres. Ceux qui sont employés sont
bien payés et par préférence aux autres. Il y a encore bien du mal
mais quand on le compare à ce qu'on a éprouvé, on regarde le Premier
;
Consal comme un libérateur. » (Lettre du 7 février 1804.)
(I) L'ami à d'Antraigues, 16-22 juillet 1803.
LE PREMIER CONSUL ET SA COUR
que, je vous jure, on
fer
consentirait à voir régner Luci-
promettait que l'on ne reverrait plus de révo-
s'il
lution.
203
On ne
méprisé aussi
peut pas revenir sur
lui.
Son
frère
est
Les émigrés de l'Angleterre ont rendu
.
Berry détestable en racontant sa vie crapuleuse
et les
excès de sa brutalité. Enfin Berthier m'a dit le mot.
j'en ai frémi
;
il
m'a
dit: s'il
en revient un,
et
n'y a que
il
d'Orléans en état de régner dans toute la famille. Jugez
si
mot m'a
ce
sin de la reine!
répété
si
effrayée. D'Orléans, le
fils
de l'assas-
J'en frissonne encore; mais
souvent que je vois bien
qu'il le
Derrière l'am* et l'am/e apparaissent,
il
pense
me
l'a
(1)...
comme
»
source
principale de renseignements, Talleyrand et Joséphine,
L'«/??i est
depuis 18001e témoin quotidien de l'ex-évé-
que, de l'ex-conseiller de Barras, qui emploie
périence acquise sous les
tituer et à
en
faire vivre
régimes déchus à en cons-
un nouveau.
Cet
«
a de grands, de très grands talents;
il,
lui
de vouloir très déterminément,
tention de la faire exécuter...
pense nuit
et
un
très
second
le
Il
grand acquit,
(Il)
le
a
prodigieusement
coup
d'oeil
qu'il a
mais
il
a de
le
rend
peur de déplaire, une vivacité
de production qui embrouille tout ce
(1) L'fl?>iie
;
rapide, la
au cœur, un amour de sa place qui
vraiment fou dès
l'in-
a des haines invétérées
conception nette, de l'audace dans la tète
la faiblesse
celui de
jour à 'satisfaire. Celle contre l'An-
gleterre est l'âme de sa vie...
d'esprit,
homme, ditpremier, ce-
le
sans jamais perdre
ployer, d'ajourner sa volonté,
qu'il
son ex-
ù d'Antraigues, 6-11 décenibro 1804.
qu'il
écrit,
un
CHAPITRE SlXIlLME
2fi'i
amour de
l'argent intarissable;
plus raffinée,
aime ses aises
il
trouver des raisons à tout...
rétablirait
lui alors
serait
il
n'a ni
perdu...
honneur
rigoureusement
et
ferme
Il
il
.
.
la
le
est de
et
Bonaparte
croit que,
est
le parti
travailler,
commode
peut tout
ni rancune.
mais
yeux pour ce qui
les
en affaires.
débauche
des
le Directoire, et cela est vrai, et
parte pour son insensibilité:
faire;
il
y aurait un bouleversement, que
il
généraux
que
la
n'aime pas Bonaparte
Il
en a affreusement peur, mais
perdu,
aime
redoute à la mort
Son amour-propre
travail long et de bureau...
il
il
et
il
est
travaille et fait
Il
fait
à Bona-
lui dire et lui
largement payer
chef sur des profits
Toute son étude, toute sa sagacité est de
deviner ce que veut Bonaparte et d'y soumettre toutes
ses pensées (1)...
Ce
car
>
portrait doit être vrai dans ses
le
modèle a posé journellement
devant un
homme
peu bienveillant
moindres
et
et
surprendre dans ses diverses attitudes.
sans
détails,
le
savoir
intéressé à le
A
ce
moment
surtout, où Bonaparte était exalté dans son ambition
par
le titre
césarien, carolingien qui allait lui échoir, le
ministre des relations extérieures était une puissance
(1)
1803.
;
Vami à d'Antraigues, 16-22 juillet 1803, 19 février et 1" mars
— A ces traits sont joints des détails sur sa manière de travail-
son plan, réunit ses idées, et les écrit mais avec peu de
beaucoup de confusion... Il s'enferme avec Durant, à présent avec Vami ou Hauterive ou Chevalier. Il leur dit tout ce qu'il veut,
souffre des contradictions non pas pour changer, mais pour y parer,
et finit ainsi son travail. Alors celui avec qui il l'a fait va le rédiger à
mi-marge et le lui lit. Il dit les corrections ou les écrit on met au
net. Voilà son travail pour une note de quatre lignes et pour un mémoire de cent pages.
ler
:
« Il fait
méthode
et
;
>>
LE PREMIER CONSUL ET SA COUR
il
le
une cour,
avait
265
soupers, ses thés après
et ses petits
spectacle étaient d'autant plus recherchés qu'on s'y
comme
initiait,
naguère au club, à
Talleyrand, sachant que
la politique
Premier Consul
le
courante.
affectait
de
mépriser ou de dédaigner les souverains de l'Europe,
dans des rapports
excitait ces sentiments
les traits
oij
il
révélait
que nos ambassadeurs, eux-mêmes courtisans
habiles du ministre,
recueillaient à cette intention.
Son dévouement au gouvernement consulaire
avait
pour seule raison d'être ses convictions arrêtées sur
nullité et la
il
il
la
désunion des partis opposants. Vénal, car
aimait la richesse et les jouissances qu'elle donne,
était peut-être servile à
sant
davantage
Ainsi
il
à dominer,
sait
même
sous un
plai-
maître.
eût voulu arranger les affaires entre l'Espagne
cadeaux
et les États-Unis, et les
fortifié
un plus haut degré, se
en
quand
mais
lui ce désir;
même abonder
la
faits
à sa
femme
peur d'être chassé
dans
le
disait-il, les
généraux
suadé au Premier Consul
et
le fai-
sens contraire, sauf
à critiquer en petit comité son opinion de
Ce sont,
avaient
commande
:
Fouché qui ont per-
qu'il faut
toujours avoir des
motifs d'intervenir en Amérique, afin d'envoyer là tous
les suspects
de l'armée.
Ce que Talleyrand
est
pour Vami, Joséphine
l'est
pour i'«m/e. Aussi met-elle presque constamment en
scène M""'
Bonaparte,
son mari jour
la
montre vivant
et nuit, et initiée,
les secrets de la politique.
mais sans
auprès de
suite, à tous
Tête sans cervelle, prompte
à rire ou à pleurer, elle est du moins fidèle à ses affec-
CHAPITRE SIXIÈME
266
lions et à ses relations; presque timide avec ses ancien-
nes connaissances, elle ne se ménage point pour obtenir les places et les grâces, et elle réussit.
sans gêne du bon temps où
nais, et,
avec sa naïve immoralité de créole,
comme
anciens amants
Elle parle
elle était la petite
Beauhar-
nomme
ses
Scipion du Roure ouCresnay
plus souvent elle se lamente, en
femme étonnée
et
;
em-
barrassée de sa grandeur présente.
«
Tout a
de force dans sa
été placé
de
tète, à force
l'entendre dire à Bonaparte... Elle vous dit quelquefois
de ces phrases qui vous étonnent.
On
croit tenir le
fil
de quelque chose... Mais on est tout attrapé de voir
qu'elle
ne sent pas
peut tout dire;
force de
la
ce qu'elle
dit...
lui
n'y a pas d'exemple qu'elle ait jamais
il
rapporté un mot à son mari, jamais, jamais..
elle n'a fait
On
.
Jamais
que parer les coups... Le ridicule est au delà
de toute croyance,
espèce de délire
l'intempérance de
et
(1). »
propos
une
Sajournée se partage entre des
conversations futiles ou galantes, et des larmes que font
couler les duretés de Bonaparte ou la peur des complots.
Il
y a des moments où de cruelles anxiétés l'assiègent,
quand
elle voit
paux ennemis,
elle
son beau- frère Murât, un de ses princi-
nommé
gouverneur de Paris, ou quand
apprend que Joseph, son autre beau-frère, a proposé
de la répudier
t-elle,
contre
et
de l'envoyer régner à Parme. Sera-
l'avis
de
tous, excepté
de Talleyrand,
couronnée à côté de son mari? Cette incertitude laron-
(1)
L'amie à d'Antraigues, 6-11 décembre 1804.
PREMIER CONSUL ET SA COUR
Lb"
267
géra jusqu'à la dernière heure, puis, avec sa frivolité
étourdie, elle oubliera
un moment ses craintes devant
une tunique de gaze ou un carton de dentelles, présents
qu'elle destine à ses nouvelles égales les reines étran-
gères, et elle
alors
«
:
mari;
il
rit
môme comme
Vous vous
êtes
Vamie
lui dit
partagé les rôles avec
votre
une
folle si
veutôter aux souverains la chemise,
leur laissez.
et
vous
la
»
Joséphine soutient atout prix Fouché contre Talleyrand, etFouché,par l'entremise de M""' de Copons,lui
fait
passer de l'argent quand elle en manque, sauf à en de-
mander
à son tour sous
un prétexte
à Bonaparte.
Fou-
ché a obtenu, au grand déplaisir de son rival, d'avoir
à l'étranger une police répondant à lui seul et de lui à
Bonaparte
la
seul.
Talleyrand n'en a pas moins recours à
nouvelle impératrice,
venu
solliciter
décembre (1804)
et le 7
son intervention,
afin qu'elle décide à
divorce son beau-frère Lucien,
au gouvernement de
il
est
un
destiné par Bonaparte
l'Italie. Elle
a accepté, mais à une
condition, c'est qu'on ne fasse pas venir à Paris Lucien,
qu'elle accuse d'avoir
et
empoisonné sa première femme,
dont elle-même a beaucoup à se plaindre.
A ce moment
l'empire était
fait,
QlYamie ne négligeait
pas d'écouter ce qui se disait dans l'entourage du maître.
Elle raconte
avec une joie maligne
les
marchan-
dages clandestins qui ont accompagné l'organisation de
la
maison impériale. Bonaparte eût voulu d'anciens noms
dans
les
charges de cour,
bellan, Crussol
comme
Laval
comme grand-cham-
grand-maître de
la garde-robe.
CHAPITRE SIXIÈME
268
la princesse de
Lorraine-Vaudémont
commme
grande-
comme dame du
d'Albon, désignée
maîtresse.
M""*^
palais, bien
que nièce ded'Antraigues, a su se dérober à
un honneur
qu'elle redoulait en allant passer
deux mois
en Suisse. M'^^deLa Rochefoucauld, quoique parente de
Joséphine, s'est faitprier pour devenir
dans
enfin,
la nuit
du 12 au 13 juillet,
dame d'honneur;
cédé moyen-
elle a
nant 100.000 francs de traitement pour
elle,
400.000
francs destinés à acquitter les dettes de la famille; sou
mari
doit
recevoir
Légion d'honneur,
traitement, une
le
rang
commandant dans
de
la
15.000 francs d'augmentation de
pension de 12.000 francs
et
de plus
(M'"'
de La Rochefoucauld avait cette condition à cœurj
être
maintenu pour un temps indéterminé dans une
grande situation hors de France
Ce tableau de
plet, si
la
.
cour consulaire ne serait pas com-
nous n'y voyions figurer
sentants de l'Europe à Paris.
tout, des
propos de salon
informations sur
le
et
les principaux repré-
Ils tirent
ils
se
par-
des bruits populaires, leurs
gouvernement
cipes et ses projets, et
d'un peu
français, ses
prin-
trompent souvent, n'ayant
pas accès à ce cabinet du Premier Consul
oiî
tout vient
aboutir. Ils sont aussi peu considérés qu'imparfaitement
instruits. Gallo,
l'envoyé de Naples, est tenu pour
imbécile obséquieux, empressé à faire des cadeaux
toutcequi porte jupe auprès des ministres
ses collègues au profit
même
de Talleyrand,
à l'occasion contre
voyé de Saxe,
«
n'est pas
»,
et
d'Antraigues.
un coquin, mais
un
«
à
espionnant
déblatérant
Bunau, enc'est le
plus
LE PREMIER CONSUL ET SA COUR
vil
des
hommes
tremblant qu'on ne
(1), »
269
lui
donne un
successeur encore plus docile que lui envers la France
et se
dépensant en
flatteries intéressées.
sadeur d'Espagne, est aussi de cœur
gouvernement consulaire,
et
comme un
Azara, ambas-
d'âme avec
n'en est pas moins
il
chien dans tous les bureaux,
éperon
vilain n'a ni
bouche
collègues
a eu le talent de se glisser dans
il
ni
le
clabaude dans les salons
contre les vieilles monarchies;
traité
et
».
o
mais
le
Seul entre tous ses
le
cercle
intime de M"'' de Talleyrand; encore auboutde peu de
temps Beurnonville
Lucchesini,
le
l'a-t-il fait
ministre de Prusse, en dépit de ses vices,
montre quelque habileté
et
quelque connaissance de la
situation: « Osez, osez, dit-il
que cela dans ce siècle!
La Russie
honnêtement exclure.
n'était
à Talleyrand,
il
ne faut
»
dans
représentée
alors plus
ce
groupe cosmopolite. Markov avait quitté Paris, ayant
irrité
Bonaparte par son attitude hautaine,
mérité que le Premier Consul, dans un
meur,
dît
de
lui
à Talleyrand
:
et
toutefois
moment
Voyez combien
d'huil
est
supérieur à vous, ce qui avait désespéré l'ex-évêque et
fait
il
pleurer sa
femme
restait à Paris
à chaudes larmes.
une colonie russe, dont
membres nous apparaissent dans une
peu
édifiant. Ils louent
étourdiment
son chef, et frayent en
même
le
Markov
les
parti,
principaux
galerie d'aspect
gouvernement
temps avec
les
et
survi-
vants du Jacobinisme, parlent liberté et constitution
dans
(1)
le
salon de
La Reynie ou dans
L'ami à d'Antraigues, 16-22
juillet 1803.
celui
du banquier
CHAPITRE SIXIEME
270
comme
Récamier,
si
on
encore en 1790. Là un
était
prince Obolensky raconte du grand-duc Constantin «des
choses à faire frissonner
»
une
;
M"i®
Demidov
appelle
tout haut Bonaparte le Dieu de l'Europe, bien que l'am^
ait fait
fermer par ordre
Une
chez elle.
princesse Dolgorouky,
gante, extravagante,
nommer
elle est
salon de jeu qui se tenait
le
se vante bien
indiscrète, intri-
haut d'avoir
fait
ministre à Berlin le jeune Metternich, dont
follement éprise. M™*
Divow
a obtenu la
per-
tailler la
banque
chez elle moyennant une redevance de .30.000
francs
mission écrite de Bonaparte de laisser
par semestre à la police,
grand juron
qu'il
n'a pas graissé la
mais Talleyrand a juré son
«
ferafermer cette boutique, parce qu'on
main à sa femme
(1) ».
ne l'oublions pas, aaussi organisé chez
Ladite dame,
elle
impunément
un véritable commerce de contrebande pour
elle et ses associés (M"^^
la Russie
;
de Talleyrand est du nombre)
y gagnent 20 0/0. Il y a aussi la princesse Michel Galitzine, une Schouvalov, fille d'un correspondant de
Voltaire, qui est en liaison avec
Caulaincourt,
et qui
emploie son talent épistolaire à dénigrer l'empereur
Alexandre
et
son entourage.
Parmi ces étrangers
figure
un revenant de Versailles,
Nassau-Siegen, jadis célébré par les madrigaux héroï
ques du prince de Ligne
:
on
le voit
passer à l'écart,
médisant de Czartoryski, puis empochant silencieuse-
ment
les profits clandestins
curés dans
(1) L'(uni
l'afïaire
que Talleyrand
des sécularisations.
à d'Antraigues, 16-22 juillet 1803.
lui
a pro-
LA CONSPIRATION DE
C'est presque aussi
1804
271
un Russe que l'aacien ambassa-
deur de Louis XVI, l'hellénisant Choiseul-Gouffier;
après dix ans passés à revenir de Constantinople parla
Neva,
il
paie en anecdotes malignes sur Alexandre le
droit qu'on lui laisse d'espionner pour le
nouveau souverain. Telle
est
compte de son
du moins l'opinion
sur
son compte au ministère des relations extérieures. Bonaparte
le traite
de drôle,
il
ne veut point entendre par-
ler de lui, et Talleyrand, qui
ami un serviteur du nouveau régime, n'ose plus
vieil
le
comptait faire de son plus
voir qu'en secret.
III
LA
Au
co^s['n\A'i'in>'
Di-:
IHOi
tableau de la cour consulaire se joint le récit de
la crise qui faillit
emporter tout
le
régime, lors de
l'é-
tablissement de l'empire. Pour des motifs divers, d'Antraigues et Czartoryski prêtaient une attention passion-
née à ce qui se passait alors en France. Émigrés, constitutionnels, républicains
vue d'empêcher
nastie, et le
la
s'unissaient secrètement en
proclamation d'une quatrième dy-
Premier Consul, près de
saisir la
couronne,
sentait entouré d'ennemis conjurés contre lui dans
se
un suprême
a
Ah!
le
effort.
plaisant maître, écrit Va77iie, qui depuis cinq
CHAPITRE SIXIÈME
272
mois ne dort jamais deux heures de
queje n'en
sais rien.
et n'en dort
Vous croyez
1
Pardonnez, Monsieur; je sais
ne dort pas par la Bonaparte,
dormir
suite
qui meurt d'envie
Depuis
pas davantage.
le
de
mois de
septembre, la frayeur de l'assassinat a redoublé.
fait
qu'il
se
Il
garder la nuit par une garde inconnue sous les or-
dres de Duroc seul. Cette garde que l'on ne voit pas est
dans tous
où
il
les cabinets, à toutes les portes des
est, et
deux gardes dans
môme, auprès
chambres
chambre à coucher
la
des deux portes, car
il
y a deux portes
dans sa chambre à coucher, à Paris, à Saint-Cloud, partout.
Les portes sont barricadées,
res on relève les postes avec
à Bonaparte, qu'on éveille dans son
deux ou
trois fois par nuit
;
et
chaque deux heu-
unmotd'ordre qui revient
on
lit
change
afin qu'il le
le réveille
chaque
fois
que l'ordre passe. Voilà ce qu'elle m'a confié dans
le
plus grand secret, à moi et à la Brienne. Ces déplorables misères, elle nous les dit moitié pleurant et moitié
riant, parce
que je
plus pour elle de
trop dans une
lui
demandais
n'existait
sil
moments où deux témoins
chambre à coucher.
»
fussent de
Suivent des détails
sur les précautions prises contre des tentatives
poisonnement
On
donc
d'em-
(1).
savait à l'étranger, par la
même
voie, qu'en
cas
de catastrophe Moreau était le successeur inévitable
;
que celui-ci, trop confiant peut-être dans sa popularité
militaire, avait dit
au Premier Consul
:
«
Je ne veux pas
votre place; je veux rester tranquille, mais
(1)
L'amie à d'Antraigues,
4 février 1804.
si
vous
LA CONSPIRATION DE
mes
m'attaquez, je connais
273
1804
forces, et en huit jours
ou moi nous ne serons plus.
»
Une
vous
lutte décisive s'enga-
geait donc, et Josépliine était loin d'être rassurée
souhaitait déjà que
dans
la retraite
;
Moreau vainqueur
espagnol, et 200.000 à cette
si
elle
la laissât vivre
en prévision de l'avenir,
1.300.000 livres en or à Hervas,
;
elle
remettait
chargé d'affaires
le
même amie
qui médisait
largement sur son compte. Les autres serviteurs, na-
guère empressés à dénoncer, se taisaient, sentant venir
yeux
l'orage et cherchant des
rand,
le
«
maître à venir. Talley-
plus insigne poltron,
ment devant
ennemis
le
le
Consul
tremblait extérieure-
»
et intérieurement
devant des
qu'il ignorait.
La conspiration Pichegru-Georges-Moreau
alors.
\Jami
et ['a?me
se formait
en suivirent de près les péripé-
ties, et firent connaître à
Dresde les scènes
qu'ils avaient
pu surprendre du mystérieux drame, h'ami montre
complot organisé par
paix avec
les Anglais,
tous les
Pichegru
secrets, puis,
et
en vue de conclure la
nouveau gouvernement, sans
le
rien sur les institutions à établir;
Moreau,
le
gêner en
marchant parallèlement à
lui,
second uni au premier par son
du duc d'Orléans;
enfin derrière eux, dans le ministère,
les
le
Georges seul tenant
désir de relever le titre royal au profit
que dans
le
aux armées, jus-
assemblées politiques, une foule de gens
effectivement ou moralement complices, vingt-trois sénateurs, deux généraux enchef, LecourbeetMacdonald,
Suchet
et Dessoles,
Real enfin,
autre par des lettres de sa
«
enfoncé plus que tout
main à Pichegru
». Il
affirme
18
CHAPITRE SIXIEME
274
que
le
dénonciateur a
le vrai
comme au 18
été,
Fructidor,
prince de Carency, devenu inspecteur de police.
tenu
et lu l'ordre
du Premier Consul de
faire
Il
a
donner
la
torture à Pichegru. Usait que Georges est venu jusqu'au
milieu de Paris protégé par des agents de
police.
11
note l'arrestation de Moreau dès qu'elle est décidée, et
môme
sa lettre en
fait partir
celles qui an-
temps que
nonceront la nouvelle à nos agents à l'étranger. Enfin
il
de près l'inventaire des papiers
suit
parcourir ceux de Moreau
en définitive soustraits
et
et
saisis, et a
pu
de Pichegru, qui ont été
seront transportés en Angle-
terre.
De
de
ses rapports à ce sujet, j'extrais
l'affaire
le récit textuel
me semble une page
même temps qu'un do-
du duc d'Enghien, qui
toute vivante et frémissante, en
cument historique de premier ordre.
C'est unehorreur, c'est
a...
est aussi le plus
qui
l'a
il
citadelle
le
incidente,
dans
a dit qu'il (d'Enghien) devait s'emparer de la
d'Huningue, puis de celle de Strasbourg, que
plan les conjurés devaient
d'Huningue
celle
il
imprudent des hommes. C'est Lajolais
compromis par une déposition
laquelle
dans
une abomination, mais
M. Thumery, ce
il
qui,
lui livrer;
devait laisser pour
mal
écrit, a fait croire
Dumouriez au Grand-Juge, qui nous
l'a
que dans
commandant
que
envoyé
c'était
ainsi
écrit.
a
Je crois quant à moi,
ainsi
que Talleyrand,
—
— que
et
Durant pense de
même
Lajolais a reçu du Grand-
Juge l'ordre de compromettre le duc d'Enghien, que
le
LA CONSPIRATION DE
275
1804
Premier Consul voulait enlever déjà depuis plusieurs
semaines, à ce que m'a assuré Duroc lui-même.
On savait
par deux de ses valets, dont un était une espèce de se-
deux cassettes de papiers. Enfin,
crétaire, qu'il avait
après la déposition secrète et incidente
Consul manda Talleyrand
la lui
remit toute
faite
;
elle est
est
présentations, je vous le jure sur
et le
:
Je
renvoya,
veux, je l'aurai, je
ordonnant de
lui
lui
le
;
bureau,
devenu
l'intimo
de fortes re-
fit
honneur. Bonaveux, je l'aurai
envoyer
le
paquet
l'expédierait lui-même. Talleyrand vint lui-
fait, qu'il
même
le
mon
Bade
le
encore dans
confident de Bonaparte. Talleyrand lui
parte lui dit
d'écrire la let-
l'électeur de
Fourcroy qui
écrite par le conseiller
de Lajolais, le
ordonna
que vous avez vue imprimée, à
tre,
il
et lui
chez Durant;
il
était pâle
comme un
mort,
et
il
leur dit ce qui venait d'arriver, ordonnant de faire ex-
pédier la lettre et de la
dit
mot,
ni
moi. Lui
lui
pédition de la lettre, nous
Duran t ne lui
porter à signer.
sorti, et à l'instant
môme
avant
l'ex-
envoyâmes chercher mon ne-
veu, frère cadet de celui que vous avez vu en Egypte
consul de France;
Strasbourg,
oii il
La
fut
lettre
ne
il
est
du commissariat de
la
guerre à
devait se rendre dans peu de jours.
mise au net, signée
mier Consul qu'après
le
et
remise au Pre-
départ de M..., et quand Cau-
laincourt partit, M... avait au moins trois postes
vance
«
d'a-
.
En
arrivant à Strasbourg,
ce pays,
homme
nommé
sûr
le
magistrat de sûreté de
Popp, ami intime de M..., envoya un
à Kehl
au
nommé
Trident,
maître
de
CHAPITRE SIXIÈME
276
poste, qui expédia à l'instant
On
au duc
disait
compromis
ainsi
une
estafette à Etlenlieim.
Partez à l'instant. Lajolais vous a
:
que M"^^ de Reich. Celle-ci
Le duc a reçu
Vous
n'avez pas une minute à perdre.
billet
vingt-neuf heures avant d'être arrêté,
pas tenu compte;
on
fait lever,
il
l'avait sur lui,
est arrêtée.
ce
et n'en a
quand, après l'avoir
a été remis à l'inventaire
l'a habillé. Il
à
du duc à Strasbourg. Le magistrat chef du
l'arrivée
non
a saisi le billet, l'a déchiré et
tribunal criminel
compris dans l'inventaire sommaire. Ainsi vous voyez
homme
que ce malheureux jeune
a été infatué et n'a
pas voulu s'échapper. Nous avons la consolation d'avoir
fait
«
l'impossible entre Dieu et nous
La
lettre de
Talleyrand mise au net, Durant malade
ne put la porter à
rand
était
qui fut
me
fait.
c'est alors
Consul
ira à
la signature;
avec Chaptal, l'un
cette arrestation,
leyrand
mais tous deux
chargea de porter
le
si
opposés à
effrayés que
Tal-
paquet au Consul, ce
Je trouvai le Consul avec Caulaincourt, et
dit
devant moi
Ettenheim qu'on
avait résistance, et
:
le
perdu.
Le
Ordonnez au général qui
dans sa chambre,
le fusille
vous
était
ferez fusiller
s'il
y
partout où
un mouvement pour nous l'enlever. Là
vous verrez
les ordres furent
en
je la portai. Talley-
et l'autre fort
que je vis que d'Enghien
lui
officiers
(1).
même
rendus devant
temps sur
la
moi.
On envoya
trois
route de Paris à Stras-
(1) C'est là la confirmation du fait rapports par Nougarède de Fayet,
Reclierc/ies historiques sur le procès et la condamnation du duc d'Enghien, t. II, p. 234. Cf., pour ce fait comme pour le reste du récit,
H. Welschinger,
Ze
duc d'Enghien.
LA CONSPIRATION DE
bourj^ à postes fixes pour
L'ordre
duirait
ici.
de la
citadelle
quand on
se relever
était qu'il fut
277
1804
mené
con-
le
à Paris et retiré
nuit, sortant par la
de Strasbourg la
porte de secours du côté de Saverne.
a
que
J'oubliais
laincourt,
s'il
le
Consul répéta plusieurs
fois
Cau-
:
envoyez
s'enfuît,
averti et qu'il
était
quinze cavaliers à toute bride après lui; promettez-leur
3.000 louis
s'ils le
saisir, ils le tuent
saisissent, et 1.500,
si,
ne
le
sur place en quelque lieu
rencontrent. Ce furent ses dernières paroles.
moment dans son
en ce
pouvant
qu'ils le
Il
y avait
cabinet Bertliier, Duroc,
Cau-
laincourt, Régnier et moi.
«
On n'apprend
disait votre
à connaître les
hommes
vénérable grand'père, et je
l'ai
qu'à l'user,
bien vu en
cette occasion. Caulaincourt,
que j'avais toujours cru
un bon
que j'aurais parié devoir
et
aimable garçon,
et
refuser cette mission, que Duroc et Mortier avaient refusée, s'en
lui
chargea non seulement avec
joie,
tournait déplaisir de rendre service;
«
Vous avez
ordres;
lu
dans
le
la tête
était infatué.
Moniteur l'exécution des
Seulement
cela est très exact.
sujet de l'électeur de
il
mais
Bade;
il
n'a
ils
mentent au
pu consentir, puis-
que, lorsqu'il a reçu la lettre de Talleyrand, d'Enghien
était
à deux lieues enfoncé en terre de France.
bourg
il
n'a pas eu le temps
pas été maltraité;
jour
et nuit,
il
A
de se reconnaître.
StrasIl
n'a
au moins je l'ignore. Mené à Paris
s'est arrêté
onze
fois
pour des quarts
d'heure au plus pour des besoins; mais jamais on n'a
voulu
le laisser
dormir. M... m'ajoute,
— mais
cela je
CHAPITRE SIXIEME
278
ne puis
— qu'on ne
le croire,
pas dormir en
le laissait
voiture exprès afin de l'empêcher d'être en état de ré-
pondre à ses juges je ne crois pas
;
Arrivé à Paris,
«
cela.
Temple; mais
a été d'abord au
il
matin Berthier y avait été avec Murât
deux capitaines
de Murât pour
arrivant,
un
il
a
On
fatigue.
lon, et
seil
«
on
lui
lui a
un
lit,
tout de suite
parce
il
n'y avait pas de bouil-
de guerre était assemblé. Alors
le
con-
a paru ému.
il
Talleyrand nous avait chargés d'envoyer des gens
tout, et j'avais
sur quoi?
—
il
«
— Vous juger,
»
taires;
y avait
mais quand
monde,
il
dit
Alors
il
l'a
c'est-à-dire des mili-
on
le
voulut parler, on
le lieutenant
fit
sortir tout
de gendarmerie aussi. Enfin
couta sans mot dire, l'œil ferme, mais très pâle.
envoyer sa bague à
Rohan, refus. Alors
as-
reprit ses forces,
on rouvrit les portes pour lui lire sa sentence.
lut écrire, refus;
Hulin.
du monde,
et
s'endormit; au moins on
il
D'Enghien a
mena dans la salle.
cru. Quand on lut les
Voyons, voyons,»
préambules,
lieute-
Sur ce que vous avez voulu
sassiner le Premier Consul.
et dit:
envoyé un
nommé Lemonnier.
demandé: «Mais queveut-on?
— Mais
il
eut
tience, presque convulsifs, et
«
En y
pouvait plus de
refusé de dormir, lui disant que
nant de gendarmerie
le
carrosse
un verre de vin ou
qu'il n'en
a donné du vin,
pour être témoins de
Là
le
conduire aussitôt à Vincennes.
demandé
bouillon, et
le
y avait laissé
quatre gendarmes avec
et
le
et
des
Il
vou-
la princesse
de
mouvements d'impa-
demanda
Pendant ce temps, notre amie
Il l'é-
était
à boire.
chez
M™® Bona-
LA CONSPIRATION DE
279
1804
parte pour l'engager à le sauver. Je vous jure devant
Dieu qu'elle y a
possible de faire-
tout ce qu'il est
fait
Je vous dirai plus. Talleyrand a écrit à ce sujet une
superbe au Consul
tre
ler,
a écrit
il
a
il
;
seph est venu,
et
l'a
engagé à porter sa
sul, et à l'appuyer. M™*'
de son mari pour
vous rapporte
otage. Je
notre amie, qui
vous
«
:
l'a écrit
aux pieds
ce qu'elle a
dit
Eh!
me
font les souverains ?
clament pas
Alors elle
—
Mais
les
qu'il sera exécuté.
Joseph
le
genou,
est entré alors.
de lion, peut-être trop,
pierre et
se faire
puis
il
soit,
Marat de
le
— Mais
f...
en toutes
s'est
monde
tout le
le
a lancé un
lui
et est sorti.
Il lui
lui
a parlé avec un courage
a dit qu'il serait le Robes-
lettres, et
enfermé à
la
!
qu'a-t-il fait ? »
France. Bonaparte
la
souve-
— Eh
C'est pour qu'ils ne le ré-
juraà r«m/e que Bonaparte
coup de pied sur
«
elle-
Consul, de quoi vous mêlez-
f..., lui dit le
rains le réclameront, et vous en tirerez parti.
que
comme
elle-même à
mesure en rentrant chez
à
Je n'ai pas besoin d'otage.
?
s'est jetée
au Con-
demanda donc de garder d'Enghien comme
Elle lui
otage
Bonaparte
lettre
supplier de garder le duc
le
let-
courage de par-
prier Joseph de le venir voir. Jo-
fait
il
n'a pas eu
il
;
le
l'a
envoyé
a ordonné l'exécution,
Malmaison sans qui que ce
croyant
à Paris.
Tl
a défendu
qu'on laissât approcher personne, excepté Hulin, qui
est
venu
cié
de quatorze coups de
dit et
Un
lui dire
que
le
duc d'Enghien avait été supplifusil tirés
répéta que Bonaparte
de moins
!
C'est bon.
à la fois. Hulin
me
avait dit ces seuls mots
:
CHAPITRE SIX[ÈME
280
«Voilà, Monsieur, tout ce quejesais et vous garantis
être vrai, parce que j'en suis sur, et
si
sûr que je vous
supplie de n'en faire aucun usage public qu'après
mort ou un changement
ce soit d'être plus instruit, excepté Hulin, qui
mais voulu dire à Talleyrand ce
clos, ce
qui
me
n'a ja-
à
qu'il avait dit
persuade que l'on
fabrique
huis-
sur cela
quelque infamie pour faire périr quelqu'un ou
sa mémoire. Je le crois
;
On
au nez,
dit
répondu?
Hulin, et
il
me
dit
hier
demandé un
avait
lui
seur. Et que lui avez-vous
lui ai ri
flétrir
nous verrons.
que Hulin lui-même
« J'oubliais
Decrès que d'Enghien
ma
de maître. Je défie qui que
ici
dit
chez
confes-
Decrès.
s'en est passé (1).
— Je
»
n'a rien trouvé d'essentiel dans les papiers de la
victime. C'est Bonaparte, assisté de
Rœderer
et
de Ségur,
qui en a fait lui-même l'inventaire.
Uam'i continue en ces termes
Autant
«
tant j'en ai
sûr
:
mais
est faux
j'ai
desdétails sûrs sur le duc d'Enghien, au-
peu sur Pichegru.
il
:
Il
a été étranglé, cela est
est impossible de bien savoir
que
la
garde ou la gendarmerie
bourreau. Talleyrand
sait
comment.
ait
Il
fourni le
très positivement qu'il a été
étranglé par Sanson le bourreau, mais ce qui a donné
lieu à la méprise, c'est
chait au
Temple
et
la
n'ose parler,
même
il
cou-
y entrait vêtu en gendarme ou en
garde
grenadier de
que depuis cinq jours
;
cela,
nous
le
savons. Personne
à Talleyrand, qui n'ose pas trop
s'informer. Ce que l'on sait à cet égard, c'est que Ré(1)
Vami
à d'Antraigues, 19 avril 1S04.
LA CONSPIRATION DE
mesure. Je ne
gnier a décidé cette
281
1804
sais
le
que par
Rcinhard, qui a entendu Talleyrand causer à fond avec
Lagarde, ami de Régnier. Pichegru a subi quatre
terrogatoires, dans lesquels
ce
soit,
de
la
mais
il
n'a
compromis
tyrannie actuelle et lui rendre un
stable
;
qu'étant militaire
gouvernement
versement de
il
à établir, mais que son but était le ren-
demandé plume,
la tyrannie actuelle. 11 a
composer sa défense au
tribunal, n'ayant pas voulu d'avocat.
papiers ont été saisis, sa défense
lendemain
gouvernement
n'avait pas d'idée fixe sur le
papier, encre, et s'est mis à
le
France
a déclaré avoir voulu délivrer la
il
in-
qui que
il
a été étranglé.
Tout à coup ses
portée au Consul, et
Nous n'en savons quant
à présent pas davantage... Dans ce temps-ci on ne peut
être trop curieux;
cela n'est
Talleyrand s'en tient
aussi.
pas prudent
force
là,
nous
est
:
puisque
et
d'y
rester
B
On
vient de voir
l'c/mz'e
intercédant pour le duc d'En-
ghien. Elle rend encore témoignage à Joséphine de ses
efforts
pour obtenir
Moreau, qui
réussi.
la
grâce de Georges,
l'eût très
En revanche,
elle
de la future impératrice
et
pour sauver
bien traitée, paraît-il,
:
s'il
eut
dénonce un mot malheureux
<i
Je ne sais pourquoi le public
nous boude, auraitdit Joséphine en sortant d'un théâtre
où
elle et
son mari avaient été accueillis par un pro-
fond silence, car ceci est une querelle particulière entre
nous
et les
Bourbons. nUamiea. déplus fermé sa porte
à Caulaincourt, hier encore
le
bienvenu dans son châ-
teau avec les officiers do son régiment, et
n'a consenti
CHAPITRE SIXIÈME
282
à la lui rouvrir que
sur les sollicitations expresses,
réitérées venues des Tuileries. «
à cette occasion, de
une partie que
d'honneur que
a essayé, écrit-elle
se justifier, et
Bonaparte
voici.
si
Il
il
lui
s'est justifié
d'Engliien était arrêté
il
serait
jusqu'à la paix au château de Pierre-Encise à
qu'il
y
fût
connu. Caulaincourt ne se
promesse, Bonaparte
me l'a
Il
médit ne
la lui
l'avoir conservée
:
fiant
enfermé
Lyon sans
pas à cette
écrire parle Grand-Juge.
fit
Je lui dis
fait lire.
en
promit sa parole
Il
faut la publier.
Il pâlit,
que pour moi, avoir consenti
à la détruire et avoir dit qu'elle n'existait plus (1). »
La grande dame
avait poussé l'expression de sa colère
contre lui jusqu'à demander et obtenir qu'on changeât
de garnison
le
régiment dont
voulaitpoint voir,
môme
il
était colonel
elle
;
ne
de loin, lacouleurde son uni-
forme.
Mettons en regard de cette disgrâce, d'ordre tout
privé, la
rentrée en
faveur
d'un personnage
aussi
important que peu considéré, Fouché. Les historiens
attribuent à
son zèle pour l'établissement de la mo-
narchie impériale son rappel au ministère de la police.
Voici une autre cause que
bulletins de Vamie.
tres, l'avis
«
spécifient avec détails les
Lorsqu'on arrêta Moreau
et
d'au-
de Fouché fut de les disperser dans les dé-
partements, de les faire juger par les officiers
comme
l'infortuné d'Enghien, et de les faire fusiller. Bonaparte
en
fut
(1)
détourné par Real
et
Régnier, qui l'engagèrent à
h'amie à d'Anlraigues, 2 juin 1804.
LA CONSPIRATION DE
283
1804
en faire une affaire d'éclat pour établir l'opinion de sa
justice,
il
et
que
d'ailleurs, les
juges étant de son choix,
devait être sûr que lorsqu'on ferait enfin le procès
tout serait combiné de manière à ce que
par leurs aveux, soit par la promesse
soit
ces gens-là,
et l'espoir
de
leur grâce, ne contrediraient à rien. Talleyrand fut du
môme
avis.
Il
s'y rendit.
L'événement a
contraire. Ils se sont défendus
comme
été entièrement
des lions, excepté
ces sots de Polignac, et le public et l'armée ont été
constamment contre
les juges, et
l'armée a appuyé
public. Bonaparte a failli tuer Real de colère
excédé de coups devant sa femme,
et,
il
l'a
résolu à ne plus
jamais donner de spectacle de cette nature,
Fouché
;
le
il
a rappelé
»
(1).
L'Europe s'émut, sinon du meurtre juridique accom-
du moins de
pli,
commis contre
l'attentat
le droit
des
gens, et la Russie, qui n'avait plus guère à ménagerie
Premier Consul,
une note en
du
territoire
fit
style
parvenir en Allemagne et en France
comminatoire, accusant
germanique. Talleyrand répliqua de son
mieux, ne se doutant guère qu'un
dessus son épaule
traigues
:
«
C'est
écriv^ait
de
la
homme qui lisait par-
dépèche russe à d'An-
une pièce superbe; depuis quinze ans,
nous n'en avons pas une seule à
lui
beau, c'est raisonné, c'est noble, c'est
fait... Ici
dans
(1)
ma
la violation
on n'en dira pas
le
mot, mais
comparer. C'est
clair, c'est
elle sera
connue
me
charge
tournée annuelle aux frontières. Je
L'amie à d'Antraigues,
M
juillet 1804.
par-
CHAPITRE SIXIÈME
284
de
répandre sur une ligne de 380 lieues.
la
influer sur l'opinion (1),
»
D'Antraigues de son côté
tint à
engager
désir de ne point
de ne point attirer
gouvernement
publier, sans
le
gouvernement russe,
de nouveau sur
français. Il
nom
le
fit
et
l'attention
du
imprimer à Dresde
et
lui
d'auteur, sous la rubrique de Londres,
des Réflexions dirigées surtout
tout en réprouvant
;
exprimer ses senti-
en gardant une réserve inspirée par
ments, tout
Régnier
Elle doit
contre Bonaparte,
du duc d'Enghien,
il
le
Grand-Juge
les projets d'assassinat
y rendait
et
contre
hommage
à la
mémoire
s'attachait à justifier,
dans
la
récente conjuration, le rôle et le but de l'Angleterre.
IV
LA POLITIQUE FRANÇAISE EN
Uami
tique
et
étaient, en fait
Vamie de Paris
étrangère,
survivants
des
plus Européens que Français.
cœur,
était alors
Russe de
Alexandre
et ses conseillers,
et
1804
du xvin"
lui, le
(1)
la
siècle,
Le premier, anglomane,
s'imaginant, tout
comme
que l'accord de la Russie
do l'Angleterre préviendrait de nouvelles
de la part de
de poli-
atteintes
France à l'équilibre européen. Selon
cabinet de Londres était servi à Paris par bon
L'ami à d'Autraigues, 30
juillet 1804.
LA POLITIQUE FRANÇAISE EN
nombre de gens en
place, dans les
1804
28S
armées
reaux. Ceux-là, —
comme pensant
Anglais
Masséna, Suchet, — détestaient
et
il
voulu
accepter
et n'eussent
néanmoins, sans
d'eux, et
surprendre
faire connaître, ils réussissaient à
du cabinet consulaire
Manche des
du maître.
et faisaient
avis propres
Un
bu-
les
ainsi Sieyès,
cite
les
rien
et
se
les secrets
passer au delà de
la
contrecarrer les desseins
à
certain Latour, ancien ami de Fox, était
l'intermédiaire ordinaire de ces communications.
h'amie se
parle sentiment que par la raison;
dément de
femme, plus
laisse guider, en sa qualité de
admire profon-
elle
jeune souverain de la Russie,
loin le
digne représentant à ses yeux de la cause des rois
l'appelle « notre
ange
», et
a pour
lui cet
seul
le
;
elle
engouement
voisin de l'idolâtrie dont se targuèrent plus tard, entre
tant d'autres, des
Gouffier et
mondaines comme M™* de Ghoiseul-
des mystiques
Elle se dit forte de faire
comme M^^
de Kriidener.
enfermer au Temple avant un
mois quiconque oserait devant
elle
mal parler de son
héros.
On
voit
dès lors dans quel
critique l'un et
esprit
l'autre envisageaient la politique étrangère de Bona-
parte. Ils la combattaient par ces
moyens souterrains
dont les affidés de la police secrète, celui qui écoute
dans un salon
comme
celui qui travaille à l'ombre
du
cabinet noir ou s'embusque sur la grande route, sont
les
instruments
mêmes, de propos
ordinaires.
Ils
appartenaient eux-
délibéré, et àl'encontre des intérêts
français, à cette mystérieuse
engeance
;
et
en dénonçant
CHAPITRE SIXIÈME
286
à (l'Antraigues les espions de Talleyrand à l'étranger,
les révèlent,
ils
d'une façon
précise
minutieuse,
et
à l'histoire.
Voici d'abord des détails
sur l'organisation secrète
des postes et la surveillance des correspondances en-
voyées hors de France.
Un bureau
de quarante-quatre
employés, recevant des ordres de Bonaparte, de Talleyrand
de Berthier, mais ne rendant compte qu'au
et
premier, tantôt dépouille les lettres d'un individu, tantôt
ouvre toutes cellesqui sont mises
jour.
Le
môme
directeur de cette machine est Lavalette,
bon diable
a
à la poste le
»:
un diable en
«
Anson, déjà receveur général en 1788,
esprit,
en méchanceté, en fourberie,
»
est la cheville ouvrière. Ils ont les chiffres qu'on a
voler chez
un
les
ministres
étrangers,
assistés
et,
commis de Talleyrand, arrêtent au passage
de cabinet dont
ils
ont payé la trahison;
en
pu
d'un
les courriers
ils
ouvrent les
empreintes des dépèches. Au-
paquets et prennent les
cune de leurs stations n'est près de Paris, plusieurs ministres faisant suivre leurs courriers
tes.
Ce sont
le-bois
(?),
deux ou
Vitry-le-François, Argental,
l'Allemagne, Pontarlier pour la Suisse,
et
Modane pour
l'Espagne.
trois pos-
(à partir d'octobre 1803) Ponthierry, Luis-
l'Italie,
Mayence pour
la
Tour du Pin
Sijean et Saint-Jean-de-Luz pour
En Allemagne, on
a mis aux ordres de nos
représentants à Ratisbonne et à Cassel des gendarmes
d'élite qui,
déguisés en brigands, arrêtent et dévalisent
les courriers
plus
de la malle
et autres.
fréquemment employé en
Ce moyen
Italie.
est
encore
LA POLITIQUE FRANÇAISE EN
Tous ces renseignements,
Vami
dre scrupule,
qu'il livrait
sans
les
le
un
avait résumés dans
au crayon rouge
nacli portant
les
les
287
1804
moinalma-
bureaux de poste
oiî
Anglais entretenaient de leur côté des agents sûrs.
Des dénonciations ou des révélations précises corroboraient de temps à autre ces
Dans son
pour
zèle
générales.
indications
Vami
l'alliance anglo-russe,
avait
noté certains articles malveillants pour la Russie, publiés
dans
Drake;
il
le
Mercure de Ratisbomie,
de vérifier cette
et afin
promettait de faire soustraire,
feuille
du manuscrit. Partout
il
attribués à
et
dernière supposition
s'il
suivait les
opérations
des espions français, les annulant ainsi d'avance.
commandait à
la surveillance
taire de la légation russe à
bert,
soupçonné d'avoir
une
était possible,
Il
re-
de Czartoryski un secré-
Madrid, l'émigré
livré à
de
Lam-
notre ambassadeur le
chiffredesacorrespondance.il annonçait qu'un colonel polonais au service de France, Chodkiewicz, s'était
mis en route avec mission de préparer une insurrection
en Pologne
mande du
et
en Lithuanie. Entre temps, sur
cabinet russe,
il
lisait les lettres
la de-
adressées au
ministère des relations extérieures par le compositeur
Boïeldieu, alors maîtrede chapelle à Saint-Pétersbourg.
A
l'en croire, ces lettres, qu'il
aujourd'hui à cause
portée, pleines
de
serait curieux de relire
leur signature, étaient
sans
de sottes anecdotes et de plats com-
mérages.
De son
côté, Va?nie signale
un certain
Coini, chargé
de s'insinuer dans l'intimilé du ministre russe à Cons-
CHAPITRE SIXIÈME
288
lantinople,
ou bien
M'"''
de Flaliaut, l'ancienne
tresse de Talleyrand de venue la femme du
maî-
comte de Souza,
ministre de Portugal à Paris. M. de Souza ayant été
dame
transféré à Saint-Pétersbourg, ladite
instructions de Talleyrand, et
des
que Souza ne
femme
soit
est
il
munie
part
essentiel ou
pas accepté par l'empereur, ou que sa
soit
démasquée dès son
arrivée.
On
mieux, placer dans sa suite un valet qui,
si
peut faire
on
la fait
attaquer en route par de faux voleurs, désignera l'endroit
où sont les papiers à prendre.»
Si ce parti, ajoute
Vamie, ne convient pas au prince Czartoryski, alors
valet de
chambre
le
se fera connaître à lui à Pétersbourg
et servira à éclairer la
marche de
cette
scélérate (1).»
Sortant de ces régions souterraines, nous voyons se
développer, au lendemain de la rupture de la paix d'Amiens., la politique française triomphante.
cette politique est
un mépris absolu pour l'Europe con-
Bonaparte ne redoute personne, hormis
tinentale.
Anglais: mais
comment
les réduire? Il
a entendu dire
:
i
Une descente
mois en Angleterre seraient pour
de cent années.
»
mémoires contre
juge possible
et
En
1797,
cette
même
il
les
accumule pour
eux de formidables préparatifs,
les vaincre chez
lui
Le fond de
et
on
et
un séjour de deux
la
France une paix
a remis au Directoire des
entreprise
;
facile. Tl s'y
aujourd'hui
entête,
il
avec
la
la
complicité de Talleyrand, contre l'avis plus ou
moins
femme
qui se
dissimulé de son entourage,
contre
lamente ou Berthier qui multiplie
(1)
Uamie
ii
sa
les objections straté-
d'Antraigues, 18 octobre 1804.
LA POLITIQUE FRANÇAISE EN
Un
giques.
l'hôtel de
289
1804
délibérant à
comité de réfugiés irlandais,
Massiac en présence d'un délégué des rela-
tions extérieures, y pousse activement, et a promis
insurrection en Irlande pour le
Un
général
plan
plan sur Jersey,
le 11 juillet
œuvre de
mois de janvier 1804,
été présenté par lui
d'invasion a
discuté en conseil
une
et
1803; on y a joint un
Vaivre, chef du
bureau
des colonies, élaborée sur des renseignements erronés.
Les adversaires secrets de l'expédition se sont hâtés de
deux messages,
transmettre ces projets à Londres en
l'un par
Boulogne,
presque sous
l'autre,
les
yeux du
Consul, par la Hollande. Parmi ces traîtres obscurs,
les uns, les militaires,
voudraient détourner l'élan des
armées vers l'Allemagne, où
de risques
;
serait toute
tales
:
ils
s'enricin'raient à
les autres estiment qu'en cas de
une nouvelle
les villes iianséatiques occupées,
le 5
Quant à
la Russie,
Bonaparte en
pas, s'est-il écrié, que la Russie se
faires de l'Europe
»
Il
à se
est
que je ne
et
:
môle
me mêle
«
repentir
Je ne veux
plus des af-
des affaires de
ne caciie pas son aversion pour Czarto-
ryski, qu'il sait lié à
la
les Irlan-
immédiate dans leur pays.
des premières avances laites à Alexandre
que
Prusse ran-
la
décembre,
venus dénoncer, avec preuves à l'appui, l'im-
possibilité d'une insurrection
la Perse.
succès ce
suite d'entreprises continen-
çonnée, Naples conquise. Puis
dais sont
moins
l'Angleterre;
faveur de ce jeune
homme
parfois
ne
espère
il
durera
pas,
que, Kotchoubey paraissant devoir succéder comme
chancelier à Alexandre
Woronzov, l'empereur, jugé
19
CHAPITRE SIXIÈME
290
sans énergie et sans vues élevées, n'accentuera pas son
attitude hostile.
Plus souvent
fût-ce
gouvernement français pensait, ne
que pour amener une révolution ministérielle,
une
favoriser
à
le
Talleyrand avaient
et
l'un
l'autre
et
complots au deiiors, ou au moins
Russie,
trouvaient
ils
toute faite, celle que
à
goût des
le
le désir d'entretenir
des intelligences avec les mécontents de
En
Bonaparte
dynastique.
révolution
chaque pays.
égard une tradition
cet
La Chétardie
et Breteuil
avaient
suivie sous l'ancien régime, en 1740 et en 1762, et qu'un
aventurier obscur,
Angely,
avait voulu
renouer en
1793. Hédouville, à qui Bonaparte l'avait indirectement
un jour à raconter à mots couverts
rappelée, en vint
(disait-il
trier
vrai? voulait-il flatter?) que Pahlen, le meur-
de Paul
mencer
P%
était
mécontent
l'attentat de 1801
;
et
disposé à recom-
que lui-même
et
mesure de s'entendre,
le cas
échéant, avec cet
Par Champagny
faisait
parvenir
,
il
était
en
homme.
directement
au
Premier Consul des renseignements plus explicites;
il
insistait
citait
une
sur le
mécontentement de
lettre écrite
Pétersbourg,
impératrice ou
qui
par Pahlen à un de ses amis de
concluait à la proclamation
à l'installation d'une régence,
au renversement de l'empereur actuel
On
la noblesse, et
d'une
en tout cas
et à l'anarchie.
devine en quel émoi fut Ya?ni, lorsqu'il eut vent
de ces nouvelles.
Il
obtint
que Durant réclamerait
d'Hédouville de nouveaux éclaircissements.
ayant paru encore insuffisante,
La réponse
ce fut Talleyrand qui
LA POLITIQUE FRANÇAISE EN
1804
291
l'interrogea à son tour dans l'apostille autographe d'une
lettre
fut
envoyée par
voie de Berlin, et ce qu'il reçut
la
transmis textuellement par
Vami
à d'Antraigues le
10 mars. Pahlen en voulait à Alexandre de l'avoir en
1801 poussé, de concert avec Panine, dans une aventure
politique qui avait abouti contre son gré à
joué par l'un
et l'autre,
il
un meurtre;
croyait une révolution nouvelle
très praticable, et paraissaitdisposer d'un puissant parti.
La légation de France avait avec cet homme des rapports
directs, qui pouvaient aboutir à une action commune.
D'Antraigues eut à ce
moment
la
pensée d'emporter
faveur impériale par quelque démonstration palpable
la
de zèle.
emparer
d'aller
Il offrit
secrètement à Paris
et
entre Pahlen et Hédouville.
Il
devait bien penser, à
vrai dire, qu'on n'accepterait pas sa proposition.
répondit en
effet
pour
suffisaient
enjoignit
môme
Sur ces entrefaites,
rompues
à Paris, et
les
moyens dont il
acquérir ces preuves,
de ne pas s'éloigner de Dresde
entre la
;
il
et
dispo-
on
lui
(1).
les relations diplomatiques furent
France
et la Russie.
Vami s'aboucha
confesser de près
On lui
qu'on n'oublierait jamais cet acte uni-
que de dévouement, mais que
sait
de s'y
des pièces qui établissaient le concert supposé
Hédouville revint
aussitôt avec lui, pour
se convainquit
que Bonaparte, à
veille d'une guerre, s'était repris à l'idée d'opérer
le
la
une
diversion révolutionnaire en Russie et aussi en Suède
et
;
que Talleyrand, pour se rendre important lui-même,
donnaitune certaine importance à ces projets. Au
(1)
Gzartoryâki à d'Antraigues, 8 avril 1804 (A. P.).
total,
CHAPITRE SIXIÈME
292
il
ne distinguait que des menées sans résultats proba-
bles.
«
De son
ange
côté Va/nie étaitéperdueà lapensée
deson
en proie à quelque guet-apens aristocratique.
»
Elleinvita Hédouville à dîner, et lui fitenfin avouer que
ses relations
avecPahlense bornaient
à des lettres échan-
gées entre ses secrétaires et un médecin français
mé
nom-
Lavite, qui lui servaitd'espion dansla société russe.
Bonaparte, près de devenir empereur, agissait déjà
en maître de l'Europe.
Il
s'exprimait avec
liberté sur les souverains, sauf sur le
obtenu
sacre.
Concordat
le
et
auquel
il
pape dont
allectait d'appeler le «
celui qu'il
», il
de la
et
mau-
petit roi
triche au contraire
il
faisait
entendre
qu'il
A TAu-
s'entendrait
volontiers avec elle pour le partage de la Turquie.
temps
naguère
il
ranimait les espérances des
livrés par lui à l'empereur;
et logeait à Versailles
un de ses
à l'iosu
seils
La
un
Mais dès
:
«
Vénitiens
avait fait venir
Flesselle, conférait
fréquemment,
de son ministre.
évidemment
et
il
En
certain Foscarini, avec lequel
alors sous l'influence de ces con-
que Talleyrand a formulés
fameux
tions
affidés,
même
Il était
de
prétendait arracher une soumission abso-
lue sous forme d'alliance offensive etdéfensive.
même
le
au couple Lavalette dans cette
vaise réception faite
Prusse
avait
jugeait mal de la Saxe, à cause des rapports
Il
A
il
demander
allait
de ses envoyés défavorables à l'électeur,
cour.
la dernière
inutile
et
mémorandum du
1804, tout
Au nom du
était
résumés dans son
17 octobre 180J).
changé dans ses disposi-
ciel, écrivait le
30 juillet Va?tii
LA POLITIQUE FRANÇAISE EN
1804
forme une
à d'Antraigues, que l'on (la Russie)
293
alliance
avec l'Autriche, ofïensiveou défensive, n'importe; cela
pour
est égal
C'est parce qu'on ne craint
l'effet.
que
cela qu'il faut le faire. Ces maudits ministres autrichiens
l'hiver ne se passera pas sans
ignorent-ils que
soient attaqués?..
.
qu'ils
Je vous en supplie, engagezla Russie
par pitié pour ces sots à signer l'alliance qui seule
peut les sauver.
La Suède,
Le
hostile.
la
»
elle, avait
roi
gardé une attitude obstinément
Gustave IV
même année, aux
était
venu, au printemps de
portes de la France chez son beau-
père l'électeur de Bade; mais
là
il
avait laissé échap-
per des
paroles malsonnantes contre la Russie. C'en
fut assez
pour que Massias,
çais,
le vînt
le
chargé d'affaires fran-
trouver par ordre et
autres choses que
le
moment
était
lui
insinuât
entre
venu de recommen-
cer Charles Xïl. Cette singulière négociation n'eut bien
entendu pas de lendemain. Gustave IV recommença à
attaquer par voie diplomatique
sulaire, à
le
gouvernement con-
dénoncer en particulier ses projets contre
Danemark. Ce
fut alors
que Bonaparte, exalté par
le
les
rapports de Shée, préfet de Strasbourg, excité par Berthier, parla
devant sa
femme
de faire subir à l'impru-
du duc d'Enghien. Non seule-
dent monarque
le sort
ment Joséphine
agit fortement
elle dit
àTalleyrand qu'on voulait rendre son mari l'hor-
reur de tous les peuples,
si
ce
un
en sens contraire, mais
et qu'elle s'en
prendrait à lui
pareil attentat avait lieu. Talleyrand, soucieux à
moment
de
lui plaire,
fit si
bien que quelques jours
CHAPITRE SIXIÈME
294
après le meurtrier du duc d'Enghien ne pensait plus
au roi de Suède.
Gustave IV occupa de nouveau
les politiques à
cause
de ses imprudences de langage après la proclamation
de l'Empire
on entendit alors Joséphine, dans
;
roxysme de son amour-propre
qu'il
Un
nommé
agent suédois
C'était
comme
Ackerblad
un vieillard
fut trouvé porteur de lettres
où
la
le faire jeter
une
homme en
fois
payer pour
faillit
France
mais qui
n'était
fut
fut quitte
pas
un ordre
à Bicètre et fusiller dans la nuit
puis Va?ni et Fouché intervinrent
pauvre
son père.
inoffensif,
ménagée. Le premier mot de Bonaparte
de
pa-
blessé, laisser entendre
pourrait être détrôné et tué
son souverain.
le
môme,
l'un et l'autre
:
le
pour un séjour au Temple et
sespapiers confisqués, il fut remis en liberté
(1).
Une nouvelle guerre de conquête était donc immimoment de l'avènement Napoléon seule-
nente, au
ment on
le
;
demandait quels en seraient
se
théâtre, les
les prétextes,
Amis ou ennemis, nul n'en
résultats.
doutait. Voici à cet égard
une conversation vivante
met en scène un des grands
caractéristique, qui
sonnages do l'époque,
du nouvel empereur
et
et
per-
montre quelles étaient autour
les espérances, les passions secrè-
tes des révolutionnaires
devenus courtisans,
et les per-
spectives d'avenir.
« J'ai
(1)
vu l'abbé Sieyès en société chez une
Vamic
à d'Antraigues,
faux qu'excepté Pichegru on
Bicètre que l'on
mène
les
6-U dûcembre
ait
« II est
1804. Elle ajoute
tué personne au Temple; mais c'est ^
malheureux,
et
on
:
les fusille
du cachot. Ces cachots sont dans une cour sous des
Molineux sont
les
M""^ Ber-
chefs de cette cour,
»
dans
l'intérieur
piliers.
Ilulin et
LA POLITIQUE FRANÇAISE EN
nard,
sœur de
vieille
si
la
mère de
Récamier.
Bernard, qui tremble de la guerre,
nous aurions
moqua
la paix. Il se
faut la guerre, et
il
peut-on
quand on
est attaché
être assez fol
les détails, et
dit
que
La pauvre
.
demanda
lui
le
:
Il
est inévitable.
pour vouloir
au gouvernement
nous
.
d'elle et lui dit
y a deux ans qu'elle
Comment
dans
M"""
295
1804
? Il
la paix,
entra alors
paiement de l'armée
moyens
réduite au pied de paix était encore au-dessus des
de finance de la France, parce qu'on avait été forcé,
outre le milliard distrait des biens nationaux pourla do-
Légion d'honneur
tation de la
les
aurait porté leur
Bonaparte,
et la
le
résolu par
revenus sur fonds déterre, absorbent
et,
ce qui est pire,
qu'il faut aller
cherciier
;
que
Malgré cela
lui
;
faut
au delà
payer
l'ar-
et
pourcela
l'aller
ne veut pas seulement entendre paril
sait ce
que
en Europe à qui on ne
aux galères
il
et
une autre armée d'employés...;
au devant de l'argent,
ler do politique, car
roi
à celui
cou-
pension de la mère de Bonaparte, ainsi
ce qui restait d'invendu.
un
nombre
le
douaire delà Bonaparte fixé depuis hier à3 mil-
lions en
mée,
biens 460 millions
apanages des princes français, dès que
ronnement
que
londation des séna-
mêmes
toreries, de réserver sur ces
pour
et la
fît
c'est, et qu'il
n'y a pas
justice en l'envoyant
que c'étaient des gueux, des pillards qu'on
pouvait tous acheter sans bourse délier, en leur donnant
comme aux
l'avait dit
chiens un dos leurs pour faire curée
au Directoire
Bonaparte, à qui
il
et
qu'il
ne s'en rétractait pas avec
l'avait répété ce
de lâches filous qu'on
;
mène
même jour.
Ce sont
à la potence, et qui, en
y
CHAPITRE SIXIÈME
296
allant, se volent encore
dans
poches
les
uns des
les
autres; qu'il ne s'agissait pas de politique; que Bonaparte était maître de la paix ou de la guerre
gissait de savoir
dans
tré
que non. Donc
France,
pas de cela; que tout ce
naparte connût
qu'il
ne savait pas où
le
ne se mêlait
lui
qu'il voulait,
c'était
que Bo-
principe de la nécessité de la guerre,
ne voulait se mêler de
en
était
convaincu;
mais
qu'il
ne refuserait jamais ses avis à son ami
et qu'il
rien,
mais
quand commencer; que
ni
pour démon-
et qu'il tenait
guerre est inévitable. Que Tal-
la
était bien résolu,
commencer
qu'il s'a-
Bonaparte peut exister sans guerre
si
l'état oii est la
leyrand y
;
qu'il
Talleyrand,
« Je lui dis
qu'on les avait
dit brouillés. Jl se
mit à
sourire, d'un rire de tigre, et par dire: Oui, oui, brouillés
il
pour
les cafés
de Paris.
paraît que c'est là ce dont
retenir tout ce qu'il
je
remarquai ce
dit,
qu'il dit sur
vieux sot vient jouer
la
France
périr
si
pagne,
il
ici.
est belle,
de sa vie
me
dit
il
:
il
«
s'occupe, maisje n'ai pu
l'Espagne
le solide
La bête
1
il
fera
Rome.
»
:
«Le Pape nous
de la farce que ce
verra que l'entrée
mais la retraite
revoit
Il
revint à parler finances;
cela m'est étranger. Seulement
apporte l'Espagne, et c'est
de
Il
difficile.
Je veux
J'insistai sur l'Es-
un beau bref que je
lui
pré-
pare pour forcer l'Espagne à s'emparer de toutes les
richesses mobilières des églises que j'évalue à 140 millions au plus bas.
dévot,
il
se
—
Mais,
révoltera.
—
lui dis-je,
On
leur ùter le goût du martyre...
on
dit ce
en pendra,
»
peuple
dit-il,
pour
LA POLITIQUE FRANÇAISE EN
«
Ce monstre me
froyable.
cle. Il
faisait
peur,
La pauvre Bernard
était
il
l'écoutait
LOT
1^04
d'une figure
comme un
ef-
ora-
parla de la Prusse avec fureur, dit qu'on ne pou-
que voilà
vait être parfait, et
seul côté faible de Bo-
le
naparte, sa conduite en Prusse et en Russie; qu'il avait
manqué
le
moment
d'écraser l'une et de mettre l'autre
bien bas, et qu'à présent
il
à présent par la guerre ce qu'il aurait fait
fallait faire
sans cela
tout de suite après la paix de Lunéville,
si,
eût suivi son avis
relle à la
s'en mordait les doigts, car
il
qu'il fallait alors
;
Prusse
et
marcher; qu'en
il
chercber une quel'état
où
l'avait
il
laissée, ses
armées se seraient fondues en entrant en
campagne;
qu'il savait qu'alors
qui composaient la garnison
Mollendorf convenait
Que pour
sûr.
la
sur les 23.000
de Berlin
qu'il n'avait
Russie
il
fallait
et
hommes
de Postdaui
que 3.000 dontilétait
envoyer
les
deux frères
ad patres et établir une régence de la douairière
qu'il
pays que dans
toute hors de
moi
et je
la
Gazette de Hambourg. J'étais
crusprudent de m'en
Berthier, un militaire,
il
est vrai,
aller(l).
bien heureux,
homme ne se
soit
pas
rables rois l'eussent
forcés,
disait-il
vite
vous etmoi, d'en
nerais dix ans de
:
ma
Nous
«
un jour àl'am/e, que
déifié, car, s'ill'eût fait, ces
si
»
mais de sens rassis
d'humeur calme, ne pense guère autrement
sommes
(1)
et
répondait que de cent ans on n'aurait entendu par-
ler de ce
et
qu'il
ambassadeur en Russie,
alors d'aller
avait offert
;
cet
misé-
adoré que nous aurions été
faire autant à Paris... Je
don-
vie pour que, sans plus tergiver-
L'«>«ieà d'Antraigucjs, IS ûctobre 1804.
CHAPITRE SIXIÈME
298
ser,
marchât avec 120.000 hommes sur
il
Holstein et la Saxe, et que dans
le
la Prusse, le
môme moment il dé-
clarât la guerre à l'empereur de Russie, à celui d'Alle-
magne
aussitôt
et
établît
mois nous aurions
mis
son plan en
Italie
;
en six
à la raison tous ces drôles-
là (1)..)
La nouvelle impératrice est aussi intéressante à en« La Russie ne veut pas la guerre,
tendre à ce sujet:
mais
elle
veut être
comme Bonaparte
en Europe, et
cela ne sera pas. Czartoryski ne peut plus la conduire,
nous faut là-bas
Alexandre
est
Kourakine,
et
il
cause que nous ne
y sera. L'empereur
sommes reconnus
en Russie, ni en Turquie, ni en Suède,
insolent de
sa
part.
il
ni
et cela est fort
Les Bonapartes étaient déjà de
grands seigneurs quand ses ancêtres étaient des gens
de rien.
triche,
Il fait
mais
il
demander
la paix
par la Prusse
et l'Au-
ne l'aura qu'à bonne enseigne. Bonaparte
a donné sa parole à Berthier devant moi qu'il fera dé-
trôner ou tuer le roi de Suède
un
an, tout sera
parte.
Nous
les
fini.
Les
rois
détrônerons
et
comme son
père. Avant
seront attachés à Bona-
nous en ferons d'autres;
car de républiques, Bonaparte n'en veut plus nulle part:
nous
les détruirons
toutes avant peu.
après, Talleyrand lui disait à elle-même
une paix
»
:
solide, et la guerre seule peut la
Un moment
« Il
nous faut
donner
telle.
Je suis sûr que l'année 1806 sera l'année climatérique
d'une paix sûre, que personne ne pourra troubler.
(1)
L'amie
il
d'Anlraigues, C-H drcembre 1804.
»
CHAPITRE SEPTIÈME
D'ANTRAIGUES A DRESDE
I.
(suite)
—
Soupçons de Bonaparte et de Taldu port de la croix de Saint-Louis.
PréScène du 2a sepsentation de d'Antraigues à la cour de Dresde.
Markov et Bonaparte.
D'Antraigues,
tembre 1803 aux Tuileries.
Notes des 15 et 23 décembre contre lui.
conseiller de légation.
Essai d'enRésistance de Gzartoryski.
Scène du 14 février 1804.
La Rochefoucauld
leyrand.
—
(1803-1804).
—
Interdiction
—
—
—
—
—
—
—
lèvement.
—
Les Mémoires de Montgaiiiard.
— Opinion des
Russes et des Saxons sur d'Antraicorrespondant du ministère de l'instruction publique.
Son Mémoire sur l'enseignement national.
Une Université unique, militante contre l'esprit révolutionnaire.
Vie littéraire.
II.
gues.
—
Ses services
comme
—
—
—
Collaboration à l'organisation des universités russes.
travaux
et
littéraires.
— Un
portrait d'Alexandre
l"'
—
et
Jugements
Bernardin de
Saint-Pierre.
—
Projet d'établissement
Weimar.
Vie de famille et de société.
La
Mission du secrétaire Mohrenheim. [Relations mondaines.
opinions et conduite.
La Saint-Huberty
princesse Troubetskoi.
D'Antraigues a-t-il embrassé la reliEducation du jeune Jules.
III.
—
—
—
—
:
—
— Correspondance
gion grecque?
traigues mère
IV.
;'i
—
:
avec Vamie de Paris.
— M"" d'An-
ses dernières lettres, sa mort.
—
La politique prussienne
Le XVIII" livre de Polybe (ISOoi.
Jean de Millier à Berlin. — Préludes de la troisième
naparte.
—
—
—
et
Bo-
coali-
D'Antraigues et Novosiltsov.
Entrevue avec Faucbe-Borel^
Louis de Prusse, Fersen,
Un pampblet érudit et allégorique.
Son cadre, ses développements.
Son succès, sa part dans l'exaltation.
—
—
—
tion de l'esprit prussien.
— Comment l'auteur fut
récompensé.
I
LA ROCHEFOrCAULD
Celte
(1
803-1804)
agence d'informations,
si
précieuse pour le
CHAPITRE SEPTIÈME
:^nO
gouvernement russe,
constituait le principal attentat de
d'Antraigues à l'existence du gouvernement français,
et
demeurait inconnu à Paris. On pouvait re-
cet attentat
procher à son auteur une attitude d'opposant irréconciliable, des paroles telles
le
que
celles-ci
:
«
Plutôt servir
dey d'Alger dans ses bagnes que Bonaparte dans son
conseil
',»
mais on devait supposer seulement son action
clandestine, et on la jugeait plus efficace qu'elle n'était,
faute d'en pouvoir
due.
On
mesurer
les
moyens
et l'éten-
savait bien par Laforest, ministre
confident
qu'il
était le
avait
vu venir à Dresde
de Suède.
politique de Czartoryski
et frapper à sa porte
Gentz d'Autriche, Drake
anglais de diverses parties
;
on
Armfelt
et d'autres
agents
de l'Allemagne. La police
assez mal renseignée,
secrète à l'étranger,
à Berlin,
ajoutait à
ces notions des renseignements de pure fantaisie; elle
le
signalait, ce qui
tions,
pour
le
était
une double erreur, en
rela-
compte de Louis XVIIl, avec Lamare,
l'ancien agent royaliste de Souabe, ou avec Beningsen,
l'assassin de Paulpr.
le disaient
à
maintenu
rencontre de
Des rapports venus de Pétersbourg
à
Dresde par l'influence anglaise,
certains Russes,
qui eussent voulu le
voir chez eux, rendu inoffensif dans quelque
position
subalterne. Des recherches faites pour saisir sa corres-
pondance avec Paris, qu'on soupçonnait, n'eurent aucun résultat
De
(1)
(1).
ces données erronées et confuses, Bonaparte
Arch. Nat.,
F', 6371, fi416, 0442.
25 juillet et o septembre 1803, 13
—A.
mai 1804.
F., Saxe,
ti-
Correspondance,
LA ROCHEFOUCAULD
conséquences
rait les
ancien prisonnier.
la loi d'amnistie;
il
de voir en
avait été irrité
Il
de
la
soumission,
la fin
de 1803,
mier Consul sentait se nouer autour de
de complots royalistes destinés à
dans
Drake
guesàRome,
et
L'homme
étrangères.
chemin
pour-
qui
Spencer Smith à Munich, du Vernè-
et qui allait faire
enlever Rumbolt à
bourg, croyait retrouver ailleurs l'action ou
d'Antraigues.
le
Pre-
réseau
lui le
fermer
lui
le
voulait atteindre ses ennemis jusque
capitales
les
chassait
il
disait-il,
diplomatie à Vienne, en Suisse
ou à Constantinople. De plus, à
de l'Empire, et
lui le
Constituante réfractaire à
la
eût reçu sa
s'il
employé dans
l'eût
malveillantes pour son
les plus
membre marquant
seul
301
(1803-1804)
Ainsi, à la nouvelle d'une
mentation en Vendée «Vous verrez,
:
Ham-
la trace
de
certaine fer-
disait-il à
Talley-
rand, que d'Antraigues y aura envoyé quelqu'un d'Angleterre,
d
Faute de preuves,
il
en
était réduit à lui at-
tribuer, sur la foi de correspondances saisies en
vre, certaines
publications antifrançaises de Londres,
entre autres un soi-disant Discours
au Conseil d'Etat inséré dans
et reproduit
le
du Premier Consul
Courrier de Londres
comme unepièce authentique
de la cour de Pétersbourg
Talleyrand,
maître,
même
Hano-
par
la
Gazette
(1).
invariablement
docile
en pensée, attribuait à
à
son nouveau
son ancien
ami
toute page énergique imprimée en Europe contre Bonaparte
cet
(Ij
:
«
Si la paix dure, disait-il, la
homme.
Si la
guerre a
Russie doit chasser
lieu, elle doit être contrainte
Journal de Paris, 20 vi'ndùiniairo an XII [lo oclubre 1803).
CHAPITRE SEPTIÈME
302
de
le
chasser à la paix. Qu'il
A
aille
en Amérique. Sa con-
mauvais exemple en Europe.
duite est d'un
»
Vienne, d'Antraigues avait vécu en paix, grâce à la
tolérance confiante et à la surveillance discrète deCliam-
pagny.
A
Dresde, tout changea,
par sa faute. Dès son
et
arrivée, impatient de se faire valoir,
croixdeSaint-Louis à
la
la
se
il
montra avec
boutonnière. C'était s'avouer
toujours Français, et de plus émigré irréconciliable
ne suis plus rien à
« Je
toryski; je n'en veux plus rien et je n'en
mais, ajoutait-il, quand
que
j'ai été,
me
ils
voudront
ils
rappeler ce
(1). »
Le ministre de France en Saxe
éclat
me
parle pas;
trouveront ce qu'ils n'auraient ja-
mais dû cesser d'être
Rochefoucauld,
:
France, écrivait-il à Czar-
la
homme
était
Alexandre de La
d'ancienne noblesse,
au nouveau gouvernement,
avec plus de zèle quede tact.
Il
rallié
propre à
et
avec
le servir
s'empressa de dénoncer
cet étalage d'une décoration abolie, et sa réclamation,
appuyée sur une note précise et impérative de Talleyrand,
eut plein succès.
généraux par
le
Une défense
fut
formulée en termes
gouvernement saxon,
dut faire disparaître sa
croix. Quoi
et
d'Antraigues
qu'il
en
cela flattait son amour-propre, la lutte était
soit, et
engagée
entre lui et le gouvernement français.
Il
lité,
devait,
vu son
titre officiel et sa
compter sur l'appui de
la chancellerie russe,
son chef immédiat, Khanikov, ne
la
nouvelle nationa-
le
mais
soutenait que pour
forme, et ne l'avertit pas des premières démarches
(1)
D'Aiiliiiigues à Czartoryski, o
septembre
1803. (A. F.)
LA ROCHEFOUCAULD
tentées contre
Khanikovétait un ancien militaire, peu
lui.
façonné aux usages diplomatiques;
comme les manèges
'.'
Cet
il
dît,
homme,
il
redoutait l'esprit
de toute marque nationale
souhaitait presque ouvertement son départ
disait-il, n'est
et la faction polonaise, et le
auquel
il
de cet ancien agent secret, dépouillé
désormais, quoi qu'on en
précise, et
303
(1603-1804)
:
soutenu queparCzartoryski
chancelier (Al. Woronzov),
ne rend aucun compte, ne demande qu'à se
laisser forcer la
main
et à
reconduire.
»
Même à
Berlin,
on supportait impatiemment son voisinage, comme
le
ministre prussien à Paris le faisait expressément savoir
à M™e Bonaparte.
mêmes
La cour de Dresde
sentiments, car l'électeur se sentait à la discré-
tion de son puissant
tre
nourrissait les
ami de Paris,
et le
Loss craignait toute occasion de
premier minisconflit
propre à
mettre en péril la dignité de son souverain.
D'Antraigues oublia vite l'humiliation subie, car
officiellement à la cour, et d'autre part
traité
de loin par Bonaparte lui-même
l'être l'Angleterre
dans
la
il
fut,
La Rochefoucauld, présenté
malgré les insinuations de
il
se vit soudain
comme venait
de
personne de son ambassadeur
lord Whitworth. Le 25 septembre 1803, au cours d'une
réception diplomatique aux Tuileries, le Premier Consul
interpella vivement BunaUjl'envoyédeSaxe:
«
Comment
votre maître garde-t-il à sa solde des polissons tels que
d'x4.ntraigues, qui manifeste
indécemment son animosité
contre la France, et m'invective dans des pamphlets de
sa
production
Bunau,
?
—
Mon
maître, répondit froidement
n'a jamais eu de polissons à sa solde;
du
reste,
J
CHAPITRE SEPTIÈME
304
M. d'Antraigues
est attaché à la légation russe. »
Bona-
parte se retourna aussitôt vers Markov, le ministre de
Russie
«
:
Pourquoi l'empereur protègc-t-il un
qui écrit des libelles contre la France
d'être
sujets
mécontent
si
une conduite
qua Markov,
j'autorisais
pareille.
est depuis
?
homme
aurait lieu
11
de la part d'un de ses
— M.
d'Antraigues, répli-
longtemps à notre service
l'empereur connaissait ses libelles,
il
si
;
les réprimerait.
»
Puis l'entretien ayant continué au sujet d'un autre réfugié
au service russe, Christin,
par ces mots
:
«
le
Premier Consul
le
termina
Partout où je trouverai de pareils polis-
sons, je les ferai arrêter et je les tiendrai au cachot.
—
Markov sur un ton où
les
assistants crurent distinguer de l'ironie. Bonaparte
lui
Et vous ferez bien,
tourna
le
dos
et
»
passa
ajouta
(1).
L'effet de cette scène
Le 23
se
fit
bientôt sentir à Dresde.
octobre, d'Antraigues étant allé à la suite de sa
légation à la réception de la cour, l'électeur affecta de
ne point
fait
fit
lui
adresser la parole, ce qu'il n'avait jamais
à aucune des personnes présentées, et ce qu'il ne
qu'à lui ce jour-là.
Le malheureux prince
D'Antraigues ne put
sous l'œil de l'envoyé français.
s'empêcher de dire à un de ses voisins
été le juge
oserait-il
du
me
roi
son cousin au lieu de
recevoir ainsi (2)
par Czartoryski
comme
il
se sentait
?
»
venait
:
«
Si j'eusse
lui rester fidèle,
Dût-il être sacrifié
d'être
—
humilié par
Bulletin envoyù
Khanikov 1/13 octobre ^A. P.).
(1) Dépêche de
de Paris à Louis XVIII, 12 octobre. (A. F., France, vol. 602.
(2) D'Antraisiies à Jean de Muller, 27 octobre 1803. (A. F., France,
vol, 633,
f.
115.)
LA ROCHEFOUCAULD
305
(1803-1801)
transféré en Angleterre,
se voyait alors
l'électeur,
il
selon ses
désirs constants et
en compensation de ses
épreuves.
Quoiqu'il pensât de son importance, le conflit allait
désormais passer par-dessus sa
Markov
et
s'envenimer entre
tête,
Bonaparte, et expliquer^ avec d'autres inci-
dents, la rupture entre la France et la Russie.
se plaignit à
reçu
et
Talleyrand de
interpellé
avec vivacité,
et
jour vinrent de Russie. Le pre-
Markov
le
cordon de Saint-André
un traitement de 40.000 roubles,
levée de deux
avait été
deux répliques d'inégale importance,
mier accordait à
et
il
aux Tuileries. Talleyrand répondit
même
deux ukases du
dont
la façon
Markov
hommes
sur mille
;
et
c'était
ordonnait une
un
défi
précur-
seur de la guerre. Le second accordait à d'Antraigues
le
titre
sion
de
conseiller de légation
de Dresde, mais celte
ment nominale
;
il
devait, et
attaché
dépendance
il
à la misétait
le savait, rester
pure-
maître
de sa correspondance, sous la protection de Khanikov.
Quelques semaines après,
âgé de
douze ans,
comme iunker
était
le
jeune Jules d'Antraigues,
admis avec
dispense d'âge
au ministère des Affaires étrangères, et
attaché avec traitement à la légation de Russie en Saxe.
Le
4 décembre, le
nouveau conseiller de légation
fut
présenté à la cour, pendant une réception du corps di-
plomatique.
s'était
Il
échangea avec La Rochefoucauld, qui
placé aussi près que possible de l'électeur,
des
regards significatifs, et ne fut pas trop surpris de voir
le
prince détourner la tête avec
affectation devant son
20
CHAPITRE SEPTIEME
306
salut.
Les jours suivants,
la
cour s'abstint envers
des politesses faites d'iiabitude aux
commande que
les félicitations de
lui
lui
étrangers. Malgré
apporta la colonie
russe, sa situation demeurait équivoque etembarrassée.
Il
affecta d'autant plus envers l'envoyé de France, par-
tout où
le
il
rencontrait, dans les salons ou à la table
de Khanikov, une politesse hautaine qui parut à tous une
façon tranquille de
le
braver.
La Rochefoucauld
s'exas-
pérait devant cette figure muette et ironique qu'il continuait à rencontrer partout: « Ce n'est
pétait-il,
mais un anti-français;
je parte. » Savait-il
Joséphine, dont
il
il
faut qu'il parte
que sa femme,
était
pasunRusse,
la
ré-
ou que
dame d'honneur de
séparé depuis dix ans, le voyait
déjà avec effroi contraint par l'insuccès de ses démar-
ches à se démettre et à revenir près d'elle?
Il
ignorait
en tout cas qu'un de ses secrétaires, entraîné par certains souvenirs
la
de famille, livrait à d'Antraigues toute
correspondance échangée entre
nistère des relations extérieures.
la légation et le
mi-
Le correspondant de
Gzartoryski se trouvait ainsi instruit au jour le jour et à
souhait, dans l'intérêt de sa personne
lui
comme
dans ce-
de sa mission.
Talleyrand poussait en
contre
lui,
effet
vivement son offensive
à Dresde et à Pétersbourg. Dans une nou-
velle note impérative au cabinet saxon (15 décembre),
il
invoqua
l'article
l^""
du
traité
l'entrée d'un ex-agent des
de Lunéville
Bourbons dans
plomatique constituait une infraction à ce
«
comme
si le
;
le
selon
lui,
corps di-
traité. C'était
Premier Consul accréditait à Londres ou
LA ROCHEFOUCAULD
prince Ivan
(1) ».
Une seconde
môme
du
note, postérieure de dix
demandait formellement l'expulsion. Talleyrand
La Rochefoucauld
et
:!0T
quelque Russe descendu des sectateurs
à Berlin
jours,
(1803-1804)
parlaient au cabinet de Dresde du
ton que, sept ans auparavant, Delacroix
tard au Sénat de
Venise
;
ils
et Yille-
menaçaient de porter
lo
comme un rasiis belli, devant la dièlc
Comment Loss parvint à éluder une
différend, presque
de l'Empire.
exigence des plus embarrassantes pour son souverain,
on
le
devine;
il
se déroba, et rejeta adroitement sur le
gouvernement russe
l'affaire.
la responsabilité et la solution
Cinq mois après (11
de
mai 1804), La Roche-
et 12
foucauld insistait encore pour qu'on ne tînt nul compte
du droit des gens.
La Russie
céderait-elle? Los ministres de France et
de Saxe unirent leurs efforts à Pétersbourg, et Khanikov, sur l'insistance de la cour de Dresde, en écrivit
de son côté. Czartoryski prenait alors en main la direction effective des affaires, et
d'accentuer
même
mauvais
entrait
vouloir
dans ses vues
envers Bonaparte,
dans des questions secondaires. Sa réponse
toute prête
ment pour
d'ailleurs
si
le
il
:
était
d'Antraigues avait été récompensé uniqueservices rendus à l'instruction publique
une entente à son égard eût étébien plus
la question se fût
;
facile,
débattue en audience privée, entre
l'empereur etHédouville,
et n'eût
pas été soulevée àl'im-
proviste,avecéclat,entrelePremierConsuletMarkov(2).
(1)
Talleyrand à Bunau, 7 décembre 1803. (A. F., Saxe, Correspon-
dance.)
(2)
Talleyrand à Ilédouville, 14 décembre 1803.
—
Hédouville
ù
Tal-
CHAPITRE SEPTIÈME
308
donnée
officielle-
un peu publiquement, Bonaparte
fut blessé
Cette explication n'ayant pas été
ment
et
dans son amour-propre,
était
vivement
et d'autant plus
sous le coup de l'irritation produite en
conspiration
Georges-Pichegru-Moreau.
qu'il
par
lui
s'imagina,
Il
nom
sur je ne sais quels indices, que d'Antraigues, au
de Louis XVIII, avait introduit Pichegru dans
plot de Georges. Joséphine disait
naïvement
«
:
traigues a été mis au courant de la conjuration,
nous
né Français.
la révéler, puisqu'il est
le
com-
Si
d'An-
il
recherchera
à
témoigner contre son adversaire ressuscité,
la secrétairerie d'État les pièces propres
la principale, la conversatio?i
de Venise,
tenir de Fauche-Borel, prisonnier au
compromettants pour l'auteur
est
?
Vous voyez
fait
l'impossible
Russie son rappel.
:
«
le traité
fasse sortir
leyrand,
(1)
cet
en silence,
s'écria
Bona-
de l'impunité qui
des
— L'empereur
der cet émigré dans ses états,
j'invoque
!
assassinats
deLunéville,
homme
!
lui
— Nous
demander en
l'électeur a fait
;
inter-
chargé d'affaires qui
Eh bien
les suites
accordée, des complots,
avons
le
il
vous débarrasser de ce d'An-
parte, promettez-vous de
traigues
Temple, des aveux
était présent et subit
par contre coup, l'algarade
sur
(1); puis, àTimproviste, à
Bunau. D'Oubril,
Markov,
remplaçait
et
essaya d'ob-
il
diplomatique du 14 février 1804,
pella derechef
devait
Bonaparte
»
fît
la réception
la
de Russie peut gar-
s'il le
veut, mais moi,
et j'exige
de Dresde.
»
que
l'électeur
Et se tournant
janvier et 7 février 1804. (A. F., Russie, Correspondance.)
Fauche-Bokel, Mémoires,
t.
III, p.
89.
LA ROCHEFOUCAULD
vers le ministre de Bavière
comme M. Drake
C'est
«
:
309
(1803-1804)
à Munich, qui n'y est que pour tramer des complots. Je
me
réserve de demander
son
authentiques de ses intrigues
renvoi,
avec preuves
»
(1).
Cet essai d'intimidation ne pouvait guère réussir,
cabinet
de Dresde, malgré les
impérieuses de La
instances
le
réitérées et
Rochefoucauld s'abritant derrière
la Russie, et celle-ci derrière le droit des gens. Czarto-
ryski pensait la dignité
de son maître engagée désor-
mais à ne rien céder,
l'empereur refusa une audience
et
à ITédouville, qui avait ordre d'invoquer son intervention personnelle dans l'affaire.
La rupture des
diplomatiques survenue peu de temps
France
et la
après entre
Russie épargna au Premier Consul
nouvelles réclamations, à
et
relations
Alexandre un nouveau
la
de
refus,
d'Antraigues put demeurer à Dresde, se demandant
toutefois, et
n'allait
chaque jour,
si
quelque embûche nouvelle
pas s'ouvrir sous ses pieds à l'improviste, dans
ces ténèbres où
il
continuait à travailler contre la poli-
tique française.
A
ce
moment, en
effet,
Fouché proposait au Premier
Consul d'user contre cet adversaire impuni du procédé
naguère employé contre Rumbolt
piers,
enlèvement de
mée de Hanovre
la
fut
personne.
Il
justement
Un
officier
de
l'ar-
expédié sous un déguisement
Dresde, et y demeura trois jours;
et avait
enlèvement des pa-
:
commandé
il
se
la place
à
nommait Sagot,
de Milan en 1797.
s'assura que l'enlèvement des papiers était impossi(l)
Oubril à
Woronzov,
lI)/27
février (A. P.).
CHAPITRE SEPTIEME
310
ble,
d'Antraigues logeant au milieu delaville^ dans une
maison en vue,
et
ayant des armes chez lui; que
l'en-
lèvement de la personne n'était guère plus praticable,
à cause du passage forcé sur
prussien; qu'en
le territoire
cas de guerre avec la Prusse et la Russie, on pourrait,
la célérité, y parvenir.
par cette pensée qu'un sem-
de la hardiesse et de
avec
Fouché
n'était point arrêté
blable attentat pouvait hâter la rupture de la paix
:
On
aurait fusillé le prisonnier, disait-il, et on ne fait pas la
guerre pour un corps mort
En
(1).
définitive, ce projet fut
abandonné,
et
on se con-
tenta de déchaîner contre d'Antraiguesun pamphlétaire?
dont
ce Montgaillard
il
avait
été la
consulaire, publia ses
Mémoires
dupe
et peut-être
à la solde de la police
le complice. Montgaillard, alors
secrets;
il
y dénonçait,
sans rien cacher de ses trahisons successives, les agents
des princes français et de l'Angleterre, et ses pages les
visaient d'Antraigues et leurs relations en
plus vives
Italie, sept
s'engager entre
fameuse
tait
auparavant.
ans
le
premier auteur
duel de plume allait
et le
coiivei^sation sur Pichegru,
rédacteur de la
mais
la partie n'é-
pas égale. D'Antraigues piqué au vif laissa entendre
qu'il répliquerait
lui avait jadis
« Si
Un
en publiant les lettres où Montgaillard
raconté ses pourparlers avec Bonaparte:
ces lettres paraissent, se serait alors
écrié le Pre-
mier Consul, d'Antraigues disparaîtra, de quelque manière qu'on doive s'y prendre, en quelque lieu qu'il soit,
et
en attendant sa mère, qui est en France, répondra
(1)
L'amie
i\
d'Antrait^iic?, 18 octobie 1804.
VIE LITTERAIRE
pour ce
fait
seul de sa conduite. »
tèrent toute réplique
;
celui qui
en
311
Ces menaces
arrê-
était l'objet protesta
in petto ^rès de Czartoryski (1), et continuaà épancher
dans des correspondances privées, plus actives que jamais, ses ressentiments et ses haines.
II
VIE LITTERAIRE
En
se voyant poursuivi avec
une
par
telle ténacité
Bonaparte, d'Antraigues pouvait toujours croire à son
importance. Ses
aux deux bouts de
relations,
étendues
rope, demeuraient élevées et
qui n'estimaient pas son
ceux
et
;
caractère redoutaient
l'Eu-
même
en
une agence concentrée en un seul homme, habile à
lui
atti-
rer les renseignements de toutes parts et à les répandre
ensuite, souvent au profit d'un intérêt personnel à leur
possesseur, parfois aussi au détriment de la vérité.
En Russie,
l'opinion
à
son endroit demeurait
somme flottante, plutôt même,
et
à la suite de
de Kotchoubey, ouvertement hostile
correspondance
à Paris et à
crédit auprès du jeune
en
Razoumovsky
(2).
Sa double
Vienne soutenait seuleson
ami d'Alexandre, sans accroître
sa considération, ni améliorer sa fortune.
(1)
D'Antraigues à Czartoryski, 12
(2)
Mohrenlieim à d'Antraigues, 8/20 février 1806.
juillet 1804 (A. P.).
A
Dresde,
il
M2
CHAPITRE SEPTIEME
pour tous ceux qui l'approchaient, Russes ou Sa-
était
xons, un étranger. Les Russes
une puissance occulte
le
craignaient
dangereuse;
et
ils
comme
finirent
dénoncer à voix haute l'aventurier, à voix basse
pion
({).
le vide
L'importance même
autour de
lui.
et la crainte
électorale le trouvait
de déplaire à Bonaparte. La cour
plus qu'importun,
et,
à bout de
le faisait
sous main congédier de l'appartement
oii il
par-des-
élaborait
si
ses correspondances. Aussi accusait-il en
d'égards du gouvernement
Russie l'absence complète
comme un
saxon
le voir,
le désir d'affirmer leur indé-
moyens diplomatiques pour l'éloigner,
commodément
l'es-
donnait accroissait
Les Saxons évitaient de
partagés qu'ils étaient entre
pendance
qu'il se
par
motif permanent de souhaiter son
départ.
En
attendant, une autre collaboration, d'un genre tout
particulier, servait
à expliquer la protection dont on le
couvrait contre la France.
avait reçu, au
Il
commencement de
1803, le titre de
correspondant du ministère de l'instruction publique, et
il
au sérieux ses fonctions. Ce gentilhomme
prit fort
abordait avec plaisir
et,
il
faut le dire,
compétence dûment acquise, un
fort
avec une certaine
ordre
étranger d'ordinaire à sa caste et
d'elle.
Dans
tout philosophe
huitième siècle
(1) «
il
fort
dédaigné
et
d'Antraigues se
que les Russes s'adressent pour obtegouvernement, et il exerce ici un véritable
31 mars iSO.";, A. F.)
(De Moustier à Tallcyrand.
C'est au seul d'Anlraigues
»
questions
selon la formule du dix-
y a un pédagogue,
nir quelque chose de leur
despotisme.
de
—
VIE LITTERAIRE
313
VEmile^
souvenait d'avoir étudié et admiré
soit
qu'il
exposât ses idées générales sur l'instruction, soit
observât les
de
lui, soit qu'il
recrutât des professeurs en Allemagne
pour son pays d'adoption.
Il était
matières, et pouvait prétendre,
que l'empereur Paul
tion d'un de ses
savons,
fils.
lui
jugé assez fort sur ces
sans paraître mentir,
avait offert de diriger l'éduca-
Ces sortes de vanteries, nous
lui étaient familières, et lui
valoir à la fois
son crédit
qu'il
méthodes d'enseignement en usage autour
le
permettaient de faire
deux choses dont on
était porté à douter'
son désintéressement.
et
Le nouvel empereur Alexandre, poussé par ses jeunes
conseillers, songeait,
comme
Frédéric de Prusse et son
aïeule la grande Catherine, à répandre autour de lui les
«lumières». On
vit
en quelques années un ministère de
l'instruction publique créé, l'empire divisé en six arron-
dissements scolaires, une commission dite
constituée à Pétersbourg, les Universités de
de Dorpat fondées, celle de Yilna
toryski secondait avec zèle ce
des écoles
Kharkov
réorganisée.
et
Czar-
mouvement, espérant pro-
curer par là aux provinces polonaises de la Russie une
renaissance de l'esprit particulariste et de la vie nationale.
Un
étudier
général,
les
Hitrov,
fut
envoyé à Paris pour y
grands établissements
d'instruction;
mémoires, des projets furent demandés à certains
mes dont on
gne
et
préjugeait la compétence,
en
des
hom -
Allema-
en France.
D'Antraigues collabora de loin, et de diverses manières, à ce
grand
travail. Aussitôt
après la création
CHAPITRE SEPTIÈME
314
du ministèrn de rinstruction publique,
pour
la Russie,
national
Autrefois
ce que
,
il
Rousseau avait
fait
pour
la
Pologne.
eût plaidé pour le progrès indéfini des
mières; mais
la politique
mûr
de son âge
lu-
contrariait et
oublier la philosophiede ses jeunes ans, et
lui avaitfait
maintenantporté à accuser
était
essaya de faire
il
dans son Mémoire sur t enseignement
teux et despotes, par qui
les
gens de
France
la
était
il
lettres, vani-
tombée de
l'a-
narchie intellectuelle dans l'anarchie morale et légale.
La
diffusion des connaissances n'a produit selon
que de faux docteurs, artisans de désordre par
croît
;
comme
mais
elle est irrésistible,
souverains par prudence
modèrent,
le fassent
profit. Cette
il
faut
sur-
que
les
mouvement,
le
tourner autant que possible à leur
tâche leur est encore plus facile dans les
comme
pays qui,
dirigent ce
lui
la
Russie,
ont conservé l'ignorance
heureuse des peuples primitifs, etne sont point en proie
aux expérimentations pédantes des demi-savants.
Dans ces conditions, l'enseignement,
tous
à
degrés, doit avoir un caractère national. Ce
existe en Russie, et
qu'on
ne
le
il
grands
ces
à
cosmopolites, qui, au temps de Catherine
menaient de capitale
ou convives de
sentent
pour
M'°*
son
en
capitale,
Geoffrin.
seigneurs
développement
:
procurer d'abord l'instruction aux
se pro-
II,
hôtes des
Deux méthodes
ignorantes, sauf à l'élever en
commencer par
pourvu
est facile à déterminer,
demande pas
l'une
ses
caractère
cours
se pré-
consiste
classes
les
à
plus
l'étendant toujours, à
les écoles et à finir
par les Universités;
VIE LITTERAIRE
l'autre consiste à créer de toutes
315
pièces
l'Université,
foyer qui finira par étendre sa lumière, affaiblie mais
jusque dans les moindres hameaux. Bien que
directe,
la
première
ait
pour
elle l'autorité des
périence, d'Antraigues se
Au
X® siècle, l'esprit
humain
Russie peut
la
xviii'',
précédents et l'ex-
prononce pour
seconde.
la
avait tout à conquérir; au
d'emblée emprunter à ses voi-
sins les éléments de son haut enseignement, jusqu'à ce
qu'elle se suffise
à elle-même. Cet enseignement doit
réunir l'unité de vues, qui consisteà former des Russes,
et
non des Grecs ou des Romains;
l'unité des principes,
qui consiste à faire aimer aux Russes leurs institutions
traditionnelles, et par-dessus tout l'autocratie
l'unité de
moyens.
;
ot enfin
Celle-ci sera réalisée par l'organisa-
tion d'une Université unique, placée sous le regard de
l'empereur, juge suprême des doctrines et des méthodes
d'enseignement, étendant ses rameaux dans tout l'empire sous la
forme de Facultés, de collèges
Suivent des détails pratiques
ces établissements.
donne
meure
la
(1).
Facultés, d'Antraigues
do 1790 sur
l'utilité
moins comme médiatrice entre
gouvernés, les pauvres
dès 1803 la
rope
les
l'organisation de
première place à celle de théologie, car
fidèle à sa thèse
gion, au
et les
Parmi
sur
et d'écoles.
les
et les riches.
de
il
de-
la reli-
gouvernants
Même
il
voit
question sociale s'imposant à toute l'Eu-
L'enseignement religieux
qu'il
réclame
est
C'est ce problème (le respect de la propriété) qui est devenu
de la société dans toute l'Europe. »
La religion, dit-il plus loin, qui est la consolation de tous les
honiiuGs, est bien plus encore la défense des heureux de la terre contre
(1) «
l'état
•<
CHAPITRE SRPTIÈMF:
316
purement moral
et pratique, car
il
vajusqu aen exclure
toute spéculation, toute controverse, ce qui
rément contre
Dans
le droit,
il
est
assu-
grec et selon la politique russe.
l'esprit
redoute la partie abstraite
et
méta-
physique, et souiiaite qu'on se borne au commentaire
delà législation écrite. Pour les collèges
des pensionnats, mais
ceux-ci
il
recommande
seulement accessibles
aux classes élevées, qui y perdront leurs habitudes exotiques et y prendront la marque nationale. Les écoles
primaires enfin seront établies par l'Université; celle-ci
veillera à ce qu'on n'y enseigne que les connaissances
utiles
au peuple,
même
Elle gardera,
d'approbation
((
dans
et
et
les livres
sur les précepteurs privés, un droit
ministre de l'instruction
celui-ci
Dans
elle.
de surveillance, ayant soin d'écarter les
perroquets encvclopédiques
le
approuvés par
».
Elle sera surveillée par
publique
et
son conseil,
chargé en outre delà censure des livres.
ce
mémoire, d'Antraigues, tout en parlant en
Vieux-Russe,
Napoléon
P""
;
sans
élait,
car
le
indiquait
il
savoir,
un précurseur de
comme les
plus sûres les
bases qu'allait choisir pour son œuvre le créateur de
r
«
Université de France
écrivait
elle
sa mère,
ne croyait pas
».
pourrait
si
Notre gouvernement,
puiser dans
bien dire.
l'instruction publique se
votre
lui
plan;
Le ministère russe de
conforma à ses idées en com-
mençant son œuvre scolaire par l'organisation du haut
enseignement; mais
là
il
s'en tint à la tradition qu'avait
invasions de la misère et du désc ';i:)ir. Si jamais la foi et la religion s'éteignaient, croyez-vous qu'il y aurait une grande distance de
'js palais à vos tombeaux ? »
les
VIE LITTERAIRE
inaugurée
317
la création, à l'allemande,
de l'Université de
Moscou en 1755.
D'Antraigues
était très fier
de son œuvre;
muniqua en Autriche, en Angleterre,
comme un
à sa mère,
faveurs;
il
en
vint,
en Russie
était
réalité,
il
à de
la tète
com-
la
même
l'adressa
prochaines
et
hautes
au moins à dire
sinon à croire,
à
«
titre
il
des universités (1)
qu'il
».
En
s'occupa seulement de leur recruter des pro-
fesseurs, et encore ses soins à cet égard se bornèrent-ils
à l'Université de Yilna.
Il
voulu y voir Jean
eût
Millier enseigner l'histoire, et Frédéric de
l'éco-
y plaça du moins pour la médecine
Viennois Franket le Saxon Titius, pour laphilosophie
nomie politique;
le
Gentz
de
et les
il
de pension de
mathématiques un brave maître
Dresde, Stord^ que ses convictions catholiques rendaient
suspect dans une ville toute luthérienne.
Il
fournissait
en outre des renseignements pratiques, pédagogiques,
comme on
dirait aujourd'hui, sur les écoles et les uni-
versités de son voisinage, et ce qui reste de
pondance à
cet
égard prouve
la variété
tions et de ses connaissances (2).
Il était
sa corres-
de ses observahostile à l'insti-
tution des privât docenten rétribués par leurs élèves,
comme
abaissant l'enseignement
commandait
la collation
diants, suivant
;
en revanche,
il
re-
de bourses de voyage aux étu-
un usage dès
lors
pratiqué en Angle-
D'Antraigues à l'amie, 4 septembre 1803.
BoGDAXOviTCH (Hislolre du règne de l'empereur Alexandre /"s t. I,
p. 143) analyse ses Observations sur l'Université de Leipzig. Parmi ses
(1)
(2)
lettres
ment
à Gzartoryski, celle
du
17 juillet 1803 (A. P.)
intéressante sur ces questions.
est
particulière-
CHAPITRE SEPTIÈME
318
terre.
Sa propre expérience
comprendre
lui avait fait
d'un séjour à l'étranger pour la jeunesse.
l'utilité
recommandait aussi
connaissance des langues
la
mais ne répudiait pas à leur
vantes,
langues classiques, sans lesquelles,
condamné
à la médiocrité (1)
Ses services s'étendaient
de tout genre.
Un
jour
il
Il
vi-
profit celle des
disait-il,
on est
a
».
aux travaux
aux études
et
se chargeait d'examiner des
cabinets de tableaux ou des recueils d'estampes dont ou
au gouvernement russe
offrait l'acquisition
jour
il
envoyait àPétersbourg
le
un autre
;
modèle d'un
veau mécanique à l'usage des cliniques
lit
nou-
de médecine,
ou un fragment inédit d'Aristole découvert dans
Homme
bibliothèque de Dresde.
la
de lettres bien plus
qu'homme
politique,
de travail,
entouré de quelques milliers
de volumes
plus chers
compagnons
qui étaient ses
passait sa journée à
il
fidèles et
ses
sa table
d'exil.
Les écrivains favoris de sa jeunesse ne
l'attiraient
plus guère, puisqu'il avait renié leurs doctrines.
dait
encore rancune à Rivarol, à
malicieuse
grands hommes:
qu'il loue,
dans
insérée
«
disait-il
le
cause de l'esquisse
Je ne fais pas plus de cas de ceux
peu de temps après
aux écrivains plus jeunes, il ne
:
«
J'ai le
la
mort du
(1)
les appréciait
Ils
D'Anlraigues à Xanûc,
»
cé-
Quant
pas davan-
bonheur de ne plus comprendre
de ces messieurs.
gar-
Petit Dictionnaire des
lèbre écrivain, que je n'en fais de sa moralité.
tage
Il
le
style
écrivent dans un goût nouveau,
I!»
l'éviier 1804.
VIE LITTERAIRE
goût est de
et si ce
l'esprit, l'Évangile a bien
nous promettre que
monde, puisque
ci (i).
Comme
»
Nouvelle Héloïse,
et l'auteur
les sots sont
leur
il
319
en
il
raison de
heureux dans
l'autre
bonheur commence dès
était resté
traitait
en
de
fait
celui-
roman
à la
de hautl'auteur deCorm/ze;
de Wer{het\ décoré d'une particule et d'un
titre ministériel, lui
semblait étaler des ridicules égaux
à ses talents (2).
L'amour-propre
le
faisant se suffire
à lui-même,
multipliait les plans d'ouvrages historiques
res
comme
les
mémoires
politiques.
Il
ou
littérai-
annonçait la
publication d'une traduction de Salluste que lui
léguée
J.-J.
Rousseau; traduction qui en
jamais, que je sache, vu
d'Henri VIII
le
commencée en
jour.
Il
publier;
historiques sur
Cromwell
et
Louis XI
reprendre ses Mémoires;
il
demandait à
il
s'occupait d'études
(3). Il
songeait à
cet effet à sa
l'aider à recueillir ses souvenirs d'enfance; et
celle-ci lui
répondait avec l'autorité de son
de son vieux bon sens
et
définitive n'a
1791, que l'empereur Paul
lui laisser
âge
avait
continuait sa vie
avait refusé de
mère de
il
:
«
titre,
de son
Je ferai la note que
vous désirez, mais vous ne voulez que des époques sans
toucher au moral. Voyez,
terait pas, et à
l'histoire
mon
ami, elle ne vous
de votre vie, qui,
entre nous soit
(1)
D'Antraigues à..., 27 décembre 1803. (A.
(2)
D'Antraigues à Jean de MûUer, 18 janvier 1804. (A.
vol. 633,
(3)
V.
f.
flat-
coup sûr vous mettriez l'inverse dans
134.)
la Bibliographie,
III, 16. 17,
19.
F.,
dit,
France, vol. Goo,
F.,
sera
f.
4.)
France,
CHAPITRE SEPTIÈME
320
loiilc
A
Paris,
(ju'il
On
à votre louange.
on n'y croira pas.
il
pourrait s'en amuser, mais
»
en relations avec des écrivains
était rentré
avait connus, et qui, échappés
la Révolution,
à
achevaient de vivre ou se reprenaient à écrire. Bernardin de Saint-Pierre
le
priait de revoir
en manuscrit
quelques chapitres de ses Harmonies de la nature;
comme
Laharpe, revenu
lui
de ses chimères philoso-
phiques, lui envoyait des notes sur les
versités françaises.
tenir à
r^m/c un
«
A
son
tour,
portrait
»
il
anciennes uniarriva de
lui
faire
do l'empereur Alexandre.
Ua?)îie reçut et lut cette page avec enthousiasme,
la
et
proclama égale aux meilleures pages de Rousseau.
Après l'avoir
fait
transcrire sur vélin en lettres d'or et
commensal du jour,
encadrer, elle la présenta à son
Bernardin de Saint-Pierre,
et celui-ci
de s'écrier
:
« Il
n'y
a que d'Antraigues en état d'écrire ainsi; c'est de lui. »
Pour mieux
attester
Quelques jours après,
son admiration,
il
apportait ce
tement ajusté, au milieu de son
Harmonies de
la nature^
à
il
en prit copie.
morceau, adroi-
livre
en préparation
fin
du chapitre où
la
/es
il
montrait la Providence éternelle maintenant son empire àtravers les désordres de la Révolution (1).
l'y trouverait
plus aujourd'hui; l'auteur
l'a
On ne
sans doute
supprimé par crainte, avant l'impression, qui n'eut lieu
qu'après sa mort en 1814.
demain
d'Austerlitz
ou de
A
la
certain
moment, au
Moskowa,
il
lui
aura sem-
blé trop hardi de publier l'éloge d'Alexandre, et
(1)
Uamie
à d'Antraigues, 4 février 1804.
len-
il
aura
LE COMTE D
Aî\
JES
(1806:
d'après un dessin de sa main
pnartenant au Prince Lobanow-Rosto\vsky
K j'LON
NOURKiT aCfEDIT
VIE DE SOCIÉTÉ ET DE FAMILLE
321
enlevé de son livre ce hors-d'œuvre éloquent, qui jurait
peut-être, et par son style et par son
de douces
sujet,
au milieu
sentimentales descriptions.
et
III
VIE DE SOCIETE ET DE FAMILLE
Les relations mondaines de d'Antraigues, à Dresde,
conformes à
étaient
la nature
de sa vie publique
se montrait plus
situation privée.
Il
ment, selon
circonstances,
les
le vit,
au moins durant
de sa
chez les ministres des
puissances en guerre ou en délicatesse
On
et
ou moins ouverte-
les
avec la France.
premiers temps de son
séjour, chez M^^^Léontier, Strogonov, Narischkine, qui
tenaient la tête de la colonie russe, et chez
lui, le
mari
de la Saint-Huberty recevait les artistes de l'Opéra buffa,
attirés
Il
par
la
habitait,
de déclassés
réputation de l'ancienne chanteuse.
en 1805, une maison où un autre couple
était
venu trouver un refuge;
prince Basile Troubetskoï et la
Guéménée,
fille
c'étaient le
princesse de Rohan-
du dernierduc deCourlande,
celle-ci
instance de divorce pour épouser celui-là. Étrange
assurément que cette sœur de
compta
trois
femme
duchesse de Dino,qui
maris parmi ses amants, plus nombreux
que ses années
(1)
la
en
(1)
1
Ce
fut
chez d'Antraigues que la prin-
Gatherine-Frédérique-Wilhehiiine-Béuigne,
princesse
de Cour-
CHAPITRE SEPTIÈME
322
cesse connut Troubetskoïet s'amouracha de lui
là qu'elle fêta
;
ce fut
par avance ses secondes noces dans une
un proverbe
soirée intime, égayée par
trai^ues, se rappelant son ancien
accepter un rôle
(1). 11
état
oii
,
M™' d'An-
avait daigné
y eut depuis intimité entre les
deux ménages.
La Saint-Huberty ne
voyait
plus
alors
Paris que dans ses lointains souvenirs, mais
sait
l'Opéra de
il
lui plai-
d'entendre dire qu'elle avait dirigé la musique de la
feue reine, et ce souvenir venait de lui valoir encore une
pension autrichienne
Des propositions
(2).
lui
parve-
naient d'Angleterre, où elle eût été attachée à la duchesse
d'York
et eût dirigé
une Académie de chant; de Russie,
où elle eût présidé aux concerts de
la
cour
et
enseigné la
musique à
la famille impériale. Elle sut résister à ces
tentations
si
puissantes sur les artistes, quel que soit
leur âge, et son mari ne put se faire à l'idée qu'elle serait
de nouveau à la solde de quelqu'un.
tait
souvenu, lors de
la
A
Paris on
s'é-
formation de la maison impé-
d'Anne-Antoinette de Saint-Huberty. Joséphine,
riale,
laude, duchesse de Sagan, l'ainée des quatre
Gourlande, née
le 8 février 1781,
épousa
:
1*
filles
le
du dernier duc de
prince [de Rohan-Gué-
divorça le 7 mars 1805; 2* le prince Basile Troumai 1805); divorça on 1806; 3» le comte de Schulembourg,
Witzembourg (8 octobre 1819). En 1827, elle se fît [catholique pour
obtenir du pape l'annulation de son troisième mariage. Elle mourut le
29 novembre 1839. On a publié sa correspondance avec le comte
Lichnowsky en 1826 et 1827. (1 vol. in-8, Wien, 1888.)
On trouve dans de Falloux, Mémoires d'un royaliste, le récit d'une
ménée
(23 juillet i800)
betskoï
;
(o
piquante entrevue entre
(1)
le
prince de
De Moustier à Talleyrand
pondance.)
(2) De GoxcounT,
(13
Rohan
et
le
prioce Troubetskoï.
février 1805). (A. F., Saxe, Corres-
ia Saint-Uuberlij, p. 239,
VIE DE SOCIÉTÉ ET DE FAMILLE
323
qui voulait continuer la tradition de Versailles, avait dit
en lisant son
nom
sur
le «
pied du palais
faut qu'elle vienne reprendre sa place
«
Que
dira crAntraigues(l)?
»
»
;
de 1789
»
:
«
Il
puis en riant
:
Eût-elle donné suite à cette
idée, elle eût trouvé rebelle l'ancienne reine de l'Opéra.
comme
régime
Celle-ci regardait la fidélité à l'ancien
un de ses devoirs tant professionnels que conjugaux
«
Bonaparte,
lui disait-on
laissait tranquille,
un jour, a déclaré
parce que,
:
vous
qu'il
depuis son élévation au
trône, la haine était au-dessous de lui
;
se
il
borne au
mépris. — Bonaparte, répliqua-t-elle en souriant,
peut
facilement le faire, car nous lui avons donné une telle
mise de fonds
intérêts delà
cela
me
fait
qu'il
somme
ne pourra
même jamais
qu'il tient
de nous en ce genre, et
payer
les
craindre une banqueroute de sa part. »
Si d'Antraigues
commençait
impa-
à supporter avec
femme,
lui
de-
meurait uni dans une affection ardente pour leur
fils
tience le caractère dominateur de sa
il
unique, l'héritier do leur aventureuse fortune. Replié
sur lui-même, dans un pays
le
oij
l'ennui,
comme
àGratz,
pénétrait par tousles pores, ilse façonnait à cette vie
de famille
qu'il avait si
longtemps dédaignée. Le
soir,
après de longuesheures solitaires passées à spéculer, la
plume à
la
nait à son
(1)
Vamie
main, sur
fils
les destinées
une leçon de
de l'Europe,
religion (2).
On
à d'Anti'aigues, 2 juin 1804.
avec des peines indicibles qu'on revient à
il
don-
croyait
croire, sans
jamais avoir une foi solide et à toute épreuve. Je me suis donc résolu
à ce qu'en ce genre il n'eût d'autre maître que moi.
Gela l'amuse au
point que hier pour avoir été un peu mutin sa mère l'a privé do sa
(2) « C'est
.
.
CHAPITRE SEPTIÈME
324
alors, d'après le
Journal des Débats,
qui
lança sans
doute cette nouvelle à l'instigation du gouvernement
communion orthodoxe.
français, qu'il avait passé à la
Sans doute, en
sa qualité de
fonctionnaire
russe,
il
devait assister à certaines cérémonies du culte grec,
mais à ses amis de France, à sa mère,
fidélité à ses
attestait
premières croyances qui, étant donné
momentané de
fort à
il
une
l'éclat
ses opinions philosophiques, ressemblait
un retour(l).
D'ailleurs
eùt-il recueilli
chez
lui,
eût changé de religion, son ancien précepteur l'abbé
s'il
Maydieu, qui
l'avait suivi
eùt-il fait célébrer la
de Vienne à Dresde
messe devant
le
lui,
jour
?
Lui
anni-
versaire de sa naissance? Eùt-il protesté, dans ses instructions à son secrétaire partant pour Pétersbourg, ne
pas vouloir que son fds cessât d'être catholique? A force
d'écrire en faveur de l'Eglise,
en
elle,
tait réveillée,
Il
en
au moins partiellement; la
et se
fortifiait
remords envers sa mère
fils.
il
et
était
foi
venu à croire
de ses pères
peu à peu en
de
de sollicitude envers son
prenait rang parmi les élèves de
qui, n'ayant pas
lui, faite
s'é-
Jean-Jacques
marché derrière Robespierre, ont
par suivre de loin Chateaubriand.
On
fini
a dit qu'une page
de catéchisme relue au déclin de la vie est plus saine
pour l'âme que
les plus brillants souvenirs. D'Antrai-
leçou de religion, et il en a pleuré à chaudes larmes. » (D'Antraigues
à sa mère, 16 octobre 1803.)
pluviôse au X.
Cf. le démenti inséré à la
(1) Journal des Débats du
—
demande de
famille dans
du
ventôse. D'Antraigues est
remercié par sa mère (17 juillet 1802) de la déclaration formelle du
catholicisme qu'il lui a envoyée. L'ami lui écrit (14 février 1804)
»
« votre volonté bien juste de garder votre religion.
la
.le
n»
11
:
.
.
VIE DE SOCIETE ET DE FAMILLE
gues éprouvait
épeler
un
le
D'autres
triste
calme que
fois, il"se
fils,
pour lequel
il
souhaitait
le sien.
dérobait aux préoccupations de son
métier et de son morne intérieur en se réfugiant,
autant qu'il
venirs.
Un
pouvait désormais, au milieu de ses sou-
le
compatriote du Vivarais, qu'il rencontra un
jour à Leipzig,
le
de cette pensée en faisant
la justesse
catéchisme à son
sort plus
325
voyageur
de Paris
et l'exilé
était
etcefutpendanttroisjours entre
le ravit,
une causerie
L'amie
intarissable.
aussi une correspondante aimée qui non
seulement transmettait de précieux renseignements,
mais évoquait sans embarras, en passant, de tendres et
chères images. Enréponseàjenesais quels reproches, elle
répliquait:
«
Auriez-vous osé
me gronder
en 1788?»
Ou
bienellelaissaittomberau milieu de quelquegravedissertation
un
qui trahit
:«
Jene sais
si
pour nous
je/e développe bien mesidées,
l'intimité d'autrefois.
De son
»
côté
d'Antraigues la ramenait par l'imagination dans ce logis
de la rue deMiromesnil où
ment lapensée do
cette
sonesprità cette autre
ils
femme
femme
s'étaient connus.
Evidem-
distinguée faisaittortdans
qui portait son
parée du cordon de Saint-Michel, nelui
beauté flétrie, un esprit vulgaire
et
nom,
offrait plus
un caractère
et qui,
qu'une
difficile.
Alors, ledostournéà sa maussade et impérieuse moitié,
il
parlait à cette fidèle
lui
amie de ses misères présentes:
donnait des conseils sur l'éducation d'un
fils
avait eu d'un premier
mariage
éloquentes et senties
comme celle qu'on va lire
mon âme d'être obligée
«
Je vous plains de toute
;
il
lui écrivait
il
qu'elle
des pages
:
de
CIIAF'ITRE
SiîG
craindre la solitude...
SEPTIÈME
Vous trouverez
personnes qui vous valent,
et
par conséquent la société
vous paraîtra bientôt aussi insipide
cœur
toute personne qui a un
n'enavoirpas perdu
le
à présent peu de
qu'elle doit l'être à
sensible et qui
avoue
souvenir. Croyez-moi, Victoire,
homme qui ne cessera de désirer votre
bonheur alors même que vous lui ôtez l'espoir d'y concroyez-en un
tribuer,
ménagez-vous tous
solitude où votre âme, votre
sent vous
retrouver.
temps passé
cœur
et votre esprit puis-
Ne craignez pas
charmes qu'aux distractions présentes, et
vous nourrirez
le
charme de
«
et
de
fois plus
que
c'est ainsi
conserverez cette sensibilité qui
fait
la vie.
D'après ce quemeracontenttous ceux qui viennent
du pays que vous habitez,
je vois qu'il
pour nous de contemporains,
étranger
serais tout aussi
mes
regrets du
les
vous leur trouverez mille
:
de
les jours des instants
opinions.
Eh
n'y existe plus
et que, si j'y allais, j'y
par mes manières que par
bien! croyez-vous que j'aie pour cela
cessé d'aimer la France?je l'aime plus que je ne l'aimais
quand
j'étais Français, et
très sûrement, je le répète,
je l'aime davantage, car tel est le
cœur humain,
sent tout le prix d'un objet que lorsqu'il
qu'il n'y tient
Dès que je
que par ses regrets
suis seul, alors je
me
et ses
l'a
perdu
souvenirs
retrouve au
ne
il
et
(1),
milieu du
(1) a Tout ce qui regarde la France est illusoire; elle est finie pour
nous, et nous n'y trouverons que le squelette ensanglanté do notre
ancienne patrie. » (Le comte de Vaudreuil au marquis de Vaudreuii,
8 juillet 1795.
— Correspondance
comte d'Artois,
t.
II,
p. 232.)
intime
du comte de Vaudreuil
et
du
VIE DE SOCIETE ET DE FAMILLE
pays où je suis né,
souvenirs pour
le
La France
cher.
un pays inconnu
le
si
moi
que je veux ne jamais connaître
(1).
le récit
ne cherche à avoir
je
des voyages de M. Bruce,
survécu sera
péri et à laquelle j'ai
premier
dres souvenirs.
fut jadis
actuelle ne m'est rien, c'est pour
e.t
a
celle qui
me
peupler de tout ce qui
quelque idée que par
toujours
imagination s'aide de mes
moi l'Ethiopie dont
C'est pour
mais
mon
et
327
dernier objet de
et le
On ne
mes
plus ten-
s'éprend pas pour des pierres
des rochers, on en trouve partout; ce sont ceux qui
et
y vivaient avec moi qui font
charme du paysage que
le
j'aime à revenir habiter avec eux, et malgré vos injus-
vous êtes sûrement
tices,
l'objet
que j'aime
le
plus à y
retrouver.
Si
a
vous pouviez voir
juger par cela seul
mon
cabinet,
cœur de
du
vous pourriez
celui
Tout ce qui peut me ramener au pays que
rir
y
rassemblé,
est
dessin de
le
qui
l'habite.
j'ai
vu mou-
mes châteaux,
mille
choses enfin qui m'en ont été envoyées avant qu'elles disparussent. Voilà ce qui compose le mobilier du lieu
me renfermer
j'aime à venir
ces.
(1)
Dans ce cabinet
Dans
et aviver
ne tiendrait qu'à vous seule d'y
il
mémo
« Oui,
temps, d'Antraigues écrivait à sa mère
j'ai vécu; je mourrai en la chérissant
cœur n'en a pas fini, il y retourne sans cesse. Je ne dois rien
le
:
j'aime la France, mais colle où
et
mon
oii
mes réminiscen-
•
à celle qui a détruit celle que je regrette, et je ne
être de cette nouvelle
que
j'ai
j'ai
voulu revoir
vu
France
naître, j'aimerais
la
ni
courber
mieux
ma
veux pas absolument
tête sous
la briser contre
des
autorités
un mur. Lorsque
nouvelle France, c'était pour y chercher des regrets,
des souvenirs, y revoir, y baiser les mains de la meilleure des mères,
et parcourir en étranger ce pays où je naquis et que j'ai vu mourir
pour moi...
» (25
décembre
1803.
—
B. D.).
CHAPITRE SEPTIÈME
3 28
mon
embellir
existence... Acxordez-moi votre portrait,
mais bien ressemblant.
content de
De
mère
sa
velles.
mettre à
le
il
dans
la retraite
(leBoucaud
lui
avaient valu
fils; et
profit
en
serais
France dès 1797, vivait
Montpellier
à
et d' Axât.
Les
auprès
de ses sœurs
lois contre l'émigration
quelques débris de la fortune de son
elle
essayait de les accroître au
du premier propriétaire. Ses
vent dans la
combien je
vos pieds!»
rentrée
débris,
ces
:
recevait aussi régulièrement des nou-
Celle-ci,
]\jraes
pouvoir penser
Je voudrais
..
que vous verriez le mien avec plaisir
lettres, écrites sou-
langue énigmatique familière aux émigrés,
monotones d'expression, horriblement incorrectes par
l'orthographe, révèlent néanmoins dans leur
le style et
auteur une
pratique.
A
femme
pleine d'autorité, de
cœur
côté de détails sur les biens
et
de sens
recouvrés en
Vivarais, sur les domaines à faire valoir et les réparations à opérer, elle jette
pêle-mêle les tendres repro-
ches, les conseils prudents, les expressions de sa rési-
gnation chrétienne devant l'avenir incertain pour ceux
qu'elle chérit,
et
devant
la
mort qui s'approche pour
femme d'une grande piété et d'une grande
sévérité de mœurs gardait la bonne moitié de ses pensées pour ce fils condamné à un perpétuel exil, sur leelle.
Cette
quel elle avait déjà eu tant à gémir.
Elle avait appris son mariage par le public, ce qui
avait étépourelle unehumiliation et
unsoulagement
(1).
L'humiliation subie, elle ne pensait plus qu'au bonheur
(1)
LeUre du 24 décembre 1799.
VIE DE SOCIÉTÉ ET DE FAMILLE
d'une famille qui était la sienne. Pour sa
329
belle-fille, elle
a toujours dans ses lettres quelques mots qui trahissent
de sa part une secrète victoire sur l'amour-propre
ne pas froisser
tenait à
la
mère d'un enfant destiné
à perpétuer sa race.
la
Elle
eût voulu voir Jules d'Antraigues avant de
;
et
il
elle
compagne légitime de son
fils,
rir
;
avait été question pour elle, en 1801 , d'un
à Vienne. Puis ce fut la Saint-Huberty qui dut
mou-
voyage
amener
l'enfant en France, avec un passeport obtenu à Vienne
par l'entremise attentive et discrète de Jean deMûller et
de Champagny. Ce projet futabandonné, soit que d'Antraigues hésitât à se séparer de son
fils,
soit qu'il crai-
de la part des siens quelque procédé désobligeant
gnît
pour sa femme
(1)
M""* d'Antraigues écrivant à son
mons son
inaltérable tendresse,
fils
dépensait en ser-
commeailleursen servi-
ces pratiques. Elle ne paraît pas avoir jamais cru
aux pro-
fondes convictions de l'émigré transformé dans certains
de ses écrits en Père de l'Église. Elle l'exhortait au respect envers le Saint-Siège, malgré le Concordat conclu
avec Bonaparte;
souhaiter la
foi,
l'humilité et la charité.
La
elle continuait à lui
et plus
encore que la
pensée
qu'il
pouvait
foi,
avoir
payé d'une conversion à
l'orthodoxie grecque les faveurs de la Russie la mettait
hors d'elle-même. Lors des bruits répandus à cet égard,
elle sollicita de sa part
(1)
f.
un démenti
public, et
devança
D'Antraigues àCzartoryski, 2 mars 1804. (A. F., France, vol. 633,
36.)
CHAPITRE SEPTIÈME
330
môme ce démenti, a(in do ne pas
nom le soupçon d'une apostasie.
Aux
lettres de sa
irrégulièrement,
mère, d'Antraigues répondait assez
des communications
la difficulté
servant d'excuse. J'aime gratis,
lui
disait-elle, et
mot douloureux
laissait croire vrai ce
sentait
laisser planer sur son
et
charmant.
du moins avoir payé par l'indiflérence
titude les services rendus;
il
lui
lui
Il
et l'ingra-
reconnaissait ses services
il
actuels en lui donnant pleins pouvoirs pour ses affaires, en
ratifiant d'avance ses actes,
en laissante sa disposition
ce qu'elle avait pu recueillir de leur ancienne fortunefl).
Parfois, en
lui écrivant,
jeunesse lointaine
et
même
subissait la nostalgie
de la première patrie, et
mait ses regrets avec
croire sincère,
il
une vivacité que
dans sa
il
de la
expri-
nous devons
bouche. Cethomme, àqui
samère n'avait pas vu verser une larme depuis
l'âge de
quinze ans, en était venu à s'attendrir, à pleurer devant
l'évocation de certains souvenirs
moi
011
sais
si
vous
étiez
éloigne pas
il
«Vous
auriez pitié do
témoin do mes regrets sur
nous étions à Laulagnet
combien
:
et
temps
à la Bastide. Certes, je
y avait d'ennuyeux,
mes souvenirs,
le
et le plus
mais cela n'en
ennuyeux
serait
reçu par moi à bras ouverts... Dieu n'a pas voulu que
(I)
le
Le préfet de rArdèclie, par arrêté du 27 fructidor an IX, avait
montant des créances de M'" d'Antraigues sur l'Etat.
mère de l'émigré, en vertu des lois d'alors, 14.602
Il
fixé
était alloué à
1. 16 s. 6 d., à
prendre sur les biens de son fils. Cette somme représentait la pension
viagère de 2.600 1. qu'elle tenait de son contrat de mariage, et le legs
fait par elle à son mari de la jouissance du domaine de Laulagnet.
D'après cet arrêté, M"'« d'Antraigues était née à Grenoble le 2S juil-
la
letl737.
VIE DE SOCIETE ET DE FAMILLE
331
nous ne nous revoyions pas. Que de choses à nous dire!
Ma femme
ne
me comprend
mes anciens souvenirs;
elle
pas sur une multitude de
me
croit
d'y penser et
fol
d'en pleurer, mais nous, nous nous entendrions...
il
ajoutait
:
«
me
Adieu, l'unique amie qui
monde... Je n'en
ai
jamais eu de
Au printemps
de
mes
regrets M)...
M"^6 d'Antraigues d'écrire à son
qu'elle
fils,
trouverait
elle se
i804, Bonaparte
Et
reste en ce
véritable
mon cœur,
seule. Si elle pouvait voir
trop veng-ée du passé par
»
»
défendre à
fit
et celui-ci
de son
côté dut se taire pour ne pas la compromettre. Quelques
nouvelles passèrent encore de part
et
d'autre par l'entre-
mise des amis de Paris, puis un peu plus tard quelques
La
lettres.
s'éteignit à Montpellier le
comtesse
vieille
19 avril 1800, sans qu'il y eût entre elle
trement que par
la pensée,
son
et
échange d'adieux
et
fils,
au-
de béné-
dictions.
Au
politiques, de ses dis-
milieu de ses spéculations
tractions studieuses ou intimes, d'Antraigues souhaitait
obtenir ailleurs qu'à Dresde
propre à assurer
le
ser ses services.
Il
Alexandre, tant
et qu'il
Sa
la
se disait d'autre
lui, afin
sacrifierait
situation
née à
(1)
le
repos de sa vieillesse
qu'il n'aurait
ne ferait rien pour
lui
une place indépendante,
pas
et
àrécompen-
partque l'empereur
rompu avec
la
France,
de ne pas accélérer la rupture,
s'il
semblait,
se
réconciliait
avec raison,
avec
elle.
subordon-
faveur de Czartoryski, et Czartoryski pou-
D'Antraigues à sa mère, IG septembre 1803.
(B.
D.)
CHAPITRE SEPTIÈME
332
Russe
vait d'un jour à l'autre céder la place à quelque
ennemi à outrance des étrangers.
Non
loin de
lui,
l'Athènes allemande
et Schiller s'y rencontraient
et
M™^ de
Staël.
Il
avec Benjamin
lemagne. Sa femme possédait à
moins comme
au
cour.
H
Gœthe
:
Constant
eût plu de figurer à cette cour
lui
lettrée, entre les beaux-esprits de la
et,
Weimar
cour grand-ducale de
la
comme
considérée
était
France
elle eût été
artiste,
et
de l'Al-
Weimar une maison,
ne demandait pas une situation
admise à
la
dans
officielle
ce pays, mais seulement une lettre de cabinet qui l'ac-
comme
créditât
sujet et protégé de l'empereur. Czarto-
ryski fitla sourde oreille à sa requête.
Au commencement
de 1805, n'ayant pu obtenir d'aller
plaider lui-même sa cause,
il
fit
par Mohrenheim; celui-ci se
parvenir ses doléances
rendait à Pétersbourg
pour présenter son rapport de
fin
d'année sur
les
affaires traitées
avec son concours, et sans doute aussi
sur son patron.
La guerre
était
imminente,
occupaient
marches
être à Dresde.
le
D'Antraigues se disait
n'avoir été récompensé d'un travail
;
il
Fran-
Hanovre, pouvaient en quelques
çais, qui
promesses
et les
sollicitait
difficile
las
de
que par des
une place, hors de
la
portée
des armes françaises, en proportion avec ses talents et
ses services, et des
fissent
tomber
marques publiques de faveur, qui
et les
poursuites de
Bonaparte,
accusations d'espionnage colportées contre
et
les
lui. Il
eût
voulu, bien que n'ayant pas le grade requis de
seiller d'État
actuel
»,
remplacer sur
sa
«
con-
poitrine la
VIE DE SOCIETE ET DE FAMILLE
333
dont on
par
de Saint-Louis
croix
l'avait
dépouillé
quelque cordon de Saint-Stanislas ou de Sainte-Anne;
pour l'avenir croissaient de jour en jour,
et ses craintes
car
ne se passait guère de semaine où
il
son protecteur ne parvînt jusqu'à
retraite de
A
la
bruit de la
le
lui.
Mohrenheim reparut
d'avril,
fin
Dresde,
à
porteur de nouvelles peu satisfaisantes. D'Antraigues
avec plus de calme qu'on ne l'eût supposé.
les reçut
excusa Czartoryski qui,
Il
en cette circonstance
les
étrangers.
d'humeur
forces,
))
«
:
et
il
disait-il, n'avait
premier
mouvement
sert, ce doit être
de toutes ses
après un
Puis,
Tant qu'on
pu vaincre
du souverain pour
l'antipatiiie
avec une ardeur
reprit sa tâche souterraine
qu'avivait sa vieille haine contre Bonaparte.
Certes, d'Antraigues se
mécomptes
la
et tant
yeux
d'autres émigrés honorés
faveur impériale? Alexandre
tous les
attribuant ses
à son origine. N'avait-il pas sous les
Richelieu, Langeron
de
trompait en
P*"
est peut-être
souverains russes celui qui a eu
le
de
moins de
préventions envers les étrangers. Mais d'Antraigues avait
contre
lui,
difficile,
outre son passé équivoque et son caractère
son mariage, qui
subalternes et inavoués.
antécédents de
M.'°^°
le
condamnait
à des
emplois
Quelle était la cour où les
d'Antraigues n'eussent soulevé,
pour sa présentation, des difficultés insurmontables?
Son mari
le
savait
si
bien
qu'il
n'avait pas
essayé de l'introduire à la cour de Dresde.
était trop
ment;
elle
délicate
pour qu'on
lui
même
La question
en parlât ouverte-
n'échappait sans doute pas à sa pénétration.
334
CHAPITRE SEPTIÈME
mais de parli-pris
iliic
voulait pas y arrêter sa pensée,
IV
DE l'ULYBE (1803)
LE XVIIl* LIVRK
La Prusse,
a
en 1798, perdra
écrivait d'Antraigues
l'Europe, la Prusse périra sur les cendres de l'Europe
comme
qu'ils
ces
ont
animaux qu'on écrase sur
faites,
ne nous guérira de rien
alors disputée entre
que
refusait
deux tendances
possible, de
A
Berlin était
l'une hostile par
par intérêt à la France,
faire
payer sa neutralité par
Depuis, elle avait continué ce jeu; deux
de ses principaux
estimaient
:
hommes d'État, Lombard
etHaugAvilz,
un agrandissement pacifique du royaume
compte à demi avec
la
France.
Paris, l'alliance prussienne avait,
comme
du cardinal de Fleury, des partisans résolus;
temps après encore
çais
pour en vanter
que
la
(1)
Prusse
son appui armé à la coalition euro-
péenne, dans l'espoir de se
le Directoire.
la perte de la
La cour de
(1). »
sentiment, l'autre sympathique
elle
blessures
avec la différence que la mort de ces
reptiles guérit la blessure et
et
les
il
la
s'est
au temps
et
long-
trouvé des historiens fran-
haute
utilité, et
monarchie de Frédéric
D'Antraigues au cardinal Maury,
pour regretter
et l'empire
G février 1798.
napoléonien
LE XVII^ LIVRE DE POLYBE(180o)
335
n'aientpoinlprélendude concerta la suprématie du con-
que hantaient
tinent (Ij. Talleyrand seul,
de l'ancienne
cour, penchait vers
souvenirs
les
un renouvellement,
approprié aux circonstances, de l'alliance autrichienne.
On lui attrihuait cette parole en 1803, au moment oii
Lombard venait à Bruxelles tenter le Premier Consul
:
«
La Prusse sera
dégraissée, puisque trop d'embon-
point la rend trop drue.
»
L'exécution du duc d'Enghien rejeta subitement
le
cabinet de Berlin du côté de la Russie; ces deux puis-
sances se lièrent l'une
sous certaines condi-
à l'autre
tions par la double déclaration du 24 mai 1804. Ainsi
furent posées les premières bases de la troisième coalition; toutefois plus
de deux années devaient s'écouler
avant l'avènement du ministre Hardenberg
et la décla-
ration de guerre à la France. D'Antraigues, après s'être
employée
allait
la réconciliation
de l'Autriche et de la Russie,
maintenant travailler à
sances la Prusse,
et, s'il était
daires de l'Allemagne
pointles
fils
(2).
rallier à ces
deux puis-
possible, les États secon-
Agent
officieux,
des négociations, maisàDresde
ne tenait
il
il
était placé
à souhait pour les embrouiller et les serrer en
nœuds
indestructibles.
Sous un
MûUer
titre
travaillait
habilement choisi d'historiographe,
dans
le
même
sens à Berlin. Censuré
ostensiblement pour ses livres à Vienne, sans
rapports
avec
(1),Thïers, Histoire
{•2j
l'envoyé
du Consulat
autrichien
et
de l'Empire,
aucuns
Metternich,
liv.
D'Aalraigues à Cobcnzl, b avril 18Uo. (A. V.)
XIX.
tout
CHAPITRE SEPTIEME
336
entier en apparence à l'étude et à l'exaltation des sou-
venirs du grand Frédéric,
il
ne
déminer
laissait pas
l'influence des ministres pacifiques, de pousser le roi par
insinuation dans une politique antifrançaise;
même
geait
des consultations politiques en
aux mémoires de Lombard,
denberg,
il
et allait voir
qu'il faisait
lui rédi-
réplique
passer par Har-
M"* de Souza, de passage à Ber-
lin,
dans l'espoir de
les.
Plus peureux encore que vaniteux, n'ayant de force
que dans
l'esprit,
tirer d'elle
quelques nouvelles
uti-
ce lettré famélique taisait alors éta-
lage de ses principes, jurait de les défendre jusqu'à la
mort,
et
proclamait
khan que sous
le
qu'il
aimerait mieux vivre à Astra-
sceptre deBonaparte
appuyés de bien d'autres,
(1).
l'ambassadeur russe Alopéus put, dès
et
ment de 1805, annoncer
Ses conseils,
finirent par tenter la Prusse,
le
commence-
à d'Antraigues les bonnes dis-
positions de la cour de Berlin.
Pendant toute
cette année, les
voyages diplomatiques
se succédèrent, plus ou moins secrets, plus
efficaces.
De Pétersbourg
ou moins
à Berlin viennent Winzinge-
rodeetNovosiltsov,dePétersbourgàVienneDolgorouky.
De
Berlin Zastrow va à Pétersbourg, Lombard à Vienne.
Novosiltsov attendit en Prusse
le
moment d'aller tenter
auprès de Napoléon cette fameuse mission médiatrice
(1)
Lettre
du
9
novembre
1804. D'autre part,
reur Bonaparte
parce
ne laisse
écrivait à d'Antraigues
:
«
L'empe-
suffrages»
peu de ressources dans l'autre parti qu'enfin l'on préprend et qui peut donner, plutôt qu'à ceux
laissent prendre tout ce qu'ils ont. » (13 septembre 1804.)
qu'il
y a
si
fère de s'attacher à celui qui
qui se
il
changement de parti
pas de se concilier beaucoup de
ces mots, qui laissaient prévoir son
LE
LIVRE DE POLYBE
XVIII»
337
(1803)
qu'un ultimatum déguisé. D'Antraigues
qui n'était
fut
chargé par Alexandre de composer un mémoire destiné
à servir d'instruction sur divers points à Novosiltsov
mais tout
comme
ment confidence, ilnecroyaitpas au succès
disait-il, le
:
Czartoryski, quilui en faisait franche:
«
Si
on veut,
forcer (Napoléon) à entendre raison,
illusion sur les choses, et illusion sur les
il
y a
personnes;
lusion sur les choses, parce que ce qu'on lui
il-
demande
renverse tout son système de politique, coupe les nerfs
de son existence et de ses moyens, et l'oblige à des sacrifices qui
doivent avec son caractère
possible absolu
;
illusion sur les personnes, parce
Novosiltsov, quel qu'il
soit, n'est
der Bonaparte ni de
discuter
leyrand
(1).
lui paraître l'im-
que
pas en état de persua-
avec son conseil Tal-
»
Sa correspondance continuait avec Vienne, mais
languissait fort, au moins
elle
du côté de Cobenzl, car de-
puis l'arrangement conclu avec la Russie, d'Antraigues
sollicitait
sans cesse des réponses toujours ajournées ou
éludées; et les lettres qu'il recommandait de brûler
étaient jetées
dédaigneusement dans
le
sépulcre des ar-
chives, où on les retrouve encore. C'était en vain qu'il
dénonçait Dolgorouky, dans l'intérêt de l'AutricIie,
sait-il,
ou Razoumovsky dans son intérêt propre, ou
qu'il envoyait, afin
d'eflectifs
Il
di-
de réveiller l'attention, les états
de l'armée française en Hanovre.
reçut alors la visite d'un de ses vieux complices,
Français de langue, royaliste de naissance, Prussien de
(1)
D'AiilraigLies à Gobeazl,
:il
mai
1803. (A. V.)
22
CHAPITRE SEPTIÈME
3â8
cœur, l'imprimeur neuciiâtelois Fauche-Borel. Fauche
venait de Paris et de la prison du Temple, où
il
avait
passé trois ans, sous l'invisible et pourtant efficace protection de d'Antraigues. Trois fois Va?ni lui avait sauvé
Va-
la vie sans qu'il s'en doutât; puis, de concert avec
mie
et
M™« de Copons,
bureaux de
tefois,
il
avait
fait
par arracher aux
fini
de sa mise en liberté. Tou-
la police l'ordre
ne voulant pas être connus de
avaient
I
lui, ses
libérateurs
agir la cour de Berlin, en lui donnantl'assu-
I
ranco que son intervention en faveur de Fauche serait
agréée. Lucchesini, soucieux avant tout de plaire aux
Tuileries, s'était refusé à prendre l'initiative d'une sem-
blable démarche, et
quand
au prisonnier délivré,
Neuchâtel, et
le
il
dut fournir un passeport
il
lui laissa interdire le
séjour de
força ainsi à se réfugier en Prusse
(1).
Fauche, arrivé à Berlin au milieu des préparatifs do
nouveau,
la coalition, voulut servir de
cause de Louis XVIII,
la
les dispositions des cours,
était possible,
pour pénétrer à ce sujet
et,
il
s'il
s'aboucha avec d'Antrai-
gues, qu'il ne connaissait pas encore personnellement.
Il
demanda un rendez-vous
pressement
et
nous avons par
leur entrevue. L'un
valoir.
chegru,
qui fut
accueilli
lui le récit
avec em-
détaillé
de
et l'autre s'attachèrent à se faire
Fauche en rappelant ses négociations avec Pid'Antraigues
en invectivant Montgaillard
Bonaparte avec une violence que
le
et
temps n'avait pas
amortie. Puis ce dernier disserta sur la situation de l'Europe, plaçant tout l'espoir de son parti dans l'armée et
(1)
L'ami à d'Antraigues, i" mars 180û.
I
LE
XVIII«
LIVRE DE POLYBE
la nation prussiennes.
Finalement,
terlocuteur une lettre de
donna à son
il
in-
recommandation pour Novo-
Fauche devait en user pour remettre
siltsov.
011
33»
(180o)
trois notes
apportait sous certaines conditions le concours du
il
général Moreau à la coalition.
On
comment
sait
la
Russie, six ans plus tard, accepta, employa et perdit en
peu de jours
Dans
le
transfuge qui dès 1806 s'offrait à
courant de
le
elle.
deux anciens chefs ven-
180.3,
déens, deux lieutenants de Charette, Suzannet et d'Andigné, vinrent frapper à la porte de d'Antraigues. D'An-
digné
ancien
,
avait été
correspondant
récemment en
de
l'agence Brotier
lors se faisait valoir auprès de tous les partis, et
haute volée. D'Andigné et Suzannet
ment s'informer des
pour
faire
il
pro-
notes à lui écrites par ce Montgaillard de
duisait des
la Russie;
,
relations avec Fouché, qui dès
non pas
venaient seule-
dispositions de l'Allemagne
qu'ils
et
de
comptassent sur l'étranger
triompher leur cause; car
ils
se disaient ca-
pables de détruire Bonaparte après l'avoir élevé et soutenu, et cela en dehors do toute ingérence étrangère
Mieux que
ces revenants, représentants d'une faction
clandestine, sans organisation réelle, sans
immédiates, d'Antraigues appréciait
la politique belliqueuse alors
ordre de
chette
;
Note
le
il
lui
espérances
interprètes de
en passe de l'emporter à
ménager, mais de ne
maintenant
lui faisait
(1)
les
Le ministre prussien à Dresde
Berlin.
(1).
avait eu jadis
le voir
qu'en
demandait une entrevue,
caet
connaître des pièces, des conversations ayant
à Vansillarl. (B. M.,
Add.
nis.s.
ol230,
f.
loi.)
CHAPITRE SEPTIEME
340
trait à la
Louis
(le
future alliance austro-prussienne.
Le prince
Prusse, l'ardent ennemi des Français, passant
quelques jours à Dresde, se montrait en public dans sa
compagnie; Markov
à
son tour y fut six semaines, vint
hommage
« On
s'asseoir à sa table, et rendit
lui faisant l'éloge
de Czartoryski
:
à son crédit en
croit, lui dit-il,
que j'aspire à sa succession, mais je ne désire plus que
lire les gazettes et cultiver
les agents anglais, Taylor,
mes
terres. » Puis ce furent
King, Jackson, qui se réuni-
rent en conciliabule chez l'émigré français; Fersen, qui
renouvela près de lui, au nom de Gustave lY,
d'Armfelt. Publicistes et
la
mission
diplomates déblayaient à la
sourdine, en ce point central de l'Allemagne, le terrain
qui allait être occupé et ensanglanté par les armées.
Depuis longtemps,
comme
écrivain politique, d'An-
traigues gardait le silence. Sous le coup des poursuites
de Bonaparte,
blié depuis
il
déclarait à tout venant n'avoir rien pu-
son arrivée à Dresde
:
«
Je vous jure sur
l'honneur, écrivait-il à sa mère, qu'aucun écrit anony-
me
no sortira jamais de maplume(l).» Malgré ces beaux
serments,
il
et brochures,
et,
prenait part en 1804, par divers
aux polémiques de
l'année suivante,
pour
le
il
En apparence
presse antifrançaise,
lançait à l'adresse de la Prusse,
compte delà Russie
ment du XVIII"
la
articles
et
de l'Autriche, son Frag-
livre de Polybe.
il
ne
s'agit ici
que d'un texte grec im-
portant restitué et traduit par un amateur, d'après un
(1)
A
ÎSI'u»
d'Anlraigues mère, 19 novembre et 25 décembre 1803.
Xamie, 28 dèconibre; à Czarloryski,
G avril 1804.
Cf.
à
LE
papyrus
XVIII»
original
LIVRE DE POLYBE
retrouvé au mont Athos. Ce texte
délibération en trois discours
contient le récit d'une
tenus dans le conseil d'Antiochus
rie.
341
(1805)
Grand, roi de Sy-
le
Cette délibération a pour objet l'acceptation ou le
rejet de l'alliance
proposée par
le roi
Ma-
Philippe de
cédoine contre les Romains. Deux conseillers du
roi,
Polycrate et Callisthène, et son hôte illustre Annibal
y prennent part, Polycrate pour recommander la neutralité, Callisthène et Annibal pour pousser à la guerre.
Cette prétendue restitution d'un texte perdu était une
page allégorique d'histoire contemporaine. Une
de V ami de Paris en avait évidemment suggéré
Celui-ci, désespéré devoir,
comparait
la politique
la politique
de
Romains
en
des
Asie après leur conquête de la Grèce, et
que
le
développement de
l'idée.
avec l'empire français, l'em-
pire d'Occident se rétablir,
Napoléon en Europe à
lettre
cette
souhaitait
il
comparaison présenté
avec art pùtservir d'avertissemeutauxsouverains(l),
La
société d'alors, élevée dans le culte des anciens, goûtait
ces rapprochements
fort
qui tournaient
historiques,
tantôt à la polémique, tantôt à l'adulation;
ils
paraissent aujourd'hui, selon notre humeur,
jeux d'hommes d'esprit ou des
(1)
«
Vous savez vous-même que
Sélfucides encore 127 ans après
mémoire du
5 (le
rapport lu
les
nous ap-
comme
des
exercices de pédants.
Romains ont
laissé subsister les
de Magnésie. Le résultat du
par Talleyrand au Conseil le o février
la bataille
ISOo) est précisément cet infernal système qui a
détruit le
monde
an-
engager l'historien Ferrand par-dessous main à développer sans se compromettre cette époque de l'histoire; il l'a fait; je voug
enverrai son écrit dans les premiers jours de juin. » {Vami à d'Antrajgues, 19 février-!" mars 1805.)
cien. J'ai fait
CHAPITRE SEPTIÈME
342
Lally avait
lolinus
d'après Tite-Live, Quintus Capi-
fait parler,
aux Romains
Mallet du Pan, d'après Sallusto,
et
Mithridateauroi desParthesArsace.Un amateur érudit,
Héron de
Villefosse, par la composition d'une sorte de
centon historique, avait mis sous
soi-disant
«
société d'auteurs latins
couvert d'une
le
» le récit
des prin-
cipaux événements de la révolution française. D'Antraigues s'avisa de choisir Polybe pour interprète de
ses rancunes et de ses espérances politiques, et voici
la fiction qu'il
imagina.
Dans sa jeunesse
il
avait visité les couvents grecs de
l'Orient, à la recherche des manuscrits précieux;
vraisemblable
qu'il
fût allé
il
était
au mont Athos, avec deux
voyageurs célèbres, d'Ansse de Villoison
et
Savary,yeùt
découvert et acheté à grand'peine un fragment du xvni^
livre perdu de Polybe.
d'histoire
Il
traça donc
un soi-disant tableau
grecque qui nous semble, l'ingéniosité des
allusions mise à part,
un chef-d'œuvre de pédantisme.
Cet ouvrage met en scène d'une part les Romains
(Français), d'autre part les Macédoniens (Autrichiens) et
les
Syriens (Prussiens), ceux-ci à la veille de la guerre
qui doit décider de leur délivrance ou de leur asservis-
sement complet. Dans
le conseil
d'Antiochus (Frédéric-
Guillaume), Polycrate (Lombard) recommande assez
blement un système de temporisation
et
veut se persuader que les forces des
et
fai-
de neutralité,
Romains
s'use-
ront d'elles-mêmes. Callisthène(Hardeaberg)au contraire
parle
énergiquement dans
le
sens
de
la
guerre, et
appelle à son aide, par une prosopopée imitée de Rous-
LE
LIVRE DE POLYBE
XVIIIe
seau, le fondateur de la monarchie
(Frédéric le Grand),
qui représente les idées
voque moins
que
seurs du monde.
également,
s'écrie-t-il,
»
Annibal,
oii il
a trouvé asile
les
:
a
Rome vous
apprenez enfin à haïr
la veille,
montre dans
il
etc.
Nicanor
oppres-
stigmatise la politique insatiable et
Il
aux vaincus de
main,
du pays
toi,
universelle contre
du Sénat (Convention)
perfide
et
et
Et
de l'auteur, in-
personnelles
intérêts
les
haine légitime
la
«
grande âme,
ta
si
:
343
(1803)
hait tous
Rome
;
»
aux combattants du lende-
le lointain
coaime des auxiliaires
invincibles Arsace et ses Parthes, lisez Alexandre et les
Russes
«
:
Lorsqu'on
commande aux
Parthes, on n'est
étranger à aucun des grands intérêts de l'univers.
Ce pamphlet, publiée Berlin par
les soins de
Borel, traduit en allemand et hautement
également en anglais
par Gentz, traduit
fit
un certain bruit dans
chancelleries..
çaise (1),
il
cette
(2).
monde
Fauche"
recommandé
et
en
italien,
salons
des
et
des
Sévèrement poursuivi parla police fran-
réjouit de
debourgeois
Prusse
le
»
et
les
compagnie
les
hobereaux bran-
émigrés irréconciliables restés en
approbation par
Czartoryski tempéra son
remarque à moitié ironique
:
«
Si,
au lieu de vous
cacher derrière Polybe, vous eussiez parlé clairement,
la moitié
de vos lecteurs vous eût moins admiré
(3). »
(1) Arch. Nat., F^ 6458. Cf. une lettre de Fouché (19 décembre 1805)
au directeur général des postes. Id, F' 64uo.
(2) Mémoires tirés des papiers d'un homme d'Etat (Hardenber^ï), t. IX,
Falche-Borel, 3/emoire5, t. III, pp. 202, 217,
p. 288. Cf. pp. 117-118.
—
227-230, 278-281.
(3)
Czartoryski à d'Antraigues, 12 avril 1806 (A.
France en Saxe, en envoyant l'ouvrage à Paris
F.).
(22
— Le ministre de
novembre
1805).
CHAPITRE SEPTIÈME
344
Exalto par son
succès factice, d'Antraiguos publia à
Londres une seconde, puis une troisième édition de son
ouvrage, revues
augmentées.
et
une
tion oratoire par
Il
y continuait sa
fic-
en traçant
les
fiction historique,
portraits d'Ariarathe, roi de Cappadoce(le
ducdeBruns-
wick) et du ministre Héraclide (Haugwitz) puis, toujours
sous le
haine, ce
«
couvert de Polybe,
sentiment céleste
de l'abondande
du cœur,
quentes
:
il
dissertait sur la
s'exprimant
donnait pour conclusion à
il
son pénible pastiche deux ou
voyance
il
», et cette fois,
trois
pages vraiment élo-
analysait et décrivait la haine avecla clair-
et la
passion que
le
mystique auteur de Vlmi-
tation a mises à décrire l'amour
sant enfin sous le politique et
le
l'homme,
:
se trahis-
pédant, faisait valoir
l'écrivain.
«
Bonaparte,
lui écrivait alors
contemporain d'aucun
ou qu'on
le tue(l).
»
Markov, ne peut
roi légitime
;
il
être le
faut qu'il les tue
D'Antraigues, en commentant celte
phrase féroce, non seulement oubliait ses devoirs envers la France, mais
il
excitait contre
elle
ceux qui
étaient dès lors et devaient rester nos piresennemis.il a
ainsi
pour sa part donné
l'éveil à cette
landwehr
patrio-
« Ces e7o72<e?i/es protestations ne se vendent pas ici,
mais se distribuent mystérieusement entre les affidés. L'auteur a eu
grand soin d'en faire hommage à l'empereur de Russie à son passage
à Dresde, mais on ne dit pas qu'Arsace se soit montré fort sensible à.
ces plaies adulations. On m'a parlé d'un autre pamphlet du même auteur qui doit être une réplique à la réponse faite à la note de la cour de
Vienne du 3 septembre. Cette pièce est, dit-on, écrite dans le style e
avec les expressions dégoii tantes du Courrier de Londres. Je n'en recherche un exemplaire que pour pouvoir entretenir M. de Loss... »
(1) B. M., Add. mss. 31230, f. 165.
s'exprime ainsi:
LE
XVIII'
LIVRE DE POLYBE
345
(1805)
tique qui, au lendemain d'Iéna, fonda sur la haine de la
France
l'esprit national
Aymon
allait
allemand. L'émigré La Roche-
rédiger après ïilsitt
cavalerie prussienne, et l'émigré
La
règlement de
le
la
Maisonfort, dans son
Tableau politique de V Europe imprimé en Allemagne
en 1813, donner
le
Napoléon
ton aux insulteurs de
tombé. Avant eux, l'émigré d'Antraigues, émule de
Jean de Mûller
et
de Kotzebue,
eut
le triste
avantage
de développer les sentiments dont Stein et Scharnhorst
ont été les plus ardents interprètes. Ce
phrases inspirées par
et le roi
le
le
de Prusse se jurèrent, le
tombeau du vieux
fut
avec des
faux Polybe qu'Alexandre I"
Fritz,
l''''
octobre 1805, sur
une amitié
éternelle.
L'auteur ne recueillit point de cette publication singulière les avantages qu'il avait espérés;
rechef et inutilement
qu'il
ne
le
désir d'être
il
témoigna de-
employé autrement
l'avait été jusque-là. Il protestait avoir d'autres
talents que celui do transcrire
les
lettres
d'autrui (la
correspondance de Paris venait de cesser), d'amuser,
môme
par d'ingénieuses fictions, les souverains
ministres.
allié
et
En venant
et leurs
de Berlin, etenallantrejoindreson
l'empereur François, Alexandre s'arrêta à Dresde,
y reçut à sa table tous les Russes de distinction. Les
personnes attachées à
saluer dans
nombre,
et
paroles.
Ce
la légation l'attendaient
son antichambre. D'Antraigues
l'empereur
lui
pour
était
le
du
adressa en passant quelques
fut tout.
Quelques semaines plus
tard, la
Russie était vaincue,
l'Autriche terrassée, la Prusse ramenée pour quelques ins-
CHAPITRE SEPTIÈME
346
tants
aux pieds de Napoléon,
avait travaillé
et le hardi intriganl qui
à la conclusion de celte alliance
fou-
droyée à Austerlitz se sentait de nouveau surle continent
à la merci
Vienne
et
de
amis ou ennemis.
tous,
à Pétersbourg, importun à Dresde,
cé du côté de Berlin,
il
Ils
que
yeux,
s'excusent à leurs
faire
de moi,
mêmes dans
royaliste pour
car
mena-
accusait de ses propres décep-
tions les souverains qu'il avait fatigués
«
Impuissant à
doses conseils:
disait-il,
de ne savoir
ne savent que
ils
faire d'eux-
pénibles circonstances. Je suis trop
ces
être utile
à des
rois... Ils
voudraient
bien que je fusse mort, carcelales acquitterait de tout;
morts ne parlent plus,
les
terrerait, puis
n'écrivent plus; on m'en-
on placerait sur
ma tombe
grosses calomnies... Si je n'avais
tre
je vous
fît
ils
avoue que
je
(1)
Fragment de
femme
ou qua-
et enfant,
ne serais pas fâché que Dieu leur
ce petit plaisir, car
d'y exister (1)...
trois
mon
siècle m'ennuie, je suis las
»
lettre à... (A. F.,
France, vol. G33,
f.
86.)
1
CHAPITRE HUITIEME
D'ANTRAIGUES EN ANGLETERRE
I.
—
Dangers du séjour à
Etablissement en Angleterre (1806-1807).
D'Antraigues autorisé à passer en Angleterre.
Visites
Arrivée à Londres.
à Jean de Mviller
et d'Angiviller.
Posilion
prise entre Nicolaï et Strogonov, Ganning et lord Granville.
Disgrâce en Russie, ses prétextes, ses causes.
D'Antraigues au serDresde.
—
—
—
—
—
—
vice anglais.
—
Puisaye. Les Bourbons (1806-1811).
D'Antraigues et le duc d'OrLes affaires de France.
Liaison avec Puisaye.
Leurs
projets.
Intrigues contre Louis XVIII arrivant en Angleterre.
D'Antraigues et Fauche-Borel.
Complot avorté contre d'Avaray.
Correspondance avec Arnifelt.
D'Antraigues éconduit par Wel-
II.
—
—
léans.
—
—
—
—
—
—
lesley.
—
m.
L'assassinat (1812).
Période d'isolement et d'abandon.— Le sodu !=' janvier 1812.
Nouvelles espérances du cùté de la
—
liloque
—
—
—
Pressentiments d'une fin tragique.
Lorenzo.
La
double catastrophe du 22juillet.— Bruits répandus, causes probables.
Jugements des contemporains.
Appréciation générale.
Russie.
—
—
ÉTABLISSEMENT EN ANGLETERRE
« Il
1798,
ma
n'y a que l'Angleterre, écrivait Malletdu
oiî l'on
place.
Il
Pan en
puisse écrire, parler, penser et agir. Voilà
n'y en a plus d'autre pour quiconque veut
continuer la lutte
(1)
(1806-1807)
(1). »
Correspondance avec
la
Mallet du Pan était mort depuis
cour de Vienne,
t.
II,
p.
420.
CHAPITRE HUITIÈME
348
émules devaient y venir
dans cet asile inviolable,
et ses
l'un après l'autre fuir et
braver
le
maître du continent
européen.
Un
jour de janvier 180G,
Moniteur que
envoyait
lui
d'Antraigues, ouvrant le
Xami de Paris^ y
impérial annonçant à l'Europe
letin
la chute
lut le bul-
des Bour-
bons de Naples; ce bulletin se terminait par ces mots
«
:
Qu'elle (la reine Marie-Caroline) aille à Londres aug-
menter
le
nombre des
intrigants, et former
un comité
d'encre sympathique avec Drake, Spencer Smith, Tay-
Wickham;
lor,
convenable,
traigues
Le
était
elle
pourra y appeler,
baron d'Armfelt,
le
MM.
si
juge
elle le
de Fersen, d'An-
»
(1)...
trop ingénieux interprète de Polybe comprit;
poussé, relégué d'avance sur la Tamise par l'im-
placable vendetta de Napoléon.
S'il résistait
à cette
sommation, une nouvelle campagne diplomatique
commencer
contre
lui,
n'aurait plus derrière
était
prévue.
Il
:
pour
la soutenir
il
Czartoryski, dont la retraite
«
Français à quelques
étapes de
voyait en perspective des scènes re-
il
nouvelées de Trieste
vous serez
lui
et les
Dresde. Dès lors
plus tragique
et coltc fois
allait
savait d'autre part la guerre prochaine
en Allemagne,
ris,
il
Si
et
de Milan, avec un dénouement
vous êtes
fusillé
dans
pris, lui écrivait-on de
les vingt-quatre heures.
Pa»
La
crainte de tomber entre les mains de ses compatriotes
l'emporta sur l'appréhension de ne pouvoir servir
(1)
1806.
37e
bulletin de la
Grande armée, dans
le
Monileur du
5
ail-
janvier
ÉTABLISSEMENT EN ANGLETERRE
leurs aussi
Il
écrivit
solliciter
bien
Dresde, son
qu'à
(1806-1807)
349
pays d'adoption.
donc aussitôt à l'empereur (12 janvier) pour
un changement de résidence,
et
il
n'eut pas de
peine^ on le pense bien, à faire appuyer sa requête par
le
g-ouvernement saxon.
résidence qui
comme
indiquait Londres
convenait davantage, et cette
lui
était sincère, car
Il
il
en
était
venu
à dire
,
«
fois
la
il
Tout plutôt que
de redevenir Français.» L'Angleterre était un pays dont
connaissait la langue, où
il
et
il
y
sollicitait
denization,
en ce
c'est-à-dire les
turalisation (1).
il
avait gardé de vieux amis,
moment même
privilèges
Les ministres anglais,
tout prêts à l'accueillir, à lui
des lettres de
d'une demi-napensait-il, étaient
ménager des
facilités
pour
ses travaux politiques.
Czartoryski, au
moment de quitter les affaires,
s'efforça
d'assurer après lui la situation de son fidèle et intime
correspondant.
Il lit
autoriser d'Antraigues à s'établir
en Angleterre, sauf à vivre à Londres ou dans
rons, à envoyer
au
ministère des mémoires
les envi-
sur les
événements, en y joignant des comparaisons historiques, à publier des brochures et des articles dans les
journaux pour éclairer l'opinion publique, à
venir
même
rial (2).
Au
directement des lettres au cabinet impé-
fond, ce qu'onlui donnait, c'était une retraite
(1) Yansittart à
f.
faire par-
d'Antraigues, 1" janvier 1806.(B.M., Add. mss. 31.230,
123.)
M. d'AutraiyuL's serait chargé d'envoyer tous les mois ou plus
s'il le pouvait,
un mémoire sur la situation de l'Angleterre
et un autre sur celle de l'Europe en général. De plus, M. d'Antraigues
devrait fournir un mémoire sur la manière la plus convenable de relever la monarchie autrichienne. » (Gzartorysici à l'empereur Alexan(2)
souvent,
CHAPITRE HUITIÈME
350
honorable
Au
et agréable,
due, disait-on, à ses services.
ce brevet de colonel qu'il attendait depuis
lieu de
dix ans, on lui envoyait une bague,
part
à son dé-
de Vienne, en signe de satisfaction; de plus sa
pension annuelle
fils
comme
était
doublée, son voyage payé, et son
autorisé à le suivre, tout en restant attaché à la lé-
gation de Dresde. Enfin,
Çzartoryski le recommandait
chaudement au baron de
Nicolaï, chargé d'affaires russe
à Londres,
les
et lui adressait à
témoignages
les plus
lui-même, avec ses adieux,
expressifs d'amitié et de re-
connaissance.
Le2
août, d'Antraigues quitta Dresde avec sa famille,
laissant croire
à ses amis qu'il partait pour la Russie
ses papiers avaient déjà passé la
paravant.
et
Il était
fusillé,
temps,
comme
s'il
ne voulait pas être enlevé
allait l'être
un pauvre
coupable, non
Nuremberg, Palm,
;
mer quelques mois aulibraire de
d'avoir écrit, mais
simplement vendu des brochures contre Napoléon.
A leur
entrée à Dresde, les Français recherchèrent en effet le
fugitif,
mais celui-ci
Londres
de
revit au passage
un
(1).
Avant de
ami de
était déjà bien loin sur la route
quitter le
la veille et
continent,
un ami
Berlin, d'Angiviller à
il
d'autrefois,
Jean de Mûller à
Hambourg. Le premier, heureux
de le revoir, le conduisit en pèlerinage à
Postdam
et
à
Sans-Souci, et en visite chez les illustrations du jour,
dre, 8/20
332.)
mars
{Recueil de la Soc. d'/iist. de Russie, t. XGII, p.
à d'Antraigues, 12 avril 1806 (cité dans la lettre de
1806.
— Çzartoryski
—
A. P.).
d'Antraigues à Roumianzov, 14 juillet 1809.
(1) Saint-Priest à d'Antraigues, 2 février 1807.
ÉTABLISSENENT EN ANGLETERRE
3ol
(1806-1807)
chczHumboldtetchez Ancillon.Le second évoqua devant
lui les
souvenirs de Versailles
et
de l'ancien régime.
Le
présent fut aussil'objet de leurs entretiens. D'Angiviller,
émigré irréconciliable
n'osait croire au
et
néanmoins à bout
d'illusions,
succès de la Prusse, et avouait que
Napoléon entendait mieux ses intérêts que tous
de l'Europe. Jean de Millier,
idéologue
par rimagination, voyait déjà les
la
Sprée au Rhin,
et traçait, à la veille d'Iéna, le
(1).
poléon^
ne pouvait
il
lui
Dans
sa haine contre Na-
pardonner d'avoir permis la
réunion du Sanhédrin israélite à Paris, et
son ami de prêcher
gés du Corse
Juifs
plan
passage curieux de ses dernières lettres à d'An-
traigues mérite d'être relevé.
à
Allemand
peuples soulevés de
de campagne des Prussiens en 1813
Un
et
les rois
:
«
la
il
demandait
croisade contre les Juifs proté-
Quel souverain peut ne pas chasser les
ou ne pas exiger d'eux de n'avoir aucune commu-
nication avec cet institut sous peine irrémissible de la
vie? C'est pis que les jésuites.
Que de
millions de Juifs
faufdés dans les secrets de toutes les familles, maîtres
d'une grande partie du numéraire, intrigants au suprême
degré, fanatiques infatigables, persévérants! Dites cela
à nos contemporains qui ont des
voir (2)
(1)
.
yeux pour ne point
»
D'Angiviller
à d'Autraigues,
7
octobre 1806. (A.
— .Jean de Muller
F.,
France,
au même, 30 septembre. (W., vol. 041,
« Dans
f. 10.) Le
5 octobre, il écrivait encore à d'Antraigues
tous
les pays je vivrai et mourrai dans et pour les principes que nous nous
connaissons. » Le 20 novembre il obtenait une audience de Napoléon,
et se mettait à son service.
octobre 180G. (A. F.)
(2) Jean de Muller à d'Antraigues,
vol. 029,
f.
192.)
:
-t
CHAPITRE HUITIÈME
352
Le
3 septembre, d'Antraigues arriva à
époque de
1804,
la retraite
Londres. Depuis
Simon Woronzov,
de
la
Russie n'était plus représentée en Angleterre que par
un chargé
fit
au nouveau
obtenir
un agent diplomatique régulier,
à
de ses
trée libre
res
d'affaires. Celui-ci
comme
venu,
effets à
douane, puis
la
démarches du personnage
D'Antraigues se
le
premiè-
les
mirent en défiance.
do Suède,
à la légation
glissait
l'en-
y
des paquets à l'adresse du roi Gustave IV,
remettait
et obtenait par ordre
exprès venu de Stockholm l'usage
du chiffre de cette légation, alors qu'il demandait à être
présenté à la cour
comme gentilhomme
comme Razoumovsky
un
flaira
à
Vienne
auxiliaire gênant
et
russe. Nicolaï,
Khanikov
à Dresde,
dans cet intrigant cosmo-
polite, et le tint à l'écart (1).
Deux envoyés extraordinaires de Russie
se succé-
daient alors à Londres, le comte Paul Strogonov, et le
comte Alopéus, ce dernier venant de Berlin. Le premier
allait
rentrer à Pétersbourg, suivi
on, par un envoyé anglais,
le
de près, disait-
marquis
de Douglas.
D'Antraigues parvint sous divers prétextes à se frayer
accès jusqu'à cet ami
même
temps,
anglais.
sa
main
Le
il
de Czartoryski.
Il
s'offrait
en
imposait presque ses avis au ministère
publiciste à
deux faces subsistait en
droite toujours active, toujours tendue,
lui,
dési-
rant en quelque sorte ignorer ce que recevait sa mai a
gauche.
(1)
A
Venise,
Nicolaï à S.
il
Woronzov,
Archives Woronzov,
t.
s'était
partagé
17 septembre
XXII, pp. 327 et 377.)
entre le
roi
de
1806 et 27 janvier 1807.
ETABLISSEMENT EN ANGLETERRE
Madrid
et le roi in
le cabinet
Londres
partions de Vérone; àDresde, entre
de Vienne
il
allait
353
(1806-1807)
de Pétersbourg; à
et le cabinet
essayer de mériter à la
fois sa
pension
russe et une pension anglaise, tâche infiniment délicate et
promptement équivoque,
sa réputation,
Dès
ici et
le
fatale à ses intérêts et à
comme il allait une
fois
lendemain de son arrivée,
s'était fait valoir
il
avec son aplomb ordinaire.
là
croire, n'avait
de plusl'éprouvcr.
pas de secrets pour
La
Russie, à l'en
lui
il
;
avait été
mêlé aux plus délicates négociations, entre autres à
celle
du divorce entre
femme
;
il
grand-duc Constantin
le
et sa
correspondait directement avec le cabinet
impérial, et certains diplomates usaient
de son inter-
médiaire pour faire parvenir leurs avis au souverain.
Il
pouvait enfin se dire à demi Anglais, par son
liation à la Société royale
de Londres. Bientôt on l'en-
déprime abord
tendit se targuer d'avoir conquis
et
affi-
l'accès
laconfiance du premier ministre lord Granville: mais
son passé n'était que trop connu,
et
cien émule, venait de le dénoncer
Foreign Office
(1).
Le
roi
et
rendre
son an-
expressément au
un autre ministre,
Howick, demandèrent à Nicolaï
homme
Froment,
:
Que
vient
faire cet
en Angleterre? Cependant l'espérance
utile lui
fît
octroyer sur les fonds
pension de 50 livres
sterling
par mois,
lord
de
secrets
le
une
qui fut plus
tard presque doublée, et portée à 1.000 livres par an (2).
(1)
Froment au sous-secrétaire d'État
sir
Frederick Vincent,
18 oc-
tobre 1806. (R. 0., France, vol. 7a.)
(2)
Note de lord Howick, 12 juin 1807
(R. 0.,
France, vol. 76.)
23
—
j
CHAPITRE HUITIÈME
3S4
Comme
il
y avait alors entre
reur Alexandre
rils,
communauté
le roi
George
et
l'empe-
étroite d'intérêts et de pé-
d'Antraigues ne croyait sans doute trahir personne
en se plaçant au point de vue anglais pour apprécier
ce qui se passait sur le continent, de la Vistule à la Neva.
spontanément
C'est ainsi qu'on l'entend
con-
faire
naître ses préférences sur le choix du diplomate destiné
à remplacer S.
dres.
Il
Woronzov
redoute ses
à l'ambassade russe de Lon-
anciens correspondants
d'Italie,
Lizakéwitch etStackelberg,et insinue au cabinet anglais
de demander directement
comme persona grata
gonov, ministre à Madrid
Troubetskoï.
En
attendant,
il
de son ami
beau-frère
et
aimerait fort être l'inter-
entre les deux pays, et
médiaire important
Stro-
il
presse
Canning de transmettre par son canal un plan de finances propre à faire
qu'ils doivent
mieux,
il
connaître
aux Russes
encore attendre
prend
l'attitude
d'un
de leurs
homme
les subsides
en mesure de
désigner des conseillers à Alexandre. Budberg,
cesseur de Czartoryski,
pondance
tère, et
pour
la
le suc-
le
destinataire de sa corres-
quasi-officielle, lui
semble manquer de carac-
se
rendre
Suède
et la
suspect par son antipathie avouée
Prusse.
11
faire partager sa conviction à
voudrait, et
il
avec Napoléon
ait
essaie de
Londres, voir Markov
arriver aux affaires sous l'influence anglaise,
la paix
Bien
alliés.
afin
moins de chances de
que
se con-
clure.
D'Antraigues au sous-secrétaire d'État Culling Charles Smith, 5 octobre 1811. {U., vol. 88.
ETABLISSEMENT EN ANGLETERRE
3oo
(1806-1807)
Celui qui disposait ainsi des ambassades et des ministères n'hésitait pas à offrir au
marquis de Douglas des
renseignements rédigés sur
le
ton de véritables instruc-
tions diplomatiques
renseignements,
une cour, à un pays
comment
d'autrui.
il
Il
et ces
;
qu'il n'avait
informations
toujours hanté par
déclare Alexandre
commencement de son règne,
renier le partage de laPologne et
qu'il
jamais vus, montrent
savait s'informer et juger les
rêves généreux du
que des humiliations.
Il
les
prêt à
à terminer une guerre
désapprouve du fond du cœur
et oii
voit déjà les
n'a trouvé
il
Vieux-Russespro-
testant contre la paix dans leur sanctuaire
Moscou,
relatifs à
national de
néanmoins s'empressant d'en jouir dans
et
l'auberge cosmopolite de Paris. Cette paix
malgré tout possible,
même
prochaine,
Pologne
tente pas la restauration de la
si
lui
semble
Napoléon ne
des
et l'éviction
propriétaires desstarosties confisquées. C'est ce
Russes
qu'il faut à tout prix éviter.
lui rappelait
On
l'étonnerait bien
que dans sa jeunesse, sur place,
sur le partage de 1772 et en a
flétri les
il
auteurs
on
si
a
gémi
(1).
Tout en s'acquittant ainsi envers ses nouveaux protecteurs,
tres à
il
n'oubliait pas les anciens.
Pétersbourg
et
Il
écrivait des let-
des articles dans le
Courrier
d'Angleterre en faveur de la cause toujours pendante
sur les champs debataille do la Prusseetde la Pologne.
A
cette cause
gine;
(1)
il
il
y rallia
AGaaning
ff.l75etsuiv.)
recrutait des
le vieux
champions de toute
Dumouriez,
et à Granville (nov. 1806). (B.
qu'il
ori-
n'aimaitpour-
M., AdJ. mss.
31230,
,
CHAPITRE HUITIEME
356
Le 14 octobre
tant guère.
d'Iéna)
(jour où se livrait la bataille
transmettait un nriémoire clans lequel le vain-
il
queur de Jemmapes s'ingéniait à battre sur
rivaux heureux qui l'avaient
la carte les
oublier à la tête des
fait
armées françaises. Quelques jours après,
Canning de dépêcher Dumouriez sur
il
adjurait
le continent,
au
milieu de l'armée prussienne en déroute.
La
paix de
vainqueur
Tilsitt, l'alliance
le vaincu,
et
S'il
furent pour d'Antraigues
espérances et
ruine de ses
conclue soudain entre
le
le
la
présage de sa disgrâce.
voyait Kourakine, un de ses fidèles
protecteurs,
remplacer Razoumovsky à l'ambassade de Vienne,
comme
devait subir,
chef immédiat aux affaires étran-
comte Nicolas Roumianzov,
gères, le
était tout
Roumianzov
au nouvel ami de son maître.
lorsque
Caulaincourt,
demanda
la rupture
il
et
prêt à céder, au moins dans les questions
secondaires,
gues,
il
lui
à
peine
en
arrivé
Aussi
Russie,
de toutes relations avec d'Antrai-
répondu qu'on n'attendait qu'une occa-
fut
un prétexte.
sion, qu'on ferait surgir au besoin
Comme
preuve de bonne volonté, on montra un ordre préparé,
prescrivant à d'Antraigues de congédierson secrétaire,
et de
ne plus
envoyer de
lettres;
néanmoins jusqu'à nouvel avis
Cet ordre ne parvint pas à
on
ses titres et traitements.
destination, et celui qu'il
concernait n'en fut que plus surpris quand
mois après, sa complète disgrâce
Roumianzov, ne
conservait
lui
:
«
il
apprit, six
S. M., lui écrivait
livre point l'intérêt de son
empire aux
passions d'un étranger. Elle prescrit à ses ministres de
ÉTABLISSEMENT EN ANGLETERRE
(1806-1807)
357
correspondance avec vous. Elle vous dé-
cesser toute
gage de son service
ainsi
que M. votre
vous
et
lils,
retire à tous
deux
bontés
D'Antraigues eut beau protester, affirmer
(1). »
que son traitement
le
traitement que vous devez à ses
était
moins une rémunération de ses
services actuels qu'une récompense de ses servicespassés.
On
le
punit de cette réclamation, en lui
malgré une promesse formelle,
retenant,
écbus de
les quartiers
ses appointements depuis quatorze mois, tant sur le col-
lège des affaires étrangères que
sur
ministère de
le
l'instruction publique.
Que
s'était-il
passé
?
D'après Armfelt, iRoumianzov, qui
faisait à d'Antrai-
gues l'honneur de l'appeler son plus grand ennemi,
s'irrita
de ce
qu'il
avait écrit à l'empereur une lettre
qui n'avait point passé par ses mains, et qu'Alexandre
lui
montra dans un moment d'expansion.
Roumianzov lui-même, d'Antraigues
Kourakine,
le
A
en croire
avait adressé à
12 février 1808, une lettre confidentielle
de nature à choquer l'empereur, à qui elle fut
niquée par
le destinataire.
signataires du traité
de
Kourakine ayant
Tilsitt, cette lettre
commu-
été
un des
contenait
sans doute une critique acerbe, peut-être personnelle-
ment blessante pour Kourakine, de
que russe,
et
Kourakine, personnage aussi vain que
médiocre, l'aurait
pour se venger transmise
maître. Quoi qu'il en soit,
(i)
la nouvelle politi-
vu l'absence de
Roumianzov à d'Antraigues, 14 juillet 1808
à
son
la pièce incri-
(A. P.). L'année sui.
vante, à pareille date, d'Antraigues envoyait une longue lettre de protestation et de réclamations qui resta sans réponse.
CHAPITRE HUITIEME
^.^iS
minée,
est difficile de juger
il
portion avec le
si
gues tombait dans un piège
où d'autres étaient déjà
même
tombés sous ses yeux,
en pro-
la peine était
seulement que d'Antrai-
délit. L'oîi voit
avec sa connivence
moin La Vauguyon auprès de Louis XVIII,
:
té-
Panine
et
à la cour de Russie. Lorsque, quatre ans auparavant,
il
révélait à Czartoryski l'indiscrétion épistolaire qui avait
causé la disgrâce de Panine,
il
ne se doutait guère
qu'il
serait lui, serviteur officieux et subalterne, victime d'un
caprice du
même
genre. Alexandre
tout libéral qu'il
I^'",
voulait paraître, ne supportait pas la critique.
En
lettre
définitive, le prétexte de cette exécution fut
témérairement écrite au souverain, ou une
un ami
trop vive adressée à
cause
ou une
était la contradiction
indiscret.
La
qu'on supposait désormais à
d'Antraigues entre ses sentiments
ses
et
devoirs.
continuait à haïr le nouvel ami d'Alexandre, et
tachait à l'Angleterre
lettre
véritable
Il
il
s'at-
devenue l'ennemie du maître
qu'il
eût voulu garder.
Un
bruit singulier se répandit alors
:
il
aurait
vendu
au gouvernement anglais, en retour d'une forte pension,
la copie des articles secrets
supposition, acceptée
les biographes,
du
traité
comme un
ne supporte pas
fait
de
Tilsitt.
Cette
acquis par tous
Ce
l'examen.
n'est
qu'à Dresde qu'il eût pu surprendre un secret aussi im-
portant
:
et
lorsque les deux empereurs se rencontrèrent
sur le Niémen,
il
était
Angleterre, et privé
déjà depuis
de longs mois en
des relations propres à
une semblable aubaine. Qui
sait
d'ailleurs
lui valoir
si
cette lé-
ÉTABLISSEMENT EN ANGLETERRE
359
(1806-1807)
aux yeux de
g-ende n'a pas été inventée pour justifier,
certaines gens, la facilité avec laquelle on avait sacrifié
d'Antraigues aux
Napoléon? Ce qui
ressentiments toujours vivaces
trahit
au moins de
la part
quelque regret, quelque arrière-pensée,
de
d'Alexandre
c'est
qu'il
ne
voulut jamais ni signer, ni faire enregistrer au Sénat
l'ukase qui confirmait légalement la disgrâce de
cien
conseiller
une défaveur apparente,
d'un emploi, mais
commissions
l'an-
légation. Mohrenlieim subit aussi
de
il
même
et fut privé
de l'espoir
reçut de l'empereur en secret des
et des gratifications.
Ainsi détaché malgré lui de la Russie, d'Antraigues
perdit aussi le dernier lien qui le rattachait à l'Espagne.
Il
se vit
supprimer (janvier 1807)
jouissait à
elle
Madrid depuis 1793,
disparurent pour
tion espagnole.
Il
lui les
et
la
il
probablement avec
bénéfices de sa naturalisa-
n'avait plus qu'à se
ment au service anglais,
pension dont
vouer exclusive-
et c'est ce qu'il
fit
pendant
les
cinq années qui lui restaient à vivre.
Outre ses
consultations sur les affaires do France,
dont nous reparlerons, outre ses articles dans
r'ier cV Angleterre^
journal pour lequel
il
le
Cour-
était l'inter-
médiaire des subventions ministérielles, on trouve dans
ses papiers
un exposé des mesures
à prendre contre
l'éventualité d'une expédition franco-russe en Inde, des
lettres sur l'opportunité
d'une occupation par les An-
glais de Candie et de l'Archipel
(1)
(1).
Mais l'Espagne
atti-
Ces pièces paraissent l'œuvre d'un de ses correspondants anglais,
Leckie. (A. F., France, vol. 039.)
CHAPITRE HUITIEME
360
pensée;
rait surtout sa
qu'il
fondées
avait
se souvenait des espérances
il
sur l'enthousiasme religieux des
Espagnols en face de la France révolutionnaire;
voyait
s'accomplir contre
France impériale,
la
les
il
et
il
essayait d'associer à cette cause populaire la cause des
rois de l'Europe et en particulier
Nous verrons plus
resser le
loin
vieille
et
il
comment
il
chercha à y inté-
il
Demeuré, quoi
duc d'Orléans.
royaliste et Français,
des Bourbons.
celle
qu'il
dît,
censurait tout bas, selon une
habitude, les maîtres qu'il avait osé se donner,
appelait la politique
anglaise
«
un
tissu d'inso-
lences et de violences pires que celles du
Il suffisait qu'il
pour devenir
pût arriver au seuil
11 était
ses compatriotes, les uns implorant
pour leurs
nombreux,
Corse
(1) ».
des ministres
Providence de ceux qui ne parvenaient
la
pas à dépasser l'antichambre.
le priant
le
protecteur de
sarecommandation
élucubrations politiques,
secours. Disgracié
il
en
les autres,
plus
de faire passer leurs demandes de
même par
gardait sa clientèle dans le
les
rois
sans
couronne,
menu peuple des émigrés
irréconciliables.
(1)
D'Antraigues
France, vol.
tioo,
f.
à
34.)
Marie-Caroline,
11
décembre
1810.
(A.
F.
,
PUISAYE. LES BOURBONS
(1807-1811)
361
II
BOURBONS (1807-1811)
PUISAYE. LES
A peine
arrivé en Angleterre, d'Antraigues se mit en
rapport avec les princes français
blis.
qu'il
y trouvait
Sa situation vis-à-vis de Louis XVIII ne
point un titre à leur défaveur, au contraire.
Il
éta-
lui était
n'était pas
à Londres depuis une semaine, que son vieil ami Yaudreuil le conduisait chez lecomte d'Artois.
Le duc d'Or-
léans vint le voir, et le pria de transmettre en Russie
son désir ardent de servir n'importe où
européenne.
souhaitait rejoindre l'armée suédoise,
II
ou préférablement
être
celle
de Monténégrins
qu'il faut
Italie
:
tion (1).
et
avec un corps russe flanqué
d'Albanais,
et
«
Ce
n'est
tenter quehjue
point en prince,
»
et qui
veut s'y faire une réputa-
D'Antraigues savourait presque
hommages personnels
la paix continentale
comme
des
de telles propositions, auxquelles
ne permit pas de donner
avait oublié depuis
suite.
longtemps ses diatribes contre
Philippe-Égalité, et se disant qu'il ne fallait qu'un
pour donner une àme à
(1)
coup
disait-il,
m'envisager, mais en militaire qui aime pas-
sionnément son métier,
Il
de Beningsen, oumieux encore
envoyé en Dalmatie,
hardi en
la coalition
la résistance
homme
des Espagnols,
D'Antraigues au général de Budberg, 14 octobre 18UG (A. P.).
il
CHAPITRE HUITIÈME
3G2
croyait avoir trouvé cet
De Palerme, où
il
était
homme
dans
le
duc d'Orléans.
venu épouser sa cousine Marie-
Amélie, ce prince vint à deux reprises en Espagne, et
heurta à l'indifférence des Cortès
s'y
et
au mauvais vou-
de l'Angleterre. Grâce àlui du moins, d'Antraigues se
loir
réconcilia de loin avec la reine Marie-Caroline, s'ingéra
dans les affaires de Sicile
d'autrepart se fitl'inter-
(1), et
médiaire officieux du duc auprès des ministres anglais.
Les
lettres qu'il reçut alors de lui, publiées
en 1841, ont pu sur
le
inopinément
trône constitutionnel de France
embarrasser leurdestinataire; il ne les acependantjamais
désavouées.
Lorsque Canning arriva au ministère des Affaires
étrangères, d'Antraigues devint son correspondant attitré
pour
les affaires de
France
;
il
partageait cet emplo^
avec un autre exilé, Henri Larivière,
juré
comme lui
haine aux
cial k la tribune.
France,
le
Un
qui jadis avait
rois et glorifié \Q,Co?ilrat so-
de ses mémoires sur
l'état
de la
premier sans doute en date (octobre 1806),
est particulièrement curieux.
Il
est
d'une époque on
l'auteur se vantait d'avoir la confiance entière do Can-
ning, à ce point que chaque matin il allait causer avec lui
en tôte-à-tête. Dans cette œuvre, destinée à établir sa réMémoire sur les affaires de Sicile, H août 1810. (R. 0., France, vol.
au sous-secrétaire d'Etat Smith le 5 octobre 1811 « Je vous
ai confié il y a plusieurs mois des lettres de la reine de Sicile; je n'ai
pas eu une seule instruction sur le conseil qu'elle me demandait et
(1)
80.) Il écrit
:
lui donner... J'ai cessé cette correspondance depuis huit
mois avec M. le duc d'Orléans, et avec la reine, je l'ai rendue peu à
peu inutile, avec respect, mais en lui en faisant sentir l'inutilité par
sur ceux à
l'insignifiance de
mes réponses.
» [Ici.,
vol. 88.)
PUISAYE. LES BOURBONS (1807-18H)
363
putation sur ce nouveau théâtre, d'Antraigues reproduisait les
vues etles arguments développés deux ans aupa-
ravant à Pétersbourg et à Vienne, et posait avec une clair-
voyance divinatoire les bases nécessaires d'une restauration royale.
Il
n'en était plus à dire :Pointd'accommode-
ment, etregardaitau contraire l'accommodement
nécessaireavec ceux
qu'il jugeaitlesplus
comme
coupables :les
régicides et les acquéreurs de biens nationaux.
Il
ne
croyait plus d'autre part que l'Europe pût venir à bout
de la France par les armes; la France seule devait se
délivrer de son tyran, et ressaisir,
social
à l'abri d'un pacte
nouveau, le cours de ses traditions nationales (1).
D'Antraigues avait rencontré à Londres, outre ses
hommes qu'il avait jadis
comme lui de n'avoir pas
vieux amis d'émigration, des
haïs et qui se désespéraient
occupé ou gardé
mapes
et le
premier rang,
le
vainqueur de Jem-
vaincudeQiiiberon, Dumouriez
obtint par le
Il
le
premier accès dans
les
et
Puisaye.
bureaux de
la
guerre, le prôna en revanche auprès de Canning et de
Budberg,
et s'entendit
proclamer par
capable de sauver l'Europe
Puisaye
était,
haute mine et de
pli
lui le seul
(2).
comme d'Antraigues, un
fier
homme
aventurier do
langage, saturéde mécomptes, rem-
néanmoins d'illusions, osant dire encore en 1807 qu'il
disposait de
deux cent mille hommes en Bretagne.
aspirait à la direction exclusive
du
Il
parti royaliste; ses
ambitions, ses ressentiments, jusqu'à ses vanteries, le
(1)
V.
(2)
FAUCHE-BouEr,, Mémoires,
la Bibliographie,
l,
40.
t. III,
p. 372.
CHAPITRE HUITIEME
3fU
moment
rapprochaient au moins pour un
conspirateur de Venise.
11
le
nouveau venu
et
de d'Avaray,etillui écrivait
que
l'avait desservi
le destinataire eût
main pour toute réponse
la
pu
:
de l'ancien
se plut à oublier
comment
auprès de Louis XVIII
mars 1808 ces lignes
le 7
renvoyer signées de sa
lui
Je crois bien fermement que
«
dernière heure de l'Europe a sonné, que l'Amérique
héritera de ses dépouilles, et que le temps approche
curieux du Nouveau-Monde viendront
les
débris de l'industrie et des
capitales,
comme nous avons
d'Athènes
les
arts
oii
chercher les
sur les ruines de nos
été les chercher sur cel-
et d'Alexandrie.
Ce temps, ni vous
ni
moi
nous ne le verrons, mais vous savez aussi bien que moi
que
c'est
le cercle tracé à
la
grande fourmilière que
nous avons l'impertinence d'appeler
mon
monde. Tout
chagrin est d'avoir été condamné à une longue vie
dans un siècle
oii je n'ai
ses et de petits esprits.
réconcilié avec
tice,
le
car je
mon
eu à voir que de petites cho-
Vous m'avez en quelque façon
espèce, mais je vous ai rendu jus-
n'ai cessé de
vous considérer
étranger chez des sauvages
(1)...
comme un
»
Fuir les sauvages d'Europe,aller rétablir leur fortune
chez les sauvages d'Amérique, fut en
agité entre
mander des
eux vers
la fin
de 1807.
Il
effet
un projet
s'agissait de de-
terres au prince héréditaire de Portugal
réfugié au Brésil, le seul qui, sur tout le continent eu-
ropéen, n'eût pas alors fléchi devant Napoléon. Puisaye
(1)
f.
Puisaye à d'Aatraigues, 7
239.)
mars 1808. (A.
F., France, vol. 641
PUISAYE. LES BOURBONS
les
eût mises en
culture,
d'Antraigues
Londres comme représentant de
l'autre devaient
noms
à
et
titres
leurs
par eux. Encore un rêve
à des domaines créés
évanoui aussitôt que conçu,
désir invincible
resté
fût
l'entreprise, et l'un et
transférer leurs
ainsi
36b
(1807-1811)
céda la place au
et qui
de poursuivre les vieilles
chimères,
de satisfaire les vieilles rancunes.
Louis XVIII, victime,
cié,
comme
son serviteur disgra-
de la paix deTilsitt, venait de quitter Mittau, et se
préparait à rejoindre ses derniers fidèles sur le sol anglais.
Parmi ceux-ci
était
raisonnable, conçut celui de réconcilier
d'autre projet
de Milan
le roi et le « traître »
par
lui
Fauche-Borel, qui, à défaut
Vivement
(1).
sollicité
d'abjurer ses ressentiments, d'Antraigues remit
sous les yeux de Fauche les pièces qui constataient sa
disgrâce, parla de sa dignité blessée avec la colère du
premier jour,
«Il est roi de
et laissa
France;
bon Fauche se
cependant échapper cette parole:
fût-il
retira, tout
unebuse, je
joyeux de
la
le servirai.»
conversion
croyait avoir opérée. Dans sa satisfaction,
rebelle pénitent
portrait de Louis
il
Le
qu'il
envoya au
une magnifique boîte en or ornée du
XVI. La boîte
fut acceptée,
mais
le
donataire n'en consulta pas moins exclusivement Puisaye, lorsqu'il s'agit de parler
glais.
L'un
du
roi
et l'autre insinuèrent à
réléguer Louis XVIÏI,
aux ministres an-
Ganning
comme jadis
le
qu'il fallait
comte d'Artois,
405-408. Cf.
(1) Fauche-Bohel, Mé>noires,[. III, pp. 255-257,330-334,
Record Office, France, vol. 79, où se trouvent plusieurs lettres de
Fauciie, une en particulier du 12 décembre 1809 au ministre des affaires
étrangères, qui est une dénonciation formelle contre d'Antraigues.
CHAPITRE HUITIEME
366
en Ecosse, dans
listes et
le palais délaissé
ennemis du
des Stuarts.
Roya-
jeu consistait à vou-
roi, tout leur
loir diriger, sans son chef naturel et légitime, un parti
à qui les forces,
ressources,
les
semblaient
l'avenir
manquer désormais.
Alopéus
alors
était
principal représentant de la
le
Russie à Londres. Par
d'Antraigues
lui
passer à
fit
Pétersbourg une relation de l'arrivée de Louis XVIII en
Selon
Angleterre.
—
lui,
et
invoquait l'autorité de
il
son oncle Saint-Priest, un autre disgracié réfugié
Stockholm,
— ce prince avait cédé
aux
à
sollicitations de
d'Avaray, trompé lui-môme par des correspondants
Imaginatifs tels que Fauche-Borel et Danican; ceux-ci
avaient cru pressentir quelque
entreprise du cabinet
le sol français, et le roi accourait
britannique sur
empêcher que Puisaye, son
nemi, ne fùtcJiargéde
sujet et son intraitable en-
la conduite
de
l'affaire.
d'Antraigues disait à demi voix en Russie,
dans un
article
pour
il
Ce que
le publiait
(non signé) du Courrier d'Angleterre,
faisant bien ressortir l'impopularité de la cause royale
parmi
les
tenir Louis
surtout,
XVIII absolument à
traîné le roi
ici
(1)
cause de sa pétulance
sans doute
Cet article
21 nov.
l'écart.
ministère de
On
en veut
sans conseil ni sans en avoir prévenu,
dire vrai, ajoutait-il,
homme;
le
M. d'Avaray, qu'on croit avoir en-
disait-il, à
et aussi à
pour
Anglais, la nécessité
est
1807 (A. P.).
et
de sa nullité. Mais à
on s'exagère ce que
il
conduit
annexe à
le roi,
mais
c'est
il
que cet
n'a ni ta-
une dépêche d'AIopéua à Roumianzov,
PUISAYE. LES BOURBONS
367
(1807-1811)
vues, ni moyens, ni connaissances, et avec des
leiils, ni
ministres anglais, en deux minutes
il
serait
n'osant ni ne pouvant articuler une parole
C'était parler en familier dévoué du
quand Fauche
le
somma
aux abois,
(1).
Foreign Office. Puis
de faire honneur à ses pro-
messes et de seconder l'établissement près de Londres
de leur ancien maître,
«
et
Tout cela ne
mourrai
il
me regarde
fidèle sujet
répondit avec
pas... Je suis
désinvolture
de l'empereur de Russie.
Malgré cette qualité,
qu'il
allait
:
Russe, je vivrai
d'ailleurs
»
bientôt
perdre, d'Antraigues eût voulu supplanter Fauche dans
la
correspondance avec
tion étrange,
tombés
si
l'on
les
royalistes français
pense à
les partisans des
l'état
de nullité
Bourbons en 1808,
homme
caractéristique que Perlet, leur
défîait-il
étaient
et à ce fait
de confiance à
Paris, était soudoyé par la police impériale.
d'Antraigues se
oi^i
ambi-
:
Du moins
avec raison d'agents suspects
par leur avidité ainsi que par l'étalage de leur
jours d'accord avec Puisaye,
zèle.
Tou-
poursuivit en Fauche-
il
Borel leur dupe, et aussi l'instrument trop docile du
cabinet royal. N'ayant pu le décider à passer en
rique,
il
réussit
à le faire éloigner de
Londres
Amé-
et relé-
guer à Oxford, et Fauche, après avoir dénoncé en vain
son implacable adversaire, en
était
moment delà mort du comte, en
au public, dans une brochure,
parluiadelapart
deMM.
encore réduit, au
1812, à faire connaître
les persécutions
subies
d'Antraigues et dePuisaye (2)
(1)
Fauche-Bohel, Mémoires,
(2)
Fauche-Borel, Mémoires, t.l\, pp. 26,
t. ill,
p. 412.
39, 41, 55, 138.
».
CHAPITRE HUITIÈME
368
Après Fauche, ce
fut le tour
de d'Avaray. Les deux
amis (on serait tenté de dire
les
deux compères) ne
reculaient pas, pour atteindre
le
tout-puissant favori,
devant la pensée
qu'ils appelaient
de blesser par-dessus
sa tête celui
toujours leur légitime souverain. D'An-
traigues promit à Puisaye. qui allait publier le sixième
volume de
ses
Mémoires, des pièces destinées à ruiner
sans faute, affirmait-il,
ray; et
le crédit et
se mit à l'œuvre, fouillant dans ses dossiers,
il
relisant de |Vieilles
pour en extraire quelques
lettres
lignes compromettantes (1).
somme
l'honneur de d'Ava-
assez insignifiant,
et
Ce
qu'il découvrit était
encore, en
son complice, redoutait-il avec raison
de confiance;
il
Puisaye voulait
le
le
confiant à
reproche d'abus
en vint à protester contre l'usage que
faire
de
telle
ou telle pièce
en réserver après coup l'interprétation;
il
chiffrée, et à
l'accusa de
changer «des conversations en dépositions de justice
(1)
Voici la
liste,
dressée par lui-même {A.F., France, vol. 630,
des pièces qu'il avait recueillies et dont
ses papiers
en
la
f.
».
84),
plupart se retrouvent dans
:
Lettre de d'Avaray pour chasser d'Havre et
me
mettre à sa place.
Lettre de Flachslanden qui m'apprend que l'imprudence d'Avaray a
perdu M"« de Tourzel.
Lettre de Las Casas sur les intrigues.
Id. de d'Avaray pour perdre Puisaye.
Flachslanden sur Gamon et intrigues.
Id. sur l'offre de l'argent de ma femme.
Avaray sur son frère.
Id. brouillerie.
Id.
Éloge La Vauguyon.
la cour de Vienne
Contre
et
M. de Noailles.
Id. Crussol.
Flachslanden sur la nécessité de tout dire contre d'Avaray.
Disgrâce de d'Antraigues.
Flachslanden pour négocier Gamon.
PUISAYE. LES BOURBONS
Aussi se brouillèrent-ils avant la
369
(1807-1811)
fin
de la campagne, qui
avorta piteusement.
Une enquête
fut
ordonnée par Louis XVIII
;
la prin-
cipale pièce produite par d'Antraigues fut déclarée apo-
cryphe
d'Avaray, proclamé innocent des accusations
:
lancées contre
dont
était
il
lui, fut
autorisé
à
porter le titre de duc,
revêtu depuis neuf ans. D'Antraigucs usa
de représailles à huis-clos, en écrivant en tête des conqui attestaient la pué-
clusions de l'enquête ces lignes,
de ses
rilité
défense
attaques
On
«
:
comme
celles des
moyens de
voyait l'ombre d'un cocher
En
la
frotter
l'ombre d'un carrosse. C'estun chef-d'œuvre de bêtise.
Puis
ne cessa plus de répandre dans sa conversation
il
correspondance son
et sa
appelait
sur
et
le
«
fiel
inépuisable sur celui qu'il
Apis, Midas, Vitellius.
trône,
s'il
rait les
agit ainsi en Angleterre
?...
Comme
échafauds
est sur la
il
à
donc
fait
Hartwell,
!...
peuplerait la Bastille et fertiliseSi haïr est le
11
lant des trames abominables
que j'attaquerai
moment en
sera venu
métier
mémoire
(1)
(2)
le
(2).
:
le roi
»
et
de Blacas
mains des
affirmait avoir entre les
disait-il,
chemin du trône,
grande route... Jepréférerais être victime de
Bonaparte que sujet de d'Avaray
le
— Qu'eùt-il
envers une vingtaine de sujets qui composent son
peuple
il
i>
«
(i)
lettres
...
».
dévoi-
C'est avec ces armes,
corps à corps quand
le
Dès 1809 ilavait remis sur
qui devait faire valoir,
GuiLHEUMY, Papiers d'un émigré, pp. 208-210.
Bertrand de Moleviile au comte de la Châtre, 2o
avec ses
juillet
24
1812 (G.
CHAPITRE HUITIÈME
370
propres mérites, l'ingratitude du maître. L'ouvrage, extrait
des papiers de Malesherbes, devait avoir six cents
pages, et former son testament politique; mais,
imprimé,
été
il
s'il
a
n'a jamais paru.
la liste des lieutenants gé-
Puisaye avait été rayé de
néraux au service royal,
et
Louis XVIII, ne pouvant
at-
teindre autrement son complice, écrivit au comte de la
Châtre, son agent près du cabinet anglais
pas surtout d'informer
lesley)
du rôle
pareil
«
Ne manquez
que M. d'Antraigues a joué dans cette
affaire, afin qu'il puisse
un
:
marquis de Wel-
le ministre (le
homme
juger delà confiance que mérite
(i). »
L'avis fut écouté.
Comme Panincen
Russie, Canning
resta jusqu'à la fin pour l'émigré français un protecteur
bienveillant
mais Wellesley, qui deux mois aupara
;
vaut avait consenti à
le recevoir, lui
sa porte, et éluda toutes les
eût pu,
t-il
il
ferma
désormais
demandes d'audience.
S'il
eût supprimé sa pension. Tout au plus toléra-
une correspondance intermittente
sous-secrétaire d'état Smith.
Ce
entre
lui et
l'empressement obstiné de l'officieux éconduit à
des avis qu'on dédaignait
et
des
le
qui en subsiste prouve
offrir
moyens d'informations
dont on profitait sans en savoir gré à leurauteur. D'Antraigues essaya de se mêler des affaires de Sicile, tantôt dissertant
sur l'administration
communiquant des
(1)
Lettre
du
Rmsie,^. 327.
lettres
de
de ce pays,
Marie-Caroline.
tantôt
A
cet
1" mars 1809 citOe par E. Daudet, les Bourbons et la
— Toute cette affaire a été parfaitement élucidée dans une
étude de M. de Gonlades, composée .d'après les document» originaux.
(Correspondant du 10 octobre 1883.)
PUISAYE. LES BOURBONS (1807-18H)
égard
des
il
371
recommandait du duc d'Orléans
se
affaires
de Russie,
devenu
Celui-ci,
il
au sujet
;
recommandait d'Armfelt.
se
Russe
après
de
l'annexion
la
Finlande, détaché d'ailleurs delà Suède depuis l'arrivée
de Bernadotte, se livrait dans
tête-à-tête épistolaire
le
à des opérations de diplomatie interlope
Wasa
retour des
de Gustave IV.
au trône par
A
la
de
du
conservation
rêvait un
il
fils
voulait trouver dans
cause déterminante d'une pro-
chaine révolution de palais.
Russie, le pays
il
proclamation du
la
Pétersbourg,
française
l'alliance
;
est
Il
monde où
sociale
que
la
les idées d'autorité et
aujourd'hui
sont
contestées, ait été, au siècle
singulier
dernier,
le
moins
sous Napoléon
comme
sous Louis
dans
pensée des étrangers, à des complots aristocra-
la
XV,
celui qui se prêtait
davantage,
tiques ou princiers, cause immédiate de grands change-
ments politiques.
Armfelt
était,
en somme, un intrigant besogneux,
sans scrupules, qui cherchait à extorquer quelques centaines de livres paran à
lui être utile (1).
l'Angleterre sous prétexte de
D'Antraigues, dans sa haine contre
le
chancelier russe, oubliait qu'il avait été le confident de
Gzartoryski;
(1) «
Sans
le
il
accueillait les on-dit suspects et les con-
secours pécuniaire que votre zèle amical m'a procuré, je
que les miens dans la misère. »
serais à l'heure qu'il est pourri ainsi
(Armfelt à d'Antraigues, 13 mars 1810.
— B. D.)
On peut
reconstituer cette correspondance d'Armfelt et de d'Antraif?ues en joignant aux lettres qui sont à nos Archives des affaires étrangères {France, vol. 630,1 celles des 7 et 26 novembre 1810 (R. 0.,
Russie, vol. 7o, et Vienne,
vol. 88).
vol.
80) et
du
2
septembre IBM
(id.,
France
.
CHAPITRE HUITIÈME
372
jecLures malveillantes d'Armfelt, avec
double espoir de
le
servir ses propres rancunes et défaire valoir son importance.
Il
présentait
obstacle à
Roumianzov comme
une politique meilleure;
quelques années auparavant pour
Kazoumovsky. Les marques
grand
le plus
ainsi avait-il fait
Budberg
pour
et
d'intérêt qu'il continuait à
recevoir de Canning restaient sans
effet.
Ses
commu-
nications de pièces au Foreign Office étaient accueillies,
demandes
ses
d'instructions
ne reçurent jamais de
réponse. Sur l'une de ses lettres, on
écrits
lit
encore ces mots
au crayon de la main de Wellesley
None
:
to be
given
III
l'assassinat (1812)
Pendant
les dernières
années de sa
vie, à
côté de ce
groupe minuscule d'émigrés irréconciliables qui
concentré à Londres, d'Antraigues avait
un
isolé.
fini
s'était
par devenir
Son caractère, son mariage, sa disgrâce en
Russie, tout avait successivement contribué depuis son
exil à faire le vide
autour de
lui.
A
moitié brouillé avec
Puisaye, en guerre ouverte avec la petite cour d'Hartwell, d'où la
mort venait cependant de
raître d'Avaray,
faire
il
en
était
faire
dispa-
venu, par amour-propre, à se
un mérite de l'éloignement qu'il
inspirait, et
il
ren-
L'ASSASSINAT
373
(1812)
son logement de Londres, son cot-
dait inaccessibles
tage de Barnes Terrace, ne voulant rien voir des émigrés, rien entendre.
Retrouvait-il du moins dans ses
courant
le
passé
ou
pensation à ses amertumes
belle
Henriette, vieillie
garde champêtre qui
fret
où
elle
souvenirs, en par-
en errant au
?
et
loin,
Sa mère
était
morte.
avait épousé
enlaidie,
la battait, et
quelque com-
ne rouvrait plus
La
un
le cof-
avait enfermé les lettres de son seigneur
Gamon
sur un
jadis
bien-aimé.
siège
de magistrat des orages révolutionnaires, avait
qui
se
Napoléon
félicité officiellement
Maury, i'ami
cardinal
,
reposait
ses victoires. Le
sur
de Prtr/*, convertis à
et l'amie
de l'entourage
leur tour par le succès, faisaient partie
En Allemagne, Jean de
Millier avait ouverte-
trahi sa cause, et venait de
mourir conseiller de
impérial.
ment
Jérôme Bonaparte,
roi de
que
avait
d'Antraigues
les individus
conduite. L'Autriche livrait à Napoléon une de ses
archiduchesses
redoutable
a
comme
servis,
aimés, semblaient renier ses idées et accuser
qu'il avait
sa
Westphalie. Les souverains
Arsace
»
La Suède
«
;
la
Prusse
Scipion
»
était
abattue aux pieds du
dénoncé par
le
faux Polybe,
et
aspiraità partager avec lui l'empire du
monde.
adoptait pour son futur
général
souverain
le
qui l'avait arrêté, lui, d'Antraigues, à Trieste, au
nom
de la république.
Ainsi déçu dans ses espérances politiques, le mari de
la
Saint-Huberty
vées.
Sa femme,
l'était
encore dans ses affections pri-
vieillie et aigrie,
ne se résignait pas à
CHAPITRE HUITIÈME
374
n'être plus,
môme
et les caprices
clans le
monde, une
artiste célèbre,
de son humeur retombaient sur l'homme
qui n'avait pas réussi à lui donner, hors du théâtre, de
On
l'importance et de la considération.
la disait avare,
quoique sa fortune personnelle, jointe à
pension du
la
gouvernement anglais, assurât au ménage une certaine
Leur
aisance.
touchait à sa vingtième année
fils
;
il
échappait à ses parents sous je ne sais quelles influences, et
au moment de leur mort n'habitait plus avec
eux. D'Antraigues nous a révélé ses tristesses intimes
par un fragment de
piers, et écrit
le
l^""
Confessions
«
trouvé dans ses pa-
»
janvier de cette année 1812, qui
Nous
devait être la dernière de sa vie.
citons seulement
principaux passages de ce soliloque incohérent et
les
désespéré, page vivante et plus honorable à la mémoire
de son auteur que tant de pages de polémiques stériles
mortes
et oubliées
avant
lui
Je
commence
cette
année en versant des pleurs.
«
:
C'est ainsi à peu près que je les
ai
toutes
1790 (29 décembre)... Je suis mené
sister
et
ne peux pas ré-
aux persécutions... Je ne puis croire que
1813 sans
me
séparer de
ne daigne m'accorder
la
ma femme,
à
six
mois
fait
une grande faute en l'épousant sans
de
ma
si
rude,
si
violent,
si
je voie
moins que Dieu
grâce de mourir ou
une patience surnaturelle. Le ton qu'elle a
est
depuis
finies
me donne
pris depuis
injurieux, que,
la
si j'ai
permission
sainte mère, j'en suis cruellement châtié. Elle a
de grandes qualités très belles, très rares, mais son caractère est insupportable, et
me rend
la vie bien
amère.
L'ASSASSINAT
mon
et
intérieur plus cruel que le tombeau, où
laissera au
et
fils
moins en paix. Je prévois
ami Jules avec
de malheur pour
lui et
me borne
comme
s'il
Dieu
la
à
de protéger
mon
fils,
résignation,
de conserver
de mourir sans souffrir, mais en ayant
préparer. Je
et
de
me
le
supplie de ne pas
conserver ce
qu'il
j'ai
eu
le
malheur de servir
Le lendemain du jour où
tement ses plaintes,
lettres de sa
mère;
il
il
il
temps de me
(l).--
et
j'ai
que j'ai bien
dû servir
et
»
avait ainsi exhalé secrè-
recherchait dans ses papiers les
relisait, toujours
en pleurant, la
dernière reçue, puis les jours suivants à son réveil
il
les
poursuivant ainsi un examen de
repassait une à une,
conscience suprême avec ce guide
souvent méconnu
et
réduire à la misère
que
rois
la
catholique,
ma femme
le
m'a accordé
gagné près de ces misérables
que
me
qu'elle
avait six ans...
ressources, la grâce d'être bon
force, les
celle
demander
à
par la tyrannie
moi,
lui
retour de
le
me
mon
on
sera une nouvelle cause
effroi. Il
prétendra exercer sur
Je
375
(1812)
vénéré et jadis
si
(2).
Lorsqu'il recommençait ainsi à vivre solitairement de
la vie
comme écrivain
l'avenir. Au commence-
du cœur, d'Antraigues pouvait,
politique, croire de
nouveau à
ment de 1812, personne ne doutait plus de
prochaine entre
Alexandre
était
la
Russie
ramené peu
et la
la
rupture
France. L'empereur
à peu, par l'ambition exclu-
De GoxcouRT, la Saint-Huherly, pp. 243-247.
Note de sa main en tête du recueil des lettres de
gues mère (B. D.).
(1)
(2)
M'"^ d'Antrai-
CEIAPITRE HUITIKME
:i76
sive et toujours offensive de
MUMiLs el vers
les senti-
du commencement de son
politique
la
Napoléon, vers
règne. Armfelt faisait pressentir à son ami
le
moment
où leurs illusions obstinées se changeraient en espérances certaines. Vers la
de
lui
de 1811, d'Antraigues reçut
l'annonce d'une rentrée en grâce probable auprès
d'Alexandre.
A
défaut du maître, qui n'avait pas encore
parlé, Panine lui
indirecte,
tcliine se
s'il
fin
faisait
proposer une correspondance
dont Armfelt serait l'intermédiaire. Rostopsouvenait hautement de
lui, et
se promettait,
revenait au pouvoir, de l'employer.
Ces belles assurances prirent corps en juin 1812, au
moment oij la grande armée française pénétrait en Russie,
Personne alors
n'était inutile
pour combattre Napoléon,
xllexandre, sur une insinuation faite en temps opportun
par Armfelt, parla avec éloges et regrets de son ancien
correspondant,
services, dès
et
s'engagea à réclamer de nouveau ses
que Roumianzov aurait quitté
desaffaires étrangères.
On recommandait à
le
ministère
d'Antraigues
de ne point prendre les devants, mais on offrait un but
immédiat à son
lui disait
activité
Armfelt, pour
le
:
Réunissez toutes vos idées,
plan d'un traité de
entre la Russie et l'Angleterre.
effet
Le
à cet
un bon Russe, bien décoré, que vous dirigerez
(1).
bruit de cette nouvelle situation fut-il pour quel-
que chose dans
gues
commerce
On vous enverra
allait
les
causes de l'attentat auquel d'Antrai-
succomber?
il
est impossible de l'affirmer
1812.
(1) Annfelt à d'Antraigues, 1" juin
qu'une copio delà main de d'Antraigues.
(A.
F.) Cette lettre
;
n'est
L'ASSASSINAT
toiijours est-il
apparent de
que durant
la fortune,
l'été
il
377
(1812)
de 1812, malgré ce retour
était
obsédé par de
tristes
pensées, et de nnênrie qu'il se sentait opprimé, espionné
sous son
bles
toit,
il
croyait deviner autour de lui d'invisi-
redoutables
et
années,
il
avait été la victime d'accidents propres à lui
un
supposer
faire
depuis plusieurs
ennemis. Déjà,
système
malveillance
de
assidu
En
active organisé autour de sa personne.
juillet 1807,
des voleurs avaient été surpris dans sa maison et mis
en
fuite
Un peu
au
moment où
ils
allaient
plus fard, le feu prit, on ne
alentours de ce
liste Peltier,
môme
comment, aux
un ami,
cabinet, et
beureusement
se trouva
son cabinet.
piller
sait
journa-
le
pour aider à
là
sauver les papiers les plus précieux. D'Antraigues en
vint à supposer
un
attentat prémédité contre
sa per-
sonne, parce que son domestique, on oubliant d'abaisser le marcbepied de sa voiture, lui avait
chute qui l'avait blessé
tains de sa jeunesse,
(1).
tes
femmes
neront.
»
le
:
il
«
vieux jours.
Dans ce monde
jusqu'au bout
Il lui
traité
Un
sorcier
tu seras
lui
infâme,
prophétie
s'accom-
?
échappa de dire plusieurs
M.) Papiers Puisaye,
Mémoires, I. IV, p. 95.
(1) (B.
loin-
avec dureté par l'épouse
quelque grand malheur dans sa
BoiiEL,
temps
les
seront infidèles et tes bâtards t'assassi-
Peu considéré,
qu'il s'était choisie, allait-il voir la
plir
une
pouvait retrouver de lugubres
avertissements pour ses
avait dit en Egypte
Jusque dans
fait faire
vol.
fois qu'il
pressentait
maison. Ce malheur
LXXXVIII,
tï.
9. et
42.
—
Fauche-
CHAPITRE HUITIÈME
878
arriva
le
22
Napoléon venait de
juillet 1812.
Dresde sa cour plénière de rois
pour achever
conquête de l'Europe
la
prodigieuse
cueil de sa
moins
les
il
descendait
son
vit pas
du
et n'eut
pas à
se
partir
à la
suite
déjà montée en voiture, quand un
nommé
Lorenzo, congédié
quelques pas de
effleura les
il
Il allait
escalier
lui et lui tira
de
pour Londres
de
un coupde
un poignard,
revint
dessus du cœur
;
il
à
son
la
fumée
détacha d'une panoplie
il
maître,
frappa au-
qu'il
se jeta ensuite sur M""^ d'Antraigues
le
sein. Elle
lui
tomba à
enfonça
ses pieds et
expira presque aussitôt. D'Antraigues, après avoir
quelques pas dans
à
pistolet qui lui
qui rentrait au bruit de la détonation, et
son poignard dans
italien
surgit
veille,
la
\
femme
sa
domestique
cheveux; puis, courant à travers
jusqu'à la chambre du comte,
l'é-
ne
victoires:
flammes du Kremlin,
réjouir de nos désastres.
y trouver
et
D'Antraigues avait
fortune.
gémi sans scrupules sur nos
en Russie
entrait
il
;
tenir à
la rue,
remonta en chancelant
perdant tout son sang jusqu'à sa chambre;
face la première sur son
lit,
où
il
s'était
de son siège à la poursuite de l'assassin,
d'un coup de pistolet
et
en
tomba
la
vécut encore une
vingtaine de minutes. Le cocher, qui
aux pieds de sa principale victime,
il
fait
le
la
précipité
trouva étendu
tête fracassée
(1).
Ce crime mystérieux, inattendu, mit un instant en
émoi
(1)
le
monde
politique à Londres.
Une enquête
Récit de l'abbé Péricaud (Arrh. Nul., F^ 6455). Cf.
In
judi-
Moniteur de
1812, fol. 855, 870, 897, et l'Annual Régis 1er {voL LIV, pp. 94-95).
L'ASSASSINAT
où comparut
ciaire,
le
379
(1812)
cocher, unique témoin,
aboutit
à déclarer constant le double assassinat et le suicide de
l'assassin.
le
Le gouvernement
mettre provisoirement
nombreux papiers entassés dans
séquestre sur les
maison
fit
mortuaire;
est
il
permis
croire
de
la
que
Louis XVIII, prévenu par Bertrand do Moleville, n'avait pas été
étrangère
mesure.
cette
Plusieurs se demandèrent
quelle avait été la cause
première de cet attentat. Était-elle politique, était-elle
simplement domestique? Quelques-uns soupçonnèrent
les ministres anglais d'avoir fait disparaître
dont
ils
homme
craignaient je ne sais quelles révélations com-
promettantes
;
il
suffit
imputation
cette
un
de mentionner, sans la discuter,
sans preuves et sans vraisemblance.
D'autres firent remarquer
que Lorenzo, déserteur
l'armée française en Espagne, pouvait
bien
être
de
un
de la police impériale. Jules d'Antraigues n'a ja-
affidé
mais cessé d'accuser Napoléon du meurtre de son père,
mais
le
sentiment
filial
parlait plus haut en lui
qu'une
conviction raisonnée. Tout au plus aurait-il pu dire que
l'empereur savait son
contre
lui
pour
le
rites, et qu'il avait
vieil
ennemi prêt à reprendre
compte des Russes ses armes favovoulu mettre ce revenant importun
dans l'impossibilité de nuire. Mais à supposer Wellesley
ou Napoléon derrière l'assassin, comment expliquer
suicide de
l'homme
qui leur aurait servi d'instrument
Une autre supposition
plus plausible se
fit
le
?
jour. Lo-
renzo était simplement chargé de tenir l'emploi que
d'Antraigues
lui-même avait autrefois tenu à Vienne
CHAPITRE HUITIÈME
380
Dresde au
à
et
profit
de
la
Russie,
de
c'est-à-dire
soustraire dans les dossiers de son maître et de
commu-
niquer à la police française, à charge de restitution,
certains papiers.
Un
émigré, qui se tua quelques années
après, était son intermédiaire auprès de Fouclié. D'An-
traigues ayant un jour cherché inutilement les pièces
absentes, Lorenzo se crut découvert et pensa prévenir
scandale par un crime qui
le
commis,
dires,
22
et lui
fit
la mort.
A
fois
l'appui de ces
on affirmait l'avoir vu recevoir, l'avant-veille du
juillet,
une
lettre qu'il avait aussitôt brûlée
signes d'agitatiou
cette
donner
se
une
l'épouvanta
lettre?
On
et
de trouble
(1).
avec des
Mais que contenait
saura jamais
n'en savait et on n'en
davantage.
Ceux qui mettaient
la
politique hors de
cause s'en
tenaient à une conjecture aussi probable, et assurément
plus vraisemblable. D'Antraigues était
bre des
le
ministre Perceval à la porte de la
Communes. Lorenzo
pour qu'on s'en
le fils
défiât. Il avait
coup de
il
C'était
de la maison
;
avait alarmé tout
(J)
trois
tète
avait écrit
l'ex-
quinze jours avant
le
monde par un
pistolet tiré au hasard, après avoir visé la place
où son maître s'asseyait d'ordinaire pour
était
une
paru exaspéré par
trême parcimonie de sa maîtresse
d'être congédié,
Cham-
n'avait passé que
mois au service de ses futures victimes.
à moitié dérangée, et
le
comme deux mois
coup d'une vengeance particulière,
auparavant
tombé sous
donc plus simple
(je
travailler.
11
ne dis pas plus sûr) de voir
Morninrj Chronicle, 28 juillet 1812.
L'ASSASSINAT
381
(1812)
dans l'assassinat du couple d'Antraigues
vengeance d'un
Italien exalté, d'un
puis affolé au spectacle de cette vengeance
ment satisfaite. Les mystères d'une
de la
l'effet
domestique chassé,
horrible-
si
politique sans scru-
pules n'ont été pour rien dans ce dénouement vulgai-
rement tragique, terminant deux vies jouées plutôt
qu'écoulées devant le public des théâtres et des cours.
D'Antraigues ne fut guère regretté,
même
de ses
derniers amis. Bertrand de Moleville était brouillé avec
lui, et
accusa
l'infamie
«
la de ses méfaits et
delà conduite
»
:
Puisaye par-
de leur sanglante expiation
(1).
Seuls
peut-être, le duc et la duchesse d'Orléans, qui pouvaient
espérer de
quelques services, manifestèrent leurs
lui
sympathies.
En France, Champagny
avec quelques détails
Péricaud
lui
la fin
voulut connaître
de son ancien ami, et l'abbé
envoya une relation du meurtre qui de-
meure, sur cette étrange
document
affaire, le principal
à consulter.
Quel qu'ait été
mobile du crime,
le
avait disparu dans une
mystérieuse de celles
la presse à la
poléon.
Il
d'Antraigues
embûche homicide, expiation
qu'il dressait
depuis dix ans dans
puissance française et à la gloire de Na-
avait
combattu par
la
comme
plume, un peu
ces guérillas quidéfendaient alors l'Espagne, se gardant
d'attaquer en
bien
tirant sur leur
face,
ennemi
coin d'un bois ou dans
(1)
Cl
l'écart,
à couvert. L'Espagnol
le
et
tombé au
fossé de la route pouvait du
lias atoned for llicir uumerous mischiefs.
Davenport, 7 septembre 1812.— G. P.)
Their end
à R. A.
s'embusquant à
»
(Puisaye
CHAPITRE HUITIEME
382
moins croire que sa mort ne
pendance de son pays.
Bourbons
serait pas inutile à l'indé-
exilés, puis condottiere politique
de l'ancien régime européen,
dre
le
conseiller des
D'Antraigues,
même témoignage?
«
forces, de tous
mes moyens,
pereur Paul
je
instant (1).
;
était-il
J'ai intrigué
a-t-il écrit
perdu
n'ai
au service
en droit de se rende toutes mes
un jour à l'em-
une occasion,
ni
ni
un
»
Intrigant donc, et on sait qu'à la racine de toute intrigue
il
y a beaucoup de vanité
et
d'égoïsme,
oublia
il
volontairement que beaucoup de ses compagnons défendaient au prix de leur sang la cause des rois
féra devenir parmi
cien,
c'est-à-dire de
tions et des
d'autant
rêts
eux
le
malheurs d'autrui,
mieux
qu'ils spéculent,
qui vivent des ambiet qui les
se
11
exploitent
au gré de leurs inté-
ou de leur imagination, sur de
de vaines espérances.
pré-
type par excellence du politi-
hommes
ces
il
;
montra
folles
chimères ou
plein de talents et
même temps indiscrci, affairé,
et, comme on disait de certains,
de ressources, mais en
mécontent de
tout,
trompeur, trompé, trompette s.Néau temps des En-
«
cyclopédistes,
il
plume conduisait
à-tête avec
longtemps persuadé que
avait été
le
monde;
son écritoire,
il
il
la
s'était figuré qu'en tête-
pourrait à son tour
<r
écra-
ser l'infâme », lutter avec succès contre la Convention
et
contre Bonaparte, et
il
dut
voir, sans se résigner
génération nouvelle, avec
jamais, les Français de
la
la guillotine et le sabre,
anéantir la vieille France et
(1)
D'Antraigues à l'empereur Paul, 11 décembre 1797 (A.
F.).
CONCLUSION
dompter
la vieille
Europe.
par donner lui-même à ce
et sa vie.
Il
383
bien à contre-cœur,
Il finit,
qu'il appelait sa
avait vécu d'illusions, puis
cause son sang
uniquement de
haine.
CONCLUSION
Après tant
de voyages, tant de rela-
tant
d'écrits,
tions avec les maîtres
de
la
rature dans toute l'Europe,
France, oublié en
un orphelin
une constante
qu'il
Angleterre, laissait derrière
avait
sollicitude,
beaucoup aimé, élevé avec
et
qui demeurait chargé de
protéger sa mémoire, de relever,
fortune de leur nom.
La
proscrit de
en Allemagne, disgracié en
Italie et
Russie, à peine toléré en
lui
politique et de la littéra-
d'Antraigues,
vie
possible, la
s'il était
de cet enfant,
dans ses
tristes vicissitudes, contient,
ce semble, toute la
rale pratique de la vie qu'on
vient de
d'Antraigues
et
lire.
Le
mo-
fils
de
delà Saint-Huberty se débattit jusqu'à
sa mort sous le poids d'un lourd héritage;
il
paya cher
les illusions, les contradictions, les frivolités, les
tures qui avaient
composé en France
et
aven-
hors de France
l'existence tourmentée de ses parents.
En 1812,
loin de la
c'était
un jeune
homme
maison paternelle,
qui amenèrent, quelques
et,
de vingt ans, vivant
sous
mois après
la
des
influences
catastrophe du
22
HUmÈMK
CHAPITRE
384
juillet,
son mariage avec une Irlandaise proteslanic,
miss Fitz-Gérald, Après
vit à
chute de Napoléon,
la
l'empereur Alexandre, dont
souhaitait redevenir le sujet, mais
mer des
services de son père
A
réponse.
France;
il
la
se
les biens
nom
eut beau se récla-
il
sa supplique resta sans
se décida
à rentrer en
de sa famille, et
de jouer un rcMe politique
Jeune, inexpérimenté,
son
il
il
proposait de revendiquer, par tous les
moyens légaux,
était possible,
de 1816,
fin
:
écri-
il
avait été, dont
il
même,
s'il
(1).
trouvait à Paris un roi à qui
il
rappelait les plus désagréables souvenirs.
vint dans l'Ardèche, où
amitiés dévouées, et
il
Il
savait rencontrer encore des
là, s'il
se
fit
rendre par l'adminis-
tration quelques biens invendus et les deux canons de
parade qui gardaient jadis
la
porte de la Bastide,
put recouvrer la fortune territoriale de
perdit
les
munes,
procès
intenta
qu'il
son père.
Il
com-
certaines
à
ne
il
en vain de parvenir à la députation,
et se flatta
sans oser, peut-être sans pouvoir poser sa candidature.
Dès
lors,
comme
la destinée
ne
fut
écrasé par la fatalité qui avait faussé
de son père,
il
traîna çà et là
une vie qui
qu'une longue suite d'expédients, de maladres-
Les créanciers du feu comte
ses et d'épreuves.
quèrent. Dans sa
famille
même, on
lui
opposa
chéances légales prononcées contre son père
émigré
(1)
D'autres
Dumouriez à Jules
vol. 632,
(2)
(2).
f.
lui
l'atta-
les dé-
comme
disputèrent, en rappelant
les
d'Aiitraigues, 21 juillet _1816. (A. F., France,
157.)
C'est ce
qui résulte
d'une sommation à
par sa tante M"' de Viennois,
o
lui faite le
seule héritière de
.5
mars 1821
dame Marie-Jeanne-
CONCLUSION
385
circonstances du mariage clandestin célébré en
mes
obstacles à tous
écrivait-il
cité
légitime
d'héritier
la qualité
desseins,
Déboires, traverses,
«
:
1790,
même
les plus justes,
mélancoliquement dès 1818, tout m'a été sus-
par des gens puissants, implacables, qui poursui-
vent sur
En
le fils
1823,
il
leur haine contre le père
à Naples réclamer
alla
»
(1)...
la
pension dont
Marie-Caroline avait jadis gratifié son fidèle conseiller:
l'ambassadeur de Louis XVIII,
le
duc d'Avaray
homme. Le
et
fit
roi, qui
échouer
le
les
tat
démarches du jeune
jugeait sa dignité intéressée
pas pardonner, raya obstinément
lorsqu'il le lut sur
duc deBlacas, vengea
une
liste
le
nom du
«
à ne
traître »
de candidats au Conseil d'É-
ou à quelque autre place
officielle.
Jules d'Antraigues eut sa part dans le milliard des
émigrés, promptement engloutie, avec ce qui
lui restait
de fortune, dans des spéculations malheureuses. Dès
1827,
le
mauvais
état
de ses finances obligeait sa
à une séparation de biens
(2), et
femme
lui-même, l'année sui-
vante, voyait vendre par autorité de justice son mobilier ainsi
que
la bibliothèque paternelle.
On
le
trouve
transportant successivement son domicile, sous le coup
do je ne sais
quelles nécessités, à Montgivroux près
de Sézanne en Champagne, à Cachan près de Paris, à
Sophie Guignard Saint-Priest, » d'avoii- à payer dans la huitaine la
somme de 2oo.l221. 15 sols 14 deniers.
(1) Lettre à Tessier (s. date) (Comm. par M. Doize).
(2) A cette date, les inscriptions hypothécaires prises contre lui au
seul bureau de Largentière (Ardèche) le montrent débiteur de 372.787
fr. 35 cent., dont 70.000 à M" de Viennois, 74.000 au général de BéIhisy et 185.000 au général Guyot.
25
CHAPITRE HUITIÈME
386
Nicc^ puis de
nouveau en Angleterre,
s'acheva sa vie.
où.
Il
est difficile
et enfin à
Dijon,
de suivre çà et là les
traces dérobées avec soin de cette existence qui lui était
une perpétuelle humiliation,
impénétrable mystère.
comprend
qu'il ait
Au
failli
et
six ans de
ma
Après 1830,
:
«
voulait faire
il
l'oubli
dans
J'ai passé, a-t-il écrit
vie sans
môme
sourire,
on
de
l'ivresse,
et
quelque part,
>>
trouvait aux Tuileries
il
un
et
devenir fou de chagrin
désespoir, qu'il ait cherché
songé au suicide
dont
milieu de ses épreuves,
un prince qui
avait été l'ami de son père, et qui l'avait accueilli lui-
même
autrefois
;
il
ne paraît pas cependant avoir pro-
du changement de règne.
fité
Il
dut au contraire subir
de ce côté des mécomptes pénibles pour
son amour-
propre; car ce furent de ses mains que sortirent, par
l'entremise d'une aventurière en renom, la Contemporaine, des
lettres
répandues d'abord à Londres, puis
publiées par la Galette de
le roi
France
(1),
qui montraient
des Français, à vingt-cinq ans de distance, animé
contre laFrance nouvelle de toutes les passions de l'émigration.
Il
aurait fait vers la
même
époque
la
connais-
sance du prince Louis-Napoléon; en tout cas. après la
tentative de Boulogne, craignant d'être
procès qui suivit,
le
il
compromis dans
repassa en Angleterre, et ne re-
vint dans son pays qu'après la révolution de 1848.
lia
Il
se
alors à Dijon avec les notabilités bonapartistes, et
s'employa, en dépit de ses souvenirs de famille, à la
(1>
Nodu
18 janvier 1841.
CONCLUSION
387
reslauration de la dynastie napoléonienne.
en disant que l'avènement de Napoléon
de ses
vœux
Il
s'excusait
un
III réalisait
nations
les plus cliers, l'union intime des
anglaise et française.
Quelques légitimistes dijonnais, par égard pour son
nom, peut-être aussi par sympathie pour un ennemi de
la famille
d'Orléans, lui servaient une petite pension.
Sous lesecond empire, deuxcompatriotesde son père
trouvèrent par un singulier hasard à portée de
naître et de compatir à son infortune; l'un,
veu du conventionnel,
teur des finances
avocat do Privas,
était
et
se
con-
Gamon,
ne-
venu à Dijon comme percepHenri de Lagarde,
l'autre,
;
fecture. Ils rédigèrent
appuyée
était
le
iils
d'un
rédacteur du journal de la pré-
une pétition à l'empereur qui
présentée par un Dijonnais iniluent,
le
fut
ma-
réchal Vaillant. Ils rappelaient que leur protégé, plus
de soixante ans auparavant,
Bonaparte
la
avait imploré du premier
grâce de son père. Jules d'Antraigues se
laissa faire, sauf à cacher
(
c'était là
amis de
tion
de famille) à
qu'il
réclamait de ses protecteurs
léon
III
ses
encore une tradi-
la veille les secours
du moment. Napo-
accorda une pension de 1.200 francs sur sa cas-
sette.
Cet héritier d'un
nom célèbre,
qui avait parcouru dans
sa jeunesse presque toute l'Europe, et qui parlait l'italien,
l'anglais et l'allemand, était
et
doué dune intelligence vive,
des études variées l'enlevèrent par
intervalles
aux
tracas de ses affaires et au sentiment de ses épreuves.
Il
inventa ou crut avoir inventé des macliines pour
le
.
CHAPITRE HUITIÈME
388
fonctionnement des moulins
fort
et la
marche des navires,
peu pratiques sans doute, en tout cas inutiles à sa
fortune. Plus tard
il
rédigea un Dictionnaire des ho-
mophones anglais
et
français, œuvre bizarre, mais cu-
rieuse,
où
il
expliquait dans l'une et l'autre langue les
sens divers des mots usités des deux côtés de la
et
Manche
identique par leur composition, leur
d'apparence
racine ou leur prononciation. Ce singulier ouvrage est
resté manuscrit (1)
Jules d'Antraigues passa ses derniers jours à Dijon,
dans une petite maison du faubourg Saint-Pierre, voué
à
une solitude farouche
sa porte,
il
per dont
il
fallait qu'il
donné
avait
sances. Il était
Pour
et humiliée.
reconnût une manière de fraple
secret à ses rares connais-
déjà souffrant de la maladie qui
devait
femme mourut il lui survécut
Avec ce malheureux homme, mystérieu-
l'emporter, lorsque sa
quelques mois.
qu'il ouvrît
;
sement baptisé aux confins de
la
Suisse et de
élevé en Allemagne et en Angleterre, inscrit
l'Italie,
dans
le
^e/^merusse, marié avec une Irlandaise, dont les desseins
comme homme
politique,
comme
inventeur,
publicistc avaient piteusement avorté, qui
mérité sous forme d'aumône
(1)
II
lui
avait
donné
le
le sous-titre
comme
mourut ayant
pardon des royalistes
suivant
:
et
Préservatif contre les
méprises, quiproquos, énormités et coq-à-l'àne des Anglaisen français,
et des Français en anglais, résultant de l'emploi tant par les uns que
par les autres d'une foule de termes communs aux deux langues,
écrits ou prononcés à peu prés de même, bien que leur véritable signification soit très difTérente,
comme aux dépens
—
par un iroquois-canadien,
—
au
profit
des races celto-saxonnes et néo-latines des deux
côtés de la Manclie et de l'Atlantique.
CONCLUSION
la
reconnaissance
sans bruit
dans
d'un Napoléon, et qu'on
la fosse
ensevelit
commune du cimetière de
nom des Launay
Dijon, s'éteignit, le 12 août 1861, le
d'Antraigues.
889
BlBLIOGRAriIIE
OUVRAGES IMPRIMES
— Mémoire
sur les États généraux, leurs droits et
manière de les convoquer.
I.
la
Deux
nom
éditions de cet ouvrag-e parurent en
d'auteur, la seconde
troisième, qui est de
portant
1789 (279
:
p.)
par M.
porte
1788, la première sans
le
:
comte d'Ant.
par M.
le
.
.
Une
comte D.A.N-
T.R.A.I.G.U.E.S.
comme député les principes qu'il avait
comme publiciste, un certain nombre de bro-
D'Antraig-ues ayant renié
émis dans cet ouvrage
cliures furent publiées contre lui.
Avis à M.
Nous
citerons les suivantes
:
comte d'Antraigues, député aux États généraux,
pour la noblesse, dans la sénéchaussée de Villeneuve-de-Berg en Vivarais, qui peut servir à un grand nombre d'autres députés de la
lo
le
noblesse et du clergé, par un baron en
titre
de baronnie de
la
pro-
vince du Languedoc (16 p.).
2° Lettre à
signées
:
M.
le
comte d'Antraig-ues, député de
3» Lettre
à M.
le
comte
Un
noblesse, 8 p.
d'A..., député de la noblesse
généraux, écrite par un de ses amis
/l"
la
L'ami du peuple.
plébéien à M.
chisme de
aux États
8 juin 1789, 20 p.
le comte d'Antraig-ues sur son apostasie, sur le
la noblesse et
le
sur son arrêté inconstitutionnel du 28
mai
1789.'jo
gues
Coup
d'oeil
et les États
approfondi sur
généraux.
le
—A
mémoire de M. le comte d'AntraiAmsterdam, 1789, 87 p., signées
Emile. Les lignes qui précèdent indiquent que l'auteur est bourguiernon.
BIBLIOGRAPHIE
392
60 Lettre de
M.
comte de Mirabeau à M.
le
le
comte d'Antraigues,
i5 p.
— Mémoire sur la constitution
2.
berté publique, quand les
des États de la pro-
danger qui menace la liprovinces sont régies par des
vince de Languedoc, et sur
le
États inconstitutionnels, par M. le comte
imprimé en Vivarais, 112
d'Antraigues,
p.
Ce mémoire est une réplique à un mémoire en faveur des barons
du Languedoc, signé Godescart-Delisle, avocat. Les notes des pages
5o et 76 font allusion à l'arrêté rendu le 17 décembre par les trois
ordres du Vivarais Cet ouvrage a donc été publié entre cette date et
celle de l'élection des députés aux Etats généraux (avril 178g).
:
.
—
3.
Discours prononcé par
le
comte d'Antraigues, dé-
puté aux États généraux, dansla chambre de
mai 1789, 28
le 11
Ce discours
est suivi d'un autre,
des députés des trois ordres de
— Motion
4.
la noblesse,
p.
la
prononcé
la veille, à l'assemblée
province de Languedoc.
de messieurs les commissaires concilia-
teurs de Tordre de la noblesse, portée dans cette chambre, par M. le
1789, i4
comte d'Antraigues,
le
vendredi 22 mai
p.
Cette motion est suivie d'un discours prononcé à l'appui
chambre de
la noblesse, le
— Discours
5.
dans
la
28 mai.
prononcé dans
la
chambre de la nomai 1789,
blesse, par le comte d'Antraigues, le jeudi 28
iG p.
— Mémoire sur la vérification des pouvoirs,
6.
première conférence chez Monseigneur
sceaux, par le comte d'Antraigues, 18
Ce mémoire, qui
fut lu le 3o
verbaux imprimés de
la 19®
7.
séance, n°
—
i,
la
lu à la
garde des
p.
mai, a été inséré dans les procès-
chambre de
pp. 166
le
la noblesse. (Pièces
annexées à
et sulv.)
Discours prononcé dans l'Assemblée nationale
BIBLIOGRAPHIE
393
comte d'Antraigues, le dimanche 9 août 1789, au
sujet de la forme de l'emprunt de 30 millions. Versailles,
par
le
imp. Pierres, 6
8.
p.
— Extrait de l'arrêté des représentants delà province
de Languedoc à l'Assemblée nationale, du 23 août 1789.
Versailles, imp. Pierres, 8 p.
députés, a été rédigée par d'Antraigues,
Cette pièce, signée de 66
au milieu de ses brochures dans
un volume lui ayant appartenu. (Comm. par M. Mazon.)
secrétaire de la réunion. Elle figure
9.
—
Mémoire sur
le
rachat des droits féodaux décla-
rés rachetables par l'arrêté de l'Assemblée nationale, du
4 août 1789, par le comte d'Antraigues. Versailles, imp. Baudouin, 77 p.
Daté à
10.
la fin
—
:
Versailles, 25 août 1789.
Discours sur la sanction royale, prononcé dans
l'Assemblée
nationale,
par
comte d'Antraigues,
le
mercredi 2 septembre 1789. Versailles,imp. Baudouin,
11.
— Observations
traigues.
i3.
i8 p.
— Mémoire sur les mandats impératifs, par le comte
d'Antraigues. Versailles, imp. Pierres, 28
12.
le
—
Paris_,
sur
le divorce,
Imp. Nationale, 55
Observations
sur
la
p.
par
le
comte d'An-
p.
nouvelle
division
du
royaume, proposée par le Comité de constitution, par
comte d'Antraigues, 11 p.
i4.
—
Lettre de M. le
comte d'Antraigues à MM.
rédacteurs du Journal de Paris,
le
les
3 p.
Datée du 26 janvier 1790.
i5.
— Lettre
de M. le comte d'Antraigues à M. le pré-
sident de l'Assemblée nationale, 2 p.
Datée de Paris, G février 1790.
BIBLIOGRAPHIE
394
iG.
Go
— Quelle
est la situation de l'Assemblée nationale?
de Lausanne, 3o
p., datée
Cette brochure est
avril 1790.
communément,
et
avec raison, attribuée àd'An-
traiçues.
17.
— Lettre de Louis d'Antraigues à M.
compte
qu'il doit à ses
des...
sur
le
commettans de sa conduite aux
États généraux. Paris, 1790, 80
p.
Cette lettre est datée de Lausanne, 4 août 1790, et l'avertissement
do l'éditeur est du 3i août.
—
18.
A l'ordre de la noblesse du Bas-Vivarais, par le
comte d'Antraigues, son député aux États généraux, 53 p.
19.
—Point d'accommodement, par M. Henri-Alexan-
dre Audainel (anagramme de de Launai), 3i7
p.
Froment (Précis de mes opérai ions, oie,
p. 69), fut composée à Turin, dans le cabinet et sous les yeux de M. de
*** (Sérent). Imprimée à Ncuchàtel, chez Fauche, elle fii^ure dans
une facture de cet imprimeur à la date du G octobre 1790. Elle eut
cinq éditions. La cinquième (i30 p.), qui est de 1792, porte le sousRevue et augmentée par l'auteur, et nommément du
titre suivant
nouveau plan d'accommodement que devait proposer M. l'abbé Louis,
Cette brochure, d'après
:
ambassadeur des Jacobinistes, Fcuillantistes
l'empereur et
le
Cette brochure fut traduite en italien par
ce titre
:
Non
difficultés,
I
et
autres, à LL.
MM.
roi de Prusse.
un certain Garcia sous
v'ha nggiastamenio, et imprimée, après beaucoup de
à Ferrare. (Las Casas à d'Antraigues,
17
septembre
et
octobre 1791-)
Parmi
réponses qui
les
lui
furent faites, je citerai
:
A Henri-Alexan-
dre Audainel sur sa brochure de Point d'accommodement, août 1 791,
lO p.
20.
—
Dénonciation
aux Français catholiques, des
moyens employés par l'Assemblée nationale pour
truire en France
la religion
dre Audainel (comte d'Entraigues), 2G7
L'ouvrage
1791-
dé-
catholique, par Henri-Alexan-
est signé à la dernière
page
et
p.
daté de Paris 20
mars
BIBLIOGRAPHIE
9.1.
395
— Henri-Alexandre Aiidainel (comte d'Antraigues)à
Etienne-Charles de Loménie, archevêque de Sens, 34
L'ouvrag-e est daté à la fin
Orléans, ce lo
:
interdite à Venise, à Ferrare, à
lieu à Trieste,
en français
et
mai
1
p.
791. L'impression;
Bologne, à Reg^^ùo, put enfin avoir
en
(Las Casas à d'Antraigues;
italien.
8 octobre 1791.) Cette brochure, ainsi que la précédente, fut arrêtée
tion révolutionnaire
—
-2.0..
de la persécu-
à la frontière française. (J.Sauzay, Histoire
et saisie
dans le département du Doubs,
Protestation
f
.
I,
pp. 489-890
de M. Emmanuel-Louis-Henri-
Alexandre de Launai d'Entraigues, député de l'ordre de
la
noblesse du Bas-Vivarais aux États généraux.
Imprimée à Milan
23.
— Avis
et
datée
du
i^''
octobre 1791.
aux Suisses sur leur position envers
le
Roi
de France, par Henri-Alexandre Stauffach, du canton
de Schwitz, 4o
Le chevalier de
pour
la
lui
p.
la
Baume
écrit à d'Antraigues (i3
accuser réception de cet opuscule
trempe de votre
style toujours
profond.
«
:
»
On
décembre 1791)
reconnaît bien
Las Casas
lui
là
en parle
du 5 novembre. La date est indiquée à la p. 9:
En quel état est le Roi aujourd'hui 20 octobre 1791 ? »
Une autre brochure, intitulée Réponse d'un loyal Suisse à Henri
aussi dans une lettre
«
Alexandre Stauffach,
etc.
(49 p.),
approbation, peut-être partie de
la
moins une réplique qu'une
est
même
main.
—
Adresse à Tordre de la noblesse de France, par
24.
Emmanuel-Louis-Henri- Alexandre de Launai, comte d'Antraigues, l'un de ses députés
aux États généraux de 1789.
Paris, 1792, i35 p.
Datée du 25 novembre 1791.
Elle suscita des Observations sur l'Adresse à l'ordre de la
blesse de
25.
France de M.
—
le
no-
comte d'Antraigues. par M. deMontlosior.
Exposé de notre antique et seule légale constitu-
tion française. Paris, 1792, 72 p.
Daté du
iT)
Calonne
écrit à l'auteur le
mars 1792.
12 juillet
:
«
Votre divin ouvrage sur
BIBLIOGRAPHIE
396
notre antique et seule lég'ale constitution française m'a fait le
grand
plaisir.
du
correcte
.
Vous avez
style
plus élevé et
26.
.
le
fait
tempéré avec
la
plus énergique.
— Lettre
plus
voir que vous saviez réunir la pureté
brûlante véhémence du
style le
»
du comte d'Antraigues à MM***, commis-
saires de la noblesse de B..., sur plusieurs éclaircisse-
mens
demandés touchant notre antique
qui lui ont été
et seule légale constitution. Paris, Chalier, 1792, 80 p.
La lettre est datée du
du 2 juillet.
3 juin 1792, et l'avertissement de
l'éditeur
est
27.
vier,
— Mémoire
fils
sur la régence de Louis-Stanislas-Xa-
de France, oncle du roi et régent de France.
Paris (Neuchâtel),
179."^,
GG
p.
Fauche-Borel, dans ses Mémoires
(t.
I,pp. 160-164), en cite
d'im-
portants fragments.
28.
— Rapport fait par Saint-Just au
Comité de salut pu-
aux dépenses
blic à Paris, relativement
faites
par les
États neutres. Mai 1794.
Drake
écrit à
d'Antraigues
de
j)lus intéressant ((uelc
de
la plus
le
grande
utilité
plus qu'il est possible
les
puissances neutres,
le
25 avril lygA
que ce discours
;
et
ce sera
fût
«Je n'ai encore rien vu
faire l'impression de
imprimé
et
(]u'il
elles
manière
mon
qu'il
ne
de
la
serait
rendu public
un moyen d'indisposer
de semer entre
agents de la Convention... Si vous êtes de
moi d'en
•
discours de Saint-Just... Je crois
peut-être
défiance des
avis, je prendrai sur
soit
pas possible d'en
tracer la source... »
Jacob, l'envoyé républicain àVenise, en parle en ces termes: « Lebut
de cette
satire,
plus mauvaise encore que méchante, dirigée contre
tous les agents de la République dans les pays neutres, est d'inquiéter les
puissances sur les dispositions du gouvernement français à
leur égard, et de les pousser par la crainte et par le dépit dans le
parti de la coalition.
peu
d'art,
Pour peu que
le libelle
eût été
fabriqué avec un
l'abandon très connu où nous sommes, notre détresse que
nous ne pouvons plus cacher eussent été très propres à accréditer les
que lelibelliste éhonté met dans la bouche de Saint-
atrocités gratuites
Just contre nous en particulier.
Mais
le
piège est
si
grossier et la
BIBLIOGRAPHIE
diatribe
platement dégoûtante que personne ne s'y est trompe...
si
que
croit
397
œuvre de ténèbres
cette
d'Antraigues.
.
.
» (2G prairial
an
fabriquée
s'est
—
II
dans
i4 juin 1794).
Un
l'atelier
On
de
exemplaire
fut envoyé quelques jours après au Comité de salut public.
29.
—
Observations sur
la
conduite des
puissances
comte d'Antraigues, député de l'ordre
aux
Hambourg-,
noblesse
États généraux de 1789.
coalisées, par le
—
de la
1795, 42 p.
L'avant-propos est daté du i^'' octobre 1794- D'Andigné écrit à
d'Antraigues (4 mai 179.5) (ju'on en répandra en France 12.000
exemplaires. Mallet du Pan apprécie sévèrement l'ouvrage dans une
de ses
lettres.
—
30.
[asas]
[Mémoires
1
.
Correspondance,
t.
III p.
173.)
Lettre du comte d'Antraigues à M. de L.
sur l'état de la France, i8
Ouvrage postérieur à
3
et
la constitution
[as] C.
p.
de
l'an III (V. p.
12).
— Mémoire du comte Emmanuel-Henri-Louis Alexan-
dre de Launai
d'Antraigues, attaché à la légation de
Russie à Venise, arrêté sous les yeux du ministre de
Russie à Trieste,le 22 mai 1797, par M.
le
général Ber-
nadette, et détenu dans le fort de Milan.
Ce mémoire, daté de «aufort de Milan, logis n»io,Ie4juin 1797 »,
Souvenirs d'an émigré de ijgj à iSon (par
a été imprimé dans
Laporte), pp. 295-312.
32.
dans
—
ment de
la
Directoire exécutif.
le portefeuille
à Venise
sa main. Del'imp. du Directoire exécutif, an
V
de
république, 10 p.
Cette pièce, insérée
Milan dans
il
Pièce trouvée
de d'Antraigues et écrite entière-
proclama
corrente
au Moniteur des 22
la publication
suivante
di Direttorio di
(settembre 18
:
Parigi, relativi
fruttidorj e
et
23 fructidor, parut à
Gl'ordini del gênerai Bonaparte
la
congiura del 2
et 3
famosa corrispondenza
del
alla
d'Antraigues, trovata a Venezia, scritta intieramente di sua
Dalle stampe del cittadino G. Zatta,
33.
— Réflexions
sur
la
mano.
1797.
conjuration dénoncée à Paris
BIBLIOGRAPHIE
398
par le Grand-Juge le 27 pluviôse (17 mars 1804) et les
événements siibséquens. Extrait des papiers anglais.
—
Londres (Dresde), 3G
34.
—
p.
Atlios.
On
lit
fragment du XVIIP livre d?monastère Sainte-Laure au mont
Traduction d'un
Polybe, trouvé dans
—
le
1800, 80 p.
à la fin
mains du comte d'Antrai-
L'original est entre les
:
gucs, auteur de cette traduction.
Cet ouvrage eut trois éditions.
La première
fut imprimée à Berlin chez Decker, imprimeur du roi,
par les soins de Fauche (Fauche-Borel Mémoires, t. III, p. 217), et
dut paraître vers
de i8o5.
la fin
La seconde porte à
la
est sous la rubrique de
première page
Londres
et
le
sous
nom
la
106 p., plus une note additionnelle de 2 p.
La troisième (102 p.), portant le nom et les
également datée
de d'Antraigues. Elle
date de 1806, et contient
de Londres, imp. Harper.
de l'auteur, est
titres
Un
avis des
éditeurs,
tout en maintenant la supercherie, indique les clefs.
Gentz présida
ainsi
à la
allemande, et
traduction
qu'Adam Mûller. Une traduction
fournit
italienne fut
des notes^
imprimée à Bas-
sano. Boothby est l'auteur de la traduction anglaise.
35.
— Requête des bourgeois de la ville d'Anspach à
Majesté
le roi
magistrat d'Anspach. Traduit de l'allemand.
imp. Harpei% 1806, 20
Réuni à
Sa
de Prusse, avec les observations d'un
la 3* édition
— Londres,
p.
de l'ouvrage précédent, dans l'exemplaire de
l'auteur (Bibl. de Dijon).
36.
— Modèle d'éloquence sacrée donné aux écoles pu-
bliques par le Noir de la Roche-Mathanasius, ci-devant
bénédictin, et Fallot de Barbafoin, évèque de Gand.
Imprimé par ordre de
Moniteur du
n»
XXXVII, 8
:
bulletin de la grande
p.
Cet opuscule, ainsi que
St-Pétersbourg,
du
armée
l'Institut national, et extrait
5 janvier 1806
et s'y
le
suivant,
fut
envoyé par d'Antraigues à
retrouve dans sa correspondance.
BIBLIOGRAPHIE
—
37.
p. 106.
—
38.
du supplément.
III
—8
de ces articles, envoyés par
trois
lui
en Russie!
l'empereur roi des Romains
Observations sur l'abdication de
1°
p.
Articles dans le Courrier d'Angleterre.
pu retrouver
J'ai
(g
Extrait des Mémoires de Saint Simon,
Avis.
Tome
399
septembre i8oG).
2° Observations sur la note circulaire
du prince primat de
la
Con-
fédération rhénane (3o septembre i8o6).
Sur Louis XVIII (i8 novembre 1807).
3»
D'autres documents sig-nalent un article du 3 novembre 1807
trouve un
éloge d'Alexandre
P"",
et
un
article
°"^
^^
de 1810, sur Louis
Bonaparte
— Mémoire sur la situation de la France et sur son
3f).
avenir, donné à Londres aux ministres de Sa Majesté
Britannique,
3i.23o,
ff.
Mémoires
est
en manuscrit au British
Muséum (Add.
i56 et suiv.) a été imprimé par Fauche-Borel
(t. III,
mss.
dans ses
pp. 3oi-32i).
— Observations sur la
4o.
conduite de M.d'Oubril,sur
signé le 20 juillet, et le refus de l'empe-
le traité qu'il a
reur de Russie de
«
octobre 1806.
le 15
Ce mémoire, qui
le ratifier (Londres, i8o6j, 32 p.
Les Observations sur
la
conduite de d'Oubril sont de main de
maître, et de plus irrécusables, » (Armfelt à d'Antraigues, 10 octobre
1806.)
Il
OUVRAGES MANUSCRITS
— Voyages
I.
en Orient.
Cet ouvrage existe à
plaire
:
1° le
au net en 2 vol.
Il
se
la Bibliotiièque
brouillon autographe, 2
de Dijon en double exem-
vol. petit in-4°; 2°
une mise
in-4°, bien plus récente et assez incorrecte.
compose de
:
une introduction sur
le
gouvernement ottoman
j
.
BIBLIOGRAPHIE
400
une relation du voyage de Marseille à Constantinople et du séjour à
Constantinople une dissertation sur les anciens Egyptiens, datée du
Caire
quinze cahiers de lettres à la princesse Ghika sur l'Egypte
dix lettres à un grec nommé Coutouli et contenant le récit d'un
;
;
;
voyage de Constantinople à Léopol (Pologne)
«
La princesse Ghika,
moi à Léopol,
et
Vienne.
Il
c'est à elle
y a
ici
dit ensuite
d'Antraigues, s'étant séparée de
que sont adressées
les lettres
une lacune. Cinq premières
sur Varsovie
lettres écrites à la
mes mémoires elles
que des regrets que causait son absence au mortel
princesse n'offraient rien qui put faire suite dans
n'étaient remplies
;
trop heureux qu'elle daignait aimer, et dans ces premiers instants
de sa douleur,
Enfin
les
il
ne songeait pas à observer
ordres exprès de
la
les
pays
qu'il parcourait.
princesse le décidèrent à continuer ses
observations, »
Suivent sept lettres contenant
Cracovie
sur
la
et
Vienne.
Deux
le
récit
du retour par Varsovie,
Munich et
dernières lettres annoncées sur
Bavière n'ont pas été transcrites.
2. — Réflexions sur notre position que je soumets au
jugement de M. de Las Casas pour être communiquées
de toute confiance, s'il le croit utile, à M. le comte de
Florida-Blanca
(1792).
(Archives des affaires étrangères. France, vol. 034,
3.
—
(1790).
(Archives des affaires étrangères. France, vol.
4.
—
de sa paix
Apologie de l'Espagne à l'occasion
avec la France
Mon
i4-25.)
ff.
634,
ff-
82-108.)
opinion sur la manière de profiter des dis-
positions de l'intérieur (1795).
(Archives des affaires étrangères. Finance, vol. 634,
5.
—
ff-
74-8i.)
Considérations sur l'ordre de Malthe et sur les
différents actes
émanés du prieuré de Russie
le
1798 au sujet du grand-maitre de cet ordre, par
26 août
le
frère
Alexandre Linnos, espagnol de la castellenie d'Emporté
ou grand prieuré d'Espagne à Madrid (1798).
(Archives des
afl'aiics
étrangères. France,
vol.
034,
If-
i83-i'o0.)
BIBLIOGRAPHIE
—
6.
Essai sur les motifs qui pourraient former
manifeste pour l'empereur et
M. V.
401
un
d'après les idées de
roi,
[annelet].
(Archives de Cour et d'Etat. Vienne.)
Le ms.
est
accompag'né d'une
lettre d'envoi
datée de
à Thug'ut,
Gratz. 24 octobre 1798.
7.
— Épître dédicatoire aux mânes de Louis XVI, etpré-
face pour le journal de Cléry (1799)(Archives des affaires étrang'ères. France, vol. 634,
8.
—
Mémoire sur
la nécessité
d'un
national en Russie. Quel est le meilleur
ff.
221-225.)
enseignement
mode
d'ensei-
gnement national?
(Archives du ministère de l'Instruction publique. St-Pétersbourg-.)
Ce mémoire est daté du 16 octobre 1802. L'auteur annonce à la
fin deux mémoires complémentaires,' l'un sur « l'utilité des livres qui
complètent la grande instruction nationale », l'autre sur les Académies
et les Sociétés savantes, et les moyens de les rattacher à l'Université.
Il ne paraît pas que ces mémoires aient été envoyés
ou même composés.
9.
— Mémoire
sur la question
stances actuelles
,
la
:
si,
dans les circon-
guerre continentale s'établissait
contre la France, serait-il utile, nuisible ou dangereux
pourlespuissancesde l'Europedereconnaître Louis XVIII?
(16 novembre i8o4.)
Ce mémoire
existe
en double
aux Archives des affaires
aux Archives de Cour et d'État,
copie
étrangères, à Saint-Pétersbourg, et
à Vienne.
10.
— Mémoire sur la Russie
(British
Muséum.
— Add.
mss. 3i
en 4806.
.
280,
ff.
175 et suiv.)
26
BIBLIOGRAPHIE
402
III
OUVRAGES NON RETROUVÉS
Parmi
innombrables
les
restés manuscrits, et
avons réuni dans
écrits
de d'Anlraigues, la plupart sont
beaucoup paraissent perdus pour nous. Nous
la liste
suivante tous ceux dont
ayant été composés ou entrepris,
et
dont
la trace
comme
a parlé
nous échappe.
— Œuvres de jeunesse. Littérature.
1.
D'Antraigues paraît avoir mis en roman
amours.
Il dit,
téressait à lui
:
dont
elle lui
Parmi
«
Elle
donnait
fit
traduire une histoire
Un
cahier de
rendus,
ma main
langue grecque écrite
et
3°
Mes conversations avec
—
2.
note
I
où j'avais mis en notice
et
s'in-
jadis écrite
les
sentiments
dans son portefeuille à Trieste,
signale les écrits suivants
il
de
Un
cahier de
française
:
sur les différences et les similitudes de
20
Sur
de ses premières
l'idée. »
les papiers qui furent saisis
et lui furent ensuite
1°
l'histoire
dans ses Voyages en Orient, d'une sultane qui
en des temps plu heureux,
la
il
moi sur
la
langue parlée
;
ouvrages du P. Houbigant;
les
J.-J. -Rousseau.
Œuvres de jeunesse. Politique.
d'Antraigues. V. la
Nous en connaissons par son titre au moins
Lettre d'an Genevois à ses concitoyens au sujet de la retraite
les
de
premières brochures politiques de
la p. 5o.
une
de M. Necker. (V. une
:
Montpellier, 28
lettre de Mm« Necker à M. Necker, datée de
mars 1782, dans Sainsbury, the Napoléon Muséum,
p. i46.)
en
3.
— Mémoire pour
Le
17 février 1789, d'Antraigues écrit
lui
M""»
Moreton
(1789).
àBernardin de Saint-Pierre,
adressant son mémoire sur les États du Languedoc
à cet envoi un mémoire pour
soutenir sa demande, j'ai
Mme Moreton. Mon
reçu l'ordre de
pour rendre sa Cause intéressante, je
l'ai
lui
;
«
Je joins
pays ayant voulu
prêter
ma
rendue générale.
plume,
..»
et
BIBLIOGRAPHIE
— Mémoire
4.
Dans
haut
II,
403
contre Breteuil (1789).
Madrid (V. plus
remit au roi un
certaines Réflexions adressées à la cour de
2),
d'Antraig-ues raconte qu'en juillet 1789
il
mémoire contre le baron de Breteuil, devenu ministre
:
J'y
énumérais,
tous les torts que Breteuil s'était donnés (probablement dans
dit-il,
des affaires relatives au Vivarais) en
1
78G
.
Le Roi me demanda de
M. de
n'en plus parler; mais je dus lui remettre, par l'entremise de
Villedeuil, les pièces orig-inales de
5.
— Mémoire
mon œuvre.
sur la féodalité en Vivarais (1790).
de son Mémoire sur
D'Antraig'ues l'annonce dans l'avertissement
rachat des droits féodaux
le
6.
— Histoire de
la
Révolution française
(i
789-1 790).
D'Antraigues l'annonce dans sa Lettre de Louis d'Antraigues à
M.
des..., pp.4o-4i.
fait
passer
le
Il l'a
écrite alors
manuscrit en Angleterre
i*"" mars 1790, et en a
Dans quelques années, je
jusqu'au
t
:
relirai
la corriger, elle
sera
publiée
telle
ma
que
j'aie
qu'elle fut écrite; mais,
pré-
de sang'-froid... Si la mort termine
le
pu
vie avant
voyant cet événement, je ne cache pas, dans une préface que
à ce sujet, dans quelle position elle
pour l'examiner de sang- froid
relire
En
1798,
il
la
communiqua, avec
la
juger.
7.
et
désir de la
»
.
qu'il y avait
longuement dans ses
des 21 décembre 1798 et 5 mars 1799.
— Compte-rendu
Le vicomte de Digoine
lui
.
continuation
ajoutée, à Vannelet. Celui-ci lui en parle assez
lettres
mon
fut écrite, et
et la
j'ai faite
à
mes commettans
écrit à
d'Antraigues
le 2
(1790).
1
accuser réception de cette pièce. Ceux aux(juels
qui l'ont lue, lui
dit-il,
septembre, pour
elle était
adressée
sont d'avis qu'il faut en ajourner la publica-
tion.
8.
— Mémoire
sur les dangers d'une seconde législa-
ture (1791).
Vaudreuil, dans une
time
signale
9.
du 3i mai 1791 (Correspondance indu comte d'Artois, t. I, p. 376), le
remis à Las Casas, qui l'avait demandé.
lettre
du comte de Vaudreuil
comme
fait et
et
—Discours prononcé au club des Jacobins contre
les Suisses.
BIBLIOGRAPHIE
404
«M.
Ce
Suisses.
avait
composé,
confia qu'il
fait
prononcé au club
tendu discours
qu'on
me
baron d'Erlach...
le
M. d'Antraigues
imprimer
nous armer
à
répandre un pré-
des Jacobins pour soulever les
cherchant à nous faire peur
n'est pas, m'ajouta-t-il, en
parviendra
avait découvert que
et
contre
les révolutionnaires...
»
(Froment, Précis de mes opérations^ etc., p. 08.)
10.
— Lettre à
l'abbé de Fontenay (7 avril 1792).
Cette lettre au directeur
mettait la réfutation,
Etats généraux,
du Journal général de France, où
par lui-même, de son
faite
fut, dit-il
(Arch. nat., AF.
III,
il
pro-
Mémoire sur
les
44; n° 75), tirée à dix
mille exemplaires.
11.
—
Mémoire sur
royalistes français émigrés,
les
sur leur droit d'asyle, et sur la conduite des puissances
à leur égard (1794).
Imprimé à Neuchatel, chez Fauche-Borel
Deux
12.
le
— Sur la
pape
Le
A. Bachelin»
guerre de religion à faire déclarer par
(1796).
7 octobre;
Rome. Dans
mention du
cet écrit.
Les additions qui
France que lorsque
—
placardé en
cet écrit
Lorabardie
et
à
y aura des additions où il sera fait
Louis XVIII, dans une lettre du 27 octobre, approuve
l'édition française,
roi.
Vauguyon que
d'Antraigues annonce à La
sera traduit en italien et en allemand,
i3.
Cité par
.
Portraits, p. 84.
la
il
concernent ne devront être connues en
le
guerre de religion aur a été déclarée.
Mémoire sur
les relations de
la
Russie et de
l'Autriche en 1799.
8 août 1802, Kourakine, au
Le
traigues la permission de publier
à Vienne et mis en dépôt en
nom
de l'empereur, octroie àd'An-
un ouvrage sur
Angleterre.
II
lui
ce sujet,
composé
conseille de garder
l'anonyme.
Le
i3 septembre, d'Antraigues remercie
détails suivants sur
son travail
les pièces qu'il envoyait
le
ou
:
« Il fut fait
celles prises
Kourakine,
lettres
donne
les
1er
sur
aux archives, comme vous
verrez par la lettre privative de la main de Paul
de ses
et
par l'ordre de Paul
qu'on a sûrement conservé, à
la
I^'",
dans
date du
7
le recueil
décembre
BIBLIOGRAPHIE
1800
V.
st. Il
zoumovsky
et
s'ensuit
que l'ouvragée
405
est spécialement dirii^'é sur
Ra-
contre lui nominalement ; que les affaires de Vienne s'y
trouvent bien nécessairement, mais par accessoire
est la conduite
de Razoumovsky
rends compte à Paul
1er
et ses
torts.
l'objet principal
;
Dans
cet ouvrage, je
en conséquence de ses ordres
et lui
adresse
Dans cette manière il est de toute impossibilité de le publier
sans me nommer, car autrement il faudrait refondre l'ouvrag'e pour
la parole.
donner une autre forme. D'ailleurs, l'ouvrage sans
lui
serait
qu'un
libelle, et je
n'en ferai jamais.
me
pour que Razoumovsky sache toujours où
faire venir ici
par voie sûre,
mon nom ne
nommé
faut que je sois
Il
prendre... Je vais
sùi*ement pas par la poste, ce
et
ma-
nuscrit en cinq cahiers in-folio de 24 pages par cahier. »
Dans une
du 22 novembre, à Czartoryski, il ajoute qu'il en« Car comme il (Razoumovsky)
est le plus vain et le plus impudent des hommes, il faut, puisqu'il
occupe une place où il peut m'attaquer, que je conserve de quoi le
rendre à jamais muet, s'il lassait par trop ma patience. J'aurais pu
lettre
voie en Russie seulement une copie
l'anéantir en envoyant cet écrit à
n'en ai pas eu le courage.
tais
que
j'allais
me
.
Paul
l'îi'qui
J'eus peur de
.
venger.
L'ouvrage dut être en
:
.
.
effet
me
l'ordonnait; mais je
mes remords, car je sen-
»
envoyé à Saint-Pétersbourg, mais sa
publication y fut, sans douteaprès lecture, de nouveau jugée inopportune, et
Ce
il
n'en fut plus parlé.
travail
est
distinct
(20 juin 1801) qui est
i4-
— Mémoire
Saint-Priest en
du
du mémoire
cité p.
spécial
sur la Suisse (1799)-
accuse réception dans une
lettre
Ce mémoire avait été composé sur
Kalytchev. (Lettre du même, 6 juillet.)
i4 août.
10.
—
Razoumovsky
sur
229.
à d'Antraigues
la
demande de
Observations sur lUniversité de Leipzig (i8o3).
D'Antraigues en annonce l'envoi à Czartoryski par une
29 août i8o3.
iG.
Le
du
— Histoire d'Henri VIII (1791-1803).
3 octobre i8o3, d'Antraigues écrit à
Mûller)
l'on
lettre
:
«
un de ses amis (sans doute
mes ouvrages que
de Henri VIIL J'ai écrit cet ou-
Je travaille à mettre en ordre un de
va imprimer à Londres,
la vie
vrage en 1791 et on m'a fourni des matériaux incroyables par leur
BIBLIOGRAPHIE
406
noml)rc
cl leur qualité.
prendre
la
.
.
voulu tout voir, tout
J'ai
vérifier
avant de
plume, car je voulais m'excuser à mes yeux de l'audace
Hume
de traiter un sujet qui avait occupé David
eu tout lu que j'ai
écrit. J'ai laissé
mûrir
c'est
:
lorsque
j'ai
dormir l'ouvrag-e près de
et
huit ans. Enfin l'amitié l'exige, et je le censure à présent. J'y ajoute,
j'efface, et je
pense à y ajouter un discours préliminaire où le tableau
se poser à côté de l'histoire du passé et les petits
du présent pourra
grands
17.
«
hommes des
xviii^et xix^ siècles se
comparer à ceux du xvi*.»
— Histoire de Cromwell (i8o3).
On va imprimer
à Londres un ouvrage de moi sur
de Cromwell... Je crois que cet ouvrage
le
protectorat
grand bruit
fera
;
on m'a
fourni les matériaux les plus précieux, tels que des lettres inédites et
en grand nombre du Protecteur à ses plus intimes amis. La préface
sera composée d'une lettre fort longue, mais très intéressante, de
mon
ami J.-J. Rousseau à moi en 1771, sur l'Histoire d'Angleterre de
M. Hume. C'est la seule que je publie du recueil de plus de 200 que
j'ai; et la seule aussi que je puisse publier sans nuire ni compromettre personne. » {A l'amie de Paris, 4 septembre i8o3.)
18.
«
— Mémoire
sur la Bavière (1800).
L'empereur m'enjoint expressément,
exprimer sa pleine approbation
mémoire de
la
et
mon
cher comte, de vous
son entière satisfaction sur votre
Bavière. Cela est parfait et détaillé
comme on
rait
mieux. » (Czartoryski à d'Antraigues, i4 janvier i8o5,
une
lettre
19.
«
dans
de d'Antraigues à Cobenzl, ler février.)
— Salluste traduit par J.-J.
Mon
ne sau-
cité
Salluste traduit
par
J.-J.
Rousseau
Rousseau, que
(i8o5).
j'ai
permis d'im-
primer à Londres, va mal, va lentement. Je croyais ces gens-là plus
habiles, et,
monde.
20.
si j'y étais,
—
serait déjà
dans
lettre à
plan, et ajoute
:
mains de tout
le
Cobenzl, du 12 avril i8o5, d'Antraigues en trace
« Voilà le plan
cette nuit, et qui sera
de ce que d'Antraigues a terminé
envoyé lundi par
estafette
par l'empereur Alexandre et par Czartoryski,
du pays
les
Projet de manifeste pour la guerre de 1805.
Dans une
le
cela
» (Lettre à..., 8 avril i8o5.)
et
dans ses divers dialectes.
»
et
pour être corrigé
puis traduit en langue
BIBLIOGRAPHIE
407
21.
— Vie
«
(l'empereur) accepte volontiers la dédicace de la vie de Louis
Il
de Louis XI (i8oC).
que vous avezachevée.
»
Cf. le rapport de Czartoryski à l'empereur,
de
la
Soc. d'Hist. de Russie,
22.
—Le
« J'ai
terminé
suite
au
20 mai's
180O. (Recueil
XCII; p. 332.)
xviiie livre
(180G).
du Polybe... J'ai à peu près
fin du xviiic. M. Gentz
xxive livre que j'annonçais à la
le
le traduira
en allemand ; son secrétaire est
manuscrit
le
t.
XXIVe livre de Polybe
composé une
XI
(Czartoryski à d'Antraig'ues, 12 avril 1806.)
et la lui porter
pour prendre copie sur
ici
à Prague, où
il
On
est.
veut
le
traduire
parmi ceuxqui m'ont demandé d'être mes traduc.
teurs, choisi M. James Macdonald, qui a traduit avec le plus grand
en anglais... et
succès
23.
j'ai,
le xviiie livre...
— Mémoire
«(D'Antraiguesà Budberg, 3o décembre 180G.)
sur
le
changement de ministère en
Angleterre.
Envoyé
24.
—
le 7 avril
1807. (A. P.)
Observations sur le renouvellement du traité
de commerce entre la Russie et l'Angleterre.
Envoyé
25.
i3
le 21
sur l'Autriche.
juin 1807. (A. P.)
— Mémoire politique à remettre
Envoyé
le i5 juillet
reur Alexandre
27.
mai 1807. (A. P.)
— Mémoire
Envoyé
26.
le
I*'.
à S. M.
1807 à Engel, secrétaire particulier de l'empe.
(A. P.)
— Sur Louis XVIII et les émigrés (1809).
« Je travailleà l'écrit sur mes services pour le roi Louis XVI de 1790
jusqu'à 1797... Ce sera Louis XVI, avec M. Malesherbes, quijugera
Louis XVIIII; je n'ajouterai pas un mot à la fin de l'ouvrage..
Avant
le
i5
mai
il
sera
fini.
Cela aura six
5oo exemplaires sous clef.
Louis XVIII et les émigrés sont
les
d'avril
.
.
J'y
cents pages.
parle
l'objet de
mon
peu
travail.
J'aurai
d'Avaray.
de
.
.
»
(Lettre
1809, citée dans Guilheu.my, Papiers d'un é/nif/ré, p. 2o3.)
BIBLIOGRAPHIE
408
.•>.8.
— Histoire de
l'Empire de Russie depuis 1792 jus-
qu'en 1809.
D'Antraigues
trouve
le
ouvrage à
travaillait à cet
prospectus au vol
.
LXXXIX
la fin
de sa vie; on en
des Papiers de Piiisaye (British
Muséum).
IV
OUVRAGES DOUTEUX OU APOCRYPHES
I.
— Discours
à ses codéputés.
d'un
membre
— 1789, 38
de l'Assemblée nationale
p.
Second discours d'un membre de l'Assemblée nationale à ses co-députés.
Ces deux opuscules
—
sont
1790^ 40 p.
à d'Antraigues par Barbier
attribués
[Dict.. des anonymes).
2.
—Le
pouret
le
contre sur la Révolution de France,
ou fragments des registres d'un club de Paris.
—
1790,
35 p.
No
M. Vaschalde, à
17 de la Bibliographie dressée par
la suite
de
sa notice sur d'Antraigues.
3.
— Bon Dieu! qu'ils sont bêtes,
ces Français.— Paris,
de l'imprimerie d'un royaliste, 1790.
Mentionné
comme douteux
par Vaschalde.
— Des monstres ravagent tout.
lois. — Paris, de l'imprimerie d'un
4.
L'enfer
royaliste,
N° 20 de
5.
—
la
Bibliographie dressée par
Les Cromwels français
l'Europe et à tous les
royaliste, 1790, 22 p.
dicte nos
io4p.
M. Vaschalde.
démasqués, dénoncés à
De Timp. d'un
bons^ Français.
—
BIBLIOGRAPHIE
Mentionné
6.
comme douteux
— Manifeste du
Lui est attribué par
par
409
M. Vaschalde.
camp de Jalès(i79i).
Froment [Précis
de mes opérations,
etc.
p. O9.)
7.
— Lettre
de Condorcet à M. d'Aranda.
Attribué également par Froment {id.,^.
8.
— Justification de
112).
la noblesse savoisienne.
Attribué également par Froment {id., p. 112).
9.
—
Lettre d'un émigré royaliste à l'auteur constitu-
tionnel du Coup d'œil sur la Révolution française (Montesquieu).
—
1790.
Cette pièce a été attribuée à Courvoisier, secrétaire
Louis XVIII
été
;
d'Antraigues n'aurait
réimprimée
10.
la
même
— Dialogue
année, à
du cabinet de
que prêter son nom. Elle a
fait
de
la suite
l'écrit
de Montesquiou.
entre un général autrichien et
un com-
missaire en chef de l'armée française en Bavière.
Lui
est attribué par l'auteur
anonyme de V Histoire du Directoire
exécutif (Paris, Buisson, an IX,
11.
—
t.
II,
note des pp. i5o-i5ij.
Lettre d'un ancien curé du
diocèse de Paris à
ses paroissiens. Londres, 1807.
No 34 de
la
Bibliographie dressée par
M
.
Vaschalde
NOTICE GÉNÉALOGIQUE
Armes.
— D'argent, semé de Jleurs de
lis
de gueules, au chef de France
un écusson en abîme portant d'or à un
N"
1
.
Louis de Launay, éciiyer, seigneur de Melmont.
Antoine de Launay, écuyer, seigneur de Picheron,
Lig-ny et Tully, ministre protestant. Ep. le 20 nov.
i55o Jeanne de
seign. de
Fay-Golonne,
Pacy en Bourgogne.
fdle
et
lion de gueules.
de
François,
\
/
i
/
du père.
NOTICE GÉNÉALOGIQUE
412
111
3
.
4.
Henri de Launay, sans postérité.
Trophime
de Launay, seign. de Picheron
I
traig-ues,
g-entilhomme ordinaire de
Roi (i58o),
bailli
du Gévaudan
la
et d'Anchambre du
(iSgi), gouverneur
des villes et châteaux de Marvejols, Chirac, Grèzes
(iSgS). Ep., le 2g mai..., Marie de Cayres, veuve
de Samuel de Beaumanoir et fille d'Antoine de
Cayres,
coseigneur d'Antraigues,
et
de Marie de
dame de Peyres. Elle apporta à son mari
les terres d'Antraigues, La Bastide, Aizac, Génestelle, Asperjoc, Juvinas, La Champ-Raphaël.
Quellenc,
Louise de Launay.
IV
5.
Jacques de Launay, baron d'Antraigues, La Bastide,
Asperjoc, St-Lager,
Gévaudan (1G20),
du
bailli
capitaine de chevau-légers (1O25), g-entilhomme de
la
chambre de Louis
jols et Chirac
XIII,
comme
qu'il
était
Combattit vaillamment contre
bailli
le
Gallas, et fut créé maréchal de
d'Arpajon,
fille
du Gévaudan.
général autrichien
camp en
testament est de l'année i664- Ep.,
Philiberte
la
démêlés avec l'évêque de
Bastille à cause de ses
Mende pendant
gouverneur de Marve-
son père. Fut enfermé à
1647. ^'^^
le 21 déc.
i633,
de Samuel d'Arpajon
et
d'Eléonore de Combret.
G.
Henri de Launay,
dit
de La Champ, décapité au Pont-
Saint-Esprit en iG33,
comme
complice de Montmo-
rency.
Jeanne, mariée à
Charles
seign, de St-Privat,
St-Privat, et de
fils
de
Faret de Fournès,
de Pierre, premier baron de
Sarah Guéri.
NOTICE GENEALOGIQUE
,
Trophime
II,
seign. d'Antraic^ues, maréchal de
au mois de
obtint,
413
d'Antraigues au
sept.
1
camp,
068, l'érection de la terre
de comté. Fut maintenu dans
titre
sa noblesse, ainsi que ses frères, par jugement sou-
verain en date du i6 déc. 1670.
Tué
le [10
dans un combat près de Cambrai. Ep.,
Girard de Basoges,
1OG8, Isabeaude
de Basoges, procureur général en
comptes de Paris,
la
juin 1676
le
20 août
fille
d'Henri
chambre des
de Madeleine Barentin.
Ils
ne
Gaspard, mort à Maëstricht des blessures reçues
le
et
laissèrent pas d'enfants.
i*'"
juillet
Charles,
1O75 au combat de
Leuwe.
seign. de St-Lager, capitaine
au régiment
d'Harcourt, mort en 1676 des blessures reçues dans
les
guerres de Flandre.
Louis de Launay,
d'un
fief situé
dit
d'abord de Chirac (nom emprunté
près de Marvejols et venant de Phili-
berte d'Arpajon, sa mère, qui testa en sa faveur en
i684).
la
Néen
i643.
mort de ses
ses aïeux,
il
Devenu comte d'Antraigues après
trois frères aînés. Protestant
prit
du service dans
Guillaume en Hollande. Ep.
:
les
lO le 10 juillet
Marie-Suzanne de la "Wespierre
fille
du marquis de
Wespierre
la
comme
gardes du Roi
1677,
deLiembrune,
et
de
Claudine-
Charlotte d'Aumale, et nièce de la maréchale
Schomberg;
fille
de
2° en 1690, à Paris, t^lisabethdeRoux,
de Pierre comte
de Trélan
( i )
et
de Marie
de Retz de Villeneuve. C'est au moment de contracter ce second mariage que Louis dut abjurer le
protestantisme. Tous ses enfants firent profession
de
1
.
12.
la religion catholique.
Alexandre, seign. de Pervérange, assassiné en
1708.
Frédéric, qui assista au mariage de son frère
Louis
en 1677.
selon l'orthographe moderne, Trélans, est un village à
(i) Treslan, ou,
20 kilom. de Marvejols (Lozère).
NOTICE GÉNÉALOGIQUE
414
Marie-Marguerite, mariée,
de
le i5 avril
lOSg, à
Seguin de Borne, coseiçneur
Chirac
Marvejols,
et
d'AIdebert
fils
Trophime
des
,
villes
de
de
seigri.
Rochevallier, et de Marie de Ginestoux de Monldardier.
Louise, morte sans alliance.
Eléonore,
mariée à Nicolas de Leyris, seign. du
Bouchel.
Marie, née en iGSy, mariée,
le
20 mai i685, à Jean de
Silhol, seiçn. de St-Vincent-les-Daudrans,
Jean de Silhol
Philiberte, mariée,
fils
de
de Jeanne de Vesc.
et
en 1G88, à Benjamin de Micheli,
une compagnie franche de
né en i64o, qui leva
200 Suisses au service de France, devient comman-
Reynold,
dant de bataillon au rég-iment de
fut
et
Nerwinde en 1693. Devenue
veuve, elle obtint, par arrêt du Conseil d'Etat tenu
à Versailles le i5 mai 1694, la permission de jouir
tué à la bataille de
pour
elle et
situés en
les siens
France
et
de tous les biens adventifs
de conserver à son
fils la
com-
pagnie de son défunt mari.
VI
Alexandre-Jules (du
i^""
lit).
Testa
un second testament le 3o
la même année non marié.
Frédéric (du
i*"" lit),
le
28 fcv. 1709. Fit
héritier de son frère
ment de 1709, mais mort avant
Marguerite-Phélis (du
et
mourut
dans
le testa-
juillet 1732,
lui.
i«r lit), héritière
Alexandre- Jules, mariée à Christophe de
Bains de
1702,
St- Vidal,
mort
le
çois, marq. de
de son frère
la Tour des
marquis de Choisinet, né en
i3 février 1762,
Choisinet,
Bruget, Laulagnet, Lespéron,
fils
de Claude-Fran-
baron de
le
Jaujac
,
le
Gros, St-Alban en
Montagne
et de Françoise d'Hautefort de Lestrange. Ce second mariage du marquis de Choisinet fut stérile, et Phélis de Launay hérita de son
,
10
415
NOTICE GÉNÉALOGIQUE
mari. Le 26 janvier 1741,
le
domaine de
acheta
elle
Castrevieille
château
le
et
\
Fabras
de
celui
et
du marquis de Monten Rouergue. Elle
vallat, comte
laissa
ses biens à Jules-Alexandre de Launay
(n"
16), son frère consanguin, et à son neveu
pour
prix de 55. 000
le
liv.
d'Antraig'ucs
"*"
Emmanuel-Henri-Louis
i5.
16.
Louis-Alexandre (du 2e
(n» 17).
lit),
déshérité à cause de son
mariage avec Thérèse d'Ozil de St- Vincent. Il se
fixa à Villeneuve
de Berg, et y mourut sans
enfants en 1750.
Jules- Alexandre de Launay, comte d'Antraigues (du
2« lit), capitaine, chev, ;de St-Louis, né en 1698.
Dans son testament mystique, en date du 25 mai
1763,
qualifie
se
il
Raphaël, Meyras, Nieigles,
Souche,
Fabras
,
La Champ
La
St-Girgues
Gros, Sceautres, coseigneur
le
Mézilhac,
Juvinas,
Asperjoc, Aizac,
Génestelle,
Ailhon
Colombier,
et
Montpellier le 18 février 17G5. Ep.
Marie-Jeanne-Sophie de
dotée de So.ooo
10
baron de Jaujac, seigneur de
liv.,
de Vais,
Prunet.
le
Mort à
25 mars 1752
Guignard de St-Priest,
fille
de Jean-Emmanuel de
Guignard, vicomte de St-Priest, intendant du Languedoc, et de Sophie de Barrai de Montferrat.
Marthe-Marie (du 2^ lit), née le i5 août 1701, mariée,
le 8 sept. 1727, à Annet de Rocher^ seign. de
Prat
et
de
la
Baume. Mariage
stérile.
VII
Emmanuel-Henri-Louis-Alexandre de Launay, comte
d'Antraigues, né à Montpellier le 25 déc. 1753. Ep.,
le 29 déc. 1790, à Castel San Pietro (Italie) ReineAnne-Antoinette Clavel, veuve de Claude Croisille,
dit
de St-Huberti. Assassinés tous les deux près
de Londres,
le
22
juillet 1812.
Marie-Marguerite-Félicie-Sophie
(filleule
marquise de Choisinet), née à
de
a tante, la
la Bastide le i5 oct.
16
NOTICE GÉNÉALOGIQUE
416
1755, mariée à Paris, le 17 février 1776, avec une \
dot de lOo.ooo
liv.,
à
Jean-Jacques marquis de
Viennois, né en 1765, mort le dernier de ce nom
à Scptême (Isère), le 10 janvier 1818.
VIII
Pierre-Antoine-Emmanuel-Jules, né à Milan ou aux environs
le
26 juin i792,baptiséle 28 juin dans
de Greco. Porté pour
la
somme
l'église
de 226.000 fr. dans
du milliard des Emigrés. Mort à Dijon le
1861, sans postérité. Ep. en 181 3 LydiaSophia-Rosa-Henrica Fitz-Gerald, dont il fut
séparé judiciairement le 25août 1827, morte le i" fé-
l'état dit
12 août
vrier 1861.
/
(
1
16
TABLE DES NOMS PROPRES
B
Adrial, agent du
Directoire, 209.
AcKERBLAD, agent Suédois, 294.
Albon (M"" d'), 268.
Alexandre
I,
empereur do Russie,
217, 230, 289, 309, 313, 331, 333,
337, 343, 345, 355, 357-359, 375376, 384.
Alopébs (çomte\mini.stre de Russie
à Berlin, 238,' 336, 352, 366.
Amide
Paris
(V),
247-252, 255-250,
273, 284-285, 287, 290-291, 293,
331, 338. 341, 373.
Amie de Paris (!'), 35, 86, 252-254,
279, 281-282, 284-283, 292, 320,
325, 331, 338, 373.
Andignl; (d'), agent royaliste, 330.
Angelv,
agent
révolutionnaire
108.
Angiviller (d'), 30, 350-351.
Anson, directeur des postes, 28C.
Antraigues mère (M"« d'),H-13,42,
113-115, 129-130, 153, 171, 178,
316, 328-331, 375.
Antraigues (Jules d'), 87, 186, 305,
323,329, 374-375,379, 3S3-389.
Apchiek (marquis d'), 118-119.
Aranda
(d'),
ministre
espagnol,
100.
Arçon
(d'),
ingénieur, 210.
suédois,
d'),
et
373
33-34,
73, 204, 320.
Behry (duc de),
263.
Beutiiier (maréchal). 168, 187,208,
260, 262-263, 277-273, 293, 297298.
Bertrand de Moleville, 379, 381.
BioNVAL,
agent
révolutionnaire,
209.
Blacas (duc de), 369, 383.
BoïELDiEu, compositeur de
musi-
que, 287.
BoissY d'Anglas, 175.
Bonaparte, 33, 146-147,
152, Iflû168-171, 173-177, 183-184,
208, 222-224, 259-261, 272,
275, 279, 288-291, 294, 301, 303304, 308, 3.37, 378-379.
Bonaparte (Joseph), 261, 266, 279.
Bonaparte (Lucien), 267.
BouFFLERS (comtesse de), 202.
165,
20:5,
119,
12".
Breteuil (baron de), 51-52, 101.
Brotier (abbé), 103-106, 121, 1::4,
115, 121,
127,
97,
137-138, 148, 189-190, 194, 366,
368-369, 372.
Azara (d'), ministre d'Espagne à
Rome
261
Bernard (M"), 292-295.
Bernardin de Saint-I'ierre,
BOUGAINVILLE,203.
193, 361.
Avaray (comte
Bernadotte (général), 156-159,260-
BouLARD (général), 147, 204.
BouDou, agent royaliste, 118.
241, 300, 348, 371,376.
d'),
104.
Beningsen, général russe, 300.
219,
Armfelt, minisire
Artois (comte
Barral (de), évoque deMeaux,246.
Batz (baron do), agent royaliste,
à Paris, 134, 208, 269.
137.
Brunswick (duc
de), 314.
affaires
BuDBEUG, ministre des
étrangères de Russie, 334, 363.
BCVFON, 31
27
TABLE DES NOMS PROPRES
BuxAu, ministre de Saxe à Paris,
Durant, premier commis aux
308.
BUTTAFUOCO, 117.
lations extérieures, 247, 252, 273,
290.
Duroc (général), 240, 272, 277.
268, 303,
c
re-
DuvERNE DE Presles, agent royaliste, 105, 124. 132.
Gadoudal (Georges), 254, 274.
Calon.ne. 31-32, 77, 102.
Cambacérès, 246.
Campos, ministre d'Espagne ù Ve-
m,
nise,
135.
Caxn'ixg, ministre
336, 362-363, 365.
anglais,
3j4,
Electeur de Saxe, 304 305.
ExGHiEN (duc d'), 226, 274-280.
Espic, député aux Etats généraux,
63, 81.
Carexcv (prince de), 274.
Garnot, 178.
Catherine II, 23, HO.
GAnLAiNcouRT, 270,276-277,281-282,
F
Fauche
-
Borel,
189,308,
356.
Champagnv, 221-228, 290, 329, 381.
Charette, 127-128.
Gharles IV, roi d'Espagne, 99, 103,
136.
Chastellux (comte de), 105.
Ghodkiewicz (colonel), 287.
Choiseul-Gouffier (comte de), 271.
agent royaliste,
3.-i!8-339,
343, 365-367.
Faujas de Saint-Fond, géologue,
31,41, 210.
Ferdinand (archiduc), 123.
Fersen, ministre suédois, 340, 348.
Flachslanden (baron de), 121,138139.
FLORiDA-BLANCA,ministre espagnol,
CoBENZL, ministre autrichien, 230239, 337.
CoiNi, espion français, 287.
CoxDÉ (prince de), 117-118, 193.
CoxsTAXTJN (grand-duc), 353.
Goxway, maréchal de camp, 83,
Copoxs(M'" de), 253, 267, 338.
GouTHAUD, adjudant-général, 166.
GzARTORYSKi (princc Adam\ 233,
240-i42, 2.50-252, 289, 307, 331333, 337, 340, 343, 349-350.
FoNTON, drogman, 251.
Foscarini, agent vénitien, 292.
FoucHÉ, 267, 282-283,294, 309-310,
339, 379.
F0URCR0Y,273.
Frank, professeur à Vilua, 317.
Froment, agent royaliste, 98, 130
139, 353.
Froment
(abbé), 100.
G
B>
Decrès (amiral), 280.
Delacroix, minisire des
étrangères, 171, 183.
Delmas, député. 247.
Demipov
(M""=),
affaires
270.
Despomelles, agent
roj'alis le, 100,
124.
Devoxshire (duchesse
Divow
de), 34.
(M°«), 270.
(prince), 336-337.
DoLGOROUKv
DOLGOROUKY
(M""=;,
270.
DoMBROwsKi, général polonais, 202.
Drake, agent anglais, 107, 121,
152, 287, 300, 348.
DucLAUx, député, 247.
DuFOUR (abbé), agent
royaliste,
112-113.
(général), 181-182.
DuMOURiEz, 203, 353-356, 363.
DiMAS
Galitzine (princesse), 270.
Gai.lo, ministre de Naples à Paris, 268.
Gamon, conventionnel, 124-125,
203, 373.
Gamon (neveu), 387.
Garât, ministre de France à Naples, 209.
Gaudran, agent révolutionnaire.
.".09.
Gentz (Frédéric
de), 237-239, 300.
317, 343.
(princesse), 20-21, 23-23,
29.
Ghika
Gleizal, conventionnel, 84.
GoDoï, ministre espagnol, 103.
GoDiN, secrétaire d'ambassade ,
210.
Golovkine, ministre de Russie à
Naples, 109-110.
TABLE DES NOMS PROPRES
Goujox, agent roj'aliste, 113.
GoupiLLEAu, député aux Etats'géuéraux, 79.
Ghanville (lord), ministre anglais,
333.
GUEUZE, 31
GciLLEMAUDET, ambassadcur do
France à Madrid, 202.
Gl-stave IV, roi de Suéde, 2 H, 293.
294.
ministre
prussien,
333-336, 342.
à Berlin, 238.
Haugwitz, ministre prussien, 334,
344
d'),
138, 171.
Hédouville, ministre de Franco
en Russie, 231, 290-292.
Helvétius (M"'=), 202.
HÉNiN (Félix), ministre de Franco
à Venise, 108.
premier
commis des
Hexnin,
afTaires étrangères, 31.
(la belle) , 43-44
Henriette
373.
,
04
3.33.
103, 189.
Josiîphixe (impératrice^, 173, 177,
184, 233, 263-267, 273, 279, 2S1,
293-294, 298, 308, 323.
Kalytghiîv, envoyé do Russie
Vienne, 213-214, 229.
à
Russie en
Saxe, 232-233, 302-303, 307.
KiLMAiNE
(i^-énéial),
109,
180-182,
199-200, 202.
KiNG, agent anglais, 340.
KocH, 210.
KoscRSKO, 202.
KûTCHOUBEY, ministre
:i32-233, 336-337.
203,
207.
Larivière (Henri), agent royaliste,
362.
La Roche-Aymox, général
prus-
sien, 343.
La Rochefoucauld,
ministre de
231,
302-303,
307.
La Rochefoucauld (M"* de),
268,
306.
Las Casas, ministre d'Espagne à
Lavalette, 286, 292.
La Vauguyox (duc
de),
143-146,
192.
Lavilleurxols, agent royaliste, 103.
Lemaitre, agent royaliste, 100.
Lemerer, député, 187.
Lemoxnier, lieutenant de gendarmerie, 278.
Lexoir-Laroche, 205.
Léoxtiev (M""), 321.
Lesseps, consul de France à Mos-
cou, 231.
Lhomoxd,
agent
du
Directoire,
209.
Ligne (prince de), 219, 231.
LizAKÉviTCH, ministre do Russie
à Gênes, 107-108, 334.
Lombard, ministre prussien, 231,
334-336. 342.
russe, 230,
289.
KoURAKiXE, diplomate
176.
Lapoype (général), 210.
La Réveillère, Directeur,
191.
Lascy, gouverneur de Catalogne,
100, 134.
Jackson, agent anglais, 340.
JoNs (abbé de), agent royaliste,
de
286.
Laxdrieux, adjudant-général, 170,
Venise^ 96-99, 103, 107,109, 113,
HuLi.v (général), 279-2Ï0.
iiiirii.-;tre
France à
Lally-Tollexdal, 133, 342.
La Maisoxfort, 343.
Lambert (de), diplomate russe,
France en Saxe,
,
Héron de Villefosse, 342.
HowicK (lord), ministre anglais,
Khanikov,
Berlin, 234, 251, 300.
de), 307.
Laharpe, 33, 320.
Lajolais, 274.
Lagarde (Henri
Venise, 116, 149, 131.
Harrowby, nunistro d'Angleterre
Havre (duc
Lacomde-Saixt-Michel, ministre de
France à Naples, 209.
La Fare, agent royaliste, 193.
La Flesselle, 292.
Laforest, ministre de France à
Lallemant, ministre de
H
IIardexberg,
tl9
LoMÉxiE DE Briexxe, Cardinal,
30,
'JO.
russe, 217,
LoRENzo, domestique do d'Antraigues, 378-.381.
,
TADLE DES NOMS PROPRES
Loss, ministre saxon, 303, 307.
Louis XVI. 56, 58, 68, 78, 99. 140.
Louis XVIII, i03, i09-H0, dl2, 121123,127,130-141, 14i-l46, !.j3,
J71, 182-1.S3, 188, 190-192, 225227, 242-243, 254, 262-263, 3653G6, 309-370, 379.
Louis de Prusse (prince), 340.
LoYs DE LA Ghavaxxe, Diaire d'Arles, 118.
LuccHEsixi, ministre de Prusse à
Paris, 270, 338.
MoRDviNov, ministre de
Venise, 110, 123,
158,
Moreau
M
342, 347.
(général), 272-273, 339.
MûLLER
(.lean de), 220, 234, 237,
317, 329, 333, 350-351, 373.
JV
386-387.
Narischkine (M--"), 321.
Nassau-Siegen (prince de), 270,
III,
Necker, 49,
89.
NicoLAï, chargé d'affaires russe
eu Angleterre, 350, 352-353.
Noël, ministre de France à Venise,
115.
NovosiltsoVj 250-251, 336-337.
Malosse, prieur de Nieigles,42, R3.
Marchi, agent révolutionnaire
O
209.
Marguerittes (baron de), député
aux Etats généraux, 75.
Marie-Antoinette, 64, 97, 101.
Marie-Caroline, reine des Doux217-218,
143,
362, 370.
Si ciles,
23o-2:j6,
Markov, ministre do Russie à
Paris,
209. 304, 305, 340, 344, 354.
jMahhenx-Montgaillard, secrétaire
de d'Autraigues, 144, 171,213,
230.
Massias,
ministre
de
France
à
Bude, 293.
Mathieu Dumas (général),
247.
(abbé), 194, 373.
Maydieu (abbé) , précepteur de
d'Autraigues, H, 221, 324.
Méjean (Etienne), 247.
Merlin, Directeur, 202, 205, 207208.
Maury
Metternich, ministre d'Autriche
en Saxe et en Prusse, 231, 238,
270, 333.
MiciiELi DE Dullit, 205.
MiNojA, secrétaire de d'Autraigues,
113.
Mirabeau,
32, 36, 57, 72, 77, 89.
(bai'on de), 255, 332-
MoHRENHEiM
.333,
359.
MoNTET (uMjé
du),
149, loi, 188.
165, 172,
Montgaillard, 147-151,
188. 310.
MoNTLosiER (comte
Obolensky (prince), 270.
Orléans (duc d'), 125, 226,
de), 44-45,135-
263,
273,361-862, 371, 381, 386.
Orléans (duchesse d'). 123.
OuBRiL(d'), chargé d'alTaires russe
à Paris, 308.
Pahlen (comte), 290-292.
Panchaud, financier, 32.
Panine (comte), 217, 232,239-240,
291.
Paul
I, 195, 216.
Peltier, journaliste, 377.
Perceval, ministre anglais, 379.
Péricaud (abbé), 3S1.
Pichegru, 273, 280-281, 308.
Pierrepoint, ministre d'Angleterre
en Suède, 238.
PiQUENARD, secrétaire de la préfecture de police, 203.
Pléville LE Peley, 203.
Pons (abbé de), agent rovaliste,
105,171,178.
PopuLus, député aux Etats généraux, 80.
PosuEL, secrétaire d'ambassade à
Vienne, 2'.'", 234,
PoTOCKi (Séverin), 34.
PouLPRY (chevalier de),
agent
rovaliste,
MONTGOLI-IER, 31.
136.
à,
Mortier (général), 277.
Mouraviev, ministre de Russie à
Madrid, 235.
Napoléon
Madier de Mon'tjau, député aux
Etats généraux, 124.
Magallon, 22.
Malesherbes, 33, 139-141.
Mallet du Pan, 134-135, 150, 152,
Russie
134, 144, 155-
19"..
104.
PuisÀye (comte de), 126-127,
370, 372, 381.
363-
TABLE DES NOMS PROPRES
R
Stackelberg, diplomate russe, 178,
Ramei,, miniaire des Onanccs, 206.
Ramon-d, 260.
Razoumovsky
ambassadeur de
,
Russie ù Vienne, 195, 213,
216,
229-230, 337.
REAL, 273, 282-283.
RÉGNIER
,
421
238,351.
Storl, professeur à Vilna, 317.
Strogonov (comte Paul), ministre
de Russie à Madrid. 332, 334.
Strogoxov (M^'î), 321.
SucHET (général), 247, 273.
Suzanxet, chef vendéen, 339.
grand-juge, 274, 277,
281, 283.
Reubell, Directeur, 202, 207-208.
RiVAROL, 317.
Rouan (princesse de), 321.
RoMÉ DE l'Isle, savant, 31.
ROSTOPTCHINE, 376.
RouMiANZov, ministre des affaires
étrangères en Russie, 3o0-3o7,
372.
Rousseau (Jean
-
Jacques), 16-17,
20,92-93, 318.
Tallevrand,
32, 89, 183, 202, 247,
251-252, 263-267, 269-270, 275276, 278-279, 28:i, 290-293, 296,
298, 301-302, 305-307, 333.
Taylor, agent anglais, 340.
TiiUGUT, ministre autrichien, 134,
183, 195, 198-200, 214-213.
TiTius, professeur à Vilna, 317.
Treilhard, Directeur, 202, 205.
TuRcoNi (comte de), 38, 87.
S
Sagot (colonel), 309.
Saint-Hcberty (M""^),
112, !H4,
V
3.5-3S,
86-88,
132, 158-159, 1G9, 173,
1S4, 186, 218, 321-323,
176-177,
373-374, 378.
Saint-Just, 132.
Sain't-Priest (comte de).
14,
18, 38, 139, 183, 192, 194, 366.
202.
Saurau, ambassadeur
en Russie, 230.
d'Autriche
Savines, évèquc de '.Viviers,
119.
ScHKRER (général), 202.
Schulemdourg (comte de), £52.
Sémonville, 108, 115.
Sexovert, agent du
Vannelet, 200-212, 247-248.
Vaudreuil (comte
de), 30,
Séren't (duc de), 100.
Shée, préfet du Bas-Rhin, 293.
Sieyès, 202, 204, 207-208, 294-297.
Simon (frères), employés au ministère de la guerre, 232.
Smith, sous-secrétaire d'Etat ani^dais, 370.
Soulavie (abbé), 41, 59.
Sourdat, agent royaliste, 103.
SouzA (M"» de), 288, 336.
de), ministre
anglais, 370, 372.
Venture, interprète, 113.
Viennois (M^e de), 11,53.
Vignolles (général), 180-182.
Viguier, 83, 118.
Villetard, chargé d'affaires à Venise, 154-155.
de),
Vogué (comte
Voltaire,
63.
16.
W
Directoire,
209.
50, 98,
101. 361.
Wellesley (marquis
11,
Sandoz, ministre de Prusse à Paris,
Vaillant (maréchaD, 387.
WiNziNGERODE,
diplomatc
russe,
336.
WoRONzov
(Alexandre), 233,
289,
303.
WoRONZOV
(Simon), 239-240, 352.
Worsley, ministre d'Angleterre à
Venise, 107, 115.
Zastrow, diplomate prussien, 336.
TABLE DES MATIÈRES
INTRODUCTION.
CHAPITRE PREMIER
d'antraigues jusqu'en 1789
I.
—
—
La
Le Vivarais au xvm« siècle.
Premières années (1753-1778).
Naissance, jeunesse, éducation de d'Antraifamille d'Antraigues.
Années de service mi.
gues.
Son caractère dépeint par sa mère.
—
—
—
—
litaire.
Relations avec les
philosophes.
—
Un ami inconnu
Jean- Jacques Rousseau
de
10
—
D'Antraigues ennemi des prêtres et
Voyage en Orient (1778-1771)).
Séjour à Constantinople.
des rois.
Son départ pour l'Orient.
La princesse Alexandrine Ghika.— Excursion en Egypte et au Sinaï.
II.
—
—
—
— Retour
récits
Caractère des
en France par la Pologne et l'Autriche.
18
de d'Antraigues sur l'Orient libertinage et libre pensée.
:
—
D'Antraigues exclu de
Vie à Paris et en province (1779-1788).
Ses rapports avec les savants, les publicistes, les gens
de lettres Montgolfier, Mirabeau, Malesherbes, Bernardin de SaintLa SaintPierre.
Ses amis à l'étranger.
Ses bonnes fortunes.
D'Antraigues en Vivarais.
Huberty.
Leur correspondance.
Le château de la Bastide.
Le châtelain, ses occupations, ses reve-
III.
—
Versailles.
—
nus.
:
—
—
— La belle
—
—
—
30
Henriette
CHAPITRE DEUXIÈME
d'antraigues député
I.
—
Une apologie deNecker.
Le Mémoire sur les États Généraux (1788).
Origines du Mémoire sur les Élats.
D'Antraigues défenseur des
franchises du Vivarais contre la Cour, contre les litats du Languedoc.
Double caractère de son livre théories générales, revendications pratiques.
Sa doctrine du gouvernement direct par le peu-
—
—
—
ple.
—
:
—
Sa conception traditionnelle
et féodale
de la liberté
47
—
TABLE DES MATIÈRES
424
n. La Chambre de la noblesse (1788-1789).— D'Antraigues mal vu àla
Cour: sa popularité passagère.
Son mémoire contre les États du
Languedoc.
L'Assemblée des trois ordres du Vivarais.
D'Antraigues rédige le cahier de la noblesse.
élu député.
Ses
Il est
premiers actes aux Etats généraux.
La vériGcation des pouvoirs;
le vote par ordre ou par tête.
D'Antraigues commissaire de la noblesse.
Conférences entre les ordres.
D'Antraigues entre à
—
—
—
—
—
—
—
—
—
l'Assemblée constituante
58
— Nombreuses brochures
contre d'Antraigues. — Anlénor. — Ses répliques. — Discours à l'As-
111.
L'Assemblée constituante (1789-1790).
—
semblée sur les Droits de l'iiomme, le veto royal.
Ses travaux dans
Comités.
Son attitude passive. — Dernières relations avec Mirabeau.
Brochures sur les questions du jour.
Lettre du 6 février 1790.
Départ pour la Suisse.
Débats du 11 mars à son
sujet.
Royalistes et révolutionnaires en Vivarais.
Pillage et in-
—
les
—
—
—
—
—
—
cendie de la Bastide
70
CHAPITRE TROISIÈME
D ANTRAIGUES AGENT ROYALISTE
I.
—
—
—
—
Séjour à Lausanne.
Mariage.
Premières intrigues (1790-1792).
Brocliures contre-révolutionnaires.
Point
Naissance d'unlils.
d'accommodement.
L'Adresse à la noblesse de France
Un manuscrit de Jean-Jacques.
Premières menées de d'Antraigues.
Las
Casas.
U Avis aux Suisses
Projets d'intervention espagnole.
Relations avec Calonne.
Jugement sur la cour de Coblence...
85
—
—
—
—
.
—
—
—
Les agences de Paris et de Venise (1792-179G). — D'Antraigues attaciié àla légation espagnole de Venise.
Etablissement dans cette
ville.
L'agence Brotier àParis.
Rapports avec les agents étran-
II.
—
—
—
gers. — Lizakévitch et Golovkine. — Fin du service espagnol. —
D'Antraigues au service russe; Mordvinov. — Les émigrés à Venise.
— Vie intime. — L'abbé Dufour, Goujon. — Correspondance avec
102
M'"^ d'Antraigues mère. — Noèl et Lallemant
Travail à l'intérieur de la France (1793-1795). — Intrigues en
Corse, en Languedoc, en Vivarais. — Tentative sur la frontière du
Jura. — Les agents de Paris et Louis XVIII. — Le manifeste de juil1795. — Le roi sera-t-il reconnu? — Fin de l'agence Brotier. —
parti anglais en Vendée. — D'AnGamon. — Le parti espagnol et
III.
let
le
116
traigues, Puisaye et Charette
—
D'Antraigues jugé par sa mère.
D'Antraigues et ses ennemis.
Le Marat de la conDéfauts de sa situation et de son caractère.
Manque de véracité,
Le Rapport de Sainl-Just.
tre-révolution.
Les accusateurs, Montlosier, froment, d'Ade désintéressement.
D'Antraigues entre ses deux
Opinion de Louis XVllI.
varay.
129
maîtres. — Les papiers de Malesherbes
[V.
—
—
—
—
—
—
—
TABLE DES MATIÈRES
42
CHAPITRE QUATRIÈME
d'aNTRAIGUES et BONAPARTE
—
—
Louis XVIII quitte .Vérone.
Montgaillard (1796).
D'Antraigues
Intrigues à Naples, dans les Etats pontificaux,
La Vauguyon.
Le général Boulard.
dans le camp français.
Montgaillard; son
Ses menées auprès de d'Antraiguos.
passé, son arrivée en Italie.
La conversation du 4 décembre 1796.
Départ de Montgaillard.
D'Antraigues menacé par Bonaparte.
Son refus de rentrer en
France, et d'être élu aux Cinq-Cents
144
I.
—
et
—
—
—
II.
—
—
—
—
—
Le portefeuille
D'Antraigues guetté par
(1797).
de Venise devant les Français. —^Son arrestation
Bernadette et Mordvinov.
D'Antraigues déclare son
à Trieste.
conduit à Milan.
Il est
Son entrevue du 1" juin
mariage.
Ouverture de son portefeuille.
avec Bonaparte.
La conversaCaractère probable de cette pièce.
tion avec Montgaillard.
Elle
Comment son auteur est traité par Bonaest envoyée à Paris.
parte
1 o4
L'arrestation.
Villetard.
— Sa fuite
—
—
—
—
—
—
—
—
—
•
— D'Antraigues
est-il émigré français ou fonctionSes réclamations, ses protestations au dehors.
La
Saint-Huberty et M™= Bonaparte.
Entrevues de d'Antraigues et du
général en chef.
Lettre à Boissy-d'Anglas.
Colère de Bonaparte.
D'Antraigues s'abouche de loin avec Carnot, de près avec Kilmaine.
Entretien avec ce dernier
170
III.
La captivité.
—
naire russe?
—
—
—
—
—
—
—
IV. L'évasion. La disgrâce.
Ce qu'on pense au loin du prisonnier
Louis XVIII, les ministres Delacroix et Talleyrand.
Préparatifs
Publication de la. conversation le
d'évasion.
Sortie de Milan.
18 Fructidor.
Accusations de Montgaillard.
D'Avaray décide la
disgrâce de d'Antraigues.
D'Antraigues à Vienne.
Ses efforts
pour se réconcilier avec Louis XVIII.
Ses rapports avec La Fare et
le cardinal Maurj'.
Comment il est traité par l'empereur Paul I"
et l'ambassadeur russe Razoumovsky
182
—
:
—
—
—
—
—
—
—
—
CHAPITRE CINQUIÈME
d'aNTRAIGUES a vienne et a DRESDE
I.
A Vienne
(1798-1800).
Thugut. Vannelet. —Établissement en Au-
— Relations avec Thugut. — La correspondance de Vannelet.
— Passé de l'auteur, ses moyens d'information. — L'espionnage politique en l'an VL — Le Directoire et son entourage. — Finances et
diplomatie de la république. — Sieyés à Berlin, la propagande révolutionnaire en Italie. L'Orient, l'Autriche. — Vannelet, collaborateur
triche.
de d'Antraigues
197
28
TABLE DES MATIÈRES
i2fi
II.
A Vienne
—
(1800-180^).
rcmjilacc
Kalytclic'v
—
Razoumovsky. Champagny.
Razoumovsky.
Dcniêlûs
—
—
— Séjourà Gratz
et brouille
avec
Thugut.
Travaux pour l'omperour Paul.
Disgrâce momentanée.
Alexandre I" mystifié.
Marie-Caroline à Vienne.
Nouveaux
amis de d'Antraigucs
Armfelt, Jean de Mûller.
L'ambassadeur
français Champagny.
Sonentrevue secrète avec d'Antraigues.
212
—
—
—
—
:
—
.
— Retour de Razoumovsky. — Nouveaux démêlés. — D'Antraigues quitte Vienne pour
— Panine
Dresde. — Ses premières relations dans cette
Czartoryski. — D'Antraigues conseiller d'Etat. — Sesrapports secrets
avec Vienne. — Brouille avec Marie-Caroline. — D'Antraigues etCobenzl. Rôle de Jean de Miïller
de Gentz. — La disgrâce de Panine— Mémoire de d'Antraigues sur Louis XYIII
m. A
Dresde
{!
802-180 4). Czartoryski.
CobenzL
et
ville.
et
22'J
CHAPITRE SIXIÈME
L.V
Lami
FRANCE EN l8o4
—
de Paris.
Les amis de d'Antraigues en France.
correspondants {"Vami de Paris.
Ce qu'on sait de lui.
2"
Caractère de ses révélations
leur importance pour Czartoryski
Vamle de Paris.
Ses sentiments, ses moyens d'informations.
Mort deYami. Son successeur.
Modes de transmission lin de la
2ib
correspondance.
Mohrenheim
I.
— Les
et l'amie
:
—
—
II.
—
:
;
—
—
—
—
Bonaparte
Le Premier Consul et sa cour.
ses violences; deux
scènes caractéristiques.
Sentiments de son entourage pour lui.
Bnithier et les Bourbons.
Talleyrand, son caractère, ses passions.
L'organisation de la
M"= Bonaparte, son attitude, sa conduite.
maison impériale.
La colonie
Les ministres étrangers à Paris.
238
russe.
Nassau-Siegen et Choiseul-Gouffier
—
—
—
—
—
—
—
—
;
—
;
La conspiration de
— Craintes
de Bonaparte et de Joséphine.
Un récit inédit de
Caractère de la conspiration les complices.
Comment finit Pil'arrestation et do la mort du duc d'Enghien.
cbegru.
Rôle de Caulaincourt.
Rentrée en grâce de Fouché.
271
Protestation de la Russie.
I\é flexions de d'Antraigues
III.
—
1804.
:
—
—
—
—
—
—
La politique française en 1804. —ISami, anglomane Yamie, rusContreLe cabinet noir, la police secrète à l'étranger.
police de Y ami et de Yamie.
Les préparatifs contre l'Angleterre.
— Possibilité d'une révolution intérieure en Russie encouragements
donnés.
Desseins de Napoléon.
Le roi de Suéde Gustave IVUn monologue de Sieyès. — Opinions de Berthier et de Joséphine
IV.
sopliile.
—
—
—
sur la politique extérieure
;
—
—
—
;
284
TABLE DES MATIÈRES
427
CHAPITRE SEPTIÈME
d'aNTRAIGUES a DRESDE
(sulte)
—
Soupçons de Bonaparte et deTal.
La Rochefoucauld (1803-1804).
Interdiction du port de la croix de Saint-Louis.
leyrand.
Présentation de d'Antraigues à la cour de Dresde.
Scène du 25 septembre 1803 aux Tuileries.
Markov et Bonaparte.
D'Antraigues
conseiller de légation.
Notes des 15 et 25 décembre contre lui.
Résistance de Gzartoryski.
Scènedul4 février 1804.
Essai d'en299
lèvement.
Les Mémoires de Montgaillard
I.
—
—
—
—
—
—
—
—
—
—
—
Opinion des Russes et des Saxon» sur d'AntraiVie littéraire,
gues.
Ses services comme correspondant du ministère do l'instruction publique.
Son Mémoire sur l'enseignement national.
Une Université unique, militante contre l'esprit révolutionnaire.
Jugements
G ollaboration à l'organisation des universités russes.
Un portrail d'Alexandre 1'' et Bernardin de
et travaux littéraires.
II.
—
—
—
—
—
—
311
Saint-Pierre
—
Vie de famille et de société.
Projet d'établissement à Weimar.
Mission du secrétaire Mohrenhcim.
La
Relations mondaines.
princesse Troubctskoï.
La Saint-Huberty opinions et conduite.
Education du jeune Jules.
D'Antraigues a-t-il embrassé la religion grecque ?
M'"° d'AnCorrespondance avec l'amie de Paris.
321
traigues mère
ses dernièi'es lettres, sa mort
III.
—
—
—
—
—
—
:
—
—
:
—
Lu politique prussienneet BonaIV. Le XVIir livre dePolybe (1805).
parte.
Jean deMulIer à Berlin.
Préludes de la troisième coalition.
Entrevue avec Fauche-Borel,
D'Antraigues à Novosiltsov.
Louis de Prusse, Fersen.
Un pamphlet érudit et allégorique.
Son cadre, ses développements.
Son succès, sa part dans l'exaltation de l'esprit prussien.
Comment l'auteur fut récompensé. 334
—
—
—
—
—
—
—
—
CHAPITRE HUITIÈME
d'aNTRAIGUES en ANGLETERRE
I.
—
Etablissement en Angleterre (lSOG-1807).
Dangers du séjour à
Visites
Dresde.
D'Antraigues autorisé à passer en Angleterre.
Position
à Jean de Mûller et d'Angiviller.
Arrivée à Londres.
Disprise entre Nicolaï et Strogonov, Canning et lord Granville.
D'Antraigues au sergrâce en Russie, ses prétextes, ses causes.
vice anglais
347
—
—
—
—
—
—
II.
—
D'Antraigues et le duc d'OrPuisaye. Les Bourbons (lSOO-1811).
Leurs
Liaison avec Puisaye.
Les affaires de France.
léans.
—
—
—
1
TABLE DES MATIERES
428
— Intrigues
—
—
contre Louis XVIII arrivant en Angleterre.
Complot avorté contre d'Avaray.
Fauche-Borel.
D'Antraigues éconduitpar WelCorrespondance avec Armfelt.
projets.
D'Antraigues
—
et
—
lesley
361
*
—
m.
—
Le soPériode d'isolement et d'abandon.
L'assassinat (1812).
Nouvelles espérances du côté de la
liloque <lu l*" janvier 1812.
Lorenzo.
La
Pressentiments d'une lin tragique.
Russie.
Bruits répandus, causes probadouble catastrophe du 22 juillet.
Jugements descontemporains.— Appréciationgénérale. 372
bles.
—
—
—
—
—
—
CONCLUSION
BIBLIOGRAPHIE
383
39
,
NOTICE GÉNÉALOGIQUE
411
TABLE DES NOMS PROPRES
417
5à
O ^
1
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DC
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1893
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